ECS2

CONCOURS BLANC

novembre 2006

Vous traiterez le sujet suivant (avec plan apparent)

“Croissance économique ou croissance durable : les désordres de la géopolitique énergétique mondiale poussent-ils l'Union Européenne à de nouveaux arbitrages ?”

(sur 15 points)

Vous établirez la carte suivante :

L'UE face aux défis énergétiques (sur 5 points)

Document 1 : Les Livres blancs de la Commission depuis 10 ans

2006 :

Livre blanc sur une politique de communication européenne

2005 :

Livre blanc – Politique des services financiers 2005-2010

Livre blanc relatif à l'échange d'informations sur les condamnations pénales et à l'effet de celles-ci dans l'Union européenne

2004 :

Livre blanc concernant la révision du réglement (CEE) n°4056/86 déterminant les modalités d'application des régles européennes de concurrence aux transports maritimes

Livre blanc sur les Services d'Intérêt Général

2003 :

Livre blanc – Espace : une nouvelle frontière européenne pour une Union en expansion Plan d'action pour la mise en oeuvre d'une politique spatiale européenne.

2001:

Livre blanc - Un nouvel élan pour la jeunesse européenne.

Livre blanc - La politique européenne des transports à l'horizon 2010 : l'heure des choix

Livre blanc - Gouvernance européenne.

Livre blanc - Stratégie pour la politique dans le domaine des substances chimiques

2000 :

Livre blanc - Réforme de la Commission : Livre blanc.

Livre blanc sur la responsabilité environnementale

Livre blanc sur la sécurité alimentaire

1999 :

Livre blanc sur la modernisation des règles d'application des articles 85 et 86 du traité CE – Programme de la Commission n°99/027 (sur la politique de concurrence)

Communication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social et au Comité des régions – Livre blanc sur le commerce

1998 :

Livre blanc - Des redevances équitables pour l'utilisation des infrastructures : une approche par étapes pour l'établissement d'un cadre commun en matière de tarification des infrastructures de transport dans l'UE

1997 :

Communication de la Commission – Énergie pour l'avenir : les sources d'énergie renouvelables – Livre blanc établissant une stratégie et un plan d'action communautaires

Livre blanc sur les secteurs et les activités exclus de la directive sur le temps de travail.

Document 2 : Les rejets de gaz à effet de serre dans l'UE

Document 3 : Respect des engagements de Kyoto par les États de l'UE15 (en % de l'engagement) en 2000

Document 4 : Croissance économique dans l'UE

Document 5 : Consommation énergétique dans l'UE

CROISSANCE ÉCONOMIQUE OU CROISSANCE DURABLE : LES DÉSORDRES DE LA GÉOPOLITIQUE ÉNERGÉTIQUE MONDIALE POUSSENT-ILS L'UNION EUROPÉENNE À DE NOUVEAUX ARBITRAGES ?

Poser une telle question revient implicitement à considérer que jusqu'aux dérèglements récents du marché du pétrole l'UE laissait de côté la notion de développement durable au profit de la seule croissance économique dans un marché libéralisé et toujours plus dérégulé. Cela revient à dire aussi que les États qui connaissent les taux de croissance les plus rapides sont ceux qui voient le plus déraper leur consommation de produits fossiles.

Une des démarches logiques serait de vérifier si les mouvements erratiques des marchés (en termes de prix de l'énergie notamment) ont eu une influence directe sur la consommation de l'UE. La consommation d'énergie n'étant pas le seul indicateur pertinent, une étude des axes de croissance durable sera nécessaire pour déterminer le rôle joué par les problèmes énergétiques régionaux et mondiaux. Alors seulement une réponse argumentée pourra surgir, réponse qu'il serait étonnant de lier à une réaction purement conjoncturelle quand c'est d'une véritable révolution structurelle qu'il s'agit.

I- LES MODIFICATIONS RÉCENTES DES MARCHÉS ONT-ELLES EU UNE INFLUENCE SUR LA CONSOMMATION EUROPÉENNE ?

A- Va-t-on vers plus de durabilité depuis le renchérissement des hydrocarbures ?

La situation de départ : l'enseignement des années 1990 sur le lien entre croissance et durabilité.

Croissance = croissance de la consommation. Même après Kyoto ?

Les États de l'Est prouvent par l'absurde le lien qui peut exister entre croissance économique et consommation d'énergie. À l'exception de la Slovénie, plus tôt ouverte sur les marchés de l'Ouest via son voisin autrichien, tous ont connu une régression généralisée de leur consommation parallèlement à l'effondrement de leurs économies planifiées. De même, si l'Allemagne est parmi les grands pays de l'U15 le plus respectueux des accords de Kyoto, c'est en bonne partie à la disparition de l'arsenal industriel polluant des nouveaux länder qu'elle le doit.

En revanche, les croissances fortes de l'Espagne et de l'Irlande font de ces deux pays les plus mauvais élèves de Kyoto entre 1990 et 2000. La corrélation reste valable en 2005. Elle s'étend même aux pays de l'Est qui renouent avec à la fois croissance et croissance de la consommation.

Cependant quelques signes d'amélioration sont perceptibles dans le détail : la croissance soutenue de la Finlande se fait plus économe. De même celle de la Suède ou celle du Danemark. Il y a bien un modèle nordique qui, hélas, ne s'exporte pas encore.

B- Des évolutions constrastées dans les années 2000, signe d'une remise en cause des logiques antérieures ?

Malgré la croissance de sa consommation énergétique, l'Irlande peut être considérée paradoxalement comme une nation de plus en plus vertueuse : pour faire croître son PIB de 6,7% elle n'a besoin que de 2,6% d'énergie supplémentaire. C'est dans le différentiel entre croissance du PIB et montée de la consommation d'énergie que le classement peut se faire. On obtient ainsi les gains d'efficacité énergétique.

une fois de plus les premiers de la classe sont nordiques : Finlande +8,2%, Danemark +7,1%, Suède +6,9%. avec des consommations en baisse.

La croissance des pays comme l'Irlande et la plupart des PECO est plus respectueuse de l'environnement dans un contexte de montée des consommations cependant.

La pire des situations est illustrée par l'Italie et le Portugal où la croissance durable s'éloigne avec une efficacité énergétique en recul. Le Portugal garde une croissance très extensive. L'Italie poursuit sur sa lancée puisqu'elle était déjà le seul grand pays européen à ne pas respecter ses engagements de Kyoto sur la période 1990-2000.

Avec une consommation par habitant assez forte et une efficacité énergétique en progression lente, la France ne semble pas en mesure de donner des leçons au reste de l'Europe. Toutefois il faudrait tempérer ce jugement trop sévère. Car si les Français consomment autant, c'est aussi parce qu'ils utilisent une énergie nucléaire respectueuse, en principe, des engagements de Kyoto par son absence de rejets de GES dans l'atmosphère.

C- L'UE avance donc en ordre dispersé : l'envol des prix de l'énergie ne semble pas déterminer les évolutions récentes.

Cependant, on ne peut déceler beaucoup de signes encourageants depuis que les marchés énergétiques se sont affolés (à partir de 2000) :

Certes, la Finlande (dépendante à 69%) fait autant chuter sa consommation entre 2004 et 2005 que sur l'ensemble des années 1990. La Suède arrive à doubler en un an les efforts des années 1990. De même que le Danemark. La Belgique est en train d'inverser sa tendance.

Mais dans la plupart des pays européens de l'UE15, les évolutions bénéfiques ralentissent voire s'inversent. En Allemagne, le rythme de décroissance de la consommation énergétique est moins fort que dans les années 1990. On peut d'ores et déjà s'interroger sur les effets pervers de la sortie du nucléaire décidée au début de l'ère Schröder. L'Irlande infléchit dans le sens d'une plus grande boulimie la courbe de ses besoins énergétiques.

Au final, alors que les années 1990 avaient vu la consommation d'énergie baisser de 3,5% dans l'UE 15 et de 33,7% dans les pays candidats, l'année 2005, pourtant marquée par l'envol du prix du baril (déjà engagée au début de la nouvelle guerre d'Irak), se traduit par un statu quo. Certes, l'efficacité énergétique est meilleure. Mais la croissance n'est manifestement pas durable. Elle l'est même moins que dans les années 1990. Dans ce sens, on pourrait affirmer que les désordres de la géopolitique énergétique n'ont encore aucune incidence sur le choix de société à l'échelle de l'UE. Seuls quelques États ont compris plus tôt que les autres l'arbitrage qu'ils devaient faire impérativement. Qu'ils soient pauvres ou riches en énergies fossiles, les États nordiques ont établi le seul diagnostic soutenable. Ailleurs, on continue à privilégier l'impératif de la croissance pour des considérations de politique nationale comme la lutte contre le chômage.

L'Allemagne, si prompte à sortir du nucléaire et à privilégier l'éolien et le solaire, signe ainsi le contrat de construction d'un double gazoduc sous la Baltique.

II- LES NOUVELLES SOLUTIONS TROUVÉES POUR PÉRENNISER LA CROISSANCE ONT-ELLES DES LIENS AVEC LES MENACES ÉNERGÉTIQUES ?

A- Les choix politiques nationaux dans le contexte des grandes manoeuvres énergétiques mondiales : face aux désordres mondiaux, privilégier la sûreté des approvisionnements

L'envolée du cours du pétrole n'est qu'un aspect des bouleversements actuels. Lutte EU-Chine pour le contrôle des champs africains et moyen-orientaux. Natonalisations en Amérique latine. Pression russe sur le marché du gaz. Rapprochement entre Russie et Algérie pour tenter de mettre en place un cartel d'exportateurs et d'imposer une augmentation des prix voire de monnayer des soutiens politiques douteux. L'exemple de l'Ukraine est parlant : en plein hiver Gazprom a pu fermer le robinet de gaz pour faire plier le nouveau gouvernement jugé trop europhile. Toutes ces raisons purement économiques et géopolitiques devraient être un aiguillon pour aller vers une croissance moins dispendieuse. Desserrer la dépendance énergétique est une nécessité politique autant qu'environnementale dorénavant.

Pourtant les États européens s'opposent sur des points essentiels.

L'Allemagne, étranglée par un chômage élevé malgré une balance commerciale dopée par ses exportations de biens manufacturés (excédent de plus de 160 Mds d'euros en 2005), ne peut sacrifier sa croissance sur l'autel de la durabilité. Poussée par son désengagement progressif du nucléaire, elle tente de promouvoir des énergies renouvelables. Pourtant, les ordres de grandeur sont tellement différents entre une centrale nucléaire et un champ d'éoliennes que l'Allemagne doit collaborer avec la Russie et contourner les PECO (pays baltes et Pologne) dans la construction du gazoduc Vyborg-Greisswald. Vladimir Poutine fait sien un principe jadis étudié par le colonel de Gaulle dans “La discorde chez l'ennemi” même si les ennemis d'hier sont des partenaires commerciaux aujourd'hui. Dépendants des hydrocarbures russes les PECO ne peuvent espérer croître sans eux. Dans ce domaine, ils doivent maintenant lutter avec leur voisin allemand. Chacun tente de trouver des solutions à ses propres problèmes dans une perspective de moyen terme et singulièrement peu européenne.

L'affaire Suez-GDF est une variante française de cette quête de sûreté des approvisionnements. En faisant surgir un champion du gaz, de l'électricité et de l'eau, les patrons des deux entreprises ainsi que le gouvernement s'aperçoivent-ils que ce n'est déjà plus au niveau français que se joue la bataille face à une Russie qui a abandonné l'arme nucléaire pour mettre en avant l'arme gazière ? La nomination de l'ex-chancelier Schröder au conseil d'administration de Gazprom préfigure celle de Vladimir Poutine après son dernier mandat à la tête de l'État. C'est dans ce véritable monopole du premier producteur mondial que réside d'ores et déjà le pouvoir et non dans des jeux boursiers franco-français à la limite du ridicule et de l'anachronisme.

La sûreté des approvisionnements est finalement improbable. La solution passe en fait par l'exploitation de nouvelles sources d'énergie et par là même par la voie de la croissance durable.

B- La montée en puissance des solutions alternatives : une réponse à l'incertitude des marchés ?

En partie peut-être. Mais aussi pour répondre à des inquiétudes de plus en plus relayées par de nouveaux groupes de pression : Poids des écologistes dans les pays nordiques et germaniques.

L'envol des cours et la crainte de pressions à la hausse rend les solutions alternatives plus rentables. L'arbitrage vers plus de solutions durables semble avéré.

L'Espagne construit à Sanlucar La Mayor, près de Séville le plus grand complexe de centrales solaires d'Europe sur 70 hectares qui utilisera la technologie de l'héliothermodynamisme, plus efficace que celle des panneaux solaires. En 2010 les huit centrales du site seront capables d'alimenter Séville en électricité.

Pendant ce temps la France mise sur l'EPR et laisse de côté le solaire (arrêt de la centrale Thémis). Mais des décisions gouvernementales se multiplient ces dernières années pour la promotion des énergies alternatives. Le lien avec les mouvements erratiques des marchés et l'explosion du prix des énergies fossiles est probable quand des crédits d'impôt aux particuliers sont mis en place en 2005 pour favoriser les énergies renouvelables dans le chauffage des bâtiments. Si la production solaire reste anecdotique (moins de 0,5%) l'éolien enregistre une progression de 140% en 2005 sur 120 parcs (dix fois plus qu'en 2001). La biomasse est développée. On lance le plan biocarburants pour retrouver une place de leader en Europe dès 2007 dans ce domaine. Les objectifs sont de stabiliser les émissions en 2010 au niveau de celles de 1990 pour les diviser par quatre en 2050. La promotion des automobiles vertes (vignettes de couleur selon la consommation), l'essor du marché des ampoules basse consommation vont dans le même sens.

Il s'agit finalement, à chaque fois (et parfois tardivement), de se conformer à des engagements pris au niveau européen.

C- La longue mise en place d'un arsenal réglementaire durable n'a que faire des mouvements erratiques des marchés.

L'étude des politiques européennes peut sembler paradoxale : depuis 2001, aucun Livre blanc n'a été édité par la Commission sur les problèmes environnementaux. Les derniers documents importants datent de 2000 et 2001 : sur les substances chimiques (projet Reach), la responsabilité environnementale et la sécurité alimentaire. En 2001, le Livre Blanc sur les transports fait la part belle au ferroutage, au feedering ainsi qu'aux autoroutes de la mer pour échapper au tout routier.

Les politiques sont longues à mettre en place. En témoigne le retard pris dans le traitement du dossier REACH. Une fois de plus, la préservation de la santé et de l'environnement doit composer avec une forme de “réalisme économique”. Allemagne, France et Royaume-Uni retardent et tentent d'amender le projet pour éviter de handicaper leurs industriels de la chimie. Surtout le Mittelstand allemand.

Quand il faut choisir entre la durabilité et la croissance à court terme, l'arbitrage est souvent fait par les gouvernements en place au profit de la seconde.

La politique de l'UE n'avance donc qu'au pas. Dans le domaine des transports, de la chimie, de l'environnement ou de la sécurité alimentaire (débat épineux sur les OGM par exemple), elle doit composer avec des attitudes nationales souvent contradictoires. Certains pays font malgré tout des progrès manifestes : Espagne, Danemark, Finlande et Allemagne sont susceptibles d'atteindre l'objectif fixé par l'UE à l'horizon 2010 : produire 21% d'électricité verte, soit à partir de sources renouvelables.

Dans ce contexte géopolitique interne à l'UE, les désordres des marchés énergétiques ne sont qu'un épiphénomène qui vient conforter les choix pris progressivement au niveau européen depuis le premier Sommet de la Terre de Rio en 1992. Il est évident que le seul cadre temporel des politiques environnementales de l'UE se doit d'être le long terme. Le structurel doit alors composer avec les aléas courtermistes des politiques nationales placées sous le risque des renversements de majorités ...

Ce sont donc là les derniers développements d'une politique de fond dont la communication sur les énergies renouvelables en 1997 est une pierre angulaire, l'année même du Sommet de Kyoto.

Pourtant la politique européenne se décline aussi sous une autre forme : celle de la mise en place de marchés libres et d'une concurrence non faussée.

Communication, services financiers, gouvernance européenne, services d'intérêt général prennent le relais de la durabilité dans les publications de la Commission.

Contraintes nouvelles d'un côté, libéralisation de l'autre : l'attitude des autorités de Bruxelles paraît contradictoire. Elle ne l'est qu'en apparence.

III- DURABLE, NÉCESSAIREMENT DURABLE

A- Au delà des désordres, le maintien d'un double cap paradoxal : durabilité et liberté des marchés.

La lutte contre l'effet de serre peut devenir une chance pour le capitalisme. Si le rapport Stern (commandé par le gouvernement britannique) chiffre à 5500 Milliards de dollars le coût des dérèglements climatiques globaux dans les années à venir, il considère que la lutte contre ce phénomène anthropique peut devenir une chance pour les économies développées.

La logique du profit était jusqu'alors jugée à l'origine de l'irresponsabilité environnementale. Les entrepreneurs pensaient aussi que les réglementations environnementales se traduisaient essentiellement par des surcoûts qui risquaient de peser sur les marchés de biens de consommation. Ainsi, les voitures produisant moins de CO² sont plus chères. Mais sur le moyen terme, les chiffres américains montrent bien que la baisse de la consommation d'essence par les automobiles étrangères est parallèle à la progression de leur taux de pénétration sur le marché états-unien (film d'Al Gore sur le sujet). En rendant obligatoires de nouveaux dispositifs anti-pollution, la Californie, l'Europe, font entrer ces matériels dans le champ de la concurrence et créent un nouveau marché. À l'instar des filtres à particules sur le diesel.

Par le biais des réglements environnementaux l'Europe intervient plus largement dans la régulation du fonctionnement de l'économie. Même si des techniques plus ou moins libérales comme les droits à polluer sont utilisées dans le droit fil des Accords de Kyoto, les pouvoirs d'intervention et de contrôle doivent progresser parallèlement car la conscience et l'éthique des industriels et des consommateurs sont insuffisantes pour en assurer l'application quand ce n'est pas au niveau des administrations d'État que se pose le problème : cf le changement d'évaluation des droits à polluer effectué par la France en catastrophe en novembre 2006 pour ne pas encourir les foudres de la Commission.

L'intervention de l'État n'est nulle part plus nécessaire qu'aux Pays-Bas pour la consolidation des digues devant le danger de remontée du niveau marin. De nouvelles dépenses publiques sont donc indispensables.

La montée en puissance de la problématique durable ne peut qu'attirer à terme un nombre toujours plus grand d'investisseurs et entrainer plus de concurrence. Dans ce sens, la double logique qui sous-tend les Livres blancs européens (concurrence et développement durable) n'est pas contradictoire.

Si les réglements sont suffisamment coercitifs, de nombreux produits seront rapidement obsolètes. Les entreprises incapables d'investir dans les nouvelles technologies environnementales disparaîtront : l'effet de serre ne peut alors que jouer comme une purge, à l'instar des grandes crises économiques ou les guerres du passé.

C'est sur ce point que se pose le principal problème non résolu par l'UE jusqu'a présent. Une telle purge, positive en termes d'innovation et de productivité, peut avoir des conséquences dramatiques sur le plan de l'emploi et de la consommation. À deux échelles, les plus pauvres et les pays les plus pauvres risquent d'être pénalisés car les nouvelles réglementations impliquent toujours des dépenses supplémentaires. Une Europe sociale deviendrait alors encore plus nécessaire. Mais elle tarde à venir. Les arbitrages ne sont donc toujours pas pensés jusqu'au bout. Le raisonnement systémique reste incomplet.

Toutefois, si jusqu'à présent les luttes écologiques pour un développement respectueux de l'environnement (appelons-le “durable”) convergeaient largement avec les luttes contre le marché, le libéralisme et la toute-puissance du profit, demain, l'écologie pourrait donc rimer avec un nouveau cycle économique et animer le seul marché qui permettrait au libéralisme de se perpétuer, celui de la durabilité. Arbitrer entre croissance et croissance durable n'aurait alors aucun sens, la seule croissance possible étant la seconde.

La Commission européenne est donc dans son rôle et maintient un cap “soutenable” (“sustainable” en langue internationale !).

B- Dans ce contexte la question n'est plus de savoir si la situation énergétique mondiale doit mener l'UE à la croissance durable mais plutôt comment l'imposer plus rapidement

En fait il n'y a pas d'arbitrage alternatif : dorénavant la croissance doit être durable ou ne pas être. C'est ce qui ressortait de la déclaration de presse de José Manuel Barroso à Berlaymont en février 2005. Le développement durable y était explicitement associé aux domaines économique et social ainsi bien sûr qu'à l'environnement.

La stratégie de développement durable définie au Conseil européen de Gothenburg en 2001 n'ayant pas atteint ses objectifs quinquennaux, le changement climatique s'accélérant, la biodiversité se déteriorant, de nouveaux mécanismes associant des partenaires dans l'industrie, les syndicats et les ONG sont explorés. La Stratégie de Lisbonne qui visait à accélérer la croissance pour créer plus d'emplois s'inscrit nécessairement maintenant dans une stratégie de développement durable. C'est pourquoi, devant l'avancée en ordre dispersé des pays européens, plus de pouvoir politique au niveau fédéral est souhaité par le président de la Commission.

Nous assistons à une montée de la cause environnementale dans les médias et les consciences. Tout naturellement, au moment de la signature du Traité ITER à Paris le mardi 21 novembre (date qui doit vous rappeler quelque chose : c'est parce que le traité devait être signé le jour où vous composiez que vous avez eu droit à ce sujet), José Manuel Barroso a fait une conférence de presse commune avec Nicolas Hulot pour souligner que l'Europe est « à la pointe » dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre mais « peut et doit faire plus ». ITER est alors présenté comme un moyen de réduire voire d'éliminer la dangerosité des énergies du futur.

En surfant sur l'effet médiatique du film d'Al Gore « Une vérité qui dérange », sur le « Pacte écologique » de Nicolas Hulot, l'Europe tente de trouver la voie qui lui permettrait de se replacer à la pointe de la recherche et de la croissance économique dans les décennies à venir.

Les tensions sur le marché des énergies ne peuvent en fait qu'accélérer la mise en place des processus nécesaires. C'est en passant une fois de plus par-dessus les gouvernements et en suscitant des prises de conscience citoyennes que l'accélération peut être obtenue.

C'est sur ce problème crucial que l'élection présidentielle de 2007 aurait pu se jouer si d'autres thèmes, secondaires au sens de l'Histoire, n'étaient venus troubler les enjeux essentiels.

CONCLUSION

Se contenter de rapprocher les perturbations récurrentes de la géopolitique énergétique mondiale et l'approfondissement du thème du développement durable au sein de l'Union Européenne pour en déduire des liens de cause à effet serait une erreur monumentale. On serait tenté d'écrire “Heureusement”. Certes il y a une certaine concommitance dans les calendriers. Mais un parallélisme temporel ne vaut pas démonstration.

Le développement durable est une chance que les politiques européennes ont comprise depuis une décennie. Hélas, entre des principes affirmés et soutenus par l'exécutif européen ainsi que par des lobbies environnementalistes de plus en plus efficaces et la mise en oeuvre au niveau national de ces directives librement consenties, le temps s'allonge démesurément. La solution sera-t-elle un approfondissement supplémentaire de l'Union Européenne ? Et, dans ce cas, en s'élargissant par deux fois en 2004 et 2007, l'Europe n'a-t-elle pas encore retardé les échéances ?

CORRIGÉ DE CARTE :

Il s'agit d'un corrigé progressif : il est délibérément échantillonné sous la forme de trois cartes successives qui devraient à l'arrivée être superposées. Trois cartes. Mais aussi trois parties écrites qui correspondent à la légende de la carte finale (superposition des cartes 1, 2 et 3 que vous pouvez vous "amuser" à faire vous-même). La légende est très importante pour l'exercice cartographique. Elle doit être ordonnée et problématisée. C'est l'équivalent d'un plan de dissertation plus ou moins détaillé.

L'UE FACE AUX DÉFIS ÉNERGÉTIQUES

I- LES DONNÉES DU PROBLÈME : DÉPENDANCE ET RELATIVE PAUVRETÉ EN SOURCES FOSSILES

Sur carte 1

En vert soutenu : gisements gaziers

Vert pâle : gisements gaziers en voie d'épuisement

En violet : gisements pétroliers

Violet clair : gisements pétroliers en voie d'épuisement

En noir : gisements charbonniers

Gris : gisements charbonniers en voie d'épuisement

En marron : les lignites

Sur carte 2 :

Les taux de dépendance en 2005 :

de 80 à 100% (marron)

65% à 80% (rouge)

34% à 56% au-dessous de la moyenne de l'UE (orange)

Grands producteurs proches de l'autosuffisance (jaune)

exportateur net (jaune clair)

carte1

II- L'EUROPE FACE AUX DÉFIS DE L'APPROVISIONNEMENT

Sur carte 2

Rattrapage nécessaire (croissance et consommation d'énergie) classement selon le PIB/hab en PPA :

quadrillage blanc : 10 000 $ à 15 000,

rayures horizontales : 18 000 à 21 000,

tirets horizontaux : 24 000,

sans surcharges : > 28 000 $/hab/an

Sur carte 1

Cercles violets : les grands centres du raffinage (taille selon la capacité de raffinage) ou la dépendance pétrolière.

L'enjeu gazier :

tirets verts et flèches : projets de gazoducs,

arcs de cercles à chevrons : pression géopolitique des espaces périphériques

carte 2

III- L'AUTRE FACE DU DÉFI : LE CHOIX DE KYOTO OU LES ÉNERGIES SANS GAZ À EFFET DE SERRE

Sur carte 3

Le choix du renouveau de la filière nucléaire (symbole pour EPR) On peut ajouter un symbole pour ITER (SE de la france et non SO comme je l'ai trouvé)

Abandon de la filière (symbole barré en Allemagne)

Choix de l'éolien (deux tailles pour montrer les trois leaders et leurs quatre suivants)

Choix du solaire : les trois (S)

Limite bleue : le modèle Nordique d'efficacité énergétique

Limite en tirets bleu-foncé : les cinq pays susceptibles de dépasser les normes de l'UE : 21% d'électricité verte en 2010.

carte 3

Au final : voilà ce que donnerait une carte sur le sujet proposé.

L'UNION EUROPÉENNE FACE AUX DÉFIS ÉNERGÉTIQUES Enfin, pour terminer et pour vérifier que vous avez bien tout lu jusqu'ici : une donnée peut-être importante pour l'avenir énergétique de l'Europe (voire de la planète) a été intentionnellement oubliée sur l'ensemble des cartes (mais évoquée quelques lignes plus haut) ... A vous de la trouver. (et de rectifier)