PRODUCTION DE BLÉ ET DE RIZ EN INDE (comparaison avec la Chine)
Remarquez le fossé qui sépare les productions des deux pays. Une interrogation puis une explication s'imposent. On verra aussi sur la courbe du blé les traces de la révolution verte et de ses limites peut-être actuellement atteintes ...


EXPORTATIONS INDIENNES DE RIZ
Résultat des progrès réalisés depuis les années 1960, l'Inde est devenue exportatrice. On retrouvera les traces des derniers progrès mais aussi des problèmes climatiques qui peuvent toucher les régions productrices.

Pour en finir avec les approximations : le vocabulaire de la riziculture doit être parfaitement maîtrisé. Voici un tableau et un schéma qui devraient fixer vos idées sur le sujet :

LES RIZICULTURES EN INDE ET AU BANGLADESH : étude comparée

Remarquez sur le calendrier des travaux agricoles ci-dessous à quel point les mois de juin et juillet (plus août) sont les moins chargés au Bangladesh. L'explication semble évidente ... Pensez à la mousson.

CALENDRIER DES TRAVAUX AGRICOLES DANS LES CAMPAGNES DU BANGLADESH

CÉRÉALICULTURE AU PAKISTAN
Dire que le Pakistan est un "don de l'Indus" n'est pas exagéré. Il suffit de noter la corrélation évidente entre céréaliculture et plaines de l'Indus (ou de ses affluents, essentiellement de rive gauche au Pendjab).

LE PAKISTAN : DON CÉRÉALIER DE L'INDUS
En simplifiant la carte des céréales et en ne conservant que les céréales dominantes dans chaque grande aire de culture, on voit ressortir plusieurs espaces :
l'espace rizicole du bas-Indus et de ses affluents (on reconnait les cours de la Ravi et de la Chenab du Sud au Nord) du Pendjab
l'espace emblavé, soit la moyenne vallée de l'Indus ainsi que les autres espaces du Pendjab.
À l'exception des terres du Nord, suffisamment arrosées, la céréaliculture nécessite le recours à l'irrigation. Nous étudierons donc les systèmes mis en oeuvre, essentiellement au Pendjab ...

LES GRANDS SYSTÈMES AGRICOLES CÉRÉALIERS EN INDE
Dans une vision schématique et en première approche, on oppose l'Inde jaune du blé à l'Inde bleue des rizières et l'Inde rouge des terres à millets. On leur ajoute traditionnellement l'Inde noire des terres basaltiques où prospère le coton à côté des blés (parfois) et des millets.
Ce n'est bien entendu qu'une première approximation. Nous verrons que c'est à des échelles plus fines qu'on peut le mieux apprécier la richesse et la complexité des systèmes.
L'étude du Sud du Deccan nous fournira un excellent exemple de la variété des agroclimats et des adaptations agricoles aux conditions locales entre Malnad, Maidan et Semi Malnad. Des termes que vous maîtriserez bientôt.


LES RENDEMENTS DE GRAINS EN INDE EN 1998-1999
Cette carte des rendements de grains (blé, riz et millet essentiellement) par État montre le retard du Rajasthan et du Maharashtra à l'opposé du Pendjab et de l'Haryana dont les céréalicultures sont particulièrement efficaces. En choisissant des classes de valeurs de façon mécanique (tous les 500 kg/ha en milieu de tableau), le géographe s'efface derrière une pseudo objectivité mathématique ... Cette carte n'apporte finalement pas grand chose. Peut-être est-elle numériquement logique. Elle est peu parlante et, curieusement, peu fidèle à la réalité quotidienne que vivent les paysans.

RENDEMENTS DE GRAINS EN INDE EN 1998-1999 (approche raisonnée)
L'étude du tableau des rendements montre une toute autre chose. Des valeurs proches séparées par des "ghâts" importants. Dans cette illustration des mêmes statistiques, on n'a jamais dépassé les 500 kg/ha d'écart au sein d'une même classe de valeurs (à 2kg près dans l'avant-dernière classe). Des régions à bilan céréalier proche surgissent alors.
Au Rajasthan et au Maharashtra, on peut alors ajouter le Madhya Pradesh (dans ses limites de l'époque) et l'Orissa. Une Inde médiane, aux limites des aires du blé et du millet d'une part, aux limites de l'aire du riz de l'autre, apparaît nettement. Elle était introuvable sur la carte précédente ...
Le Pendjab laisse l'État le plus proche à plus de 1000 kg/ha. Son modèle est inégalé. L'Haryana ne peut lui être comparé. Il est en effet plus proche du Bengale Occidental ou du Tamilnadu par son efficacité ...

De l'intérêt de réfléchir sur les limites statistiques ...


LES RENDEMENTS DE RIZ PAR ÉTAT EN 1998-1999
Cette carte peut servir d'introduction à la révolution verte au même titre que les courbes de production déjà présentées. Mais elle est aussi révélatrice de la maîtrise de l'irrigation, seule capable de doubler les récoltes annuelles. Pendjab et Tamilnadu sont en pointe mais ne sont pas issus d'une histoire équivalente. La maîtrise de l'eau est très ancienne dans le Tamilnadu des canaux et des tanks. Au Pendjab elle commence vraiment en 1851 avec la construction du barrage de Madhopur et de l'Upper Bari Doab Canal qui lance la série de grands travaux du XIXème siècle. Le creusement de puits l'a encore renforcée à partir des années 1960.
Le cas du Bihar est aux antipodes du Pendjab. Cet État se distingue de ses voisins de l'Inde gangétique. Une anomalie qu'il faudra chercher à comprendre.
Tout comme il faudra chercher à comprendre l'opposition entre Kerala et Tamilnadu : deux États proches mais à rendements contrastés (1891 kg/ha pour le premier, record de 3443 pour le second).

Car l'échelle des États est inopérante quand il s'agit de comprendre les sociétés rurales. On lui préférera la grande voire très grande échelle comme ce schéma d'un paysage agraire du Rajasthan, au Nord de Jaisalmer près de la frontière pakistanaise ... Où il sera question de cadastre, de réservoirs, de kund, de chaks, d'abadis, de diggis, de canaux et d'évolutions récentes ...

UN PÉRIMÈTRE IRRIGUÉ AU RAJASTHAN
La proximité des canaux joue un rôle essentiel. L'existence de dunes (dans ce cas elles sont basses et fixées) pose le problème de l'ensablement des canalisations. Les chaks trop éloignés des diggis (réservoirs d'eau potable) sont difficiles à mettre en culture. Les canaux mal alimentés (celui du SE du schéma) guident une colonisation moins fournie : la logique est respectée. Peu de parcelles isolées (toujours le problème de l'ensablement quand les parcelles ne sont pas contiguës). La proximité d'une route importante (ou relativement plus importante) ne semble pas jouer de rôle majeur dans le choix de l'établissement du colon, de même que l'éloignement d'un abadi (gros village).
Enfin, on aperçoit au NO de curieuses petites dépressions fermées : une trace de l'irrigation traditionnelle qui alimente les kund ...


UNE POLYCULTURE FLORISSANTE : LE GADINAD
Contraste saisissant avec le Rajasthan : le Gadinad, sur le revers Est des ghâts occidentaux à la latitude de Goa (15°20N-74°50E). C'est un espace à la limite du Malnad et du Maidan qui combine les atouts de chacun des deux milieux (humide et relativement tempéré de montagne pour le premier, plus sec mais à terroirs variés pour le second).
Collines semi-convexes à plantations de caféiers, talwegs dédiés à la riziculture inondée ou irriguée selon la position par rapport aux digues qui les barrent, maïs, millet, éleusine sur les autres espaces. Cultures rabi et kharif alternent harmonieusement. Les densités de population sont fortes. Plus fortes que dans les deux milieux environnants. L'habitat est dispersé en petites fermes qu'on ne peut dire "isolées". L'arbre, rare dans le Maidan reste un élément fondamental d'un milieu jamais sec. Qu'il soit isolé, cultivé dans de petits vergers de piémont (en dehors des plantations des collines) ou sous forme de haies parallèles aux courbes de niveau.


PAYSAGE AGRAIRE DU MALNAD
Revers des ghâts occidentaux. L'organisation du paysage souligne l'opposition entre les collines multiconvexes vouées à la caféiculture sous ombrée et les plaines inondables consacrées à la riziculture.
Quelques autres parcelles de plantations au contact des deux espaces. Des réservoirs fermés par des digues de terre pour assurer une irrigation de saison sèche. Les cours d'eau sont bordés par une terrasse basse à ripisylve inutilisée. Le lit majeur ou lit d'inondation est large et s'étend jusqu'au pied des collines. L'habitat est par conséquent dispersé en clairières sur les versants.
Paysage agraire de Coorg, près de Ponnampet (12°N-76°E)


PAYSAGE AGRAIRE DU MAIDAN (12°55N 76°25E)
Une situation plus répandue sur le plateau du Deccan : terres rouges vouées à une polyculture où domine le millet, irrigation des lits majeurs par canaux à partir de barrages réservoirs de petite taille, villages groupés (qui tranchent avec les paysages précédents plutôt marqués par la dispersion), arbres isolés au milieu des campagnes de champs ouverts avec quelques blocs de parcelles laniérées, arbres (souvent des banians) plus fréquents autour des noyaux villageois ainsi que dans les villages eux-mêmes. Le paysage agraire est assimilable à une marquetterie qui permet d'utiliser au mieux les différents terroirs. Quelques vergers tranchent sur un paysage plutôt plat.



IRRIGATION AU PENDJAB
Le 19 septembre 1960 est signé le Traité pour le partage des eaux de l'Indus ou Indus water Treaty qui accorde pour l'avenir les eaux des trois rivières occidentales (Indus, Jhelum et Chenab) au Pakistan et celles des trois rivières orientales (Ravi, Bias et Sutlej) à l'Inde. La menace qui pesait alors sur le Pakistan venait de la construction décidée par l'Inde de deux grands barrages sur la Sutlej (Bakra et Nangal) qui devaient permettre l'irrigation d'1,5 million d'ha dans le Sud du Pendjab indien et le Rajasthan et mettait en péril le système pakistanais. Le traité donne ainsi 165 Mds de m3 par an au Pakistan contre 40 Mds de m3 à l'Inde.

Pour être effectif sans anéantir le réseau déjà aménagé (où les eaux de la Sutlej et de la Ravi, par exemple, irriguent le Bari Doab pakistanais), un système de canaux de compensation transportant les eaux des rivières occidentales du Nord vers le Sud a dû être aménagé. Aux canaux déjà existants ont été ajoutés quatre canaux d'une longueur totale de 640 km. L'alimentation de ces canaux a nécessité la construction de barrages réservoirs : Tarbela sur l'Indus (135 m de haut !) et Mangla sur la Jhelum (130 m de haut) à trois km en amaont du barrage régulateur de l'Upper Jhelum Canal. Cinq autres barrages de dérivation sont aussi construits : Chasma sur l'Indus, Rasul sur la Jhelum, Quadirabad sur la Chenab, Sidnhai sur la Ravi, Mailsi sur la Sutlej.