Flux envolée spectaculaire depuis le début des 1990s.

D'abord par programmes de privatisation dans pays anglo-saxons et PED. (PAS)

Puis F&A. à partir du milieu des années 1990. (Elles représentent encore plus de 50% du total actuellement). Dynamique encouragée par la faiblesse des taux d'intérêt, bulle des NTIC.

Le mouvement se tasse après 2000 et repart à la hausse à partir de 2004 car les firmes se sont désendettées et repartent à l'asaut des marchés à travers des OPA hostiles (cf Arcelor). La nouveauté est l'arrivée de firmes indienes et chinoises sur le marché.

Les entreprises des pays émergents deviennent de plus en plus attractives (x2 entre 2003 et 2005)

La part des pays développés se tasse (63,8% en moyenne entre 1993 et 1998). 59% maintenant.

TOP 4 : en 2005
RU 164 Mds$
Chine (avec HK) >100
EU 99,3
France 63,5

TOP 4 : en 2006
EU 190 Mds $
RU 130 Mds
Chine 87
France 68 pour 1200 Mds

IDE ont augmenté en 2006 de plus de 38 % pour s´établir à 1 306 milliards de dollars, soit un chiffre proche du record atteint en 2000. Comme l´indique le Rapport sur l´investissement dans le monde, la croissance de l´IDE a atteint en 2006 un taux inégalé depuis 2000 et a bénéficié aux trois groupes de pays suivants :
les pays développés,
les pays en développement
et les pays en transition de l´Europe du Sud-Est et de la Communauté des Etats indépendants (CEI).
Si la plupart des grandes sociétés transnationales (STN) sont toujours européennes, japonaises ou américaines, une des évolutions les plus remarquables de ces dernières années est le nombre croissant de sociétés de pays en développement qui intègrent la liste des 100 premières STN mondiales.

Du côté des investisseurs : PB : 119 Mds devant la France 115 et le RU 101. Surtout le fait de grandes entreprises françaises.



LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE AMÉRICAINE : UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE

LES GRANDES ORIENTATIONS DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE AMÉRICAINE À TRAVERS UN FLORILÈGE DE CITATIONS « Notre Grande règle de conduite envers les nations étrangères est d'étendre nos relations commerciales afin de n'avoir avec elles qu'aussi peu de liens politiques qu'il est possible. Autant que nous avons déjà formé des engagements remplissons-les, avec une parfaite bonne foi. Et tenons-nous en là. L'Europe a un ensemble d'intérêts primordiaux, qui avec nous n'ont aucun rapport, ou alors très lointain. Par conséquent elle est engagée dans de fréquentes polémiques, dont les causes sont essentiellement étrangères à nos soucis. Par conséquent donc il est imprudent pour nous de s'impliquer, à cause de liens artificiels, dans les vicissitudes ordinaires de sa politique, ou les combinaisons et les conflits ordinaires de ses amitiés ou de ses inimitiés. Pourquoi renoncer aux avantages d'une situation si particulière ? Pourquoi quitter notre propre sol pour se tenir sur une terre étrangère ? Pourquoi, en entrelaçant notre destin avec celui d'une quelconque part de l'Europe, empêtrer notre paix et notre prospérité dans les labeurs des ambitions, rivalités, intérêts, humeurs ou caprices européens ? C'est notre politique véritable d'avancer exempt d'Alliances permanentes avec n'importe quelle partie du Monde étranger - Aussi loin, veux-je dire, que nous sommes maintenant capables de le faire - ne me croyez pas capable de recommander d'être infidèle aux engagements existants, (je soutiens la maxime non moins applicable aux affaires publiques que privées, que l'honnêteté est toujours la meilleur politique) - Je le répète donc, continuez à appliquer ces engagements dans leur sens véritable. Mais à mon avis, il est inutile et serait imprudent de les étendre. » (Extrait du "Testament", ou discours d’adieu de George Washington, le 19 septembre 1796)

« J’ai toujours considéré comme fondamental pour les Etats-Unis de ne jamais prendre part aux querelles européennes. Leurs intérêts politiques sont entièrement différents des nôtres. Leurs jalousies mutuelles, leur équilibre des puissances (forces), leurs alliances compliquées, leurs principes et formes de gouvernement, ils nous sont tous étrangers. Ce sont des nations condamnées à la guerre éternelle. Toutes leurs énergies sont dévolues à la destruction du travail, de la propriété et des vies de leurs peuples. » (Thomas Jefferson à James Monroe, 1823)

« Rien n’est plus important que l’Amérique reste séparée des systèmes européens, et en établisse un original. Notre situation, nos objectifs, nos intérêts sont différents. Il doit en être de même pour les principes de notre politique. Tout engagement avec ce région du monde doit être évitée si nous voulons que la paix et la justice soient les (objectifs, caractéristiques) de la société américaine. » (Thomas Jefferson 1820)

« L’injustice chronique ou l’impuissance qui résulte d’un relâchement général des règles de la société civilisée peut exiger, en fin de compte, en Amérique ou ailleurs, l’intervention d’une nation civilisée et, dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des Etats-Unis à la doctrine de Monroe peut forcer les Etats-Unis, même à contrecœur, dans des cas flagrants d’injustice et d’impuissance, à exercer un pouvoir de police international » (Theodore Roosevelt Message au Congrès du 6 décembre 1904).

« Il doit y avoir, non pas un équilibre des puissances, mais une communauté des puissances ; non pas des rivalités organisées, mais une paix commune organisée » (Discours du 22 janvier 1917 au Sénat, Woodrow Wilson).

« Le principal élément de toute politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’URSS doit être un endiguement des tendances expansives de la Russie, à long terme, avec patience, mais fermeté et vigilance ». (George Kennan 1947, dans un article publié dans Foreign Affairs).

« Nous avons notre forme de gouvernement démocratique que nous pensons être la meilleure. Dans tout ce que je fais concernant la politique intérieure ou extérieure, j’essaie de faire en sorte que les gens réalisent que notre système fonctionne et que cela puisse servir d’exemple à d’autres. » (Jimmy Carter, Discours du 2 mai 1977).

« Autour du monde aujourd’hui, la révolution démocratique gagne en force . Nous devons être fermes dans notre conviction que la liberté n’est pas uniquement la prérogative de quelques privilégiés mais un droit inaliénable et universel pour tous les êtres humains » (Ronald Reagan, Discours du 8 juin 1982).

« Nous nous devons aujourd’hui, en tant que peuple, d’avoir une intention de rendre meilleure la face de la nation et plus douce la face du monde ». (George Bush, 1991).

« Notre stratégie de sécurité nationale est donc fondée sur l’objectif d’élargir la communauté des démocraties de marché tout en dissuadant et en limitant la gamme des menaces qui pèsent sur notre nation, nos alliés et nos intérêts. Plus la démocratie et la libéralisation politique et économique s’imposeront dans le monde, notamment dans les pays d’importance stratégique pour nous, plus notre nation sera en sécurité et plus notre peuple sera susceptible de prospérer ». (Extrait du document Stratégie de sécurité nationale présenté par le Conseil de sécurité Nationale de l’administration Clinton en 1994).

« Nous avons trouvé notre mission » (George W. Bush, 12 septembre 2001). La fondation des Etats-Unis s’est réalisée sur une base religieuse et idéaliste : les immigrants européens arrivant dans le « nouveau monde » voulaient y construire un état idéal, qui s’opposerait aux états belligérants et décadents de la vieille Europe. De là découlent deux caractéristiques essentielles et en partie contradictoires, nées aux XVIIè, XVIIIè et XIXè siècles qui guident encore aujourd’hui en grande partie les différents concepts de la politique étrangère américaine : - d’une part, les Etats-Unis ont développé une croyance en leur degré de perfection, ce qui les a amenés à concevoir l’idée d’une « destinée manifeste », c’est à dire d’une mission civilisatrice qui leur était dévolue pour propager leur modèle sur leur continent et au-delà (expansionnisme messianique). - d’autre part, les dirigeants américains ont développé au fil des décennies une tendance d’isolement (isolationnisme) afin de protéger / préserver leur modèle des interférences et "pollutions" de la politique internationale. Alors que l’année 2000 avait vu l’arrivée au fauteuil de Président d’un homme élu majoritairement sur un programme de politique intérieure, quatre ans plus tard la nouvelle campagne présidentielle de George W. Bush insistait beaucoup plus sur le bilan de sa politique étrangère. Les attentats du 11 septembre 2001 ont en effet été le déclencheur d’une politique étrangère « hyper interventionniste » de la part des Etats-Unis. Ce comportement s’est caractérisé par des interventions armées à l’étranger afin de renverser des régimes ne respectant pas les standards démocratiques et libéraux occidentaux. Ces actions ont été justifiées par un discours hautement moral et religieux, développant une vision du monde manichéenne et simpliste (« L’axe du mal », « vous serez avec nous ou contre nous ») dans lequel l’Amérique se pose comme le phare de la liberté et le défenseur de la démocratie. Cet aspect du discours des officiels américains et l’unilatéralisme dont a fait preuve l’administration Bush (elle n’a pas tenu compte de l’avis de la communauté internationale pour agir) ont provoqué des critiques très fortes de cette politique, autant sur le sol américain qu’à l’étranger. Ainsi, John Kerry, le candidat démocrate aux présidentielles de 2004 déclarait-il en décembre 2003 : « tout simplement, l’administration Bush a poursuivi la politique étrangère la plus inepte, la plus arrogante, et la plus idéologique dans l’histoire moderne » (Discours au Council on Foreign Relations, 3 décembre 2003). Peut-on dire, comme le laisse supposer cette affirmation, que la politique étrangère de l’équipe Bush constitue réellement une rupture avec les idées et la pratique de ses prédécesseurs ? Le public européen et français a été choqué par les formules de l’administration Bush, largement relayées par les médias. Pourtant les notions auxquelles elles font appel (messianisme, destinée manifeste des Etats-Unis, thème de la croisade, lutte pour la démocratie et pour un monde meilleur) ne sont pas des créations de l’équipe des « néoconservateurs » et des intégristes chrétiens qui entourent le Président. Elles font au contraire référence aux fondements les plus lointains de la politique étrangère des Etats-Unis. Fondements qui ont été repris, adaptés, remodelés par les différentes administrations au fil du temps et du contexte international. D'ailleurs, Barack Obama, qu'on ne peut soupçonner de connivence avec Bush (il a refusé l'intervention en Irak à un moment où l'unanimisme paraissait l'emporter largement) ne répudie pas la lutte contre le terrorisme. Mais il compte lui donner une dimension plus large et joindre à la lutte armée le recours à des moyens non militaires. S'il était élu, il enverrait au monde une image rajeunie et dynamique de la présidence américaine, notamment dans la région du Moyen-Orient. À ses yeux, la sécurité de la population américaine est inextricablement liée à celle du monde entier. Il peut donc être vu comme le candidat le plus internationaliste de la campagne en cours. L'extérieur reste pour lui aussi important que pour les néocons. Mais tout est dans le dosage des moyens mis en oeuvre et dans le choix fait entre réalisme et idéalisme.

I- HÉRITAGES FONDAMENTAUX DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE US

A- : DESTINÉE MANIFESTE ET MISSION DES ÉTATS-UNIS

Aux fondements de la politique étrangère américaine se trouve le concept de « destinée manifeste »1, qui contient un fort héritage religieux. Il faut se souvenir que la fondation des Etats-Unis est remonte à un groupe de « pères pèlerins » protestants qui quittèrent la « vieille Europe » pour mettre en place un mode de gouvernement « idéal, pur et parfait » sur les territoires du nouveau monde, considéré comme « la Terre promise » (vers 1620). Dès le départ, le souci de créer un état nouveau poussa les fondateurs des États-Unis à limiter les contacts avec les états européens considérés comme décadents. Ainsi, George Washington l’exprima dans son "Testament" (discours d'adieu) en 1796 : c'est la doctrine du « non-entanglement » (non-engagement), qui fut reprise par Jefferson (Président de 1801 à 1809) puis par Monroe, qui s'inspira de ce discours pour sa fameuse doctrine. La doctrine du « non-entanglement »2 demeure une référence pour les tenants de l’isolationnisme américain : « Notre Grande règle de conduite envers les nations étrangères est d'étendre nos relations commerciales afin de n'avoir avec elles qu'aussi peu de liens politiques qu'il est possible. Autant que nous avons déjà formé des engagements remplissons-les, avec une parfaite bonne foi. Et tenons-nous en là. L'Europe a un ensemble d'intérêts primordiaux, qui avec nous n'ont aucun rapport, ou alors très lointain. Par conséquent elle est engagée dans de fréquentes polémiques, dont les causes sont essentiellement étrangères à nos soucis. Par conséquent donc il est imprudent pour nous de s'impliquer, à cause de liens artificiels, dans les vicissitudes ordinaires de sa politique, ou les combinaisons et les conflits ordinaires de ses amitiés ou de ses inimitiés. Pourquoi renoncer aux avantages d'une situation si particulière ? Pourquoi quitter notre propre sol pour se tenir sur une terre étrangère ? Pourquoi, en entrelaçant notre destin avec celui d'une quelconque part de l'Europe, empêtrer notre paix et notre prospérité dans les labeurs des ambitions, rivalités, intérêts, humeurs ou caprices européens ? C'est notre politique véritable d'avancer exempt d'Alliances permanentes avec n'importe quelle partie du Monde étranger - Aussi loin, veux-je dire, que nous sommes maintenant capables de le faire - ne me croyez pas capable de recommander d'être infidèle aux engagements existants, (je soutiens la maxime non moins applicable aux affaires publiques que privées, que l'honnêteté est toujours la meilleur politique) - Je le répète donc, continuez à appliquer ces engagements dans leur sens véritable. Mais à mon avis, il est inutile et serait imprudent de les étendre. » (Extrait du "Testament", ou discours d’adieu de George Washington, le 19 septembre 1796)

« J’ai toujours considéré comme fondamental pour les Etats-Unis de ne jamais prendre part aux querelles européennes. Leurs intérêts politiques sont entièrement différents des nôtres. Leurs jalousies mutuelles, leur équilibre des puissances (forces), leurs alliances compliquées, leurs principes et formes de gouvernement, ils nous sont tous étrangers. Ce sont des nations condamnées à la guerre éternelle. Toutes leurs énergies sont dévolues à la destruction du travail, de la propriété et des vies de leurs peuples. » (Thomas Jefferson à James Monroe, 1823) « Rien n’est plus important que l’Amérique reste séparée des systèmes européens, et en établisse un original. Notre situation, nos objectifs, nos intérêts sont différents. Il doit en être de même pour les principes de notre politique. Tout engagement avec ce région du monde doit être évitée si nous voulons que la paix et la justice soient les (objectifs, caractéristiques) de la société américaine. » (Thomas Jefferson à J. Correa de Serra, 1820)

Dans la même lignée, en 1823, le Président Monroe (1817-1825) formula sa doctrine de « l’Amérique aux Américains »3 : Les Etats-Unis promettaient de ne pas s'engager dans les affaires européennes, alors qu'ils regardaient toute intervention des Etats européens sur le continent américain comme une agression. (cette clause était prévue pour protéger les états indépendants d’Amérique Latine des visées coloniales des états européens). Jefferson comme Monroe se firent ainsi les fondateurs et défenseurs de l’isolationnisme américain, véritable courant de pensée défendu jusqu’à aujourd’hui en matière de politique étrangère américaine Cette conception « d’exceptionnalisme » américain, qui représenterait le gouvernement le plus abouti et le plus parfait, justifiait l’idée d’une « destinée manifeste » des Etats-Unis, consistant à diffuser son système de valeurs et de gouvernement à travers le monde, afin de le faire progresser à son image. L’idée d’une mission civilisatrice des Etats-Unis, justifiée par leur modèle de développement infaillible basé sur la démocratie libérale et la foi chrétienne, se forma autour des années 1845, avec la création du concept de Destinées Manifeste : l’auteur de la formule, le publiciste John O’Sullivan, directeur de la Democratic Review, en formulait ainsi les implications : « Notre Destinée Manifeste consiste à nous étendre sur tout le continent que nous a alloué la Providence pour le libre développement de nos millions d’habitants qui se multiplient chaque année »

Pour le géopoliticien Yves Lacoste, la « manifest destiny », c’est : « le destin, le rôle que Dieu aurait manifestement confié à l’Amérique de développer les valeurs de liberté, de justice et de progrès, de les étendre le plus possible et de les défendre contre toute tyrannie »

Vers 1890, les frontières étasuniennes étant fixées, les Etats-Unis étendirent au-delà de celles-ci leur « mission civilisatrice ». Pourtant, en tant qu’ancienne colonie britannique qui avait combattu pour son indépendance, les Etats-Unis ne pouvaient adopter la forme de colonialisme des états européens. C’est pourquoi, à part quelques cas (Philippines, 1898), le mode d’impérialisme américain fut fondé sur l’exportation de valeurs, aussi bien marchandes que culturelles, et ne provoqua pas une perte de souveraineté des pays. Les Etats-Unis, contrairement aux états européens pratiquèrent un expansionnisme économique, commercial et culturel, qui ne reposa pas sur la fondation de colonies (c’est à dire la confiscation de la souveraineté d’un Etat pour le contrôler). La mission des Etats-Unis devait être de « civiliser » le monde, le rendre à son image, pour faire littéralement le bonheur des autres états malgré eux. Ce principe de « destinée manifeste » se conjugua de façon différente selon les deux grandes orientations - réalistes ou idéalistes - qui allèrent former le socle de la politique étrangère américaine.

B- : RÉALISME ET IDÉALISME EN POLITIQUE ÉTRANGÈRE Les grands spécialistes de la politique étrangère des Etats-Unis s’accordent pour distinguer deux grands héritages fondamentaux : le réalisme4 représenté par Théodore Roosevelt (Président de 1901 à 1909), et l’idéalisme5 du Président Woodrow Wilson (Président de 1913 à 1921).

Le réalisme de Roosevelt (1901-1909) Le 10ème président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt, avait une vision dite réaliste (c’est-à-dire : voir les choses telles qu’elles sont) des relations internationales : il considérait que les états étaient des entités égoïstes défendant avant tout leurs intérêts, par la force si besoin. Th. Roosevelt reprenait le concept de « destinée manifeste » afin de justifier l’expansionnisme et l’interventionnisme des Etats-Unis hors de ses frontières. Ainsi, en 1904, par ce qu’on appelle le corollaire Roosevelt à la doctrine Monroe6, il affirmait le devoir des Etats-Unis à intervenir dans la zone des Caraïbes et de l’Amérique Latine quand leurs intérêts seraient menacés :

« L’injustice chronique ou l’impuissance qui résulte d’un relâchement général des règles de la société civilisée peut exiger, en fin de compte, en Amérique ou ailleurs, l’intervention d’une nation civilisée et, dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des Etats-Unis à la doctrine de Monroe peut forcer les Etats-Unis, même à contrecœur, dans des cas flagrants d’injustice et d’impuissance, à exercer un pouvoir de police international » (Message au Congrès du 6 décembre 1904). Roosevelt tenait un discours reposant sur l’idée de puissance, évoquant un « pouvoir de police internationale » pour réprimer les déviances, mais non pour propager le modèle américain. Jusqu’à nos jours, les réalistes ont toujours réclamé le statu-quo international (l’équilibre des forces), ne cherchant pas à changer l’ordre du monde à leur profit.Théodore Roosevelt pratiqua une politique d'investissements ( la «diplomatie du dollar», surtout utilisée par son successeur : William H. Taft) et de menaces (« Big Stick ») pour faire triompher les intérêts américains dans leur zone d’influence (Caraïbes et Amérique Latine).



L’idéalisme de Wilson (1913-1921) « La présidence de Woodrow Wilson, présidence qui, de toute l’histoire des Etats-Unis, constitue probablement son moment le plus idéologisé » (G.Chaliand, A. Blin, America is back, Bayard, 2003). Le Président W. Wilson avait une vision idéaliste des relations internationales (voir les choses telles qu’elles devraient être, telles que l’on souhaiterait qu’elles soient). En effet, pour lui, les relations internationales devraient être harmonieuses et pacifiques grâce à l’obéissance des états à des règles de droit international et à un ordre garanti par des organisations supranationales : « Il doit y avoir, non pas un équilibre des puissances, mais une communauté des puissances ; non pas des rivalités organisées, mais une paix commune organisée » (Discours du 22 janvier 1917 au Sénat, Wilson). Wilson remettait en cause la diplomatie européenne traditionnelle, reposant notamment sur le secret. Internationaliste convaincu, il croyait en la coopération des états, au multilatéralisme7 : les prises de décision en matière d’action extérieure devraient être prises en consultation avec la communauté internationale et/ou reposer sur une action commune. « C’est principalement l’idéalisme wilsonien qui a imprimé son rythme à la politique américaine depuis sa présidence historique, et qui l’inspire aujourd’hui encore » (Henry Kissinger, Diplomatie, Fayard, 1996). Faisant sien le concept de « Destinée Manifeste » pour affirmer la mission quasi-divine des Etats-Unis de démocratiser le monde, il affirmait notamment : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté » (Ronald Steel, Mr Fix-it, in New York Review of Books, 5 octobre 2001, pp. 19-21).

Contrairement aux réalistes, les idéalistes tiennent un discours fondé sur la morale, revendiquant un changement du monde à leur image, afin de le faire progresser. L’Amérique est perçue comme le meilleur modèle démocratique du monde, la démocratie libérale, qui s’appuie sur les libertés publiques, mais aussi l’économie de marché.

A la même époque (années 1920-1930), l’Union Soviétique naissante se construisait sur une idéologie à vocation universelle dont les valeurs étaient fondamentalement différentes et opposées à celles des Etats-Unis : athéisme, démocratie populaire, communisme, et rejet de l’économie de marché. Cette opposition idéologique sur la vision du monde de l’URSS et des USA est essentielle à une bonne compréhension de la vision du monde des Etats-Unis durant la Guerre Froide, de 1947 à 1991. Enfin, pour affirmer ses positions, Wilson reprenait les théories de Kant, selon lesquelles les démocraties ne se font pas la guerre. Le modèle démocratique américain était donc considéré comme le plus vertueux, garant de liberté, prospérité et sécurité : « L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde L’Amérique a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice. »

Les fameux « 14 points » de Wilson, qui servirent de base à la paix de 1918 et à la création de la Société des Nations, ancêtre des Nations-Unies, constituent une synthèse parfaite de la pensée du président américain. Pourtant, celui-ci fut désavoué par le Sénat en 1920, qui refusa de signer le Traité de Versailles que Wilson avait pourtant négocié : les tendances isolationnistes avaient repris le pouvoir ; elles restèrent prépondérantes durant les années 1920-1930.

II- PRATIQUES ET ÉVOLUTION DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DES ANNÉES 1920 À 1991

A- DE L'ISOLATIONNISME8 RELATIF DES ANNÉES 1920-1930 AU RETOUR DES PRINCIPES DE WILSON Après la Première guerre mondiale, l’opinion publique américaine désire profiter de la paix retrouvée, de la prospérité du pays, et se protéger de tout engagement avec les européens qui pourraient à nouveau les conduire à la guerre. Le républicain Warren G. Harding est élu à la Présidence en 1921 avec comme slogan le « retour à la normale ». Mais le retrait américain des affaires européennes ne fut que relatif : les Etats-Unis s’occupèrent en effet activement des questions des remboursements des prêts que les états européens avaient contracté pendant la guerre, ainsi que de la question des importantes réparations que l’Allemagne tardait à payer. Les Plans Dawes (1924) et Young (1929) permirent de réduire les réparations et initièrent les prêts américains à l’Allemagne. Les Etats-Unis s’engagèrent également pour le désarmement naval (1924 : traité des neuf puissances). Enfin, en 1928, le pacifisme américain s’exprima par le Pacte Briand-Kellog (des noms des responsables des politiques étrangères française et américaine) qui mettait la guerre hors la loi mais restait d’une valeur symbolique. Avec la crise économique de 1929 et la profonde dépression qui frappa les Etats-Unis puis le monde, la politique étrangère fut mise de côté. Franklin Delano Roosevelt (président de 1933 à 1945) fut en effet élu sur un programme de redressement économique, la Nouvelle Donne (New Deal). Une vague d’isolationnisme déferla sur l’Amérique alors que les crises internationales se multipliaient (invasion de la Mandchourie par le Japon en 1931, arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933, invasion de l’Ethiopie par l’Italie en 1935). Des lois de Neutralité furent votées en 1935, 1936 et 1937, interdisant d’exporter des armes vers des états belligérants, ou de leur accorder des prêts et crédits). Cependant, ces lois furent progressivement révisées lorsque les évènements conduisant à la guerre s’accélèrent dès 1938 (Anschluss, puis début du second conflit mondial en Europe).

Roosevelt et l’application des principes wilsoniens dans un contexte international favorable (1941-1948) C’est au nom de la défense de la démocratie que Roosevelt engagea progressivement son pays dans la guerre, en consentant un prêt-bail d’armes aux Anglais : « Nous devons être le grand arsenal de la démocratie » (conférence de presse, le 17 décembre 1940). Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les Etats-Unis entraient en guerre contre les fascismes. Roosevelt s’inspira alors largement de Wilson lors de son engagement dans la Seconde Guerre Mondiale : il désirait faire triompher la civilisation dont l’Amérique se devait d’être le héraut ; la guerre était perçue comme la lutte entre les forces du Bien (les démocraties alliées) et celles du Mal (les fascismes de l’Axe). La victoire assurée, les Etats-Unis, seule puissance encore prospère, présida à la reconstruction du monde nouveau. L’influence des conceptions wilsoniennes fut patente lors de la conception des grandes institutions internationales – ONU) qui projetaient au niveau mondial les valeurs américaines : respect de la démocratie et des droits de l’homme, libéralisme économique et de marché, règlement pacifique des différends... Les Etats-Unis expérimentaient même l’exportation de leur modèle grandeur nature au Japon, qu’ils occupèrent durant sept ans, et dont ils changèrent radicalement les structures. Pourtant l'idéalisme wilsonien ne fut pas triomphant. Suite à la faillite de la Société des Nations (1920-1946), Roosevelt est aussi l'homme réaliste qui institue le Conseil de Sécurité au sein des Nations Unies, qui regroupent les "cinq gendarmes" (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Chine, URSS)responsables de l'ordre mondial.

B- LA GUERRE FROIDE (1947-1991) PÉRIODE D'OSCILLATIONS COMPLEXES 1- la Guerre Froide et ses doctrines Le contexte international particulier que fut celui de la « Guerre Froide » contraignit fortement la politique étrangère américaine. En effet, l’URSS et l’idéologie communiste représentaient le pendant du modèle américain. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’URSS émergea comme seconde grande puissance après les Etats-Unis. Elle profita des bouleversements de l’après-guerre pour imposer son modèle en Europe orientale et en Asie. L’animosité et l’affrontement étaient inévitables entre les deux puissances qui jouèrent de leurs moyens militaires et financiers pour faire avancer leurs pions. La théorie de politique étrangère qui domina et déclencha la Guerre Froide était la politique dite de « l’endiguement », ou « Containment »9. Elle fut formulée ainsi par George Kennan en 1947, dans un article publié dans Foreign Affairs : « Le principal élément de toute politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’URSS doit être un endiguement des tendances expansives de la Russie, à long terme, avec patience, mais fermeté et vigilance ». Cette politique fut appliquée par le président Truman (1945-1953) qui devait assurer la transition d’une politique wilsonienne à une politique réaliste. Le plan Marshall, prévoyant une aide économique importante pour les pays exsangues d’Europe occidentale, en fut l’outil le plus important : en effet, il permit de conserver dans le giron des démocraties libérales ces pays sans ressources suite à la guerre. Lorsque les moyens financiers ne suffisaient pas à trancher, les deux puissances s’affrontèrent militairement, comme ce fut le cas durant la guerre de Corée de 1950-1953. Dans ce contexte, les réalistes furent prépondérants et développèrent des théories solides sur lesquelles devait reposer l’action politique, comme celle que formula Morgenthau en 1948 : une vision réaliste doit impliquer que la stabilité internationale repose sur l’équilibre des forces, toute tentation de recourir à la violence devant être désamorcée par la menace crédible d’une contre-violence. La diplomatie mise en œuvre fut donc celle de la dissuasion.

2- Les démocrates wilsoniens dans la guerre froide Rapidement, l’acquisition par l’URSS de l’arme atomique rendit improbable un affrontement frontal, car un tel conflit aurait mené à une destruction mutuelle des belligérants. C’est l’équilibre de la terreur qui contraignit les présidents américains à pratiquer une politique étrangère pragmatique (def) : - John F. Kennedy (1961-1963), démocrate wilsonien, créa les « Peace corps », corps de volontaires pour le développement, la préservation de la paix et la diffusion des valeurs américaines. Mais confronté à la crise des fusées de Cuba en 1962, il appliqua une « realpolitik » face à l’URSS. De plus, face à l’avancée du communisme au Vietnam, il y envoya les premières troupes américaines. - Son successeur, Lyndon Johnson (1963-1969), mena une politique libérale au plan intérieur (abolition de la ségrégation raciale en 1964), mais s’enfonça maladroitement au Vietnam en engageant de plus en plus de troupes. La guerre de Vietnam initie une nouvelle ligne de partage des politiques : les « faucons », partisans du prolongement de l’engagement américain, et les « colombes » qui souhaitent la paix.



3- La rupture néo-réaliste du tandem Nixon-Kissinger (1969-1974) « L'équilibre des puissances et non la paix est l'objectif de tout homme d'Etat qui doit être pragmatique et réaliste et prêt au compromis en évitant des objectifs idéologiques ». Henry Kissinger, Diplomatie. Lors de son arrivée au pouvoir en 1969, le républicain Nixon appela l’expert en politique étrangère Henry Kissinger au poste d’assistant pour les affaires de sécurité nationale. Ce duo mena la politique la plus réaliste (et la moins idéologique) de l’histoire des Etats-Unis. Kissinger renouait avec le réalisme traditionnel de Roosevelt en le modernisant, Nixon partageant cette vision du monde : le duo poursuivit certes la politique d’endiguement vis à vis de l’URSS, mais il porta un regard froid sur cette lutte en refusant de prendre en compte le facteur idéologique. Nixon et Kissinger considérèrent la Guerre Froide comme un affrontement entre deux grandes puissances dont les intérêts étaient concurrents. La mise en sourdine de la lutte idéologique permit à Nixon de se retirer du Vietnam en 1973 et de fonder une alliance stratégique avec l’autre grand pays communiste qu’était la Chine. Ce revirement inattendu constitua un véritable « coup de poker » du duo qui se révéla être un grand succès diplomatique, menant à la « détente » (accords avec l’URSS sur la limitation des armes stratégiques, SALT10 I en 1972 et SALT II en 1974). Pourtant les Etats-Unis se fourvoyaient dans des alliances avec des états autoritaires, participant au renversement de Salvador Allende par le Général Pinochet au Chili, en 1973. Après la démission de Nixon suite au scandale du Watergate, Gerald Ford (1974-1977) reprit le flambeau présidentiel en conservant Kissinger à la tête de la politique étrangère du pays. La continuation de la politique précédente aboutit à la signature des accords d’Helsinki en 1975, fondant la CSCE (Conférence sur la Sécurité et la coopération en Europe, avec participation de l’URSS et des USA). Nixon et Kissinger, en pratiquant un réalisme poussé qui n’avait pas été repris depuis Théodore Roosevelt, bouleversèrent les données de la politique étrangère américaine pour une courte durée. En effet, dès 1977, le démocrate Carter, renoua avec la tradition américaine mêlant morale et politique.

4- Carter et le retour de la morale (1977-1981) En 1977, après les présidences républicaines de Nixon et Ford, le démocrate Carter ré-instaura la morale et le droit dans la politique américaine, par la promotion et la défense des droits de l’homme dans le monde. Ce nouveau cheval de bataille lui permit de continuer à s’opposer à l’URSS sur ce point tout en nouant des alliances plus morales et moins opportunistes. Cela permit pour un temps de redonner une « virginité idéologique » aux EU, qui s’étaient compromis avec des régimes autoritaires durant les années 1970. Le meilleur exemple en est sans aucun doute le travail que fit Jimmy Carter pour qu’israéliens et égyptiens signent un accord de paix. La rencontre de Camp David entre Anouar el-Sadate, président égyptien, et Menahem Begin, premier ministre israélien en 1979, fut l’un des faits marquants de la présidence de Carter. Cependant, l’idée de la supériorité et de l’exception américaines étaient toujours présents :

« Nous avons notre forme de gouvernement démocratique que nous pensons être la meilleure. Dans tout ce que je fais concernant la politique intérieure ou extérieure, j’essaie de faire en sorte que les gens réalisent que notre système fonctionne et que cela puisse servir d’exemple à d’autres. » (Carter, Discours du 2 mai 1977).

Souhaitant se rallier d’autres partenaires, les Etats-Unis pratiquèrent une politique d’ouverture, de séduction et de « coexistence pacifique » avec l’Union Soviétique notamment. Pourtant, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 marqua la fin de cette politique et le retour à la politique de Containment.

5- La synthèse reaganienne (1981-1989) Selon plusieurs auteurs, le président Ronald Reagan a incarné une synthèse presque parfaite des courants réalistes et idéalistes de la politique étrangère américaine.

D’un côté, il entraîna l’URSS dans la « Guerre des étoiles »11, projet titanesque qui contribua en grande partie à grever les finances déjà vacillantes de l’Union Soviétique, il fit financer et armer les opposants au communisme dans plusieurs pays (antisandinistes du Nicaragua, combattants afghans et surtout islamistes en Afghanistan…), et gagna l’opinion publique à sa politique en la présentant en des termes manichéens, désignant l’URSS comme « l’Empire du mal », et s’attaquant déjà à « la confédération des Etats terroristes » , visant essentiellement l’Iran et la Libye. (Discours sur l’état de l’Union de 1985). D’autre part, Reagan se fit le fer de lance de la lutte pour la diffusion de la démocratie dans le monde. S’appuyant sur une théorie formulée par Jeanne Kirkpatrick selon laquelle les dictatures de droite, contrairement à celle de gauche (communisme) sont capables de s’auto-réformer au point de se transformer en démocraties libérales, il élargit de façon conséquente les territoire d’application de la démocratisation et justifiait l’importance des moyens qu’il désirait consacrer à cette cause : « Autour du monde aujourd’hui, la révolution démocratique gagne en force . Nous devons être fermes dans notre conviction que la liberté n’est pas uniquement la prérogative de quelques privilégiés mais un droit inaliénable et universel pour tous les êtres humains» (Discours du 8 juin 1982). Mêlant dans ses discours des idées de puissance et de morale, Reagan réussit ainsi à construire une véritable « morale stratégique » américaine : combattre pour la démocratie dans le monde devait permettre la préservation des intérêts américains en tant que première démocratie. Agissant selon des pratiques réalistes, il désirait cependant renverser le statu-quo au profit des Etats-Unis, et non plus maintenir l’équilibre, comme le fit Nixon. Il utilisait la démocratie non seulement comme fin, mais également comme moyen pour arriver à des fins plus pragmatiques : la chute de l’URSS. Vers la fin du multilatéralisme ? Contrairement aux wilsoniens qui favorisaient le multilatéralisme, Reagan n’eut aucun scrupule à agir seul, unilatéralement, dédaignant des institutions internationales qui avaient intégré depuis les années 1960-1970 de nombreux pays du Tiers-Monde, peu favorables aux USA. Ce dédain à l’égard des institutions internationales allait s’amplifier durant les années 1990 et suivantes…

III- DEPUIS 1991, UN NOUVEL ORDRE MONDIAL ?

A- George Bush (1989-1993) et le Nouvel Ordre Mondial George Bush eut la charge difficile d’être le premier président américain depuis près de 50 ans à faire passer le monde de l’ancien système international bipolaire de la Guerre Froide à un nouveau contexte mondial dans lequel les Etats-Unis avaient le statut d’unique grande puissance. Le président, qui appartenait à la branche « réaliste » et gestionnaire des reaganiens s’attacha, dans un contexte international très instable, à créer de nouveaux liens avec l’ancien ennemi russe et ses satellites qui proclamaient alors tour à tour leur indépendance. Décider des nouveaux objectifs de politique étrangère des Etats-Unis dans le monde de l’après Guerre Froide, il lança, avec ses conseillers, le concept de « Nouvel Ordre Mondial », éminemment wilsonien, puisqu’il se basait sur le respect du droit international et des grandes institutions de coopération :

« Nous nous devons aujourd’hui, en tant que peuple, d’avoir une intention de rendre meilleure la face de la nation et plus douce la face du monde ».

C’est en partie au nom de ce nouvel ordre mondial que les Etats-Unis s’opposèrent militairement à l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990-1991, et ce dans le cadre d’une politique multilatéraliste, puisque la coalition dirigée par les Etats-Unis s’était constituée dans le cadre officiel des Nations Unies. Cependant, cette guerre, dite « Guerre du Golfe », allait avoir des conséquences désastreuses dans les années 1990 et le début du XXIème siècle : la présence américaine sur les lieux saints de l’islam et l’évidente hégémonie économique et militaire des Etats-Unis révélèrent au monde entier que l’on était bien passé à une autre ère de l’histoire des relations internationales… Les Etats-Unis allaient-ils devenir les « gendarmes du monde », voire imposer au monde entier leur système de valeurs ?

B- Clinton : le retour des démocrates (1992-2000) L’originalité de Bill Clinton a été d’étendre à la sphère économique le concept de sécurité nationale américaine. « Wilsonien pragmatique », il a lié le libéralisme économique au modèle démocratique. Bill Clinton a ainsi conduit une politique de soutien aux pays les plus prometteurs dans ces deux domaines, afin de rendre le monde plus sûr pour les démocraties et les Etats-Unis. « Notre stratégie de sécurité nationale est donc fondée sur l’objectif d’élargir la communauté des démocraties de marché tout en dissuadant et en limitant la gamme des menaces qui pèsent sur notre nation, nos alliés et nos intérêts. Plus la démocratie et la libéralisation politique et économique s’imposeront dans le monde, notamment dans les pays d’importance stratégique pour nous, plus notre nation sera en sécurité et plus notre peuple sera susceptible de prospérer ». Extrait du document Stratégie de sécurité nationale présenté par le Conseil de sécurité Nationale de l’administration Clinton (1994 et 1996) Contrairement aux réalistes, Clinton a favorisé le Soft power12 (Pouvoir attractif) aux dépens du Hard power13 (pouvoir coercitif, notamment les moyens militaires). Ce concept de Soft power, qui est « la capacité d’arriver à ses fin par un pouvoir de séduction et d’attirance, plutôt que par la menace ou la marchandage. », a été défini par Joseph S. Nye, secrétaire adjoint à la Défense de 1994 à 1995. Il s’appuyait notamment sur la coopération internationale et donc le multilatéralisme. Cependant, la politique étrangère de Clinton devint de plus en plus unilatéraliste sous l’influence du Congrès très conservateur. Bill Clinton enregistra des demi-succès : Accords Rabin-Arafat en 1993 et accords de Wye Plantation en 1998 entre Israël et l'autorité palestinienne, mais remise en cause de ces progrès en 2001 ; intervention et victoire de l’OTAN en 1999 au Kosovo, mais persistance des conflits dans la région, entre autres.

C- GEORGE W. BUSH ET L'HYPER-TERRORISME

Comme plusieurs ouvrages (America is back, Washington et le monde…) et documentaires (Fahrenheit 9/11, le monde selon Bush) le notent, il convient d’abord de souligner a quel point le nouveau président Bush est apparu en novembre 2000 comme peu intéressé par les questions de politique étrangère, laissant envisager un isolationnisme modéré (projet du bouclier antimissile ). Mais le poids de l’entourage du président et l’accélération des événements suite aux attaques-attentats du 11 septembre 2001 ont provoqué un grand changement de stratégie internationale des Etats-Unis. Dans l’équipe présidentielle composée essentiellement de néo-conservateurs d’obédience reaganienne, les modérés, des gestionnaires réalistes (Colin Powell, Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, secrétaire à la Sécurité Nationale), s’effacent derrière le poids des extrémistes (Donald Rumsfeld, Ministre de la Défense, Paul Wolfowitz, son conseiller, et John Ashcroft, ministre de la justice), qui font partie des wilsoniens réalistes. Ces néo-conservateurs14 cherchent à façonner le monde selon les valeurs américaines, comme désirait le faire le président Wilson au début du XXème siècle, comme le montrent nombre d’interventions du président Bush, dont celle du 12 septembre 2001 : « nous avons trouvé notre mission ». Mais, comme Roosevelt, ils emploient des moyens « musclés » (menaces et coercition militaire) pour arriver à leur fins, et non l’instauration et le respect de règles internationales. C’est pourquoi Pierre Hassner, spécialiste des Etats-Unis, qualifie leur politique de « wilsonisme botté ». Les attaques-attentats du 11 septembre, en provoquant un choc psychologique important, ont ainsi constitué une véritable opportunité à une partie de l’équipe présidentielle de George W. Bush. En effet, les « faucons » de l’administration Bush, formés dans le contexte de la Guerre froide, recherchaient un moyen de conserver une marge de supériorité et la puissance étasunienne, qui ne se justifiait plus dans le contexte des années 1990. Le 11-septembre a été le déclencheur d’une nouvelle forme de conflit, celle d’une gigantesque puissance contre ce que George W. Bush a nommé « l’axe du Mal »… Mais quel est cet « axe du Mal » ? Des Etats aussi différents et sans relations comme la Corée du Nord et l’Iran ? Des Etats autoritaires ? La civilisation et la religion musulmanes ? Le terrorisme ? Mais peut-on faire la guerre contre le terrorisme, alors que ce terme ne désigne qu’un moyen de faire la guerre, et non une idéologie, un système économique, une religion, une culture ou une civilisation, et encore moins un Etat ?

D- UNE NOUVELLE TENTATION IMPÉRIALE Situation paradoxale : image de la toute-puissance et de la fragilité. Mars-Avril 2003 opération “Shock and Awe” “Choc et effroi” ! Mais image d'une force échouant sur une stratégie asymétrique contre une guérilla et des attentats. On se rappelle la Gande armée face à la guérilla espagnole. Filer à l'anglaise se dit d'ailleurs filer à la française en espagnol maintenant ... Sera-ce le cas en arabe pour les EU dans les années à venir ? 2,3 millions de militaires dont 1,4 d'actifs. Capacité de projection : 400 000 hommes (contre 60 000 pour la Russie).

Premier budget militaire du monde avec 645 Mds de $ en 2008. 4% du PIB. (3% avant 2001). Loin des 11% de la guerre de Corée ou des 8% de 1970. France : 48 Mds d'euros en 2007 soit 2,7%. Budget du DoD (Department of Defense) permet acheter des F-35, F-22, hélicos Blackhawk, entretenir une armée de métier d'1,4 million hommes. Dépenses de R&D militaire 4 fois plus élevées qu'en Europe. Pour 5 des 6 premières entreprises mondiales du secteur : Lockheed-Martin et ses F35, F22 et vieux F16, Boeing n°2, Northrop Grumman n°3, Raytheon n°5, General Dynamics n°6. Manne qui profite aussi aux entreprises de service : 25 000 membres de d'une armée privée en Irak pour assurer la protection des convois, gardiennage de sites de reconstruction. Avantage technologique global (“Technology Gap”) avec 2,8% du PIB pour la recherche. Agence fédérale pour encadrer la technologie d'armement : la DARPA (“Defense Advanced Research Projects Agency”). Développement de l'arsenal malgré les accords de réduction des armes stratégiques (START I et II). Les EU se retirent du traité ABM en 2002 et entreprennent de déployer un “bouclier antimissiles” comme au plus beau temps de la guerre des étoiles reaganienne. Missiles à têtes multiples et à trajectoires indépendantes prévus pour 2018 ! Système Échelon sous le contrôle de la NSA repose sur un maillage de bases d'écoute sur toute la planète (Guantanamo, Morenstow au RU, Misawa base US au Nord de Honshu au Japon, Pine Gap en Australie) grâce à un accord secret de 1947 : le pacte UKUSA, révélé en 1999 et auquel se sont joints Canada, Australie et NZ. L'Allemagne à Bad Aibling, la Corée à Pyong Taek idem ont accepté de recevoir des bases d'écoute sur leur sol. Même la Chine participe après avoir accepté la construction d'une base d'écoute dans l'Ouest à Qitai Korta " En tant que Président des Etats-Unis, je peux vous assurer que les écoutes sont un facteur essentiel dans notre processus de décision en matière internationale " G. Bush. La première utilisation évidente : putsch en Russie août 1991 où après une déclaration mesurée, Bush se contredit quelques heures plus tard et condamne le putsch car a eu la transcription des conversations téléphoniques en URSS qui montraient le manque d'assurance et de coordination des militaires russes.

DÉFINITIONS SUR LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

ABM (Traité ABM - Anti-Ballistic Missile Treaty)

Traité sur la limitation des systèmes anti-missiles balistiques, signé en 1972 entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis. Il interdit aux Parties de construire un système global de défense contre les attaques de missiles stratégiques et limite fortement le développement et le déploiement des missiles. Les Etats-Unis se retirent de ce traité en décembre 2001, afin de permettre le déploiement d’un système de protection du territoire américain (NMD). (Questions Internationales)

Communauté internationale

Aucun texte normatif à vocation universel ne définit ce vocable. Ainsi, les définitions sont multiples selon le point de vue de l’auteur. Généralement, on peut dire que la notion de « communauté internationale met l'accent sur la solidarité mondiale et sur un dépassement des États par une ou des forme(s) d'organisation susceptible(s), sinon d'imposer une politique aux États, du moins d'exercer une influence sur celle-ci. En conséquence, proclamer agir au nom de la "communauté internationale", c'est en effet affirmer que l'on agit de manière légitime, en dépassant des intérêts particuliers pour se fonder sur ceux de l'humanité. ». Pourtant, de façon pratique, il est souvent difficile d’identifier une réelle « communauté internationale », et ceci pour deux raisons principales : 1. Les Etats peuvent à leur gré se soustraire aux règles de droit international en ne s’engageant pas ou en se soustrayant aux traités. 2. Les institutions internationales, comme l’ONU, sensées représenter la communauté internationale, sont loin d’être des organismes démocratiques. Ainsi, la puissance économique, financière et militaire d’un pays détermine souvent les possibilités pour cet Etat de faire valoir son avis au niveau international. Il est dès lors possible de critiquer la « légitimité » d’une communauté internationale inégalitaire, qui s’adresse et est dominée par les pays puissants.

Conseil national de sécurité (National Security council, NSC)

Le NSC, institution qui regroupe des acteurs de plusieurs ministères recueille et synthétise diverses informations de nature politique ou militaire afin de conseiller le Président sur les affaires de politique étrangère et de sécurité. Sa composition et son influence sont variables selon les gouvernements, mais il constitue toujours un filtre entre le Président et les autres services gouvernementaux.

Département national pour la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS)

Créé en 2002 par George W. Bush pour prévenir d’autres attaques terroristes similaires au 11 septembre 2001. Il rassemble plusieurs agences fédérales chargées de la protection des frontières : les gardes-côtes, les douanes, les services d’immigration, la nouvelle agence de sécurité du transport aérien. Il centralise aussi les informations sur le terrorisme recueillies par la CIA (Central Intelligence Agency) et le FBI (Federal Bureau of Investigation).

Dissuasion (Deterrence)

Selon la théorie de la dissuasion, si un Etat est suffisamment puissant sur le plan militaire, aucune autre puissance ne sera tentée de l’attaquer par crainte des représailles possibles. (Questions Internationales)

Doctrine des représailles massives

Doctrine stratégique américaine établie en 1954, prévoyant une riposte nucléaire immédiate contre tout pays agresseur des Etats-Unis ou d’un pays allié. (Questions Internationales)

Doctrine Nixon

Dès 1969, Nixon annonça sa volonté de réduire l’engagement militaire américain dans le monde. Les pays victimes d’une agression pouvaient compter sur un appui financier et matériel des Etats-Unis mais non plus sur un engagement direct de l’armée américaine.

Expansionnisme

Attitude politique d’un Etat qui vise à étendre son pouvoir sur des territoires d’autres Etats.

Guerre Froide

Période historique (1947-1989) qui voit un état de tension et d’hostilité entre les deux grandes puissances de l’époque : les Etats-Unis et l’URSS. Elle se caractérise par un affrontement dans tous les domaines (idéologique, commercial, économique), excepté le domaine militaire, puisque un affrontement frontal aurait conduit à une destruction mutuelle (équilibre de la terreur).
__ Interventionnisme (dans les relations internationales)__

Tendance d’un Etat à intervenir (économiquement, mais surtout politiquement et militairement) dans les affaires d’un autre Etat et/ou dans le cadre d’un conflit. Cette notion n’est pas le contraire de l’isolationnisme puisque ce type d’ « engagement » dans les affaires internationales sous-entend une pratique d’ingérence (non-respect de la souveraineté d’un autre Etat) et non d’un engagement vertueux dans le fonctionnement de la communauté internationale.

Jacksoniens

De Andrew Jackson, un des premiers présidents américains (1829-1837). Il a donné son nom à un ensemble de pratiques isolationnistes. Ce courant est aussi caractérisé par l’unilatéralisme ne cas d’intervention à l’extérieur.

National Missile Defense (NMD)

Programme de défense des Etats-Unis contre les tirs de missiles balistiques limités ou non autorisés en provenance d’Etats nucléaires ou disposant d’armes de destruction massive. Lancé par Bill Clinton an 1999 sous le nom de NMD et réformé par l’administration Bush qui l’a rebaptisé MD. Ce dernier apparaît comme un système plus complexe et global qui doit non seulement protéger le territoire national, mais également les pays alliés et amis ainsi que les force déployées, en interceptant le missile dans toutes les phases de sa trajectoire.

Pragmatisme

Les dirigeants américains, indépendamment de leur tendances politiques ou leur idées sur la politique étrangère, ont tendance à mener une politique étrangère pragmatique, c'est-à-dire, qui se forme et s’adapte aux réalités du contexte international.

Préemption (guerre préemptive)

« La notion de préemption est classiquement distinguée de celle de guerre préventive, par l’imminence et la certitude de l’attaque adverse. L’administration Bush l’utilise de manière beaucoup plus générale pour des menaces indirectes ou ambiguës qui relèveraient normalement de la guerre préventive ». (Vaïsse, Hassner, Washington et le monde : dilemmes d'une superpuissance, Editions Autrement, Paris, 2003, p. 112).

« Ce concept de menace imminente doit être adapté aux capacités et aux objectifs de nos adversaires d’aujourd’hui. » The National Security Strategy, sept. 2002.

Start (Strategic Arms Reduction Treaty)

Traité américano-soviétique (Start I, signé en 1991 et entré en vigueur décembre 1994) et américano-russe (Start II, 1993, entré en vigueur en 2000) sur la réduction des vecteurs d’armes nucléaires stratégiques terrestres et sous-marines.

TICE (Traité d’interdiction complète des essais nucléaires) Ou CTBT (Comprehensive Test Ban treaty).

Signé le 24 septembre 1996, il interdit toute explosion nucléaire, quelle que soit sa nature, et tout encouragement ou participation à la préparation d’un essai nucléaire à des fins militaires ou autres. A ce jour, il a été signé par 165 Etats et ratifiés par 93. Les Etats-Unis l’ont signé, mais pas ratifié, ils ne sont donc pas liés par ce traité.

TNP (Traité de Non-prolifération des armes nucléaires)

Signé le 1er juillet 1968, le TNP interdit l’acquisition d’armes nucléaires par les pays qui n’en disposent pas à cette date, promeut un processus de désarmement pour ceux qui en sont dotés, et garantit à tous l’accès aux techniques nucléaires civiles.

Unilatéralisme

Tendance à prendre des décisions et agir seul, sans consultation ni soutien de la communauté internationale.

War Powers Act

Adoptée en 1973 à la suite de l’intervention au Vietnam, cette loi sur les pouvoirs de guerre dispose que le Président doit consulter, au préalable et dans la mesure du possible, le Congrès en cas d’engagement des troupes ; informer ce dernier dans les 48 heures suivant un engagement des forces sans déclaration de guerre ; retirer les troupes dans les 60 jours (90 en cas de circonstances particulières) si le Congrès n’a pas déclaré la guerre, ou effectuer une déclaration conjointe approuvant l’action en question.

D- VERS LA GUERRE PERMANENTE ?

1- Etat des lieux en 2006 Les démocrates et Bush ont deux visions du monde fort différentes. Pour autant, ces deux visions se traduiraient-elles par deux politiques diamétralement opposées ? Avant de répondre, effectuons un bref état des lieux. Depuis l’attentat du 11 septembre 2001, le monde a enfin intégré les changements profonds résultant de la fin de la guerre froide et les mutations que cette même guerre froide avait en quelque sorte masquées. Certes il aura fallu une décennie pour comprendre ces transformations ainsi que l’impact de l’attentat terroriste le plus retentissant depuis celui de Sarajevo en 1914, également révélateur d’une crise géopolitique. Paradoxalement, malgré l’émergence de l’hyperpuissance américaine et de la tentation hégémonique manifestée par les dirigeants américains, les Etats-Unis connaissent une crise politique et sociale. Cette crise fait que le soi-disant modèle de la démocratie et de la liberté est aujourd’hui une société en régression qui a choisi de se détourner de la communauté internationale. Or, aujourd’hui, le monde ne peut se passer de l’Amérique, et l’Amérique ne peut se passer du monde. Seul pays susceptible de stabiliser un monde instable, l’Amérique a choisi depuis quatre ans une direction politique favorisant l’instabilité et l’anarchie. Dans un autre registre, au nom de la démocratie et de la liberté, les Etats-Unis n’ont pas hésité à voter des lois qui remettent en question certains des principes de bases de la liberté individuelle. Au lieu d’investir intelligemment dans un système d’éducation qui en a bien besoin et dans un système de protection social en lambeau, Washington préfère augmenter ses budgets déjà faramineux de la défense et stopper l’immigration des cerveaux, au risque de voir son avantage scientifique s’évaporer. Mais la crise la plus grave qui menace l’Amérique est une crise politique. Celle-ci s’est manifestée notamment lors du fiasco de l'élection de 2000 et avec la dérive autoritaire que l’on constate aujourd’hui. Cette crise va donc au cœur de la démocratie. Elle se traduit par une inhabilité congénitale de modifier une constitution anachronique vieille de plus de deux siècles, par un système à deux partis, lui aussi hérité d’un lointain passé et qui contribue à diviser la société américaine en deux blocs opposés qui se paralysent mutuellement, par l’expansion systématique d’un État fédéral déjà beaucoup trop lourd et inefficace. L’administration Bush, plutôt que d’essayer de résoudre ces problèmes, n’a fait que les aggraver. La promesse de Bush en 2000 de rassembler l’Amérique paraît aujourd’hui dérisoire tant les Etats-Unis sont à l’heure actuelle plus divisés que jamais. En fin de compte, la crise politique américaine n’est tolérable que parce que le pays continue à jouir d’une économie en bonne forme.

2- Le rôle des néo-cons De quelle manière cette politique-a-t-elle changé au cours des six dernières années ? Transformation de la politique étrangère. Une mutation profonde s’est produite, et même presque une révolution. Durant deux siècles, trois courants ont défini la politique étrangère américaine : le courant isolationniste, le courant réaliste, le courant wilsonien. Les isolationnistes, en retrait depuis longtemps déjà sont désormais éliminés de la course politique. Les réalistes ont connu leur dernier grand moment avec le premier Bush et ils sont complètement marginalisés à l’heure actuelle au sein du parti républicain, à l’image de Colin Powell, le représentant le plus visible d’un mouvement qui a connu son heure de gloire avec Teddy Roosevelt puis avec Nixon et Kissinger. Restent les wilsoniens, dont la dernière grande figure est Bill Clinton et dont l’idéologie servait de support intellectuel et politique à John Kerry. Les principes wilsoniens n’ont pas énormément évolué depuis leur première formulation dans les années vingt mais c’est sur ces principes que repose l’approche générale du parti démocrate. La grande nouveauté réside évidemment dans l’émergence d’un autre courant qui, dorénavant, domine la politique américaine. Ce courant, c’est bien sûr celui que l’on associe à ceux que l’on appelle les néo-conservateurs mais qui dépasse aujourd’hui de très loin ce noyau originel dont la force principale est d’avoir mené une guerre des idées, à un moment opportun de l’histoire – celui de l’après guerre froide – et d’avoir en quelque sorte remporté cette guerre. Si on reprend les fondements de leur doctrine on tombe sur du “Wilsonisme botté”. Face à ce courant, seuls les wilsoniens plus traditionnels sont aujourd’hui en mesure d’apporter une alternative idéologique et politique. Néanmoins, on voit aussi que les démocrates sont pris au piège, et qu’ils sont obligés de se définir d’une certaine manière par rapport aux paramètres établis par les néo-conservateurs, à commencer par la guerre contre la terreur, les problèmes de prolifération nucléaire, et de manière générale, la question de la puissance américaine. En quoi consiste ce courant ? En quoi est-il différent des trois autres ? D’abord, c’est un courant qui n’a rien à voir avec les deux autres courants politiques de droite, le réalisme et l’isolationnisme et qui, finalement, aurait plus d’affinité avec le wilsonisme, ne serait-ce que parce qu’il entend d’une part changer le monde à l’image des Etats-Unis, d’autre part parce qu’il se définit surtout selon des critères moraux. L’idéologie néo-conservatrice est en réalité une fusion de plusieurs idéologies, liée à la fois l’évolution intellectuelle des idéologues du mouvement et aux alliances politiques noués récemment par ce mouvement, notamment avec la droite chrétienne fondamentaliste. Le 11 septembre a permis à ce courant au départ intellectuel d’émerger comme une véritable force politique. Sur le plan philosophique, le néo-conservatisme est profondément hégélien là où les réalistes sont des machiaveliens et les wilsonien des kantiens. Et rappelons d’ailleurs qu’Hegel s’est en partie inspiré de Kant, ce qui explique certaines affinités. Hégéliens, ils le sont à travers l’idée de la lutte, de la puissance, et du déterminisme historique. Avec les wilsoniens, ils partagent l’idée qu’un monde à l’image de l’Amérique serait un monde meilleur et l’idée que la démocratie et le libre-échange sont facteur de paix. Et qu’à ce titre, ils devraient être promus, voir imposés dans le reste du monde. Plus surprenant, le néo-conservatisme puise un certain nombre d’éléments dans l’expérience marxiste, à la fois dans l’idéologie trotskiste-léniniste, et aussi à travers le combat que nombre de néo-conservateurs ont mené contre le stalinisme puis le communisme en général. Parmi ces éléments, l’idée de la guerre permanente – corollaire de la révolution permanente de Trotski ; et l’idée d’une élite dirigeant les masses, c’est à dire d’un parti d’avant-garde détenant la vérité que ne comprennent pas nécessairement les masses populaires. Quand Bush déclare que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » on se retrouve quelques décennies en arrière avec Lénine. De la lutte anti-communiste, le néo-conservatisme tire une profonde haine des totalitarismes qui se traduit aujourd’hui par la volonté de décrire le phénomène terroriste comme une manifestation d’un totalitarisme islamiste semblable au nazisme ou au stalinisme. Enfin, le néo-conservatisme s’inspire aussi des théories de la stratégie nucléaire élaborées dans les années cinquante et soixante par des personnages comme Albert Wohlstetter et Hermann Kahn. C’est de là que vient l’idée d’une guerre préemptive, concept qui se rattache parfaitement avec celui de guerre permanente et qui en tant que tel constitue l’ossature de la politique étrangère de Bush. Pouvoir politique des néo-conservateurs. Entre les théories ridicules du complot juif et, à l’inverse, l’idée d’un mouvement très marginal et peu influent finalement, comme le décrivait le 28/09 Alexandre Adler dans les colonnes du Figaro, il y a une réalité qui est autre. Le néo-conservatisme est d’abord un mouvement intellectuel dont le but est d’influer sur la politique et non de manipuler les hommes de pouvoir. Bush par exemple n’est pas un néo-conservateur mais sa politique s’inspire largement des idées développées par le néo-conservatisme. Bien que les néo-conservateurs occupent quelques postes clefs au sein du Pentagone, de la maison blanche et auprès du vice-président, ils sont comparativement peu visibles au sein du gouvernement. Ils sont par exemple complètement absents du Département d’État. Leur force réside surtout dans la cohérence de leurs principes, et dans leur pouvoir de séduction. Les néo-conservateurs ont d’abord quelques idées forces comme la fameuse « guerre contre la terreur » qui traduit parfaitement en des termes politiques l’idéologie de la guerre permanente. Et puis ils sont parvenus à flatter l’ego collectif du peuple américain avec l’idée d’une hégémonie américaine au service de la liberté universelle. L’idée d’exploiter l’avantage comparatif des Etats-Unis à travers sa force militaire correspond à la culture stratégique américaine et a l’avantage d’être simple à expliquer, beaucoup plus, par exemple, que l’idée de la « puissance molle » véhiculée par les wilsoniens. Leur Grand dessein, qui part d’un remodelage géopolitique au Moyen-Orient, s’appuie sur les principes kantiens de la paix démocratique ré-inventés par les wilsoniens et se justifie à travers une politique de sécurité axée sur la double menace du terrorisme et de la prolifération nucléaire.

3- Néo-cons et démocrates : deux visions du monde. Pour les démocrates, le monde issu du système westphalien, c’est à dire fondé sur le maintien coûte que coûte de l’équilibre, multi-polaire ou bi-polaire, , fait place à un système qu’on pourrait appeler post-westphalien. C’est à dire un système privilégiant la sécurité collective, la diplomatie, les échanges en tous genres, la promotion de la démocratie et de la liberté, celle des droits de l’homme, ou encore la protection de l’environnement. Dans cette vision, la politique est un jeu où la somme n’est pas nulle, où les rapports internationaux sont fondés surtout sur la coopération, avec une vision partagée d’un univers où la liberté et la croissance économique sont préférables à la dictature et au sous-développement. Au centre de ce système, l’Amérique agit comme un arbitre de cette sécurité collective incarnée par des organisations telles que l’ONU ou encore comme le grand stabilisateur de l’échiquier géopolitique mondial. Du côté de Bush, la vision est tout autre. Le monde est un endroit hostile où seule compte la puissance brute. Les Etats-Unis sont au cœur de ce système. Les autres acteurs se définissent non pas en terme de puissance mais plutôt dans leurs rapports avec les Etats-Unis. Les rapports entre États sont des rapports semblables à de simples rapports humains d’amitié et d’inimitié. Les Etats-Unis peuvent compter sur quelques rares amis, comme l’Angleterre ou l’Australie. Mais même l’Europe compte des adversaires comme la France ou l’Allemagne. Ailleurs, le totalitarisme islamiste et ce qui reste du totalitarisme communiste sont autant d’adversaires qu’il faut écraser, même lorsqu’ils ne menacent pas directement les Etats-Unis. L’Amérique, pour maintenir son rang doit donc s’engager dans une lutte permanente - au nom de la liberté. En ces termes, l’hégémonie américaine est seule garante de la sécurité du pays et de la démocratie dans le monde. Donc, seule une politique active est désirable, y compris une politique préventive et préemptive, une politique réactive étant insuffisante. Pour reprendre l’analogie westphalienne, disons que c’est une vision pré-westphalienne avec un monde anarchique au centre duquel une nation hégémonique domine complètement l’échiquier. Dans le monde qui précéda la paix de Westphalie de 1648, cette nation était incarnée par l’empire Habsbourg. Rappelons que ce schéma est celui qui engendra les guerres de religion et l’atroce guerre de trente ans, soit un chaos indescriptible dont il fallut plusieurs décennie pour se sortir. Passons maintenant de la vision à la pratique. Ici, la frontière entre le scénario Bush et le scénario démocrate est beaucoup moins nette, par la cause d’une réalité qui impose, malgré tout, certaines contraintes. Second mandat Bush. Malgré l’échec en Irak, il aurait été naïf de croire à un changement de direction politique, bien au contraire. Le clan Bush, cette fois-ci avec un réel mandat électoral, a voulu appuyer sur l’accélérateur. Elle a voulu étendre la guerre préemptive ou permanente sur d’autres théâtres. La « guerre contre la terreur » demeure le fil conducteur de la politique étrangère et même de la politique intérieure. En conséquence, le poids des budgets de défense et de sécurité, combiné avec la baisse des impôts promise, ne permet pas à l’administration de s’attaquer aux problèmes domestiques, même avec une économie performante. En somme, un monde encore plus instable et une Amérique qui continue de régresser sur le plan social et politique.

E- LE REVIREMENT DE 2006 Demeuré sourd et aveugle aux critiques au sein de son propre parti, à son effondrement dans les sondages, aux difficultés économiques de la classe moyenne, aux atrocités commises en Irak, à l’incapacité des soldats américains à faire diminuer la violence, au mépris de la morale et de la déontologie dans son plus proche entourage, à la montée de l’anti-américanisme dans le monde, bref, à l’échec d’une politique qu’il mène sans ciller, contre vents et marées depuis six ans, le président Bush vient de subir un rappel à la réalité pour le moins explicite. Pendant une bonne partie de son mandat, il est vrai, le président s’est trouvé protégé, le traumatisme du 11 septembre ayant entraîné un quasi gel des contre-pouvoirs. Toute critique à l’égard de l’administration étant perçue comme un défaut de patriotisme, le Congrès, les médias, l’opinion publique et surtout les démocrates ont laissé les pleins pouvoirs à un président largement entouré d’idéologues. Et ce sont leurs fantasmes, dans lesquels le président Bush affiche une foi inébranlable, qui ont guidé l’administration dans sa politique internationale, qu’il s’agisse des armes de destruction massive, des liens entre Al Qaeda et Saddam Hussein ou encore l’idée néoconservatrice incroyablement naïve que la démocratie américaine est universellement exportable et nécessairement appelée à triompher des conflits les plus complexes. Il a fallu un ouragan de force 5 pour que le rempart qui protégeait l’administration Bush se fissure enfin alors que les digues de la Nouvelle-Orléans s’effondraient. La démonstration d’incompétence dans la gestion de la catastrophe Katrina a déclenché une déferlante médiatique contre l’administration Bush, forçant le président à se défaire du directeur de la FEMA (agence fédérale de gestion de crises), Michael Brown et levant le tabou sur l’impossibilité de le critiquer. La remise en question de l’administration Bush est depuis montée en puissance, pointant les abus de pouvoir d’un président qui agit sans réel contrôle de ses décisions, même par les cours de justice qui ont fini par se rebeller contre le non-respect des droits constitutionnels des prisonniers et l’absence totale de supervision des programmes spéciaux du président. George Bush, enfermé dans sa propre réalité, n’a pas varié d’un pouce dans son discours alors que tous les indicateurs étaient au rouge. Or si sa détermination forçait l’admiration des électeurs il y a deux ans, elle démontre aujourd’hui les dangers politiques d’une résistance exceptionnelle à l’épreuve des faits. Il y a quelques mois encore, les analystes ne voyaient qu’une douzaine de sièges, au mieux, susceptibles de changer de camp, ne laissant aucun espoir de majorité à la chambre des représentants aux démocrates. Les Républicains se croyaient protégés par le verrouillage bien orchestré des circonscriptions grâce au redécoupage électoral et par l’avantage traditionnel des élus sortant dans ces élections. Mais la dégradation de la situation en Irak, la flambée des prix de l’essence, l’ambivalence à l’égard de l’immigration et les scandales de trop ont démontré les limites de la stratégie Karl Rove, conseiller du président et architecte de la campagne 2004. Et progressivement, ce ne sont plus 12 mais 20, puis 30, puis près de 50 sièges qui étaient susceptibles de basculer. Difficile de rassurer les électeurs en leur parlant de valeurs morales alors que les scandales de mœurs et de corruption éclaboussent l’administration. Les mesures contre le mariage homosexuel ont certes été adoptées mais, contrairement à 2004, n’ont pas drainé les masses dans les bureaux de vote. Difficile de rétablir la confiance des électeurs l’Ohio ou la Pennsylvanie alors que les emplois qualifiés et bien payés s’envolent par dizaine de milliers et le pouvoir d’achat se dégrade pendant que des lobbyistes s’enrichissent illégalement, en profitant de la domination sans partage des Républicains. Cet échec n’était pourtant pas inéluctable, comme le démontre la victoire éclatante du gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger en Californie. Celui-ci était au plus bas des sondages l’an dernier, après avoir convoqué une élection spéciale pour faire passer des mesures très conservatrices en court-circuitant le pouvoir législatif à majorité démocrate, une tentative de s’approprier la méthode Karl Rove qui s’est retournée contre lui. Mais Schwarzenegger a su admettre ses erreurs, s’asseoir à la table des négociations et regagner la confiance des démocrates et des électeurs en adoptant un mode de gouvernement bi-partisan. Peut-être fallait-il un M. Muscle pour convaincre George Bush que la force ne réside pas dans l’obstination... Reste à savoir si cette cuisante défaite va réellement ramener le président Bush à la réalité. La question reste entière. La pression sera forte sur les démocrates pour tenter d’infléchir la politique étrangère et lancer des enquêtes sur les mensonges et pratiques de l’administration. Mais ils auront sans doute la prudence de ne pas multiplier les attaques comme l’avaient fait les Républicains entre 1994 et 1996 contre Clinton, de peur qu’un jeu trop partisan ne leur nuise. Et les nouveaux élus sont essentiellement des modérés (bluedogs democrats). Le pouvoir de la chambre des représentants en matière de politique étrangère reste de toute façon limité et risque d’être négocié contre le passage de lois intérieures très attendues par les démocrates. Le président aurait même pu être contraint par son propre parti, notamment par le rapport Baker-Hamilton proposant une stratégie de sortie de l’Irak pour l’armée américaine. Si la situation continue d’empirer d’ici à 2008 et que l’armée américaine est toujours enlisée dans le conflit, les Républicains s’attendent à perdre la présidentielle et le Congrès. Le sénateur John McCain, seul à proposer d’envoyer plus de troupes en Irak, ne serait suivi que par 15% de la population d’après les sondages de sortie des urnes (CNN), alors que 55% des électeurs souhaitent un retrait partiel ou total. Cela dit, le président Bush n’a personnellement plus rien à perdre. Il lui reste deux ans de mandat, son vice-président ne sera pas candidat à la présidence et il peut tout aussi bien maintenir son cap, quitte à essuyer de belles confrontations avec le Congrès. La démission du ministre de la défense Donald Rumsfeld, réclamée par les démocrates et une partie des républicains, semble cependant être le premier signe d’une évolution de la politique du président Bush, un accusé de réception du changement de majorité au Congrès. Mieux encore, le choix de Robert Gates, proche de Bush père et familier de la question iranienne, laisse entrevoir la possibilité d’un retour vers une politique plus réaliste et moins idéologique.

F- LIEN ENTRE EXTÉRIEUR ET POLITIQUE INTÉRIEURE : LE HOMELAND SECURITY ACT Juillet 2002, votée par le Congrès en octobre 2002. Trois pôles principaux : prévention des risques (terroristes ou naturels cf Katrina), protection des citoyens et des infrastructures, réaction en cas de sinistre ou d'attaque. Pas de distinction entre pbs industriels, environnementaux ou terroristes. grande nouveauté. Création d'un Conseil de la sécurité territoriale. C'est la réforme la plus importante depuis 1947-49. Le DHS regroupe 22 agences fédérales, les garde-côtes, le service de protction rapprochée (secret service) 180 000 personnes travaillent pour ce nouveau ministère, le DHS. Budget de 47 Mds de $ en 2005. La technologie est mise en avant. 12 000 km de frontières terrestres à garder, 66 000 usines chimiques à protéger (dont 123 susceptibles de faire un million de morts ...) Plus passer au crible 500 millions de visiteurs par an ... EXEMPLE MEXICAIN DU HS 1 million de personnes traversent la frontière chaque jour. Tijuana est le passage international le plus emprunté au monde. Plusieurs mesu-res dont le système VISIT (visitor and immigration status indicator technology) base de données biométriques servant à garder la trace de toute personne entrant sur le territoire US. Bioshield, autre pièce maîtresse en collabiration avec entreprises privées pour détecter et lutter contre attaques chimiques.

CONFUSION STRATÉGIQUE Avant le 11 septembre on utilisait le terme Homeland Defense pour la sécurité du territoire. L'armée défendait les frontières puisque les EU n'avaient jamais été touchés sur leur sol. On finançait par exemple les missiles anti-missiles. Maintenant on passe à la Security : se défendre contre l'étranger et contre une attaque venue du sol US. défense nationale, sécurité civile et sécurité territoriale s'enchevêtrent. 10 Mds de $ dépensés pour la politique de défense anti-missiles dans le cadre de la DHS. Depuis 1878 les possibilités d'intervention de l'armée US sur le territoire avaient été limitées à des circonstances exceptionnelles. (émeutes, insurrections civiles). On doit redéfinir leur rôle par rapport à la garde nationale. Idem pour garde-côtes face à la Navy ...

LE HOMELAND SECURITY DANS L'OMBRE DE LA NATIONAL SECURITY Car depuis les années 1940 le Conseil pour la Sécurité Nationale est puissant. Le NSC. Le conseiller pour la sécurité nationale (advisor) : le NSA est à la Maison Blanche et dirige une troupe d'une centaine de conseillers. Hyper réactif. Le DHS est lourd et bureaucratique. le NSC est léger et réactif.

Le NSA aurait pu se contenter de mieux coordonner les travaux des agences sans créer le DHS ... Option non retenue. Le DHS centralise et traite les infos des agences de renseignement mais n'a qu'un rôle indirect dans ce domaine ... QUEL ESPACE RESTE-T-IL À LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE ? Déjà que les déclarations du ministre de la défense et de la secrétaire d'État (dont c'est le rôle) sur la politique étrangère se chevauchent, le ministre du DHS vient encore ajouter un son de cloche supplémentaire. PROBLÈMES PERSISTANTS 250 millions de conteneurs transitent par les ports US (nb x nbre d'entrées) mais seuls 2% sont inspectés ! La politique est fédérale mais les premiers arrivés sur place sont toujours gérés au niveau local (les pompiers, les flics, les équipes médicales). Les ressources fédérales ne sont mises à contribution que lors des grands sinistres. la coordination sur le terrain laisse toujours à désirer. État d'impréparation des premiers secours au niveau local : 1/3 seulement des pompiers ont des masques à gaz. La plupart des villes incapables de définir la nature de produits toxiques en cas d'attaque ... Les équipes locales se plaignent de la lourdeur administrative qui ne laisse pas diffuser assez vite les infos sensibles. Les niveaux d'alerte déclenchées par Washington ne sont pas clairs dans leurs implications locales ... La population du centre du pays considère que les pbs touchent uniquement les deux côtes. la sensibilisation de la population aux risques est insuffisante alors que les minutes qui suivent une attaque sont fondamentales pour la survie ...

LE CYCLONE KATRINA Le cyclone Katrina a frappé le delta du Mississipi le 29 août 2005. Cette violente tempête tropicale, accompagnée de pluies torrentielles, a balayé le sud de la Louisiane, du Mississipi et de l’Alabama. Le cyclone a provoqué de gigantesques inondations dans la ville de la Nouvelle Orléans, suite à la rupture de digues protégeant le lac Pontchartrin. Les Etats-Unis doivent alors faire face à une catastrophe naturelle de très grande ampleur. Or la gestion de la crise se révèle d’abord extrêmement chaotique. Delphine Papin souligne, en introduction, ce que cette situation a de contradictoire : les Etats-Unis, première puissance mondiale, se retrouvent en difficulté pour faire face à une catastrophe naturelle sur leur propre territoire. Le cyclone Katrina a été le révélateur de la fragilité et des faiblesses de l’administration Bush, ainsi que de la ségrégation toujours présente dans la société américaine. Conséquences dramatiques de plusieurs décennies d’une politique sociale marquée par l’effacement et la diabolisation de l’Etat. Les médias face à la crise La couverture médiatique de Katrina a reflété les inégalités sociales et raciales de la société américaine. Pour introduire la réflexion deux photographies et leurs commentaires (cf. Courrier International n° 775) : des habitants de la Nouvelle Orléans marchant dans l’eau avec difficulté en portant des sacs à provision. Quand il s’agit de Noirs, la légende les qualifie de pillards. Quand il s’agit de Blancs, ils ont simplement « trouvé de quoi se nourrir ». Des rumeurs infondées Les médias américains ont en effet diffusé, dans les premiers jours de la crise, un certain nombre de rumeurs. Rumeurs infondée : plus de 10 000 morts annoncés, mais un décompte final de 900. Des rumeurs d’anarchie urbaine et de scènes de pillages, alors que ce sont d’abord les autorités municipales qui ont fait ouvrir les portes de certains magasins, pour accéder à des denrées d’utilité immédiate (eau, pansements, etc.). Des rumeurs de meurtres et de viols, or sur les 650 cadavres autopsiés à ce jour seuls 7 relèvent de mort violente. Soit moins que lors d’un samedi soir habituel d’après l’Institut médico-légal de la Nouvelle Orléans. Conséquences sur l’organisation des secours Diffusées largement par les médias, toutes ces rumeurs ont d’abord été encouragées par les autorités de la Nouvelle-Orléans dans l’espoir d’obtenir des secours plus rapides. Mais cela a eu le résultat inverse : les rumeurs de viols ont découragé des conductrices d’autobus de se rendre dans la ville pour évacuer la population. La Garde Nationale a du revoir à la hausse le nombre d’hommes à envoyer sur place. Bref, les rumeurs ont contribué à ralentir considérablement la mobilisation des secours. Les clichés racistes Les médias se sont focalisés sur le thème des violences raciales et de la criminalité. Pourtant que la Nouvelle Orléans est une ville où les tensions raciales étaient plutôt faibles. 53% des habitants se déclaraient très satisfaits de leurs conditions de vie (sondage Gallop 2004). Caractère très ancré des clichés racistes dans la société américaine. Les rumeurs de viols dans le Superdome par exemple, rappellent les peurs et les fantasmes véhiculés depuis l’époque de l’esclavage : les Noirs sont vus comme une menace pour la sécurité des Blancs. La hantise de la mixité est un trait culturel et idéologique très marqué du racisme américain. Dans les années 1960 ce thème était encore exploité dans les campagnes électorales : pour briguer le poste de gouverneur de l’Alabama, Georges Wallace avait choisi une affiche représentant une femme blanche entourée de ses enfants noirs, avec pour slogan « Voulez-vous que l’Alabama ressemble à ça dans quelques années ? ». Les commentaires des médias sur le cyclone Katrina ont malheureusement montré que ces clichés et ces peurs sont toujours présents dans la société américaine. L’autocritique des médias américains Les médias américains font aujourd’hui leur autocritique : d’une part sur les rumeurs de meurtres et d’anarchie urbaine qu’ils ont largement contribué à diffuser, d’autre part sur la question de la pauvreté, très visible à la Nouvelle Orléans après le passage du cyclone. Les médias américains ne représentent d’habitude que les classes moyennes et ne se focalisent pas sur les quartiers pauvres. Ce thème revient dans l’actualité tous les trois-quatre ans en cas de crise, d’émeute urbaine. Tout se passe alors comme si les médias américains « redécouvraient » l’existence de la pauvreté et des tensions raciales dans la société américaine. Le cyclone Katrina a ainsi servi de révélateur de la fragmentation de la société américaine. Malgré les arrêts de la Cour Suprême et les lois des années 1960 qui ont mis fin à la ségrégation officielle, une ségrégation de fait existe toujours aux Etats-Unis : la concentration des minorités ethniques dans certains quartiers a perduré, et l’intégration scolaire a globalement été un échec. Dans l’autocritique à laquelle ils se livrent actuellement, les médias américains s’interrogent justement sur leur responsabilité dans le fait d’avoir si peu évoqué l’existence d’une population américaine pauvre, cela depuis une dizaine d’années. Le cyclone Katrina, révélateur des faiblesses de l’administration Bush Lenteurs et cacophonies La crise provoquée par Katrina a rendu visibles deux aspects de la présidence Bush. La dépendance de Bush vis-à-vis de ses conseillers tout d’abord : en l’absence du principal d’entre eux, Karl Rowe (malade au début de la crise), Bush est apparu totalement désemparé, ne sachant que faire ou que dire. Le caractère très partisan de l’administration Bush ensuite, le président se montrant tout à fait incapable de dialoguer avec le parti démocrate, en la personne du gouverneur de la Louisiane. Or la situation nécessitait de toute évidence l’intervention de l’Etat fédéral, indépendamment des oppositions entre Républicains et Démocrates. Bush s’est révélé désorienté et incompétent, alors même qu’il avait mis en avant ses capacités de management lors de la dernière campagne présidentielle (Bush se vantait d’être le premier président à posséder un MBA). Son manque de discernement s’est aussi retrouvé mis en lumière avec le scandale dont a fait l’objet l’ex-patron de la FEMA (Federal Emergency Measures Administration, l’agence fédérale chargée de la gestion des crises). Son président, Michael Brown, un proche de Bush, se préoccupait surtout de l’Arabian Horses Association et avait falsifié son curriculum vitae en gonflant son expérience en matière d’organisation des secours et en se prétendant professeur de sciences politiques. Avec Katrina, l’incompétence de Michael Brown éclate au grand jour, mais Bush hésite pourtant plus d’une semaine avant de le renvoyer. Au total, les difficultés de gestion de la crise au niveau fédéral ont rendu le président Bush moins crédible. La comparaison avec d’autres catastrophes naturelles américaines La comparaison avec d’autres grandes catastrophes survenues sur le sol américain estéloquente. En 1906, un grand tremblement de terre frappe la ville de San Francisco, faisant 3000 morts et plus de 300 000 sans abris. Des secours sont acheminés par voie ferrée depuis Los Angeles en moins de 10 heures, depuis Portland en moins de 6 heures. En deux jours, toutes les tentes de l’armée fédérale sont apportées sur place. Or après Katrina, les secours ont mis 5 jours à parvenir à la Nouvelle Orléans. Contraste paradoxal à l’heure de la société de communication et compte tenu des moyens logistiques dont dispose aujourd’hui le Pentagone. De même, lors des grandes crues du Mississipi en 1927, la gestion de la crise avait été plus rapide, sous l’égide d’Hoover, alors ministre du commerce et riche de son expérience logistique au sein de la Croix Rouge en Europe au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’efficacité de Hoover lui assura d’ailleurs son élection triomphale en 1928. Une gestion de crise pourtant fortement raciste : les Blancs de la Nouvelle Orléans furent transportés sur des bateaux en dehors de la ville inondée, tandis que les Noirs restaient parqués dans des camps dans des conditions tout à fait insalubres. Et les Blancs chantaient sur le bateau cette célèbre chanson triste : « Bye Bye Blackbirds » (« Au revoir les merles » littéralement, mais « blackbird » est une métaphore pour désigner les Noirs). Quelles conséquences pour le président Bush ? L’attitude des médias vis-à-vis du président Bush a totalement changé : critiques féroces et caricatures se sont multipliées, marquant de fait un véritable tournant, une « fronde » de la presse, qui tranche avec le ton respectueux et patriotique de l’après 11 septembre. Les médias font désormais leur travail critique. Le ton des envoyés spéciaux, qui commentaient en direct la situation sur le terrain, l’a progressivement emporté : on a assisté, sur Fox News par exemple, à des journaux télévisés où le présentateur était démenti au fur et à mesure par ses reporters, qui se montraient bien plus critiques sur la situation. L’image du président Bush en sort dégradée. A long terme, c’est la reconstruction de la Nouvelle Orléans qui servira le plus à Bush pour tenter de reconstruire sa propre image. Le coût de la reconstruction de la ville est estimé à environ 150 ou 200 milliards de dollars, ce qui ne représente que le quart du budget militaire annuel des Etats-Unis. A l’échelle de ce pays continent, la catastrophe n’est donc pas si massive. Il reste à réfléchir sur le caractère annoncé de cette catastrophe : pourquoi, malgré les avertissements des experts (pourtant repris par la presse un an auparavant) l’organisation des secours et la prévention ont-elles si mal fonctionné ? La comparaison avec la situation hollandaise, pays aux 3000 inspecteurs des digues, serait à creuser. L'OPINION PUBLIQUE AMÉRICAINE APRÈS L'OURAGAN Un revirement des discours sur le rôle de l’Etat fédéral Depuis le cyclone Katrina, la scène politique américaine semble être devenue un véritable Bal des Tartuffes. On a vu le sénateur du Mississipi faire campagne pour la restauration de l’Etat fédéral, aux antipodes de ses prises de position habituelles. On a vu Clinton s’insurger contre le drame et se réconcilier en même temps avec la famille Bush. Un Clinton pourtant largement responsable du démantèlement du Welfare State il y a dix ans, et qui réclame aujourd’hui plus d’Etat et plus de fonds privés ! Même discours chez les journalistes, qui demandent eux aussi « plus d’Etat » alors que les médias faisaient jusque là de l’Etat fédéral la source de tous les maux de la société américaine. C’est un véritable retournement : depuis une trentaine d’années, l’action principale de l’Etat fédéral américain a été réduite aux aspects sécuritaires, or on assiste depuis Katrina à une demande de renforcement de l’autorité de l’Etat dans l’ensemble de ses fonctions régaliennes. Une pauvreté devenue très visible Pourquoi la pauvreté est-elle si visible aujourd’hui à la Nouvelle Orléans ravagée par le cyclone ? La Louisiane fait partie des Etats américains les plus pauvres, avec une population pauvre deux fois plus importante en moyenne que dans les autres Etats. Surtout, la pauvreté est visuellement marquée à la Nouvelle Orléans : les quartiers les plus élevés, et donc les moins touchés par les inondations, étaient les quartiers les plus riches. Ce sont donc les quartiers pauvres qui ont été les plus touchés. La pauvreté redevient à nouveau visible, et c’est bien cela qui a choqué l’opinion : car ce sont les plus pauvres qui sont restés dans la ville, ce sont donc eux que l’on a surtout entendu témoigner, que l’on a vu être évacués, etc. C’est ce qui explique la focalisation médiatique qui s’est opérée très rapidement. Les commentaires des médias ont privilégié les explications d’ordre économique : « les pauvres sont restés, car ils n’avaient aucun moyen de partir : pas de voiture, pas de travail, pas de ressources pour s’installer ailleurs ». Mais la détresse de ces populations ne date pas du cyclone. « L’underclass » américaine Les analyses que menait il y a 20 ans le sociologue W. Julius Wilson sont toujours d’actualité. Wilson montrait que, suite à un long processus, une « underclass » était apparue dans la société américaine. Dans les années 1970-1980, les classes moyennes blanches abandonnent les centre-villes pour s’installer en banlieue. Les plus pauvres demeurent au coeur du tissu urbain. Les mairies se retrouvent en situation de banqueroute : peu de recettes, car la population pauvre paie peu d’impôts, mais beaucoup de dépenses à assurer pour faire fonctionner l’aide sociale. Une « sous-société » se créée donc à l’intérieur de la société américaine. Wilson montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une définition économique, cette population pauvre étant destinée à le rester. En effet, dans les années 1980 la pauvreté semble devenir de plus en plus héréditaire, car les mécanismes de mobilité sociale ne fonctionnent plus. L’analyse de Wilson le portait à conclure que la seule manière d’aider ces populations était une plus grande intervention de l’Etat fédéral, une sorte de nouveau New Deal en quelque sorte. Mais au cours des années 1980-1990, c’est la conclusion inverse qui domine : l’idée s’impose que les pauvres sont responsables de leur pauvreté. C’est le sens des discours de Reagan, qui voit dans l’Etat providence la source même de la pauvreté. Pour Reagan, la source du mal, c’est justement l’Etat. Sous l’administration Clinton, le parti démocrate a également largement abandonné les questions de pauvreté (qui ont d’ailleurs été en grande partie absentes de la campagne de Kerry). Clinton, en Démocrate du Sud, avait beaucoup de difficulté à envisager une aide financière de l’Etat aux populations sans qu’il n’y ait de contrepartie. Il a donc estimé qu’il était nécessaire de créer un sursaut individuel chez les pauvres, en limitant l’aide sociale dans le temps. C’est Clinton qui propose et fait voter une réforme de l’aide sociale qui met en place un système de contreparties (comme par exemple l’obligation de travailler après un certain temps de chômage, ou la limitation à deux ans de la perception de certaines aides). Or les Etats-Unis connaissent, sous Clinton, une période extraordinairement prospère : le pays s’enrichit, et cela contribue aussi à masquer (notamment dans les médias) l’image de la pauvreté. En ce sens, la situation des Etats-Unis pendant les années 1990 rappelle fortement ce qui s’est passé dans les années 1920. L’abandon des structures d’aides sociales a eu des conséquences dramatiques pour les populations. Bush a poursuivi cette réforme de l’assistance, en permettant notamment aux associations religieuses et philanthropiques de prendre davantage en charge les pauvres. Cette réforme de l’aide sociale vers une plus grande privatisation, prévue avant le cyclone Katrina, n’a pas encore été votée. Mais le fait est qu’on se dirige vers un démantèlement progressif de l’Etat providence. Quelles conséquences sur les politiques publiques américaines ? Katrina va-t-elle provoquer une modification de la politique sociale américaine ? Rien n’est moins sûr. Passé le temps de l’indignation, on peut très vite en revenir aux débats politiques en oubliant les promesses faîtes. Or c’est bien avec la logique de diabolisation de l’Etat qu’il s’agit de rompre. Une rupture qui doit être faite aussi bien chez les Républicains que chez les Démocrates. Mais la pauvreté urbaine ou la ségrégation de fait sont des thèmes qui mobilisent peu les électeurs La seconde grande rupture que l’on peut souhaiter concerne la logique sécuritaire. Après les attentats du 11 septembre, le discours sécuritaire de Bush était totalement cohérent avec l’évolution politique de la société américaine : l’Etat devait être le garant de la sécurité, c’était même son unique fonction. Il serait temps que soient prises en compte les profondes limites d’une telle vision des fonctions de l’Etat. Katrina a-t-elle véritablement provoqué le début d’une prise de conscience, et d’un revirement par rapport à la diabolisation de l’Etat fédéral ? Il est trop tôt pour le dire. Mais la reconstruction de la Nouvelle Orléans pourra en être (ou non) le marqueur. Le maire de la Nouvelle Orléans a d’ores et déjà fait savoir que la ville ne pourra pas être reconstruite sans aide fédérale. Or les difficultés s’accumulent dans les quartiers pauvres. C’est le cas par exemple pour l’université qui, faute d’une police d’assurance suffisante, se retrouve en situation de banqueroute. C’est le cas aussi pour un certain nombre d’hôpitaux des quartiers pauvres : bien moins assurés que les hôpitaux des quartiers aisés, ils ont besoin d’aides publiques pour pouvoir fonctionner à nouveau. De façon générale, sans l’aide de l’Etat, les quartiers pauvres de la ville vont avoir beaucoup de difficultés à se reconstruire. Se pose aussi la question du retour des populations face aux appétits immobiliers qui se manifestent déjà sur certains quartiers à reconstruire.

Les conséquences de Katrina sur la politique extérieure des Etats-Unis Évolution critique des médias américains vis-à-vis de Bush : la gestion de la crise a fait l’objet de critiques abondantes, on peut donc s’attendre à ce que les médias américains se montrent désormais moins complaisants également sur l’Irak. Mais il faut rester prudent : l’évolution de l’opinion américaine n’aura pas le même poids que lors de la guerre du Vietnam où la conscription était obligatoire, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. La mauvaise gestion de la crise a surtout rendu Bush moins crédible : le manque de planification et de réflexion à long terme a été criant, ce qui rappelle fortement les erreurs de l’administration Bush vis-à-vis de la situation en Irak. D’une certaine manière, le cyclone a rendu plus visible le caractère « donquichottesque » de Bush : il a spéculé sur les armes de destruction massive en Irak sans se préoccuper des probabilités bien plus réelles de catastrophes naturelles sur le territoire américain. L’orientation des politiques publiques américaines, et donc des dépenses, ne sera pas forcément remise en cause, même si l’indignation de l’opinion américaine suite au cyclone a été très forte. En effet, les classes moyennes acceptent aujourd’hui de payer des impôts pour garantir la sécurité extérieure des Etats-Unis. Mais vont-elles accepter de payer pour aider les Américains pauvres ? Ce n’est pas certain. Il faut rappeler que les Américains se montrent globalement très généreux (beaucoup plus que les Français d’ailleurs) pour financer des associations caritatives. Mais ils sont beaucoup plus réticents quand il s’agit de donner de l’argent à l’Etat. On retrouve ici l’idéologie dominante qui s’est imposée dans les années 1980-1990 : la majorité des Américains estiment que les aides fédérales contribuent en fait à maintenir les pauvres dans leur pauvreté. Les Américains ne croient plus dans l’efficacité des grands programmes sociaux et se méfient de l’intervention de l’Etat fédéral. Cela s’explique aussi par la conviction, fortement ancrée dans la société américaine, que c’est à l’échelle locale et non fédérale que la lutte contre la pauvreté est la plus efficace. Les nombreuses erreurs logistiques et de gestion dans l’organisation des secours en Louisiane n’ont absolument rien à voir avec l’Irak. Certes, une partie de la Garde Nationale de Louisiane n’est pas intervenue, les soldats étant en Irak. Mais les gardes nationaux des autres Etats le pouvaient. Le problème est qu’ils n’ont pas été prépositionnés à temps. Enfin, il faut rappeler à quel point la diffusion des rumeurs de meurtres et d’anarchie urbaine ont pénalisé l’organisation des secours. Une évolution de la position américaine sur le protocole de Kyoto ? C’est loin d’être le cas : il ne semble pas que le cyclone Katrina ait provoqué une évolution sur le fond, ni entraîné des changements dans les modes de consommation. Il n’a pas de pression suffisamment forte de la part de l’opinion américaine pour provoquer une évolution de la politique de Bush sur ce thème. Manque de relais politique sur les questions écologiques dans la société américaine : l’écologie n’a pas bonne presse, surtout quand elle est perçue comme « anti-américaine ». C’est l’argument qu’utilise le discours conservateur (repris par Fox News entre autres) quand il reproche aux Démocrates américaines de vouloir « empêcher les Américains de conduire » sous prétexte de réduire la pollution. C’est la préservation de l’American way of life qui l’emporte. Puis Al Gore et son Oscar viennent bouleversr la donne. Schwarzenegger et sa politique californienne aussi. Quel avenir pour la communauté noire ? La lutte contre la ségrégation de fait est rendue difficile par les effets pervers des découpages électoraux. Les découpages électoraux ne sont absolument pas fondés sur une mixité sociale et ethnique de l’électorat, qui obligerait les élus à prendre en compte les aspirations de tous. Les découpages favorisent au contraire la réélection des élus sur des territoires socialement homogènes, au détriment d’une compétition électorale qui serait plus propice à la prise en compte globale des inégalités sociales urbaines. La « communauté noire » américaine n’est absolument pas homogène. Le niveau de vie des Noirs américains est très varié. La grande bourgeoisie noire ou la classe moyenne n’ont pas les mêmes préoccupations, les mêmes intérêts et les mêmes comportements électoraux que l’underclass, qui d’ailleurs ne se déplace pas pour aller voter.

Note 1 : Destinée manifeste L’idée d’une mission civilisatrice des Etats-Unis, justifiée par leur modèle de développement infaillible basé sur la démocratie libérale et la foi chrétienne se formant autour des années 1845. Auteur : le publiciste John O’Sullivan, directeur de la Democratic Review.
Note 2 : Non-engagement (Non-entanglement) A l’origine d’une des traditions isolationniste des Etats-Unis. Leur position géographique et leur morale éloignées de celles du continent européen justifieraient le fait qu’ils restent à l’écart des affaires du monde.
3 : Doctrine Monroe Doctrine de l’ «Amérique aux américains ». Les Etats-Unis promettent de ne pas s'engager dans les affaires européennes, alors qu'ils regardent toute intervention des Etats européens sur le continent américain comme une agression
4 : Réalisme (dans les relations internationales) Voir les choses telles qu’elles sont. Par extension, pratiquer une politique de puissance et de défense des intérêts du pays par tous les moyens.
5 : Idéalisme (dans les relations internationales) Voir les choses telles qu’elles devraient être. Par extension, mener une politique extérieure morale et marquée par une idéologie. Idéalisme wilsonien Le Président américain Woodrow Wilson (1913-1921) a une image idéaliste des relations internationales qui seraient harmonieuses et pacifiques, grâce à l’obéissance des Etats à des règles de droit international et un ordre garanti par des organisations supranationales . Mais il conduit aussi une politique morale, basée sur la croyance en une mission des Etats-Unis pour faire progresser le monde à son image.
6 : Corollaire Roosevelt à la doctrine Monroe Transformation dans un sens interventionniste de la Doctrine Monroe, formulé par le Président Théodore Roosevelt en 1904. Il affirme le devoir des Etats-Unis à intervenir dans la zone des Caraïbes et de l’Amérique latine quand les intérêts nationaux sont menacés.
7 : Multilatéralisme Décision d’agir prise en consultation avec la communauté internationale et/ou action menée en commun.
8 : Isolationnisme Tendance d’un Etat à éviter tout engagement dans les affaires mondiales. S’entend davantage de la coopération et la participation politique et militaire, plus qu’économique et commercial.
9 : Endiguement (Containment) Politique étrangère d’ « endiguement », annoncée en 1947 par le président Truman. Elle tend à enrayer l’expansion soviétique dans le monde par une politique de fermeté et par une aide économique accordée aux pays menacés par le communisme.
10 : SALT (Strategic Arms Limitation Talks) Négociations ouvertes en 1969 entre Moscou et Washington destinées à limiter la course aux armements stratégiques. Les accords SALT I ont été signés en 1972 et SALT II en 1979, mais ces derniers n’ont pas été ratifiés par les Etats-Unis.
11 : « Guerre des étoiles » ou Initiative de Défense Stratégique (IDS) SDI (Strategic Defense initiative). Programme présenté par le Président Reagan le 23 mars 1983, visant à développer un système global de protection antimissile, pouvant conduire au déploiement d’armes dans l’espace extra-atmosphérique. Sa réalisation, qui n’est pas intervenue en pratique, aurait supposé la sortie du Traité ABM (1972).
12 : Soft power C’est le pouvoir attractif d’un Etat, c'est-à-dire « sa capacité à modeler les règles de fonctionnement du système international et à diffuser ses concepts de part le monde ». C’est « la capacité d’arriver à ses fins par un pouvoir de séduction et d’attirance, plutôt que par la menace ou la marchandage. »; « Il s’agit de convaincre plutôt que de contraindre » Joseph S. Nye, l’inventeur du concept. (on reviendra là-dessus dans la partie suivante)
13 : Hard power C’est le pouvoir coercitif d’un Etat. Il est basé sur des facteurs objectifs : le territoire, la population, les capacités militaires et la vitalité économique.
14 : Néoconservateurs Courant intellectuel remontant aux années 1970, le néo-conservatisme est devenu une véritable école de pensée qui est prépondérante dans l’entourage de George Bush sur la politique étrangère. Ils trouvent leur origine le raidissement d’une partie des universitaires et intellectuels face à « une crise de l’ordre moral et politique de la société américaine » et émergent avec la pratique reaganienne de la politique étrangère (ils reprennent sa pratique « wilsonienne »). Les néoconservateurs, comme les wilsoniens, croient en la supériorité du modèle américain et militent pour un « prosélytisme démocratique dans le monde ». Mais cette mission se combine avec l’idée de puissance : la puissance militaire américaine doit assurer sa domination et sa pérennité. Dans son discours sur l'état de l'Union en janvier 2002, Bush parle sans rire de “la puissance sans l'esprit de conquête”. Il reprend les thèses du projet néocons de 1997 “Projet pour le nouveau siècle américain”.





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Les Etats-Unis sont-ils une puissance hégémonique ?__

Si le XXe siècle s'est achevé avec le triomphe des Etats-Unis face au défi soviétique , le XXIe siècle s’est ouvert quant à lui, avec le 11 septembre 2001, par une contestation radicale et asymétrique de leur domination. C'est l'Etat mais aussi un modèle de civilisation et de domination qui a été frappé.

Cette domination est souvent qualifiée d'hégémonique. Le terme, polémique, est devenu banal mais doit être défini. Confondre “hégémonie” avec une simple domination des FMN serait une erreur : si des FMN japonaises ou européennes dominent des marchés, on ne peut parler d'hégémonie au sujet de l'Europe (encore moins de ses pays) ou du Japon. En effet, “l'hégémonie” est avant tout celle d'un État, ce qui suppose le maintien d'un rôle central de ce dernier dans un monde où les États perdent de leurs pouvoirs.

Poser le problème de l'hégémonie revient donc à étudier les formes de domination états-uniennes pour y déceler la place de l'hégémonie ainsi donc que de l'État dans un modèle mondial devenu transnational.

On analysera donc les bases historiques et profondes de la domination de l'État américain avant d'étudier les composantes de son hégémonie. Ce n'est qu'à cette condition qu'il sera possible d'en fixer les limites et donc de répondre à la question posée à partir de l'efficacité de ses contestations.

I- LES FORMES DE LA DOMINATION DE L'ÉTAT AMÉRICAIN.

A- L'installation de la supériorité américaine

Elle s'est installée aux dépens de l'Europe sur les derniers siècles.

1- L’Europe connaît convulsions ou déclin : au XVIIIème siècle avec la Révolutio française et les guerres jusqu'en 1815. Le XIXème siècle lui permet de reprendre l'ascendant mais 1914-1945 la replonge dans les guerres et la ruine. La construction européenne débouche sur la remise en cause de son identité même : l'Europe est au mieux un ensemble régional sans poids dominant sur le monde ...

2- À la fin du XVIIIème siècle, les EU s'éloignent de l'Europe que la doctrine Monroe prive de l'Amérique latine. Les guerres mondiales assurent l'ascendant états-unien. La fin du XXème siècle aussi.

Trois révolutions successives ont assuré l'ascendant : une révolution politique, une économique, une technologique.

Sur le plan politique, c'est aux EU que la philosophie des Lumières entre dans les institutions et le fonctionnement de la société. Tocqueville (De la démocratie en Amérique) puis, plus près de nous et sur un mode plus people BHL l'ont démontré. Les États-Unis apparaissent comme le chef d’œuvre de la philosophie des Lumières et de la pensée politique européenne du XVIIIe siècle : l’individualisme, l’idée de progrès, la confiance en l’homme et en sa perfectibilité, le déisme, une certaine forme de cosmopolitisme qui conduit à accueillir les apports les plus divers avec la certitude que l’on pourra les intégrer, le principe d’un pacte social librement et volontairement consenti. Ces thèmes fondateurs connaissent une remarquable stabilité et une fécondité exceptionnelle. Ils y sont restés fidèles alors que l’Europe s’en détournait ou prétendait les dépasser : tout se passe comme si les États-Unis avaient sauté à pieds joints au-dessus des doctrines du XIXe siècle, spécialement sur les diverses variantes du socialisme, du nationalisme1 et des autres avatars de la pensée collectiviste, dont la mise en œuvre a en définitive détruit l’Europe au XXe siècle.

La révolution économique est celle qui résulte du succès considérable de la révolution industrielle aux États-Unis, qui fait de ce pays la première puissance industrielle mondiale dès la fin du XIXe siècle, en pleine conquête de leur espace national et en explosion démographique par l'immigration..

La révolution technologique caractérise la fin du XXe siècle, révolution initiée par les États-Unis et qui leur redonne une avance durable sur les puissances rivales de l'europe et du Japon.

Ces trois révolutions successives ont produit des effets cumulatifs. Elles ont fait des États-Unis la véritable puissance révolutionnaire, y compris dans les relations internationales puisqu'ils peuvent tenter d’universaliser leur modèle qui ringardise ce qui n'est pas américain.

B- Une supériorité universelle

Alors qu'historiquement, les relations internationales ont toujours paru dominées par la figure du duel : Athènes et Sparte (pour faire plaisir à George), la France et l’Allemagne, les États-Unis et l’URSS...

Dans le domaine des relations internationales désormais, les États-Unis - leurs représentants, leurs hommes d’affaires, leurs citoyens - paraissent en passe de détenir un monopole.

A eux seuls le monde est pleinement accessible, en termes de communication, d’information mais aussi de capacité d’intervention militaire. Seuls ou presque, ils ont accès partout, et le temps n’est pas loin où l’ensemble des cadres dirigeants dans le monde, dans l’ordre politique, économique ou intellectuel aura été formé (au moins en partie) par les universités américaines et intériorisé leurs valeurs.

Le débat sur l’avenir de la politique extérieure américaine se confond souvent avec celui sur l’avenir des relations internationales dans leur ensemble et tend à devenir un débat américano-américain. On connaît et commente partout les thèses opposées de Francis Fukuyama, Samuel Huntington, Christopher Layne ou Zbigniew Brzezinski. Ce débat est public, mais les États-Unis savent également conserver si nécessaire le secret sur leurs intentions et leurs décisions.

Le sentiment de supériorité vient aussi de l'application de principes constitutionnels qui n'ont pas varié depuis 1776, preuve d'une efficacité évidente. Supériorité qui pourrait pousser le pays à l'isolationnisme si l'expérience malheureuse des années 1920 et de la SDN ne leur avait montré qu'elle était illusoire en fin de compte.

C- L’hégémonie comme forme particulière de domination

En tant que concept, l’hégémonie est une variante ou l’une des formes de la domination. Il ne faut pas la confondre avec l’impérialisme et le Leadership, termes à définir avant de comprendre la spécificité de l'hégémonie.

L’impérialisme politique (et non dans une définition marxiste) est une domination directe, totale, territoriale, politique, agglomérant des groupes disparates sans réellement les fusionner, et maintenant à l’inverse une discrimination entre eux, au profit d’un pays bénéficiaire qui tend à universaliser ses valeurs mais non ses intérêts (pensez à l'impérialisme colonial de l'Europe).

Le Leadership est différent. Les pays se groupent volontairement autour d'un pays (ou deux) dominant pour protéger leurs intérêts. On parle du “leadership” franco-allemand dans la construction de l'Union Européenne par exemple.

Les EU ont exercé un leadership dans la création de l'ONU, dans le Plan Marshall, dans l'Alliance atlantique. Les alliances et pactes signés par le EU admettent à cette époque les délibérations collégiales. On est à la limite de la domination altruiste. Ce qui a beaucoup évolué depuis !

L’hégémonie s’éloigne de l’impérialisme, parce que la maîtrise territoriale et politique directe est trop coûteuse et contraire à ses objectifs voire à ses valeurs. Elle suppose à l’inverse une domination indirecte, une culture de la soumission. L’hégémonie se distingue également du Leadership, car la dimension altruiste disparaît au profit de la recherche de sa propre stabilité.

Au niveau international, la puissance hégémonique recherche l'acceptation des pays plus petits pour éviter la montée d'un rival. Si les Etats-Unis s'engagent sur un terrain extérieur, c'est dans l'optique d'un désengagement (but ultime) à moyen terme, pour se protéger.

La différence entre leadership et hégémonie est subtile. L'administration Bush voit dans sa politique extérieure non une hégémonie mais un leadership bienveillant qui se heurterait à l'ingratitude du monde ... Les EU usent encore de leur leadership dans l'ALENA où le Mexique bénéficie quand même d'avantages consentis. Mais ils deviennent de plus en plus hégémoniques en utilisant plutôt une politique de “sanctions”. Dans le cadre d'un leadership, la puissance est solidaire. Quand elle est hégémonique, elle est solitaire.

Pour bien saisir la part de l'hégémonie dans la géopolitique américaine, il faut donc en analyser les principales composantes.

II- LES COMPOSANTES DE L’HÉGÉMONIE AMERICAINE

Dans l'optique hégémonique s'instaure une dissymétrie : “le monde a plus besoin des EU que les EU n'ont besoin du monde”. Les EU disposeraient donc d'une liberté d'action supérieure à tout autre pays. Avec une limite toutefois : la volonté de maintenir cette liberté les pousse à agir, ce qui peut définir les bornes de leur hégémonie ...

A- Les échelles de l'hégémonie

Les Etats-Unis font preuve d'opportunisme dans leur gestion des échelles de négociations.

Les EU pratiquent volontiers l'unilatéralisme quand Nixon met fin à la convertibilité du dollar, quand Carter se lance dans la dérégulation aérienne. Un nouveau pas est franchi avec Helms-Burton ou Kennedy-d'Amato. Participer à des négociations internationales n'est pas un gage d'acceptation : les EU ont refusé de ratifier les conventions sur les mines anti-personnel (1997), sur Kyoto (2000), sur la corruption et le blanchiment (en 2001) etc.

Le bilatéralisme a dominé les rapports Est-Ouest. Il n'a plus de raison d'être. Les EU cherchent à se désengager du Traité ABM conclu en 1972 avec l'URSS pour mettre en place leur bouclier anti-missiles.

Le régionalisme pratiqué en Amérique latine avec la ZLEA comme moyen de développement, technique de division ou nouveau moyen de négiociation (en force) avec l'UE pour aboutir à la libéralisation totale des échanges ? L'hégémonie joue sur les ambiguïtés au contraire du leadership.

Le multilatéralisme est utilisé à géométrie variable. Dans le cadre de l'OMC, les EU font pression pour éliminer tous les obstacles aux échanges. A l'ONU ils obtiennent le droit d'intervenir sous commandement US (Résolution 1368 du 12 septembre 2001 reconnaissant le droit des États-Unis d’exercer leur légitime défense). Ils s'autorisent à intervenir pour faire respecter le Traité de Non Prolifération nucléaire contre la Corée du Nord (pressions diplomatiques et économiques), même contre des pays qui ne l'ont pas signé (Inde et Pakistan). Le multilatéralisme les entreaine dans l'unilatéralisme quand ils interviennent sans autorisation du Conseil de sécurité au Kosovo en 1999 ou appliquent des sanctions plus larges contre l'Irak avant la deuxième guerre de 2003.

__ B- L'alliance du militaire et de l'économie__

1- Supériorité militaire, régionalisation de la sécurité, équilibre stratégique

La culture américaine répugne aux engagements lointains comme aux pertes militaires nationales. Le concept de "zéro mort" est bien connu, qui tend à épargner les vies américaines. Mais les EU sont le seul pays capable d'intervenir dans le monde entier. Leur force est écrasante (Overwhelming Force). D'autant plus qu'en Europe les budgets militaires sont réduits et divisés. Les EU bénéficient en outre des traités qui interdisent de se doter de tel ou tel armement. Ils mettent des États à l'index : les Rogue States. Mais toute intervention militaire est le constat d'un échec politique de l'hégémonie ...

Les Etats-Unis mettent en place des coalitions spéciales, au coup par coup, sans engagement durable. Au contraire du leadership, les EU n'interviennent que quand leurs intérêts sont menacés (ou perçus comme tels).

2- Prépondérance économique

Rôle du dollar, part du PNB mondial (toujours un quart). Les FMN cherchent à échapper à toute réglementation publique dans une économie mondialisée. Peut-on alors parler d'hégémonie pour un État-Nation quand les instruments économiques principaux lui échappent ? L'État reste responsible de la sécurité intérieure (Homeland Security) et extérieure qui conditionnent toute activité économique. Par sa politique monétaire, il intervient aussi. Il impose ainsi un modèle de capitalisme qui se démarque des modèles rhénan et japonais. Le modèle américain repose sur :

la marchandisation de tout (même des biens culturels cf “exception culturelle française” en réaction)

le dollar, traité comme une monnaie nationale (“notre monnaie, votre problème”). Le monétarisme US, apparu en 1979 avec Paul Volker a été ensuite universalisé

l'idée que ce qui est bon pour l'Amérique est bon pour le reste du monde. d'où la mondialisation, constante politique des EU.

La politique économique des EU est plus puissante que leur économie-même. Elle se nourrit des relations unilatérales, bilatérales et multilatérales déjà évoquées ainsi que des sanctions. C'est le propre de l'hégémonie. La contestation qui vient des PED est encore mal organisée, relayée par les ONG et qui se traduit par les manifestations de Seattle ou celles de Gênes lors du sommet du G8 en 2001.

C- Ambiguïtés de l'hégémonie

Ces ambiguïtés sont d’abord constitutives de l’hégémonie elle-même, dans la mesure par exemple où elle s’avoue rarement comme telle et repose sur un mélange aléatoire d’interventionnisme et de désengagement. Elles s’attachent ensuite à ses origines, à sa finalité, à sa stabilité.

1- Une ambiguïté constitutive

L’hégémonie ne repose pas sur un "Grand Dessein". Le “Nouvel ordre économique mondial” annoncé par George Bush en 1991 n'est pas repris par son fils. Depuis Bill Clinton, la situation est gérée au coup par coup pour éviter la montée en puissance de rivaux. C'est une nouvelle politique de containment vis à vis de la Chine, une politique de limitation du rôle européen au Moyen-Orient. L'OTAN ne définit pas d'assistance automatique. Elle ne permet pas le moindre droit de regard dans les affaires militaires américaines. L'hégémonie est une politique conservatrice au contraire du leadership. Les interventions extérieures sont comptées. Voire financées par l'Arabie saoudite pour la guerre du Golfe ... Signe d'un déclin relatif ? Pas forcément, car la puissance américaine s'est renforcée par rapport aux années 1970 où elle était contestée notamment après le fiasco vietnamien.

2- Des ressorts contradictoires

Par sa puissance objective le pays est Bound to Lead. Son hégémonie est recherchée par les PECO pour mieux échapper à un voisin encombrant.

Le rôle des lobbies des diasporas explique, à l'intérieur, le dessein hégémonique. Lobbies pro-israéliens, Cubains.

La répartition des pouvoirs entre Présidence et Congrès explique aussi l'hégémonie. La montée en puisance de la Présidence repose sur la politique extérieure. Mais le Congrès, animé par les lobbies, pousse toujours à minimiser les engagements extérieurs et les implications militaires, économiques et financières. Ainsi, il pousse à privilégier les politiques de sanction, de pression. Le Leadership est dévolu à la Présidence. L'isolationnisme caractériserait plutôt le Congrès. Les deux, ensemble, fondent une politique d'hégémonie !

L'hégémonie recherchant sa propre stabilité, le personnel politique américain privilégie en général la sécurité intérieure et méconnait le reste du monde (thème du “ils sont nuls en géographie ...”). D'où une propension à ne considérer les relations internationales que sous le double angle de la sécurité et de la prospérité américaine ... à être plus réactif (affaire des ports américains et des investisseurs de Dubaï en 2006) qu'actif (dans le sens de la poursuite d'une politique de leadership ...) au point de ne pas respecter le droit international (pas seulement sur le plan militaire en marge de l'ONU dans le conflit irakien mais aussi économiquement avec les FSC déjà condamnées par l'OMC).

Les considérations de politique intérieure ayant des répercussions sur le monde, il n’est pas surprenant que l’hégémonie donne lieu à des contestations ; il est probablement de la nature même de l’hégémonie d’être contestée. La question est alors plutôt celle de la nature et de l’efficacité de ces contestations.

III- LES CONTESTATIONS DE L’HÉGÉMONIE

A- La contestation des ONG, soutien paradoxal de l'hégémonie américaine !

C'est la contestation altermondialiste en grande partie, en provenance des ONG. Elle prône une Global Governance, sorte d'autogestion planétaire par de multiples réseaux d’experts, de responsables d’institutions conscients des évolutions nécessaires. Petits États et opinions publiques instruisent par leur intermédiaire le procès des grands (et surtout des États-Unis). La notion d'État-nation est remise en cause et les conférences et conventions multilatérales dérivent sur de nouvelles règles que les États acceptent de respecter sur la recommandation de ces nouveaux acteurs (Conférence de Rio sur l'environnement et le développement, Protocole de Kyoto, Convention de Montréal sur les mines anti-personnel etc). Cette contestation est toutefois à double tranchant car l'État-nation américain n'est pas remis en cause (on voit son homogénéité dans les moments difficiles comme le début de la guerre en Irak ou le 11 septembre ainsi que sa propension à ne pas s'appliquer les règles admises par le reste du monde !) au contraire des autres. Elle aboutit donc à la mise en place progressive d'un univers plus ou moins amorphe, où les structures étatiques auraient reculé devant l'altermondialisation face à un État-Nation dominant !

L'Union Européenne est particulièrement sensible à ce discours. Devant la culpabilité à l'égard des anciennes colonies, l'impuissance des États à résoudre les problèmes, les pays européens se sont repliés sur l'aide humanitaire qui fait office de politique extérieure ... Les ONG en sont l'outil le plus adapté à un moment où l'Europe tente de dépasser les formes traditionnelles de l'État et de sa souveraineté sans créer les structures de substitution (échec du referendum constitutionnel de mai 2005). Mais l'Europe et ses ONG n'ont pas les moyens coercitifs nécessaires pour sauvegarder leurs valeurs.

Le recours à la puissance hégémonique est alors inévitable comme l'a montré l'intervention US au Kosovo en 1999 quand les Européens étaient totalement impuissants !

Pire encore, la contestation altermondialiste retourne leurs propres valeurs contre les pays occidentaux mais pas contre les États-Unis, à l'abri de leur modèle.

Elle vient donc s'ajouter aux contestations classiques, qui ne démontrent pas encore leur efficacité.


B- Contestation traditionnelle : les résistances à l’hégémonie

1- Contestation diffuse

Elle se nourrit de la thèse décliniste, qui estime que la puissance des États-Unis connaît en réalité un déclin relatif. La tentation hégémoniste elle-même en serait un symptôme, parce qu’elle implique une domination au moindre coût pour la puissance en cause, sans projet organisateur, fondamentalement défensive et appelant à terme sa propre négation. La puissance économique est relativement moins forte (montée du Japon puis de la Chine, bientôt de l'Inde). Le modèle américain n'est pas universel comme le prouvent les rejets au Moyen-Orient (entre autres). La suprématie technologique n'est que relative. L'opposition des EU à Kyoto, à la constitution du Tribunal Pénal International n'a pas empêché leur adoption internationale.

Derrière l'horreur du 11 septembre on trouve un sentiment de satisfaction secrète de constater la vulnérabilité des EU dans bien des opinions publiques (révélée par des défilés au Moyen-Orient ...).

Les limites de la puissance sont manifestes. L'hégémonie n'apparaît donc ni stable ni positive.

2- Contestation classique

Les Rogue States (États voyous) sont appelés ainsi par les États-Unis. Ils sont donc un sous-produit de la politique hégémonique, puisqu'ils sont en quelque sorte désignés comme les délinquants qui relèvent d’une approche quasi-pénale des relations internationales. Cuba, Libye, Iraq, Syrie, Corée du Nord, Serbie, Iran, Soudan, Afghanistan l'ont été ou le sont encore. La liste fluctue (retour de la Libye dans les pays “fréquentables”). Ils sont soupçonnés de développer des armes de destruction massive ou d'abriter des terroristes etc. Leur opposition est peu efficace car non organisée.

3- Contestation partenariale

La troisième contestation est plus ambiguë, parce qu’elle émane parfois d’États qui ont des liens d’alliance avec les États-Unis, et qui n’envisagent pas de les dénouer, parfois d’États qui souhaiteraient en nouer. Il s’agit de pays européens, Europe occidentale d’un côté, Russie de l’autre.

La France, souhaiteraient voir transformer cette relation de subordination en un partenariat réel, reconnaissant davantage de substance et d’autonomie à l’entité européenne. Mais l’admission de nouveaux membres européens a compliqué encore la situation. L'hégémonie contribue à paralyser l'Europe.

La rapidité avec laquelle la Russie s’est rapprochée des États-Unis après le 11 septembre et les avantages qu’elle en escompte en Asie centrale montrent toutefois qu’elle privilégie les rapports bilatéraux. Mais la Russie se rapproche de la Chine et de l'Inde dans le Groupe de Shanghai, première union significative de la contestation à l'hégémonie. La contestation d'un pouvoir hégémonique peut-elle devenir efficace ?

Deux types de contestation semblent finalement efficaces depuis le tournant du siècle. L'une spectaculairement mais pas forcément dans la durée. L'autre plus discrètement mais sans doute plus efficacement.

C- Des contestations efficaces ? ...

Le défi le plus immédiatement menaçant semble venir dorénavant du monde arabo-musulman, de réseaux dispersés et par là insaisissables et mobiles. On peut l’interpréter comme l’ultime combat, suicidaire, de mouvements en déclin et voués à l’échec puisque l’Islamisme politique a échoué partout et se trouve attaqué même en iran où l'évolution de la société est plus profonde que ne le laisserait penser l'accession d'Ahmadinedjad au pouvoir.. Mais la lutte se prolonge et s'élargit. La lutte contre le terrorisme renforce d'ailleurs la puissance publique des États dans leur lutte pour la sécurité intérieure. L'hyperterrorisme contre l'hyperpuissance marque ainsi le retour des États. Parmi ces États, les géants démographiques s'opposent manifestement à l'hégémonie américaine. Les ambitions militaires et économiques de la Chine et de l'Inde s'affirment avec des taux de croissance de 7 à 10%. L'Inde ne reconnait pas le Traité de Non prolifération nucléaire mais n'encourt pas les foudres de la Maison Blanche (traitement des EU à deux vitesses si on le compare à celui de l'Iran !). Leur montée en puissance s'accompagne d'un effort d'armement (bombe nucléaire indienne depuis 1998 malgré les sanctions économiques des EU qui les ont finalement levées comme l'occident avait levé celles qui touchaient la Chine après le massacre de Tian An Men) ... L'Histoire bégaie ... Mais surtout la Chine ne considère déjà plus que les EU soient une puissance hégémonique. Les autres pays recherchent des liens privilégiés (sur le plan économique). Elle joue déjà sur les échelles des relations internationales : de l'unilatéralisme au multilatéralisme en passant par son rôle au Conseil de Sécurité ...

CONCLUSION

Les États-Unis sont bien une puissance hégémonique. Mais une analyse serrée des éléments constitutifs de cette hégémonie et un simple constat des rééquilibrages à l'oeuvre en Asie montrent que l'hégémonie est en train d'atteindre ses limites. L'hégémonie américaine est aussi une preuve de l'impuissance américaine à exercer un réel leadership, comme dans le passé. C'est un “imperium” par défaut. Parler “d'hyperpuissance” risquerait de conduire à un contresens sur le poids réel des États-Unis au début du XXIème siècle. L'hégémonie est le produit d'un moment historique particulier. Elle est appelée à être remplacée par un autre lien au monde devant la montée des futures “hyperpuissances”.




Politique énergétique de G.W. Bush Énergie, relance du nucléaire et appel aux nouvelles technologies Le développement durable est de plus en plus une préoccupation des États fédérés et des municipalités américaines. Les initiatives à l'échelon local sont plus dynamiques que les politiques fédérales : ainsi, depuis 2001, les états du Texas, de la Californie, du New Hampshire, ont instauré un dispositif de contrôle des émissions de gaz pour différents secteurs industriels et énergétiques. Le dispositif adopté par la Californie, qui s’appliquera à partir de 2009, prévoit de réduire les émissions de gaz polluants de 22 % en moyenne d’ici 2012 et de 30 % d’ici 2016. En outre, le principe des marchés des permis d’émission consiste à accorder aux industriels « pollueurs » gratuitement, à prix fixe ou aux enchères, des quotas d’émissions de CO2, que ceux-ci peuvent ensuite s’échanger. Chaque émetteur de CO2 doit alors vérifier qu’il détient autant de permis d’émission que ce qu’il va émettre. Dans le cas contraire, il se trouve contraint ou bien de diminuer ses émissions, ou bien d’acheter des permis. Inversement, si ses efforts de maîtrise des émissions lui permettent de posséder un excédent de permis, il peut les vendre. De tels procédés ont été réalisés pour réduire les pluies acides aux États-Unis et ont connu des succès (programme « Acid rain »). Ce système des marchés de permis d’émission fait partie du dispositif du Protocole de Kyoto. D'autres décisions pour réduire les émissions de CO2 sont prises par les états fédérés : en 2005, 18 de ces états obligeaient les producteurs d’électricité à utiliser en partie des sources d’énergie renouvelables. 130 villes des États-Unis ont décidé de respecter les principes du protocole de Kyoto en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre[48

Dans son discours annuel sur l'état de l'Union le 31 janvier 2006, George W. Bush a fixé comme objectif de réduire de 75 % la dépendance du pays au pétrole du Moyen-Orient d'ici 2025. Pour ce faire, il évoque le développement de toute une série d'énergies alternatives — solaire, éolienne (les États-Unis ont accru de 300 % la production d'électricité par ce moyen entre 2001 et 2007 9), charbon propre, nucléaire, hydrogène ou encore éthanol — allant jusqu'à encourager l'utilisation de voiture hybride. Le discours est reçu avec scepticisme car il vient d'un président lié à l'industrie du pétrole et les éditorialistes parlent de « promesses sans lendemain ». Le financement de celles-ci concernant notamment les nouvelles technologies est aussi mis en doute mais à était réafirmé dans le cadre de loi de 2007 sur l'indépendance et la sécurité énergétique 10. Le 20 février 2006, au nom de la sécurité nationale, il annonce que le pays doit recommencer à construire des centrales nucléaires d'ici la fin de la décennie afin de rompre avec une dépendance énergétique « pathologique » qui les rend « otages de nations étrangères qui peuvent ne pas les aimer ». Cette annonce intervient alors que les États-Unis n'ont plus construit de centrales nucléaires depuis les années 1970, lesquelles fournissent un peu plus de 20 % de l'électricité consommée par les Américains. À cette occasion, une fois n'est pas coutume, il cite la France en exemple (laquelle produit ainsi 78 % de son électricité). Le 30 août 2006, Arnold Schwarzenegger signe un accord avec le Parlement de Californie - en majorité démocrate - pour diminuer la production de gaz à effet de serre, mettant l’État en conformité avec le protocole de Kyoto5. La décision AB32 (Assembly Bill 32) prévoit de réduire d’un quart les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 20206. Des sanctions financières seront prises contre les industries qui ne respectent pas cet engagement. Un marché de permis d’émissions sera créé et contrôlé par l’Air Resources Board7. Avec ce "Global Warming Solutions Act", le gouverneur de Californie a pris ainsi officiellement la décision d’aller, une nouvelle fois, à l’encontre de la politique du président George W. Bush, ici en matière d'écologie, en appliquant au niveau local une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Schwarzenegger a même signé un partenariat inédit avec le Premier ministre britannique Tony Blair, qui s'est rendu à Los Angeles le 31 juillet 2006, afin de partager leurs connaissances sur la lutte contre les gaz à effet de serre et à promouvoir ensemble les technologies les moins polluantes. Le "Global Warming Solutions Act of 2006" (décision AB 32) a été officiellement signé par le gouverneur, lors de cérémonies à San Francisco et Los Angeles, le 27 septembre 2006. Schwarzenegger a fait de la lutte contre le réchauffement climatique un élément central de sa campagne pour être réélu.

octobre 2007 Le président Bush et la Réunion des grandes puissances économiques sur la sécurité énergétique et les changements climatiques réunion G8 et APEC.

Les États-Unis jouent un rôle primordial dans le développement de technologies de l'énergie propre Depuis l'entrée en fonctions du président Bush, l'État fédéral a consacré près de 18 milliards de dollars à la recherche, au développement et à la promotion des technologies d'énergie propre et rentable ainsi qu'à leur mise sur le marché. Le secteur privé a également fait de son côté des investissements importants allant de la recherche-développement aux fonds de capital-risque. Un âge de l'énergie propre exige que l'on transforme le mode de production de l'électricité Depuis 2001, les États-Unis ont consacré plus de 2,5 milliards de dollars à la recherche et au développement en ce qui concerne la technologie du charbon épuré. En outre, de concert avec d'autres pays et avec le secteur privé, les États-Unis se rapprochent du jour où ils pourront produire de l'électricité grâce à la première centrale au charbon sans émission de gaz à effet de serre. Les États-Unis s'emploient à réduire les obstacles à la construction de centrales nucléaires sans porter atteinte à la sûreté. La semaine dernière, une société a déposé la première demande depuis les années 1970 pour construire des réacteurs nucléaires dans le pays. L'an dernier, les États-Unis ont établi un nouveau partenariat, le Partenariat mondial de l'énergie nucléaire. Dans le cadre de ce partenariat, ils collaborent avec des États dotés de programmes avancés d'énergie nucléaire civile, tels que la France, le Japon, la Chine et la Russie, en vue d'aider les pays en développement à obtenir une énergie nucléaire sûre, rentable et rendant toute prolifération impossible. Leurs partenaires, tant des pays industriels que des pays en développement, sont au nombre de 15. Chaque année, les 439 centrales nucléaires réparties dans le monde permettent de prévenir l'émission de 2 milliards de tonnes de gaz carbonique dans l'atmosphère. L'énergie nucléaire est la source existante d'énergie qui est susceptible de produire de grandes quantités d'électricité sans accroître la pollution atmosphérique ou sans émettre des effets à gaz de serre. Depuis 2001, les États-Unis ont accru de 300 % la production d'électricité au moyen d'éoliennes et lancé une initiative (« Solar America ») pour réduire le coût de l'énergie solaire. Ensemble, l'énergie éolienne et l'énergie solaire sont susceptibles de contribuer considérablement à la production d'électricité des États-Unis. Un âge de l'énergie propre exige aussi que l'on transforme les carburants utilisés par nos véhicules Les États-Unis investissent dans le domaine des énergies propres de remplacement : - ils s'emploient à mettre au point la nouvelle génération de biocarburants tels que l'éthanol cellulosique fabriqués à l'aide de copeaux de bois, de graminées et de déchets agricoles ; - l'État fédéral offre un crédit d'impôt allant jusqu'à 3.400 dollars pour encourager les Américains à acquérir des véhicules hybrides consommant peu de carburant ; - les constructeurs d'automobiles américains s'emploient à mettre au point des véhicules hybrides à batterie performante capables de parcourir près de 65 km sans consommer une goutte d'essence ; - au cours des cinq dernières années, l'État fédéral a consacré plus de 1,2 milliard de dollars à la mise au point de véhicules à hydrogène qui émettent de l'eau pure au lieu de gaz d'échappement. Le plan du président dénommé en anglais « Twenty in Ten » permettra de garantir la mise sur le marché de nouvelles technologies rentables et de réduire la consommation d'essence des États de près de 20 % en dix ans : - en fixant une nouvelle norme exigeant que l'on produise quelque 132 milliards de litres de carburants renouvelables et d'autres carburants de remplacement en 2017, - en modifiant les normes de consommation d'essence pour les voitures, comme le gouvernement l'a fait pour les véhicules utilitaires légers. Alors que nous nous employons à transformer la production d'énergie, nous devons aussi nous attaquer au déboisement qui a lieu à un rythme insoutenable Selon des scientifiques, près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde sont dues au déboisement. Les forêts du monde contribuent à réduire les quantités de gaz à effet de serre dans l'atmosphère car les arbres captent le gaz carbonique. Toutefois, lorsque nos forêts disparaissent, la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère augmente. Il nous faut protéger nos forêts et les étendre dans notre territoire et à l'étranger. Les États-Unis ont pris des mesures pour contribuer à augmenter les quantités de gaz carbonique captées par leurs forêts et à sauvegarder leurs forêts pour les générations futures : - depuis 2001, l'État fédéral a consacré plus de 3 milliards de dollars au reboisement et à la prévention d'incendies catastrophiques dans les forêts, - il fournit des dizaines de milliards de dollars pour encourager les agriculteurs à protéger les forêts, - il encourage l'adoption de mesures de gestion durable de l'utilisation des terres tant publiques que privées. Les États-Unis collaborent aussi avec d'autres pays pour encourager la protection des forêts et leur gestion dans le monde entier. Nous apportons notre soutien aux nouvelles mesures prises par l'Australie, le Brésil, la Chine et l'Indonésie et nous continuerons de jouer le rôle qui nous incombe. Nous demeurons résolus à soutenir des initiatives telles que le Partenariat en faveur des forêts du bassin du Congo et du Partenariat en faveur des forêts de l'Asie. Nous poursuivrons aussi nos efforts dans le cadre de la loi sur la protection des forêts tropicales, qui aide les pays en développement à réorienter leurs paiements au titre de leur dette extérieure vers des programmes de protection des forêts. Le gouvernement a conclu 12 accords de protection visant à consacrer plus de 137 millions de dollars à la protection des forêts tropicales. Il a également prévu 87 millions de dollars afin d'aider des pays en développement à mettre fin à l'exploitation illicite des forêts.


L’économie américaine : une économie dominante.

Les Etats-Unis sont une puissance économique dont la nature et le rythme de croissance entraînent l’économie et le commerce mondiaux, tout en renforçant leurs positions internationales et leur potentiel de croissance à long terme. Cette puissance assure aux américains un niveau de vie plus élevé qu’en Europe, avec un écart qui s’accroît : 43 800 dollars de revenu réel par tête en 2006, contre environ 40 000 pour les pays nordiques, mais 35 000 pour la France et l’Allemagne en Europe de l’Ouest, et 10 000 à 14 000 dans les PECO. En PIB PPA, l’écart est plus fort (la force de l’euro ayant resserré les rangs) : environ 31 000 pour la France et l’Allemagne, 35 à 36 000 pour les pays nordiques (Norvège exclue : toujours 43 000). I- LES FONDEMENTS DE LA DOMINATION AMÉRICAINE

A- LES ENTREPRISES AMÉRICAINES DOMINENT ENCORE LE MONDE

Le rôle dominant de l’économie américaine a ses sources dans son vaste espace géographique et démographique, sa culture compétitive, scientifique et technologique, sa diversité culturelle, ses capacités de gérer des grandes transactions et d’organiser de grands marchés, ses modèles de management. Elle s’appuie sur les doctrines libérales et de management compétitif, aujourd’hui largement diffusées dans le monde, qui ont poussé à l’internationalisation des activités. Les firmes multinationales américaines jouent un rôle essentiel. En 2007, dans la liste des 500 plus importantes firmes du monde, 184 sont américaines soit 40,4% de la capitalisation boursière mondiale, parmi les plus importantes de tous les secteurs ; les cent plus grandes, où les firmes américaines sont en majorité, représentent 13 % du commerce et 15 % de l’emploi mondiaux (v. P. Bauchet, 2002, Concentration des multinationales et mutation des pouvoirs de l’Etat, CNRS Editions). 41 FMN britanniques pour 9,5% : deuxième rang. Japon troisième avec 49 firmes et 8%. France 4ème avec 32 et 6,7% devant la Chine (avec HK) 4,8% pour 16 entreprises puis l'Allemagne 20 FMN pour 3,9%. 1 Exxon Mobil États-Unis Pétrole 2 General Electric États-Unis Diversifié 3 Microsoft États-Unis Logiciels 4 Citigroup États-Unis Banque 5 AT&T États-Unis Télécommunications 6 Gazprom Russie Gaz 7 Toyota Motor Japon Automobile 8 Bank of America États-Unis Banque 9 Banque Industrielle et Commerciale de Chine Chine Banque 10 Royal Dutch Shelle

Pétrole

Précisions sur les FMN ou transnationales : On peut classer les FMN (non financières dans le tableau suivant) selon leurs actifs investis à l'étranger. La CNUCED recueille les données. Elle calcule un indice de transnationalité : moyenne de la proportion des actifs, des ventes et de l'emploi à l'étranger par rapport au total du groupe. La taille du marché d'origine joue un rôle important : Nestlé est très transnationale du fait de la taille limitée du marché suisse. Tous les secteurs ne sont pas égaux devant l'international : Vodafone, 53ème par le CA (rang Fortune), est deuxième en termes de transnationalité (87,1%). Les pétrolières sont guidées par la localisation des gisements et donc très bien placées en termes de transnationalité. Les FMN des pays émergents montent en puissance : le Boston Consulting Group a répertoriée les 100 premières entreprises appelées à atteindre des places déterminantes dans le futur. 44 sont chinoises, 21 indiennes et 12 brésiliennes. Repérer la place des FMN via leurs filiales dans le monde est cependant limité pour le raisonnement. En effet, elles sont de plus en plus au centre des systèmes de production depuis la mise en place de stratégies d'externalisation avec leur lot de sous-traitants.

Nom Secteur Pays d'origine Actifs à l'étranger Rang Fortune Indice de transnationalité General Electric Électricité Diversifié États-Unis 448,9 9 47,8 (41) Vodafone Télécoms États-Unis 247,9 53 87,1 Ford Motor Automobiles États-Unis 179,9 8 48,7 (48) General Motors Automobiles États-Unis 173,7 5 34 (28) British Petroleum Pétrole RU 154,5 2 81,5 (81) Exxon Mobil Pétrole États-Unis 134,9 3 63 (65) Royal Dutch Shell Pétrole RU et PB 129,9 4 71,9 (62) Toyota Motor Automobiles Japon 123, 7 49,4 Total Pétrole France 98,7 10 74,3 (75) France Telecom Télécoms France 85,7 63 48,7 VW Automobiles Allemagne 84, 15 56,4 (57) Sanofi Aventis Pharmacie France 82,6 321 77,6 Deutsche Telekom Télécoms Allemagne 79,7 37 50 RWE Électricité Gaz Eau Allemagne 78,7 78 50,1 Suez Électricité Gaz Eau France 74,1 79 75,2 Eon Électricité Gaz Eau Allemagne 72,7 69 42,7 Hutchinson Wampoa Diversifié HK 67,6 347 79,3 Siemens Électrique Électronique Allemagne 65,8 21 62 (62) Nestlé Boissons Aliments Suisse 65,4 43 93,5 EDF Électricité Gaz Eau France 65,4 64 32,4 Honda Motor Automobile Japon 65 27 68,5 Vivendi Universal Diversifié France 57,6 199 55,4 Chevron Texaco Pétrole États-Unis 57,2 11 56,6 (58) BMW Automobiles Allemagne 55,7 71 66,9 Daimler Chrysler Automobiles Allemagne 54,9 6 29,2 LES 25 PREMIÈRES FMN SELON LEURS ACTIFS À L'ÉTRANGER EN 2005 (en Milliards de $) (entre parenthèses, indice de 2001) Ses innovations, technologiques et managériales continues, sont incorporées dans de nouveaux produits et services qui soutiennent ses exportations, et plus généralement ses positions stratégiques. Les médias et systèmes de communications américains exercent une influence culturelle qui renforce son influence économique. Ses atouts économiques renforcent également ses avantages politiques et réciproquement.

Bien que le commerce extérieur des Etats-Unis ne représente que 12 % en moyenne de sa production, cette part est beaucoup plus importante dans les activités commercialisées à l’échelle mondiale, notamment dans les nouvelles technologies (systèmes d’information, applications de la biotechnologie, nouveaux matériaux, transports internationaux) et dans les activités pétrolières et les services qui ont bénéficié des innovations techniques.

Dans le secteur des services, qui représentent plus des deux tiers des économies modernes, les EU ont des positions dominantes dans les télécommunications, l’organisation de l’Internet, les logiciels qui sont le cœur de la société d’information, les média de masse. Leurs intermédiaires financiers, leurs banques, assurances, sociétés d’investissement, grands marchés boursiers, organismes d’analyse et d’information, de " notation ", de conseil et de réorganisation stratégique, leurs grands cabinets juridiques s’appuyant sur le rôle prééminent du droit américain dans les relations internationales, traitent les affaires les plus importantes. Leurs réglementations s’imposent à toute firme qui entend opérer aux EU, c’est à dire à toute grande firme.

B- LE CREUSEMENT DES ÉCARTS DE CROISSANCE AVEC LE RESTE DE L'OCDE

(La forte croissance différentielle américaine des années 1990, a, on le sait, sa source dans ses inventions technologiques et ses innovations économiques. Celles-ci se sont développées depuis la fin de la guerre, et ont surtout concerné l’organisation et la gestion du traitement des données (systèmes d’information), les communications, la biotechnologie et ses applications. Elle ont induit un rythme rapide de croissance des investissements, et une hausse marquante de la productivité, qui ont suscité de puissantes réorganisations industrielles et commerciales, et qui ont valorisé les actifs).

Entre 1984 et 1993, le taux de croissance annuel du PIB américain en termes réels, a été de 3, 21 % contre 2, 4 % pour l’Union Européenne, et 3, 7 % pour le Japon. Mais les innovations réalisées pendant ce qu’on a appelé quelque temps la « nouvelle économie », dans les années 1994-2000, ont fortement accéléré ce taux américain, de 3, 8 % à 4, 4 %. Par comparaison, dans la même période, le taux européen, qui était négatif en 1993, a oscillé entre 2 % et 3 %.

Si l’on tient compte des mouvements de la population, les comparaisons de taux de croissance du PIB réel, par tête d’habitant, donnent des chiffres différents. (Rajouter 0,9% pour retrouver le taux de croissance brut des EU contre 0,3% pour l'UE ...)

1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 E-U 3,1% 3,0% 3,2% 2,8% -0,1% 0,7% 1,6% 3,0% 2,3% 2,4% 1,2% U-E 2,4% 2,4% 2,6% 2,5% 2,9% 0,8% 0,7% 1,5% 1,0% 2,7%

La dynamique des investissements privés a marqué l’évolution économique et son rythme cyclique. Depuis les années 1970, l’évolution cyclique des 20 pays les plus industrialisés, et celle des Etats-Unis ont été des cycles de l’investissement fixe privé, en phase, d’une durée de six ans environ. La majorité des phases de dépression a été d’intensité faible à modérée, les phases de prospérité plus longues, et la tendance, partout, a été à la réduction de l’inflation. On ne peut donc pas dire que l'économie dominante que constituent les Etats-Unis ait accru l’instabilité cyclique.

1-Fonctionnement de la croissance américaine : au commencement est l'investissement Depuis 1994 les taux annuels de croissance des investissements fixes américains ont été de: +7, 3 % ; 5, 4 % ; 8, 4 % ; 8, 8 % ; 10, 2 % ; 7, 8 % ; 6, 7 %, et en 2001, - 0, 9 %. Les performances de l’Union Européenne ont été moins brillantes: +6 % ; 3, 5 % ; 2, 4 %; 3, 5 % ; 6, 9 % ; 4, 9 % ; 4, 7 % ; et 0, 1 %. Les organismes spécialisés de « capital-risque », disposant de capitaux provenant d’agents prêts à prendre des risques, ont assuré le démarrage des investissements, et, le plus souvent, conduit les firmes jusqu’au marché, en l’occurrence le Nasdaq. Sur le Nasdaq, l’indice des cours des actions a été ainsi multiplié par 6 du début de 1996 jusqu’au début de 1999, alors que les cours des actions de firmes moins engagées dans les nouvelles technologies n’ont été multipliés que par 2, 5. L’Europe s’est engagée dans la même voie, avec quelque retard du fait du développement insuffisant de ses organismes de capital–risque, et d’une moindre incitation à l’application des découvertes : les cours des valeurs technologiques ont cependant aussi été multipliés par 6 entre 1995 et 1999.

2- Fonctionnement de la croissance : le rôle du crédit. La hausse des cours des actions n’a été qu’une des formes d’accroissement de valeur des actifs, et d’enrichissement ; celle des bien immobiliers a été particulièrement forte après la crise boursière. La valorisation du patrimoine a influencé la demande des consommateurs et accru leurs capacités d’endettement, avec des effets indirects d’accélération sur les investissements. Les banques et institutions financières ont été incitées à s’engager dans des placements plus risqués (prêts et actifs boursiers).

3- Fonctionnement de la croissance : la Bourse L’économie d’innovation, économie de crédit, a donc produit des « bulles » financières par spéculation à la hausse des valeurs (actions, obligations, biens immobiliers, art), qui ont été au coeur de la dynamique de la demande. Pour faciliter les comparaisons internationales, compte tenu de l’inflation différentielle, on peut observer l’évolution des cours réels des actions, inflation déduite. Aux Etats-Unis ils ont été multipliés par 5 de 1980 à 1998, avec une forte accélération dans les années 1990. Le mouvement a été suivi en Europe, mais de façon diverse. Le multiplicateur en Suède et en Irlande a été de 6, aux Pays-Bas de 5, mais plus faible en France, de 4, et de 2 % en Grande-Bretagne, Allemagne, et Italie. Dans l’ensemble, les cours des actions dans les pays industriels ont augmenté plus vite que les profits d’entreprise, du fait d’anticipations optimistes généralisées et d’un excédent de liquidité créé par les systèmes monétaires. Aux Etats-Unis, le rapport « cours sur bénéfices » (price-earning ratio, P/E), qui était au niveau 8 en 1975, et 15 au début de 1990, est passé à 32 en 1999, et même 38,2 dans le secteur manufacturier. Ce P/E dépend des gains anticipés et de la prime de risque demandée par les investisseurs. Un ratio P/E de 15, qui correspond à la moyenne générale des actions 1950-1999, induit un taux de rendement de 7 % l’an, soit le rendement moyen des actions depuis 1945, et même depuis plus longtemps. Le ratio observé en 1999 dans l’industrie, ne donne qu’un rendement réel du capital de 3 % ; c’est dire que les cours étaient- surévalués par rapport à la tendance, même si les innovations financières avaient réduit la prime de risque. Un ratio de 30 en 1999 implique que la croissance attendue des gains réels devrait excéder de 25 % à 50 % celle réalisée entre 1990 et 1995, anticipation très optimiste et dont la réalisation dépendrait de l’augmentation du taux de croissance de la productivité liée à l’innovation. L’Europe a été plus modérée , avec un P/E en 1999, de 29 en Finlande, 27 aux Pays-Bas, 24-25 en Grande-Bretagne et en Italie, 20 en Allemagne, en France et en Suède. Seul le Japon a eu des rapports ayant oscillé entre 60 et 80 pendant les années 1990, et de 67 en 1999. La hausse des cours accroît la capacité de crédit des entreprises, et fait baisser le coût du nouveau capital collecté, par rapport à l’ancien. Cette hausse des cours incite aussi à la hausse de la demande des consommateurs, car la valeur réelle de leurs actifs augmente. L’accélération de la croissance a d’autre part engendré une hausse des salaires. Le gain horaire, aux Etats-Unis, a augmenté de 2, 5 % l’an en 1995 à 3, 8 % en 2000.

Au final, le consommateur fait fonctionner la machine Depuis 2004, aux États-Unis, ce sont les dépenses de consommation des ménages qui ont été encore une fois à l'origine de la croissance du PIB. Le matériel et les logiciels informatiques, les dépenses du gouvernement fédéral ainsi que les investissements résidentiels y ont également contribué. La crise des subprimes n'a pour le moment pas encore ralenti les dépenses des ménages.

C- LE MYTHE DE LA “NOUVELLE ÉCONOMIE” RESTE VIVACE

Malgré l’accélération de la croissance le taux d’inflation, mesuré par la hausse des prix à la consommation, est resté faible, n’augmentant de 1991 à 1995 que de 3,1 %, puis de 2,5% entre 1996 et 2000 pour atteindre un maximum de 3,4% en 2000 à 3 % en 2001, avant de retomber à 1,6 % en 2002. C’est l’effet de la hausse de la productivité ; les réductions de prix des produits qui en ont bénéficié, ont limité la hausse générale des prix. L'année 2000 et l'accélération perceptible ayant marqué la fin de ce cycle. Depuis le retour de la croissance en 2003 l'inflation repart sur les bases des années 1990 et remonte de 0,4% par an : 2,3% en 2003, puis 2,7% et 3,1% les années suivantes. Le taux de chômage, fortement réduit à 4 % de la population active en 2000, s’est progressivement accru jusqu’à près de 6 % en 2002 et 2003. Mais il a régressé par la suite : 5,5% en 2004 et aux environs de 5% fin 2005. Le rapprochement est tentant (et en aprtie vrai) : la baisse du chômage et le retour de tensions sur le marché du travail se traduit par une remontée des salaires. La hausse des taux de change du dollar, observée de 1995 à 2000, n’a pas freiné les exportations américaines fondées sur l’innovation technologique, et au contraire a fait obstacle aux pressions inflationnistes. Enfin les taux d’intérêt à long terme, facteur important des investissements, ont poursuivi leur baisse amorcée à la fin des années 1980, d’un niveau de 9 % en 1990 à près de 5 % fin 2000. Tous ces faits nous expliquent le mirage collectif, la naissance rapide d’un nouveau mythe d’une nouvelle économie exposée dans sa théorie, diffusée par les « experts » et les médias, partagé par les dirigeants d’entreprises et leurs financiers, qui y avaient tous intérêt.

Classiquement, ce mythe a eu la valeur d’une « idée-force » qui a entraîné, comme dans un vertige, l’innovation et ses risques, et a été la source d’une accumulation exceptionnelle d’innovations dont la portée se fera longtemps ressentir dans toute l’économie mondiale. Il s’agit d’une économie où une production créative pourrait longtemps se poursuivre, avec des cycles modérés. Elle enrichirait les participants à la production et tous les détenteurs de patrimoine, y compris un nombre croissant de ménages à revenu moyen, et elle réduirait le chômage et le taux d’inflation.



II- LES PÉRILS QUI MENACENT LA DOMINATION AMÉRICAINE

A- LA CRISE DE 2000-2003 ET SA RÉSOLUTION Mais la violente crise de 2000 a démonté cet optimisme, et explicité les dysfonctions de ce nouvel "âge d’or ", qui constituent des pièges de croissance.

Dates des changements Taux directeurs 2002

6 novembre 1,25 2001

11 décembre 1,75 6 novembre 2,0 2 octobre 2,5 17 septembre 3,0 21 août 3,5 27 juin 3,75 15 mai 4,0 18 avril 4,5 20 mars 5,0 31 janvier 5,5 3 janvier 6,0 16 mai 2000 6,5

            TAUX DIRECTEURS : LE RALENTISSEMENT DE 2001, AVANT LE 11 SEPTEMBRE

La séquence de 2001 montre aussi que la récession de 2001 n'est pas réductible aux attentats du 11 septembre.

L’éclatement de la bulle boursière et la crise économique 2000-2003. La crise américaine a été exceptionnelle par le contexte exceptionnel des quatre chocs qui l’ont marqué : 1 L’attaque terroriste du territoire américain le 11 septembre 2001, a mis au premier plan les problèmes de sécurité à long terme et engagé une politique budgétaire dans un fort déficit. 2 Les scandales financiers de 2002 mettant en cause l’honnêteté d’entreprises industrielles et d’institutions financières mondialement connues, ont révélé les difficultés de la régulation financière, et les limites de l’éthique d’entrepreneur. 3 L’engagement militaire en Afghanistan et en Irak, avec ses incertitudes sur l’issue rapide des opérations et sur l’après-guerre. 4 Du fait de la coïncidence des cycles économiques dans les économies industrielles, et de l’interdépendance des économies, la crise s’est immédiatement généralisée, ne permettant pas de soutien de la conjoncture par l’Europe et l’Asie.

L’éclatement de la « bulle » qualifiée de « bulle Internet » a marqué un brusque effondrement des nombreuses petites firmes créatrices (les start-ups, ou nouvelles pousses). Celles ci ont joué un rôle essentiel pour diversifier les services Internet offerts aux consommateurs et aussi aux grandes firmes de télécommunication du monde, qui se sont engagées dans la mise en place très coûteuse des nouveaux réseaux de téléphone mobile. Cet élan technique et passionnel, a engagé les firmes et l’ensemble de la communauté des investisseurs et de leurs agents, à prendre des risques trop importants, mal appréciés, et à faire des erreurs stratégiques de marketing et de financement. La généralisation des distributions d’«options d’actions », les stock-options, aux dirigeants et cadres les a, pour une part au moins, incités à prendre plus de risques, en vue de maintenir les cours des actions à la hausse, et a poussé certains des acteurs les plus éminents à la fraude et à des comportements immoraux.

Bref la crise a fait retomber sur terre un bon nombre de ces « Barons de Krach » qui entendaient s’élever en tirant sur leurs lacets ( bootstrap levitation).

Elle a donc été une crise de « sur-investissement », avec une forte chute de la rentabilité espérée, et des capitaux risqués. On l’ a plusieurs fois observé dans l’histoire, par exemple celle des chemins de fer et de l’électricité. Presque toutes les crises d’après 1945 ont comporté de forts réajustements des investissements, et depuis 1973 cette chute des investissements a contribué pour moitié aux phases de dépression cycliques. La bourse ne pouvait que réagir vivement lorsque les investisseurs ont compris que le mirage de la forte croissance portée par les innovations, était devenu flou. La correction boursière sur l’indice Nasdaq Comp a été rapide et sévère. De son sommet au niveau 5048 à la fin de 1999, l’indice a chuté à 1114 fin octobre 2002, soit une baisse de 77 %. En août 2003 il est remonté à 1652, entraîné à nouveau par de « grands noms » de la technologie. Janvier 2006, il dépasse les 2100 points. Le taux de croissance annuel du PIB réel américain qui était de 4, 4 % en 1999, et 3, 7 % en 2000, a chuté à 0, 8 % en 2001. La crise économique a été forte, mais nullement comparable à celle de 1929, où la production américaine avait baissé de 30 % de 1929 à 1931, de 26 % en Allemagne, de 15 % au Japon, de 10 % en France et de 0, 5 % en Grande-Bretagne. La « récession » au sens technique avait cessé en novembre 2001, mais 2002 a été incertain. Cependant, du fait du soutien de la consommation, de la baisse des impôts, des facilités extraordinaires du crédit qui ont entraîné 11 baisses des taux d’intérêt commerciaux ( effets à 3 mois) de 6 % au début de 2000 à 1, 8 % à mi 2002, et du relais assuré par la hausse foncière, l’année 2002 a enregistré une hausse du PIB réel de 1,6 % environ.

La reprise est forte fin 2003 (moyenne annuelle 2,7%) et surtout en 2004 (4,2%). 2005 et 2006 ont confirmé cette croissance. Elle semble, à nouveau, trouver sa source dans les innovations qui n’ont cessé de s’accumuler depuis, et même de s’accélérer, comme c’est souvent le cas dans les phases dépressives. Les facilités monétaires, la relance budgétaire publique, soit la forte hausse des dépenses militaires et la baisse des impôts, exercent leurs effets de relance depuis 2003, comme l’a fait la dépréciation du dollar sur le soutien des exportations en 2003 et 2004.

B- LE PIÈGE DES DÉFICITS

           On sait aujourd’hui que la croissance américaine des années 1990 a été grandement facilitée par ses politiques financières qui comportent des risques de  "crédibilité " pouvant affecter sa croissance à long terme.

La création de monnaie et les disponibilités en crédits, de 1995 à 1998. Son taux de croissance annuel, nul en 1995, mais de 15 % au début de 1999, s’est réduit à 8 % en 1999. Ces facilités monétaires ont permis aux entreprises et aux ménages de mettre en œuvre des stratégies dynamiques, en s’endettant, pour moitié en emprunts à court terme. Les perspectives de plus-values d’actifs ont incité et facilité la spéculation, et suscité de nouveaux instruments de gestion des portefeuilles et des risques, complexes et mal maîtrisés. Les économistes connaissent assez bien les relations entre les variations de la monnaie et celle des prix (inflation) mais moins bien ses rapports avec les variations des valeurs des actifs et les dépenses des agents. Or dans un pays riche où un grand nombre d’agents possède des actifs, et notamment des actions (80 millions d’actionnaires aux EU) les comportements « patrimoniaux » sont stratégiques. Le déficit budgétaire s’est très fortement accru depuis 2001 Il a atteint jusqu’à 4,8 % du PIB en 2003, soit son taux pendant la récession de 1990-1992. Son augmentation soutient certes la demande en période de dépression mais peut induire des hausses de taux d’intérêt défavorables à l’investissement. Toutefois il baisse apr la suite : le retournement est en fait lié à de fortes rentrées d'impôts elles-même liées au maintien de la croissance. Le déficit courant des comptes extérieurs, et notamment de la balance du commerce, a cependant atteint en 2005 un nouveau record à 717 Milliards de $ puis 764 en 2006 (chiffres de 2007 à guetter début février). 1440 exportés contre 2200 importés ... Il doit être financé par des capitaux étrangers dont les concours sont toujours incertains, et il affecte le taux de change qui lui, influence la balance du commerce.

1- Le déficit budgétaire

Le déficit du budget global des autorités Fédérales, des collectivité locales et de la sécurité sociale, égal à 5, 2 % du PIB en 1993, s’était retrouvé en surplus de 1, 6 % en 2000. La dette était alors passée à 53,7% du PIB en 2001) La crise l’a transformé en nouveau déficit : -4,8% en 2003 (niveau maximum) et -2,3% en 2006, soit un déficit de 296 Milliards de $. Hélas, le ralentissement économique US est en train de faire remonter le déficit à 2,7% attendus pour 2007. La dette publique, soit 60,3 % du PIB en 2007, presque à son niveau de 1986, mais très inférieur à celui des années 1991-1995 (moyenne de 68,3%) induit une charge de 3. 500 dollars par habitant. Dans la zone euro ce déficit ne dépasse pas 2 % du PIB.

A ce problème de fond s'ajoute la chute de l’épargne des consommateurs, qui de 8 % du revenu disponible en 1990 (maximum de 13% en 1975) est tombée à 2 % depuis 1999 et n'est pas remonté depuis (1,7% fin 2003)1, alors que le taux en Allemagne est de 11 %. Le phénomène n’est pas limité aux Etats-Unis. Le taux d’épargne des ménages au Japon, de près de 15 % en 1990 est tombé à 5 % en 2002. Or la hausse de l’endettement ne peut éternellement dépasser l’accroissement des revenus. En outre des familles plus jeunes et moins riches vont remplacer les baby-boomers de 1946 et 1964 ; elles seront moins aptes à s’endetter.

Dans cet ensemble, le déficit du budget fédéral, pour l’année fiscale 2003 a été de 401 milliards de dollars, et s’élève à 480 milliards dans l’année 2004, soit près de 5 % (4,6%) du PIB. La raison en est la baisse des recettes fiscales en récession, les politiques de baisse des impôts (pour relancer la consommation quand l'épargne est déjà trop faible) et d’accroissement des dépenses militaires2 et sociales qui ont atteint la somme astronomique de près de 5 % du PIB en trois ans ! Le Bureau du Budget (CBO) du Congrès, rarement optimiste, estime maintenant que le Gouvernement va accumuler des déficits qui pourraient atteindre 1. 400 milliards de dollars en 2013, compte tenu de l’accroissement des dépenses de sécurité. Bien entendu une vive reprise économique accroîtrait les ressources fiscales. Mais l’importance du déficit public rend méfiants les investisseurs en dollars.

Cette forte relance budgétaire a soutenu la demande pendant la phase de dépression, mais ses effets de relance exigeraient une baisse continue des impôts qui, politiquement, serait plus difficile à obtenir à l’avenir.

Comme le taux d’intérêt à court terme est de 1 % en 2004, la marge de réduction du taux, en soutien de la demande, est aussi fort réduite. L’accroissement de la dette publique peut cependant entraîner une hausse des taux d’intérêt à long terme qui freine l’investissement. L’arrivée de la récession a provoqué la fuite massive des placements en actions vers les obligations, provoquant une véritable « bulle » d’obligations. (Fin décembre 2003 Schwartzeneger émet 15 Milliards de dollars d'obligations pour combler le déficit de l'État). La hausse de leurs cours a d’abord fait baisser les taux « longs », ce qui était favorable à l’économie, mais la perspective de reprise provoque des vagues de ventes qui poussent ces taux à la hausse, alors que la reprise était encore incertaine. Dorénavant la reprise semble s'installer. Les taux sont remontés et on annonce qu'ils vont être stabilisés : ils sont passés de 1% en 2004 à 4,25% en décembre 20053 tandis que les taux d'intérêt des obligations d'État se maintiennent à environ 5%. Les EU ont peut-être réussi leur sortie de crise ... La baisse du déficit en 2005 (par retour des rentrées fiscales) tendant à étayer cette hypothèse.

2- Le déficit courant des comptes étrangers

Inauguré en 1971 il n’a pratiquement pas cessé depuis 1985, où il atteignait 3 % du PIB ; après un surplus faible et provisoire en 1991, il s’est élevé à 6 % du PIB pour l'année 2004 ! C’est une exceptionnelle propension à importer des consommateurs américains, nourrie par le crédit, qui en est la cause principale. Les filiales à l’étranger des multinationales américaines, qui exportent leurs productions locales, en sont largement responsables. Malgré la récession, les ménages, dont les revenus réels se maintenaient, ont continué d’acheter des produits étrangers.

En 2006 le "déficit commercial américain" a atteint 764 milliards de dollars. La reprise économique américaine fin 2003, 2004, 2005 et 2006, accélère les importations. La demande étrangère d’exportations américaines est freinée par la persistance de la dépression en Europe, et la faible reprise au Japon, ce qui fait craindre que la seule reprise américaine ne soit pas suffisante pour jouer son rôle de locomotive. Cependant le retour de la croissance dans la zone euro en 2006 et le maintien de celle-ci au Japon permet aux EU de connaitre un moindre creusement du déficit grâce à une meilleure croissance de leurs exportations ... On passe quand même d'un déficit de 717 Mds de $ à 764 ...

Ce déficit extérieur est couvert par les capitaux étrangers, et les Etats-Unis reçoivent en moyenne 1,8 milliard de dollars, nets, par jour. L'endettement des entreprises, des particuliers et celui de l'État provoquent un besoin de financement extérieur auquel répondent principalement les Banques Centrales des pays asiatiques (Japon, Chine, Corée du Sud) en acquérant des titres américains : le japon en détient 701 Milliards, la Chine 194 Milliards, grâce aux excédents dégagés du commerce avec les EU (chiffres de 2005).

Aussi peut-on attendre d’un déficit courant extérieur persistant, une forte détérioration du taux effectif réel de change (entre le dollar et une quinzaine d’autres devises). Ce taux élimine les différentiels d’inflation. Depuis 1986, il a baissé jusqu’en 1995, avec une certaine stabilité jusqu’en 2000. Puis, malgré la hausse du déficit extérieur courant, il s’est fortement apprécié de 2000 jusqu’au premier trimestre 2002 avant de baisser par la suite jusqu'à la fin 2004 (cf appréciation de l'euro de 0,83 à 1,2 $ environ). Relatif maintien par la suite.

Le renversement s’est opéré début 2002, et la baisse du taux se poursuit jusqu'en 2004. Cette baisse est normale et équilibrante, afin de permettre un accroissement des exportations américaines, et donc une réduction progressive du déficit courant. On observe que ce taux réel s’est apprécié entre 1999 et le premier trimestre 2002, bien que le déficit courant ait cru jusqu’à 4,5 % à la fin de 2001. Ensuite le déficit a baissé jusqu’à 3 % du PIB, fin 2002, et a, à nouveau, augmenté jusqu’à 5 %, provoquant cette fois une forte chute du taux de change jusqu’en 2004. Si l’on considère le taux de change, en termes nominaux, du dollar en euro, qui valait 0, 8 euros au début de 1999. Il s’est apprécié jusqu’à 1,2 euros au début de 2001, mais au cours du second trimestre 2001 il s’est à nouveau déprécié, pénalisant les exportations européennes. Depuis il s’est encore apprécié, à 1,2. Ce mouvement s’explique par les entrées de capitaux étrangers attirés aux EU, non par des motivations d’investissement direct, mais par un différentiel d’intérêt sur les obligations américaines, et le désir des Banques Centrales du Japon et d’autres pays asiatiques de freiner la baisse du dollar afin de protéger leurs exportations commerciales. La Banque du Japon a ainsi acheté près de 80 milliards de dollars en 2002, détenant ainsi 12 % des obligations du Trésor américain. Ainsi le change Yen/dollar, depuis juin 2002, a légèrement fluctué autour de 120. En résumé l’accroissement important, prévisible, du déficit américain comporte le risque d’une nouvelle baisse de la devise américaine, qui gênerait les exportations des pays étrangers. Ce serait un véritable nouveau choc pour l’économie mondiale. C'est pourquoi une remontée des taux d'intérêt aux Etats-Unis était inévitable ...

Les marchés de capitaux américains comptent sur leur puissance et leur «efficience» pour continuer d’attirer ces capitaux. C’est une situation instable, reposant sur des comportements de détenteurs étrangers de dollars, qui dépendent de leurs propres perspectives de croissance économique. Or ces perspectives dépendent de l’évolution de leur potentiel compétitif à long terme. Seulement deux méthodes efficaces pour réduire un déficit budgétaire : la croissance de l'économie et la réduction des dépenses. La raison principale des déséquilibres américains est le manque de croissance en Europe et au Japon. L'affaiblissement du billet vert représente une menace pour la croissance européenne et, dans une moindre mesure, de l'Asie, mais n'offre aujourd'hui que des avantages à l'économie américaine. Le président de la Fed considère qu'"à un certain moment" les investisseurs étrangers n'auront peut-être plus goût pour les actifs américains et mettront en danger la croissance. Le danger reste limité tant que les banques centrales chinoise, japonaise, coréenne et taïwanaise recyclent leurs excédents en continuant à acheter massivement des bons du Trésor. Le risque est celui d'un emballement de la baisse, d'une panique sur les marchés et, dans la foulée, d'un dérapage des taux d'intérêt américains. Le problème se double d'une nécessité de maintenir les taux de la FED (peur de l'inflation par le pétrole) ou de les baisser du fait du ralentissement de l'économie. À un moment où J.C. Trichet ne songe pas à modifier les taux européens ... La FED a baissé en décembre son taux directeur à 4,25% (la BCE est à 4%). La FED gère les taux graduellement. Pilotage en temps réel de l'économie pour éviter l'emballement inflationniste et le ralentissement de la croissance. Les séquences récentes le prouvent : la crise des subprimes est visible dans le retournement de septembre. Une nouvelle crise menace ...

C- LA CRISE DE L'ÉTÉ 2007 C'est celle des subprimes, des crédits immobiliers “à risques” aux EU. Prime aux EU qualifie les emprunts immobiliers normaux. Les subprimes sont essentiellement des prêts hypothécaires : en cas de pb de remboursement, le bien est saisi sans engagement de démarches judiciaires complexes. En 2006, 40% des nouveaux prêts hypothécaires sont des subprimes. Ils ont été fortement développés à partir de 2004. Bizarrement à partir de la remontée des taux ! Parce que les ménages aisés avaient déjà largement bénéficié de la baisse des taux pour emprunter. Pour maintenir leurs CA, les organismes de crédit se mettent alors à prospecter davantage les ménages à faibles garanties. On invente pour eux des prêts assez tordus ! Remboursements faibles dans les premières années. Alourdissement par la suite. Les clients accédent à la propriété sans se rendre compte du piège. Les courtiers empochent des commissions. Les établissements financiers transforment ces créances qui font tache en Mortgage Backed Securities ou MBS , des titres financiers qu'ils vendent sur le marché pour financer leurs prêts. Les investisseurs les achètent parce que ça rapporte plus. Pour compenser la mauvaise qualité des créances, on rémunère plus. Dates des changements Taux directeurs 2007

11 décembre 4,25 31 octobre 4,5 18 septembre 4,75 2006

29 juin 5,25 10 mai 5,0 28 mars 4,75 31 janvier 4,5 2005

13 décembre 4,25 1er novembre 4,0 20 septembre 3,75 9 août 3,5 30 juin 3,25 3 mai 3,0 22 mars 2,75 2 février 2,5 2004

14 décembre 2,25 10 novembre 2,0 21 septembre 1,75 10 août 1,5 30 juin 1,25 2003

25 juin 1,0

                                  TAUX DIRECTEURS DE LA FED : D'UNE CRISE À L'AUTRE ?

Fin 2006, naturellement, les défauts de remboursement croissent. Les ménages doivent vendre leurs maisons ... mais dans un marché déprimé ... Puis les prêteurs sont touchés début 2007. 20aine d'établissements mettent la clé sous la porte. Petits établissements. Pas trop grave au départ (les subprimes ne représentent que 13% des prêts en cours finalement). Comme beaucoup d'établissements financiers détiennent des MBS (titrisation), les risques de défaut sur les titres sont répartis sur tellement d'investisseurs qu'aucun d'entre eux n'est susceptible de faire faillite. Normalement, pas de contagion de la peur à attendre.

Pourtant c'est tout le contraire qui arrive cet été. Tout commence par les problèmes rencontrés par deux hedge funds américains de la banque d'investissement Bear Stern. Un hedge fund est un fonds d'arbitrage ou fonds spéculatif qui parie sur l'avenir à l'inverse ou en marge des tendances dominantes du marché. Des déposants demandent à retirer leurs fonds. Des créanciers refusent de reconduire leurs crédits aux fonds ... Défaut de paiement. L'Europe n'a pas de marché de subprime et pas de “titrisation” de prêts hypothécaires. Mais les banques européennes ont acheté des titres outre-Atlantique. IKB (banque allemande) est très impliquée alors qu'elle est plutôt spécialisée normalement dans le crédit aux PME. Un consortium de banques doit voler à son secours pour éviter la menace de “la plus grave crise financière depuis 1931” d'après la BaFin (régulateur des marchés boursiers allemands).

Le problème vient de ce que les subprimes sont cachés derrière les MBS eux-mêmes cachés dans d'autres titres. Exemple des Collateralised Debt Obligations ou CDO. On invente toujours plus de produits pour diluer les risques dans des produits dérivés (un produit dérivé est un contrat entre un acheteur et un vendeur qui prévoit un échange d'actifs dans le futur : un échange de monnaie, de taux d'intérêt, d'or, de céréales, de cacao, ou de titres de subprimes ...). Ces produits dérivés sont censés fournir une assurance contre le risque de défaut ... L'encours des CDO a doublé chaque année depuis 2001. Le problème vient aussi des agences de notation qui ont osé accorder de bonnes notes (des ratings) à ces titres financiers. Un CDO peut contenir des subprimes et obtenir malgré tout un triple A au même titre (...!) que des bons du Trésor ! Aussi les fonds de pension et autres Zinzins ont pu les mettre à leurs portefeuilles ... Mais comme des subprimes ont pu être détectés dans des CDO, on a commencé à suspecter tous les CDO et plus largement tous les titres de dettes ... Deuxième semaine d'août : manque de liquidité se fait criante. Ces produits en manquent habituellement mais jouent sur le nombre des acheteurs toujours prêts à les acheter. La suspicion tarit leur source de liquidités. On ne peut même plus estimer un prix à ces titres. BNP Paribas doit donc suspendre le calcul de la valeur liquidative (argent qu'on récupère si on vend tous les actifs) de trois fonds une semaine après s'être dite à l'abri de la crise des subprimes ! Les banques se suspectent les unes les autres d'être potentiellement touchées. le taux interbancaire au jour le jour grimpe de 4 à 4,7%. Les banques ne peuvent plus prêter à leurs clients parce que le différentiel entre les taux d'intérêt qu'elles pratiquent vis à vis de leurs clients et ceux auxquels elles empruntent sont trop proches. Pas de marge ...

D'où l'intervention de la BCE : elle ouvre le robinet du crédit au jour le jour à 4% pour que les banques continuent d'emprunter. Résultat : 95 Mds d'euros empruntés en un jour. (contre 69 Mds après le 11 septembre 2001). 61 Mds le lendemain. La Fed et la banque du Japon à un moindre degré idem. Puis baisse de 0,5% du taux d'escompte US le 17 août. On ramène le calme ... Pour combien de temps ? Pas longtemps. Tout s'emballe par la suite ..

Avec la mondialisation, la croissance américaine, et donc le rythme de ses innovations, dépend de plus en plus des performances de l’économie mondiale, c’est à dire de sa capacité à absorber ce rythme élevé conduit par l’économie dominante depuis une trentaine d’années.

III- LA FORCE DES ETATS-UNIS : LA COMPÉTITIVITÉ

Le défi du potentiel compétitif des Etats-Unis Aujourd’hui la croissance économique est « tirée » par les innovations qui dépendent de la créativité scientifique, technologique et managériale. L’Europe ne manque pas d’atouts, mais ses faiblesses résident dans ses insuffisantes capacités à les mobiliser aussi intensément que les américains. Les atouts américains Il est classique de citer les avantages compétitif du système américain : énergie bon marché, flexibilité économique et sociale, main d’œuvre immigrée importante à tous les niveaux de qualification, pression fiscale inférieure, dépenses militaires massives, et surtout structures et mentalités de compétition surveillées étroitement par une législation anti-trust rigoureuse. Mais l’atout majeur est la capacité scientifique et technologique, exploitée efficacement par des méthodes de management innovatrices, qui permettent et renforcent l’intervention des autres facteurs de compétitivité, et qui fournissent les bases d’une domination économique entretenue.

A- SCIENCE TECHNOLOGIES ET INNOVATIONS

Aujourd’hui les capacités technologiques et managériales, qui créent et diffusent rapidement des produits et services nouveaux, pour remplacer des produits à cycle de vie court, sont au coeur de la compétition. La concurrence et la hausse de la productivité due aux innovations font baisser les prix, ce qui accélère la diffusion des nouveautés, et incite les entreprises à renouveler leurs innovations dès que possible.

Comme l’explique W. Baumol (2002, The Free Market Innovation Machine, Princeton Univ. Press), les nouvelles firmes, opérant dans des marchés d’oligopoles compétitifs mondialisés, ont systématiquement développé les applications de ces idées nouvelles, dans toutes les activités, grâce à leurs programmes organisés de recherche-développement, et à la concurrence monopolistique qui règne sur ces mêmes marchés. Malgré les brevets, une rapide diffusion des nouveautés a été possible grâce aux ventes de « licences », aux diversifications, et aussi grâce à un usage croissant de la gratuité des services et à des prix bas permettant d’occuper rapidement des positions privilégiées dans les réseaux qui structurent nos économies modernes.

Cette compétition technnologique est, on le sait, destructive des positions acquises : la destructive creation de J. Schumpeter4.

Les sociétés contemporaines développées ont elles-même innové dans leurs institutions, leurs rôles, leurs structures et leur culture, et elles ont recherché de nouvelles méthodes pour inciter des scientifiques et des entreprises à inventer et à développer, conjointement si possible. Partout les pouvoirs publics ont développé des politiques de la science et de la recherche. L’économie nouvelle est une économie de la connaissance, de son transfert, du changement.

On oublie aussi trop souvent que la poursuite partout de politiques de stabilisation monétaire, depuis les années 1980, et de libéralisme compétitif, ont progressivement supprimé les facilités que donnait l’inflation aux entreprises pour faire apparaître du profit, en augmentant leurs marges et leurs prix, et pour pratiquer des hausses de salaires. La charge de la dette se réduisait.

En outre les baisses compétitives de prix, et même le développement de services gratuits, fréquents sur Internet, ou dans l’usage de logiciels (comme LINUX), ont réduit les bénéfices, et incité les entreprises à réduire leurs coûts, et surtout à innover pour occuper de nouveaux marchés ou améliorer leurs positions concurrentielles, rechercher des alliances stratégiques afin de partager les opportunités et les coûts d’innovation, et leurs risques. Elles ont du s’adapter aux goûts de plus en plus diversifiés et individualisés des clients, et donc innover dans leurs politiques de production et de mercatique.

Dans les incitations à l’innovation toutes les formes d’appropriation de l’innovation sont importantes et elles sont elles-mêmes soumises à un flux constant d’innovations. Elles comportent les dispositifs de propriété intellectuelle (brevets, licences, marques, droits d’auteur pour les logiciels) mais encore plus souvent des méthodes de gestion qui limitent la concurrence.

La recherche-développement

Les inventions technologiques qui fondent les innovations, dans un marché hautement compétitif, sont directement liées aux efforts et aux performance de la recherche-développement, qui font intervenir les organismes scientifiques (recherches des enseignements supérieurs ), la puissance publique et les entreprises. L’avantage américain est dû à des efforts plus importants et efficaces, et une meilleure combinaison de ces différentes prestations que dans d’autres pays. Rôle considérable joué par la recherche de défense et de sécurité dans le développement des grandes avenues technologiques aux Etats-Unis, aussi bien dans le secteur public scientifique que privé.

La Rand Corporation a établi un classement international des potentiels scientifiques et techniques, à partir des organismes de recherche, des dépenses de recherche-développement, des brevets, des effectifs scientifiques et d’ingénieurs, des publications scientifique, des étrangers venant faire des travaux de science et ingénierie.

On peut discuter la méthode qui donne quelques résultats surprenants, mais le classement de l’indicateur de synthèse donne 5, 03 aux EU, 3, 08 au Japon, 2, 12 à l’Allemagne, 1, 97 à la Suède, 1, 73 à la Grande-Bretagne, 1, 60 à la France, 0, 88 à l’Italie. L’indicateur des dépenses de recherche-développement ( par rapport à la moyenne) est beaucoup plus différencié : EU, 2, 72 ; Japon, 2, 94 ; Suède , 4, 19 ; Allemagne, 2, 43, France, 2, 23, Italie, 2,17, Pays-Bas, 2 ; Grande-Bretagne 1, 845.6

2 – Innovation, Productivité, Croissance Après 1945 les économies industrielles ont d’abord développé les inventions et innovations de la période de guerre, l’Europe rattrapant les Etats-Unis, en produits et méthodes de gestion, grâce à des investissements internationaux, au Plan Marshall et à d’innombrables missions aux EU, qualifiées alors de « missions de productivité ». Puis de nouvelles vagues d’innovations de base dans l’énergie, les transports et l’aéronautique, l’électronique, l’informatique, l’optique, les matériaux, les biotechnologies, la gestion financière du risque, etc, ont profondément renouvelé le potentiel technologique et économique de ces économies.

C’est l’usage des produits et services TI(technologies de l'information) plus que leur production qui a joué le rôle le plus actif dans la croissance industrielle. Le FMI, pour la période 1990-1998,a calculé que la part de ce secteur dans le taux de croissance du PIB réel, a été de 44 % aux Etats-Unis, 47 % en Grande-Bretagne, 45 % en Allemagne, 40 % aux Pays-Bas, 38 % en France, mais 93 % au Japon et 62 % en Finlande.

Grâce aux innovations, la durée de la phase de croissance du PIB dans les années 1990, jusqu’à la crise de 2000, a été supérieure aux précédentes. La hausse de la productivité a joué un rôle clé 7

Les taux de croissance confirment une croissance de la productivité américaine supérieure à celle de l’Europe, de 1995 à 2000. Le même phénomène se produit depuis 2002. La comparaison des productivités doit s’inscrire dans une analyse économique qui les éclaire. A taux égaux il faut tenir compte des différences des taux d’emploi de la main d’œuvre, car il est possible d’accroître la productivité en réduisant la main d’œuvre. L’Europe, sauf la Grande-Bretagne, a dû supporter un chômage structurel plus élevé (autour de 8-9 %) que les Etats-Unis (4 %). En outre le taux d’activité est plus faible qu’aux Etats-Unis où la durée de l’activité des travailleurs et la charge hebdomadaire de travail sont plus longues et les congés plus brefs. Les charges pesant sur le travail en Europe continentale, incitent les entreprises à rechercher la productivité par heure travaillée la plus élevée, et donc une main d’œuvre à haute productivité pouvant rapidement s’adapter au changements requis par la concurrence. Les adultes de 55 ans sont fréquemment mis à la retraite anticipée, et les jeunes moins qualifiés sont moins facilement recrutés, ou à titre temporaire.

Rôle déterminant des technologies d’information dans la hausse de la productivité

C’est le secteur des technologies de l’information qui a entraîné la productivité du travail américaine à la hausse. Selon le Bureau des Statistiques du Travail américain, le secteur des TI qui ne contribuait que pour 5 % au taux de croissance du PIB américain en 1948-1973, intervenait pour près de 29 % en 1995-1999, dont 7, 5 % pour les ventes d’ordinateurs, et 10 % celle des logiciels.8

De ce point de vue l’Europe a pris du retard, moins dans l’intensification informatique et les investissements dans l’Internet, que dans leur utilisation efficace pour accroître la productivité dans toutes les activités. Le problème est que l’utilisation productive des nouvelles technologies de l’information exige des restructurations et rationalisations, des redistributions de rôles et de pouvoirs, et une flexibilité de l’organisation elle même. Ces difficultés existent aussi aux Etats-Unis, mais notre système organisationnel et économique est plus rigide. C’est un autre vaste problème.

3- Le rôle des dépenses militaires cf étude de Futuris (Recherche Innovation Société janvier 2004)

IV- UN MODE DE DOMINATION PARTICULIER : LE “SOFT POWER” A- OÙ VA SE NICHER LA CULTURE ... L'expression vient donc de Joseph Nye, secrétaire adjoint à la Défense en 1994-1995. La force des EU s'exprime dans celle de ses marques. Les marques les plus influentes, les plus connues et les plus valorisées sont classées par le World Brand Lab ou encore Interbrand. Sur les 100 premières mondiales, 52 sont américaines. Et elles trustent les premières places : 14 sur les 20 premières. 26 sur les 40. 38 sur 60 et 54 sur les 100 premières ...




La capacité à influencer s'exprime par la force des marques dont l'attractivité repose sur les valeurs qu'on prête à l'Amérique (modernité à la Sarkozy au Congrès, réussite à la JC Van Damme, richesse à la bling bling, liberté à la Johnny Hallyday sur sa Harley) ... Cowboy et Ouest espace de liberté qui boostent Marlboro à partir de 1950 (le type est mort d'un cancer) et sa création par l'agence Leo Burnett de Chicago. 31 janvier 1990, premier McDo de Moscou qui pulvérise tous les chiffres de fréquentation. McDo réussit à “noyer Marx dans le Coca Cola”, adage du début des années 80 reaganiennes. Culture de masse qui passe par le cinéma. En mai 1946, les Accords Blum-Byrnes liquident une aprtie de la dette de guerre de la France contre l'ouverture des écrans français aux films américains sans obstacles. Le cinéma est clairement perçu comme un vecteur subliminal de l'American Way of Life. Prospérité, bonheur consumériste sont de la partie. Au classement 2007 du box office mondial, pas trace d'un seul film étranger dans les 50 premières places (en termes de recettes !). Cinéma, séries télé, musique, parcs d'attraction constituent une “culture de masse” qui vise le public le plus large aux EU puis vers les pays solvables. Et finalement, même vers les pays pauvres où les séries télé US sont diffusées gratuitement sur les chaînes locales, trop pauvres pour les acheter, ou sponsoriées par des produits US (Dallas est diffusé ainsi en Afrique à partir de 1986). Une acculturation mondiale se produit ainsi (les films américains représentent 85% des parts mondiales). Les produits culturels sont considérés comme n'importe quelle autre marchandise par les EU qui ont essayé d'imposer leur vision dans le Cycle de Doha mais se sont heurtés à la résistance de quelques pays emmenés par la France !!! Classement Titre français Année de sortie Cumul des recettes en millions de $ 1 TITANIC 1998 1835,4 2 LE RETOUR DU ROI 2003 1117,6 3 PIRATES DES CARAÏBES 2 2006 1070 4 HARRY POTTER À L'ÉCOLE DES SORCIERS 2001 975 5 PIRATES DES CARAÏBES 3 2007 960,7 6 HARRY POTTER 5 2007 933,9 7 LA MENACE FANTÔME 1999 925,5 8 LES DEUX TOURS 2002 921 9 JURASSIC PARK 1993 920,1 10 SHREK 2 2004 900,8 11 HARRY POTTER 4 2005 892,1 12 SPIDERMAN 3 2007 890,2 13 LE SEIGNEUR DES ANNEAUX 2001 860,3 14 HARRY POTTER 2 2002 859 15 LA REVANCHE DES SITH 2005 848,4 16 INDEPENDANCE DAY 1996 811,2 17 SPIDERMAN 2002 802,9 18 STAR WARS 1977 798 19 HARRY POTTER 3 2004 786,9 20 SPIDERMAN 2 2004 777,5 BOX OFFICE MONDIAL (au 31 décembre 2007)

Cette culture de masse est considérée comme une sous-culture : en 1992, Ariane Mnouchkine qualifie l'ouverture d'EuroDisney de “Tchernobyl culturel”. Maintenant un président de la république à talonnettes va y communier avec son porte-manteaux de luxe ... Mais l'Amérique porte aussi en elle sa “contre-culture” qui s'oppose à la culture dominante et qui, paradoxalement, participe aussi à la propagation d'un modèle américain qui renoue avec les idéaux premiers de la société américaine : notamment la liberté. Les beatniks, les hippies sont nés aux EU avec le flower power et ont influencé la jeunesse européenne et mondiale de la fin des années 60. Sans eux, pas de mai 68. Le soft power est multiforme. Il exerce donc une fascination extrême même si fascination ne signifie pas forcément adhésion. Jouons ensemble et essayons de deviner quel modèle fascine notre président : le modèle sous-culture ou le modèle contre-culture ? Pour cela, écoutons son discours au Congrès et nous aurons tout compris : John Wayne, Elvis Presley sont ses idoles (que des morts). Hollywood plutôt que Sundance ... Indécrottable ...

La France est tout de même un cas particulier dans le paysage culturel mondial. Ses films résistent sur le territoire comme le prouve notre box office historique : Classement Titre français Année de sortie Cumul d'entrées 1 TITANIC 1998 20 750 000 2 ASTÉRIX MISSION CLÉOPATRE 2002 14 469 000 3 LES VISITEURS 1993 13 664 000 4 LES BRONZÉS 3 2006 10 355 444 5 TAXI 2 2000 10 347 000 6 3 HOMMES ET UN COUFFIN 1985 10 251 000 7 LE ROI LION 1994 10 088 000 8 HARRY POTTER 1 2001 9 378 900 9 LE MONDE DE NEMO 2003 9 378 852 10 LE DÎNER DE CONS 1998 9 220 000 11 LE FABULEUX DESTIN D'AMÉLIE POULAIN 2001 9 190 000 12 HARRY POTTER 2 2002 9 141 742 13 L'OURS 1988 9 128 000 14 LE GRAND BLEU 1988 9 064 000 15 ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR 1999 8 947 000 16 LES CHORISTES 2004 8 572 473 17 E.T. 1982 8 302 000 18 LES VISITEURS 2 1998 8 027 000 19 LA VÉRITÉ SI JE MENS ! 2 2001 7 867 000 20 UN INDIEN DANS LA VILLE 1994 7 851 000 LE BOX OFFICE EN FRANCE (depuis 1978) Ailleurs, les cinémas sont le plus souvet sinistrés. (Certes, trouver Taxi et le pire des Bronzés si bien placés n'est guère glorieux ... mais au moins, c'est français ...).

B- UN RÉSULTAT PARMI TANT D'AUTRES : L'IMMIGRATION Pas seulement pour aller dans un pays riche, eldorado des gringos. Le Brain drain est très important.

ILLUSTRATION - ÉTUDE DE CAS : L'INDUSTRIE

A- L’INDUSTRIE AMERICAINE, DU DECLIN AU RENOUVEAU

1- La crise du Fordisme

Le système repose sur le “compromis fordiste”. Pouvoir au patronat mais syndicats obtiennent conventions collectives fortes et progression du niveau de vie. Règle de Wiksell : hausse des salaires entraine hausse des prix mais aussi de la productivité. hausse de la productivité entrainant en retour une baisse relative des prix par massification de la production. Pb : prod de masse ne correspond plus aux attentes du consommateur. Refus du travail idiot pour l’homme réduit à un simple “consomproducteur” selon Marcuse. La productivité cesse de croitre et les taux de profit s’effondrent : 13% par an en 1965. 4% en 75. Insuffisance de la formation et de l’éducation : 20 à 30 Ms de personnes ne savent ni lire ni écrire. 15% des jeunes sont illettrés. Ignorance des autres. Exemple de l’automobile, inadaptée aux marchés extérieurs. Le marché US était si vaste que les industriels ont négligé de se positionner sur l’extérieur.

2- La montée de la concurrence

Les concurrents s’emparent de parts de marché mondiales et intérieures. Automobile : importations 1% en 55, 14% en 79, 34% en 90. (28% du japon). En 90, le déficit du commerce automobile représente 30% du déficit commercial global. L’Etat change de politique sous Reagan. Après avoir garanti des emprunts sous Carter (1 Md 250 Ms pour Chrysler en 79), on autorise la mise en commun des labos de recherche, puis accords d’autolimitation avec le Japon. Politiques protectionnistes pour assurer le retour des semi-conducteurs (programme SEMATECH en 87), de la confection (Quick Response Program en 85), de la machine-outil (National Center for Manufacturing Sciences en 85). Protectionnisme éducateur. Exemple de l’informatique : 86, accord US-Japon sur les circuits intégrés pour obtenir des parts de marché au Japon pour de firmes US installées sur place.87 Reagan empêche Fujitsu de racheter Fairchild (semi-conducteurs). Le programme SEMATECH associe à Austin fabricants de composants (TI, Motorola) et utilisateurs sur les techniques de production.

3- Les solutions classiques

Pratique du downsizing : course à la compétitivité en se recentrant sur le métier de base (GM vend Frigidaire). Pas tjs un succès (on parle alors de “dumbsizing”). Fermeture des usines les moins rentables : GM ferme une usine à Pontiac (Mich) en 87, l’année où Toyota (déjà présent en Californie à Freemont) s’installe dans le Michigan. Pratique caractéristique de la fin des années 80, début des années 90. On le voit dans “Roger et moi” sur la fermeture d'une usine GM à Flint dans le film où Mickael Moore recherche Roger Smith, le PDG de GM. Pratique de la diversification : US Steel devient USX après avoir racheté Marathon Oil et Texas Oil. GM rachète Hughes Aircraft en 85. Puis retour aux activités d'origine : cf USS qui redevient indépendante au sein de la société de portefeuille USX en 2000. Délocalisations : vers la free belt ou vers des pays étrangers. Association avec la concurrence : GM - Isuzu (dès 71) puis Suzuki (usine CAMI d’Ingersoll dans l’Ontario), Lotus, Saab, Daewoo, Toyota (usine NUMMI à Freemont en Californie). General Electric s’allie à Snecma.

4- L’invention de nouvelles méthodes

Les EU adaptent le Toyotisme dans sa logique de l’organisation qualifiante (contre le mépris de l’homme-machine). Pour humaniser le toyotisme, participation volontaire des salariés (et non contrainte comme au Japon). D’où des accords avec les syndicats. Contre l’embauche à vie, l’UAW fait des concessions à GM pour l’ouverture de son usine du Tennessee en 85. Les ouvriers font partie de cercles de qualité, participent à l’évolution des méthodes de gestion. C’est le saturnisme. Effets rapides : retour de l’efficacité (qui avait disparu du modèle fordiste). Les ripostes sont victorieuses dans l’automobile (jusqu’en 99), dans les nouvelles technos, la confection, les biotechnologies. Les salariés US sont à nouveau plus productifs que les Japonais. Les EU pénètrent le marché des semi-conducteurs japonais à hauteur de 42% (et vice-versa). Autre révolution : la flexibilisation de l’emploi et la transformation des équipes dirigeantes et de l’organisation largement pyramidale des entreprises. Surtout dans la Nouvelle Economie. Mouvement de fusions et méga-fusions : Boeing MDD. AOL-Time-Warner. Texaco-Chevron etc.

B- LA GEOGRAPHIE EVOLUTIVE DES FACTEURS DE LOCALISATION : une approche raisonnée

1- Les facteurs de localisation obéissent à des cycles

a- Jusqu’au milieu du XXème : cycle tayloriste et fordiste. Mat 1ères, énergie, transport de pondéreux et Main d’oeuvre abondante. Manufacturing Belt (sidérurgie Pittsburgh, 70% de l’automobile en 50 autour de Detroit). Sud et Ouest en position semi-coloniale. b- Depuis les années 60 : nouvelle génération d’activités cycle des “hautes technologies” qui pasent du stade expérimental à la croissance rapide. Localisation moins contraignante. Besoin de liaisons rapides. Filles de l’autoroute et de l’avion. Fertilisation croisée. Route 128. Triangle Research Park et Silicon Valley. Facteur environnemental pour cadres et techniciens de haut niveau.

2- De nouvelles stratégies territoriales

Les grandes entreprises (200 premières assurent 67% de la production totale) ont développé des stratégies d’implantation qui conditionnent l’organisation de l’espace industriel américain.

a- A l’échelle nationale : conception et qualification près des métropoles. Tâches de production plus dispersées où main d’oeuvre mobile, salaires modérés (zones rurales et petites villes). Emplois de bas niveau près des zones frontières et portuaires pour main d’oeuvre immigrée.

b- A l’échelle mondiale : dans les PDEM, près des marchés à haut niveau de vie et capacités techno et scientifiques (IBM à Montpellier et près de Paris, HP près de Lyon). Dans les PED : main d’oeuvre abondante pour le montage et législation peu contraignante (maquiladoras).

Ces évolutions (dispersion en milieu rural par exemple) sont rendues possibles par la révolution technologique qui fait passer les usines de l’âge de la mécanique lourde à celui des matériaux légers, de la miniaturisation et de l’informatique plus ubiquistes.



3- Le choc de la crise, accélérateur des mutations

Concurrence, crise de l’énergie, croissance zéro, ère post-industrielle, crise de l’Etat. Mais l’essentiel est que l’investissement s’est replié dans les années 70 car on pensait que l’industrie ne permettait plus de “faire de l’argent”. Les déréglementations reaganiennes ont plutôt poussé à la spéculation mob, immob, aux raids sauvages. Retour à l’investissement par politique de monnaie forte qui poussé les industriels à “sortir par le haut” et grâce au krach de 87 qui montre ampleur de la crise financière.

a- Délocalisations intérieures; M d’oeuvre bon marché, faible syndicalisation9 b- Développement des façades maritimes pour réduire les coûts de transport, manutention et bénéficier des mat 1ères et énergie d’outre-mer. c- Appui sur les cerveaux et richesse des métropoles rénovées avec interfaces multimodaux (ponts intercontinentaux ou satellites). Renouveau industriel et tertiaire.

C- LA GEOGRAPHIE EVOLUTIVE DES INDUSTRIES A L’EPREUVE DE L’HISTOIRE

1- L’héritage de l’emploi industriel

Les grandes entreprises sidérurgiques sont nées au début du XXème siècle : US Steel en 1901 puis LTV et Bethlehem Steel en 1904. Crise dans les années 80. Usines de Pittsburgh, des lacs Erie et Michigan disparaissent. Même la sidérurgie sur l’eau a des problèmes. Le textile du NE (stt Nouvelle Angleterre) souffre de la concurrence asiatique. Encore 700 000 personnes. mais fragile, d’où un glissement vers le Sud-Est et le vieux sud pour employer une main d’oeuvre rurale et noire faiblement qualifie et sous-payée. En amont, dans la production de fibres synthétiques, les EU restent leaders avec 25% de la production mondiale et le premier groupe : DuPont de Nemours. Mais en aval, le secteur vêtement est dominé par les exportations des PED. Le textile est peu concentré. Burlington certes mais sinon, 600 sociétés. 15 000 sociétés dans l’habillement dont 70% comptent moins de 50 salariés. Les salaires de l’habillement sont l’équivalent des 2/3 de ceux de l’industrie. D’où le départ de la Nouvelle-Angleterre vers le Sud ou les maquiladoras. mais les salaires restent toujours plus élevés qu’en Asie. L’automobile reste concentrée sur les grands lacs malgré les ouvertures dans les suds.

2- Les espaces de la High Tech : l’exemple de l’armement

Depuis les années 50, convergence matière grise, capital et techniques dans des technopôles de diverses natures. Route 128 : MIT mais stt programmes militaires années 50

Autour du pouvoir : District Fédéral : Columbia, Greenbelt près du Pentagone, de la CIA et du complexe militaro-industriel.

Années 40, déplacement vers le Pacifique et l’Ouest. Boeing à Seattle. Orange County (San Bernardino, Riverside, Ventura) renforcé par les militaires vers 1960.

Le budget du Pentagone a atteint jusqu’à 305 Mds de $ sous Reagan. 90% des avions Boeing qui sortent de Philadelphie sont militaires. 35% de Seattle. Depuis la baisse du budget miliatire, les entreprises se restructurent en fusionnant (Boeing MDD décidée après des grèves, la perte du marché d’American Airlines et d’un avion de combat en 96). Los Angeles est la plus grosse concentration de firmes hih tech et de travailleurs du secteur aux EU, devant la baie de SF. Le retournement de la politique de défense avec la disparition de l’URSS crée un problème pour les “mippies” (military industry professionals). 6% de l’emploi industriel en 1980. 9% en 1985. Puis baisse de 6 à moins de 4% du PIB.

Les technopôles se reconvertissent dans d’autres secteurs (civils) mais c’est une catastrophe pour le reste de ce que l’on appelle la “gun belt”. Exemple de Colorado Springs : 30% des salariés de la région. 50% du revenu de la région de Pike’s Peak (Fort Carson 24 000 militaires et civils employés, Norad Space Command 7 800, Air Force Academy 4 600). Le 11 septembre a donc été une “divine surprise”.

3- La géographie mouvante des technopôles US

En dehors des centres de haute technologie liés à l’armée, les technopôles sont aussi marqués par le mouvement.

Réponse à la crise : Ann Arbor Park de Detroit, Parcs de Chicago. Route 495 : années 70 deuxième génération plus diversifiée car pas de primat militaire. Ouest et Sud favorisés : non conformisme de Pugetopolis. Recyclage des capitaux du pétrole cher (Texas).

Californie, Texas et New-York représentent 29% du PIB US. Californie = plus de 1000 Mds de $, 7ème puissance mondiale ! Et les villes elles-même seraient bien placées (cf tableau). Californie premier dans les équipements électroniques et logiciels ainsi qu'internet. Premier pôle agricole, plus destination touristique de premier choix. San-Jose Silicon Valley : a vu naître l'ordinateur personnel et les réseaux d'information électronique. HP, Sun, Intel, Cisco, Oracle. Los-Angeles Long Beach : défense au départ puis nouvelles technologies, loisirs, studios Hollywood. Épopée de la Silicon Valley (cf GU)

New-York, capitale mondiale des medias et de la pub (Madison Avenue). 65 des 500 plus grands groupes US. Grands employeurs comme IBM, GE, Xerox et Kodak, Verizon premier opérateur de téléphonie aux EU. Réduction des déficits publics sous Giuliani. Et de la criminalité. Services municipaux ouverts à la concurrence. Exemptions fiscales pour attirer de nouvelles PME. 100 000 immigrants s'y installent chaque année avant 2001. Surtout asiatiques et russes. SSII dans le Sud de Manhattan à partir de Broad Street rebaptisée “Silicon Alley”. essor d'activités high tech (informatique, télécom, électronique).

Texas, 10ème ou 12ème puissance mondiale. Industrie spatiale, deuxième pôle technologique des EU avec 314 000 emplois dans le secteur (loin derrière Californie). Dallas, diversification dans l'électronique, l'information et la communication Bell Atlantic (fiale de Verizon), Fujitsu, Nortel Ericsson, Alcatel. Essor extraordinaire : 2 M d'emplois créés entre 1990 et 1998. Fiscalité faible et immigrés qu'on cherche à intégrer (26% d'hispaniques), tire parti de l'Alena. 1,3 M d'emplois créés entre 1994 et 1999 hors agriculture en en perdant que 20 000 du fait de la concurrence des maquiladoras. Ses exportations se sont accrues de 200% en 10 ans entre 1990 et 2000 (trois fois plus d'exportations que la Californie). Essentiellement vers le Mexique (38%) et au Canada (11%). Agricole et pétrolière, l'économie locale se diversifie dans le high tech. Compaq en vient (now HP). Dell fondée en 1984 à Round Rock (texas) qui emploie 54 000 personnes. Texas Intsruments vient d'une entreprise créée en 1930 et spécialisée dans la recherche pétrolière. 1942 devient TI Defense Systems and Electronics Group. 1948 premier gros contrat avec l'armée pour des radars aéroportés. 1951 TI Inc. 1952 se lance dans la fabrication de transistors. Autin devient un nouveau technopôle avec AMD. Houston, 4,2 Millions d'habitants qui avait perdu 250 000 emplois entre 1984 et 1986 du fait de la crise pétrolière en crée 600 000 depuis. Diversification même si 54% travaillent encore dans le secteur énergétique avec Compaq (HP) 10 000, NASA (14 000), et le plus grand centre médical du monde. (49 000 personnes).

Georgie : Atlanta télécoms, informatique, défense, traitement des données. IBM, Bell South, Lockeed Martin. Atlanta surnommée “Boom Town”: début des années 90. Dans le développement massif des start-up. 1995 : Fortune classe Atlanta deuxième place des villes les plus prometteuses. Boom démo depuis 1985. 550 000 emplois créés ente 1992 et 1996. SS de Coca Cola. Effet majeur d'entrainement. Autre pôle information CNN. Taux de chômage de 3,3% en 2002 au maximum.

Phoenix : capitale Arizona. 2001 1,5 M d'hab contre 75 000 en 1945. Une des bénéficiaires de la population partie du Midwest vers la Sunbelt. Problème de manque d'infrastructures routières. Seulement 8% des emplois dans la high tech. La richesse provient encore de la terre et de l'agriculture. Mais plus de 3000 entreprises de NTIC. Avantage de coût pour la main d'oeuvre et le prix du terrain. “une maison avec piscine pour le prix d'un deux-pièces à SF”.

Etat de Washington : Seattle Bellevue Everett Boeing, Microsoft, Amazon.

Technopôle au secours d'une région en crise : exemple de l'East Tennessee Technology Park. 1987, arrêt de la production d'uranium enrichi à Oak Ridge, berceau de la bombe atomique US. Baisse de 85% de la population d'Oak Ridge. Très bonnes infrastructures de transport. Dépollution, réutilisation de bâtiments. Deuxième vie pour le site. 20 firmes high tech en 1998, 32 maintenant. Limité, certes mais déjà un succès au cotraire de deux expériences antérieures comme Hanford (Washington, aussi engagé dans le “projet Manhattan”)) ou Idaho Falls.

Rang Agglomération PIB (milliards) Pays PIB (milliards) 1 New York 523,43 Inde 502,42 2 Chicago 389,46 Australie 399,09 3 Los-Angeles Long-Beach 373,77 Australie 399,09 4 Boston 285,92 Taïwan 281,51 5 Washington 282,18 Taïwan 281,51 6 Houston 212,88 Autriche 206,2 7 Philadelphie 210,6 Autriche 206,2 8 Atlanta 210,2 Autriche 206,2 9 Dallas 195,72 Arabie Saoudite 190,98 10 Detroit 179,31 Turquie 182,83 11 San Francisco 155,56 Hong-Kong 162,98 12 San Jose 153,49 Hong-Kong 162,98 13 Minneapolis- St Paul 145,6 Grèce 133,24 14 Seattle-Bellevue-Everett 138,18 Grèce 133,24 15 Orange County 137,73 Grèce 133,24 16 Phoenix-Mesa 132,38 Finlande 132,23 17 San Diego 119,26 Irlande 121,8 18 Newark 109,41 Iran 106,39 19 Oakland 108,7 Iran 106,39 20 Baltimore 106,33 Iran 106,39 Comparaison des PIB de grandes agglomérations des États-Unis et de différents pays.

Proche-Orient et Afr du Nord PIB (Milliards) Agglomérations PIB (Milliards) Arabie Saoudite 190,98 Dallas 195,72 Iran 106,39 Baltimore 106,33 Émirats Arabes Unis 71,24 Riverside-San Bernardino 70,26 Pakistan 65,14 Milwaukee-Waukesha 64,19 Algérie 54,15 Fort Lauderdale 54,39 Koweït 33,22 Omaha NE-IA 33,52 Syrie 22,14 Des Moines IA 22 Tunisie 21,25 Ann Arbor 21,3 Libye 19,74 Columbia SC 20,08 Liban 17,33 Bakersfield 17,47 Qatar 17,26 Fort Wayne IN 17,12 Yemen 10,04 Springfield MO 10,02 Jordanie 9,3 Tallahassee 9,27 Bahrein 8,51 Newburgh NY 8,56 Comparaison des PIB de villes des EU et de pays du Proche-Orient (au sens US) et d'Afrique du Nord

Classement Pays IPH2 (%) 1 Suède 6,3 + 2 Norvège 6,8 + 3 Pays-Bas 8,1 + 4 Finlande 8,1 + 5 Danemark 8,2 + 6 Allemagne 10,3 = 7 Suisse 10,7 = 8 Canada 10,9 = 9 Luxembourg 11,1 + 10 Autriche 11,1 = 11 France 11,2 + 12 Japon 11,7 = 13 Australie 12,1 + 14 Belgique 12,4 = 15 Espagne 12,5 + 16 Royaume-Uni 14,8 = 17 États-Unis 15,4 = 18 Irlande 16,0 + 19 Italie 29,8 - ? Nouvelle-Zélande ? ? Indicateurs de pauvreté humaine (Rapport PNUD 2007)

Calculé selon quatre critères : % de décès avant 60 ans % d'illétrisme % de ménages au-dessous de 50% du revenu médian % de chômeurs longue durée (>12 mois)

La puissance américaine est une puissance inégalitaire. Son économie l'est. Mais elle assure par ailleurs encore des possibilités de promotion sociale et la très grande majorité des pauvres, jeunes, ne le seront plus en vieillissant.