Premier essai : quelques statistiques agricoles de Sri Lanka (notez bien : on écrit de Sri Lanka et non du Sri Lanka ...)


STATISTIQUES AGRICOLES DE SRI LANKA
Une année 1999 catastrophique pour la production, un redressement net des cours à partir de 2001 : peu de choses à dire sur le thé. Laissez infuser et intéressez-vous aux variations de production sur les différents types de terres. La variabilité ou l'absence de variations doit bien pouvoir s'expliquer (par des techniques de culture ? par des des aléas météorologiques différentiels ?).
Autre exercice de réflexion possible : expliquer comment entre 2001 et 2002, alors que le prix fob monte de 3,8% par kg et que les quantités exportées ne baissent que de 1%, les recettes d'exportation peuvent dévisser de 5%.
Le tableau sur le caoutchouc est déjà beaucoup plus riche et plus facile à expliquer. La comparaison entre 2001 et 2003 est très porteuse. Pensez aux marchés mondiaux et aux accidents de croissance qui ont pu affecter les pôles de la triade et l'Asie de l'Est ces années-là ... Pensez aux États-Unis en 2001. Trouvez les nouveaux moteurs de l'économie mondiale, "l'atelier du monde" par exemple ...
Petit problème : comment, avec des rendements très supérieurs en 2003, la production nationale ne progresse pas ? Il faudra chercher du côté de la météo et de l'accès aux parcelles les plus éloignées pour la saignée. Vous pouvez aussi commencer à réfléchir sur la progression lente de la consommation locale qui nous fera passer à d'autres sujets, plus industriels. Pourquoi, alors que les prix flambent, le pays exporte moins et réserve la moitié de cette baisse à alimenter l'augmentation de la consommation intérieure ?
Enfin le riz ... RIZ et non PADDY (le paddy étant un riz non débarrassé de sa balle après battage : 1 kg de paddy équivaut à 0,7 kg de riz)
Pour simplifier les choses : la saison Maha court de juillet à novembre (voire décembre du côté de Badulla et Moneragala) tandis que la saison Yala commence en février pour s'achever en juin (de janvier à juin pour les deux régions déjà citées).
Les rendements doivent vous interpeller : ils sont même supérieurs à ceux du Tamilnadu ! Mais ils baissent alors que la production augmente. Comparez les productions Maha et Yala. Le différentiel est à noter. Son évolution aussi. On touche là aux limites de la révolution verte et de l'irrigation.


STATISTIQUES AGRICOLES DU PAKISTAN



PRODUCTIONS CÉRÉALIÈRES DANS LES TROIS GRANDS PAYS DU MONDE INDIEN
(document FAO 2005)
Ces statistiques viennent poursuivre la série statistique donnée sur le riz au Pakistan. Les chiffres ne sont toutefois pas comparables termes à termes.
Remarquez les prévisions 2006 en Inde : la récolte de blé devait croître par rapport à un niveau de production élevé estimé à 72 millions de tonnes !
Il faut toujours se méfier des statistiques : les chiffres fournis par la FAO l'année suivante le prouvent ...

PRODUCTION CÉRÉALIÈRE DANS LES TROIS GRANDS PAYS DU MONDE INDIEN
(document FAO 2006)

L'Inde a dû importer 3 millions de tonnes de blé sur l'année 2006-2007. Une courbe des prix du blé (à venir) vous permettra de placer ce retournement (l'Inde était exportatrice de blé) dans le contexte des marchés internationaux.
Mais surtout ces variations nous enseignent que l'agriculture reste toujours un secteur sous la menace des crises dans des mondes pleins. Pour 2007, le gouvernement indien a relevé le prix de soutien de 15% pour assurer une augmentation de la surface emblavée. C'était un signal envoyé aux agriculteurs. On pourra réfléchir sur le coût (ou l'absence de coût ?) d'une telle mesure alors que les marchés internationaux se sont emballés.
Si l'on étudie la situation de l'Inde on se doit de s'arrêter sur celle du Pakistan. Les deux pays partagent un même grenier à céréales aux confins des plaines de l'Indus et de ses affluents. Pourtant le Pakistan a échappé aux problèmes de l'Inde, plutôt localisés en dehors du Pendjab et de l'Haryana.
Bonne nouvelle pour l'Inde ? Le Pakistan pourrait exporter ses surplus ? (la récolte s'annonce à 23 millions de tonnes en 2007). Non ...
Les chiffres FAO pour 2006 n'étaient qu'une estimation (la récolte indienne s'est établie finalement à 68 millions de tonnes ... contre plus de 75 millions de tonnes en 2000). La situation de l'Inde est encore plus grave qu'on ne la prévoyait. Celle du Pakistan est bonne. Pourtant le Pakistan vient d'interdire l'exportation de son blé malgré les cours élevés pratiqués sur le marché mondial !!!
Nous verrons par la suite quel rôle ont joué les exportations de riz, l'Iran et la perspective d'un embargo dans cette décision lourde de conséquences.
Devant un tableau statistique il faut donc toujours rester critique (les chiffres doivent être certifiés) et faire appel à des connaissances météorologiques, économiques et parfois géopolitiques pour comprendre à quel point les paysans du monde indien dépendent de forces qui leur échappent en grande partie.


DÉTÉRIORATION DE LA SITUATION ALIMENTAIRE EN INDE
Des statistiques qui remettent en cause les progrès de la révolution verte. Le décrochage est net depuis les années 1990. Si vous rapprochez ces chiffres du tableau des exportations indiennes de riz (billet sur l'agriculture), vous commencerez à vous poser les bonnes questions sur les politiques mises en place depuis une quinzaine d'années ...

CROISSANCE AGRICOLE EN INDE
Dans ce tableau, les périodes retenues permettent de séparer nettement l'Inde d'avant, celle de la révolution verte et celle de la libéralisation. Si on met à part les oléagineux qui résistent moins mal, la débandade est générale depuis 1990 ...


LE COTON AU PAKISTAN
La comparaison avec les EU et la Chine permet de mieux comprendre les faiblesses de la filière cotonnière du Pakistan. Insuffisance des rendements. Recours récent à l'importation. Rapprochez ce tableau de celui de la "crise des ciseaux" présenté plus haut : la faiblesse est liée aussi au tassement voire à la disparition des subventions aux intrants.


DÉPENSES DES MÉNAGES À SRI LANKA
Séparer zones urbaines et rurales est classique. Au sein du monde rural toutefois, il convenait d'établir une partition entre les zones de plantations et le reste des campagnes. Une société particulière ressort alors. Les dépenses sont très différentes dans les plantations. Celles de logement sont faibles. Celles de transport sont insignifiantes. Entre soumission à une entreprise agricole (les terres des plantations n'ont qu'en partie été redistribuées : les planteurs sri lankais ne sont pas tous des "petits planteurs" ... loin de là !), faiblesse des salaires, moindre production vivrière et dépendance vis à vis des magasins de la plantation, la vie dans ces zones de plantations est très différente de celle qui règne dans le reste de l'île. Moins de dépenses d'éducation, de santé mais plus d'alccol ...


ÉQUIPEMENT DES MÉNAGES À SRI LANKA
De telles évolutions illustrent bien le développement du pays depuis les années 1980. La croissance économique s'accompagne manifestement d'un mieux être généralisé. Tous ces chiffres sont parfaitement classiques. On les retrouverait avec un décalage de quelques années (plus tôt) du côté des tigres d'Asie du Sud Est. Alors ... Quels chiffres choisir ? Celui de la téléphonie pour commencer avec une véritable explosion de l'équipement ces dix dernières années. Sri Lanka passe manifestement de la phase téléphonie fixe avec équipements lourds et une progression difficile à financer à la phase téléphonie mobile, plus légère en termes d'investissements (surtout dans un pays de faible dimension) et donc plus facilement généralisable.
Les machines à coudre progressent toujours. On pourrait s'attendre à ce que l'augmentation du niveau de vie s'accompagne d'un essor des achats de vêtements. Ce n'est pas tout à fait le cas. De deux choses l'une : ou bien les machines remplacent des métiers à tisser à bras, ou bien le système de la "fabrique" s'est répandu à Sri Lanka. Ce sont deux pistes à défricher et riches d'enseignements sur les évolutions économiques du pays depuis son premier PAS (Programme d'ajustement structurel) en 1977 ...