Pour commencer : une carte que vous n'étiez pas sensés pouvoir fournir. C'est juste un document de travail.

On voit déjà sur cette carte surgir des évolutions contrastées. À l'exception de cas très particuliers comme l'Espagne et l'Irlande en pleine croissance économique et rattrapage, ou encore la Pologne qui passe plus nettement du charbon au pétrole, l'Europe de l'Ouest est plutôt marquée par une tentative de plafonnement de sa consommation. Certains pays la voient même baisser sensiblement.

Cependant l'Europe de l'Ouest s'oppose très nettement aux États de l'Est qui ont connu une chute drastique de leur consommation au moment de la transition économique et politique.

L'Afrique (traitée ici en bloc) progresse à un rythme soutenu, comme la plus grande partie de l'Amérique latine (on mettra l'Argentine à part du fait du choc de la crise de 2001-2002). Mais c'est l'Asie qui enregistre généralement les chiffres les plus élevés : que ce soit dans le Golfe, en Asie méridionale (plus de 100%) en Asie du Sud-est ou en Chine. Seul le Japon s'écarte de ce modèle en luttant (pas encore très efficacement) contre sa dépendance au pétrole du Moyen-Orient ou d'Asie du Sud-Est.

L'Amérique du Nord est en situation intermédiaire entre les émergents et l'Europe de l'Ouest, même si le Canada voit sa consommation progresser plus vite que celle des États-Unis, rappelant en cela le modèle Australien, poussé à l'extrême en Nouvelle-Zélande.

En fait, la carte qu'on peut tirer de ces éléments au cours d'une dissertation serait une simplification selon les zones que je viens d'indiquer.

Soit une carte dans ce genre :

Une carte qu'on pouvait mettre en relation avec l'évolution des réserves de pétrole (cf tableau ci-dessous)

Tableau qui peut se traduire sous forme de demi-cercles sur une carte proportionnels au niveau des réserves de chaque région : en haut : 2006, en bas 1991. NB : le niveau des réserves de l'Europe de l'Ouest est si faible (moins d'1% pour la Mer du Nord) qu'on peut de pas l'indiquer par ces demi-cercles ...

Et en combinant évolution des réserves et évolution des consommations, on obtient un fond essentiel pour comprendre les enjeux géopolitiques : une sorte de cadre déterminant ...

1991, c'est la première guerre du Golfe, l'effacement de l'URSS. Donc des bouleversements géopolitiques majeurs.

C'est aussi la préparation du premier "Sommet de la Terre" à Rio en 1992, prélude au protocole de Kyoto cinq ans plus tard. Donc la prise de conscience d'une nécessité de modifier ses modes de consommation.

Les documents fournis vous montraient en outre l'envol des prix du baril ces dernières années. On peut déjà déceler les effets financiers majeurs de ce nouveau choc pétrolier dans la puissance des fonds souverains :

Ceux d'Abou Dhabi, d'Arabie saoudite, du Koweit, de Norvège et de Russie tirent leurs fonds de la rente pétrolière (et gazière). On doit encore ajouter ceux de la Libye, du Qatar, de Dubaï et même de l'Iran. La géopolitique du pétrole déborde maintenant largement sur toute la sphère financière.

Hélas, la carte devient vite illisible si on ajoute trop d'éléments. Dans la version finale, je n'ai pas pu retenir les fonds souverains ...

Sans légende, la carte n'est pas très "parlante".

Quelques éléments graphiques pour mieux la comprendre : j'ai simplifié les évolutions en séparant années 1990 et années 2000. Que ce soit pour les flux de pétrole, les réserves pétrolières, les foyers de tension, les guerres, les attentats liés directement (ou indirectement) au pétrole, l'appartenance ou non à l'OPEP (seuls les membres non moyen-orientaux sont représentés pour ne pas alourdir encore le dessin), j'ai chaque fois joué sur le contraste dans le traitement graphique :

les années 1990 sont traitées avec des couleurs plus claires (gris clair pour les flux, marron clair pour les réserves, vert clair pour les tensions, guerres et attentats, ou appartenance à l'OPEP).

tandis que les années 2000 sont traitées avec les mêmes couleurs mais dans une nuance plus sombre. Les réserves des EU et du RU s'épuisant rapidement, on souligne ce fait par l'indication du nom de ces pays associés à une flèche (marron foncé) dirigée vers le bas.

Les détroits et isthmes restant sur toute la période des lieux sensibles, ils sont figurés dans les deux tons (vert clair et vert foncé).

Les routes du pétrole sont hautement stratégiques ; c'est pourquoi les flottes militaires devaient être représentées : 5ème, 6ème et 7ème flottes pour les Américains, ports de Gwadar, Chittagong et Coco Islands pour les Chinois, sans oublier la présence française à Djibouti ainsi, bientôt, qu'à Abou Dhabi (représentée en tons pastels). La nouveauté, sur le plan stratégique étant ici la constitution d'un "collier de perles" chinois pour contrôler le transit du pétrole du Golfe au détroit de Malacca.

Les enjeux essentiels sont surlignés par de grands cercles : en noir pour le Moyen-Orient et les espaces proches car les enjeux sont structurels et s'imposent sur toute la période et au-delà. En vert foncé pour l'Afrique qui devient un nouveau centre d'affrontement pour puissances du Nord et grands pays émergents depuis les années 2000 essentiellement. (On aurait pu indiquer la base américaine de Sao Tome et Principe ainsi que la flotte américaine de l'Atlantique).

Ces enjeux sont reliés (dans la légende) aux Majors qui se livrent une concurrence féroce et qui sont, plus ou moins, les bras armés de leur pays. Ces Majors n'ont pas le même lien avec leurs États d'origine. Émanations des États chinois et russe, Lukoil et Petrochina sont associés sur la carte à leur pays, au contraire des cinq autres majors principales, plutôt engagées dans des logiques de FMN et qui peuvent prendre leurs distances avec la France, les Pays-Bas, le Royaume Uni et les États-Unis.

Guerres (explosions stylisées) et attentats (mêmes figurés réduits) peuvent être directement liés au pétrole (figurés pleins). Ils peuvent aussi avoir des retombées pétrolières potentielles ou recéler des enjeux pétroliers cachés et/ou secondaires : les figurés sont alors évidés. Tchétchénie, Afghanistan, 11 septembre ne sont pas liés directement au pétrole mais des connexions peuvent être établies.