DEUXIÈME PARTIE

POLLUTION, EUTROPHISATION

ET ACTIVITÉS HUMAINES

Les précipitations, le régime des fleuves, des vents

l'agriculture et ses modifications (exemple danois, exemple polonais etc)

l'industrie et ses modifications

la pollution par les villes. Les réseaux urbains

Transition sur l'enjeu global de la pollution et les modifications climatiques globales

PRÉSENTATION : La pollution est un problème grave et récurrent qui pèse depuis des décennies sur la Baltique. La gestion et la préservation de l'environnement deviennent des enjeux essentiels depuis les années 1970 (tout du moins dans les mots et les résolutions gouvernementales) aussi abordons-nous dans cette partie la pollution comme un thème central pour ouvrir sur une bonne partie des activités humaines ainsi que sur le “milieu naturel” dans un jeu d'implications croisées.



La Baltique est un système écologique fragile. Industrie, agriculture intensive, pêche et urbanisation exercent une forte pression sur son équilibre. Le risque d'effondrement écologique est mis en avant par des études de plus en plus nombreuses. 100 000 km2, soit la moitié des fonds de la Baltique centrale, ont ainsi déjà vu disparaître leur benthos.



La pollution de la mer est en grande partie d'origine tellurique. Les États riverains ont pris conscience de la nécessité de se concerter puis d'agir pour éviter la catastrophe annoncée. Cependant entre les déclarations d'intention et l'application des mesures de protection nécessaires, le fossé est parfois difficile à franchir. En outre le maintien des équilibres ne dépend pas uniquement des acteurs locaux alors que des changements écologiques planétaires risquent d'avoir un impact d'autant plus important que la Baltique est un milieu fragilisé et que ses particularités rendent encore plus précaire.

I- CLIMATOLOGIE DES ESPACES RIVERAINS

A- Un climat à caractère continental qui s'accentue vers le Nord et l'Est

L'une des premières particularités du bassin de la Baltique est son climat :

Les caractères communs aux espaces de la Baltique sont ceux du climat tempéré continental froid. L'amplitude thermique annuelle est très marquée. La circulation des masses d'air est préférentiellement dirigée d'Ouest en Est. Mais des variations saisonnières interviennent notamment en hiver. Selon les saisons les influences diffèrent. L'hiver est marqué par les rigueurs des anticyclones pelliculaires de Russie (russo-sibérien) ou de Scandinavie, encore accentuées par la latitude au Nord jusqu'au-delà du cercle polaire. Seul le Sud-Ouest de l'espace proche de la Baltique échappe en partie aux conditions les plus rigoureuses. En été les remontées de chaleur méridionale affectent l'ensemble. L'hiver est long avec des températures moyennes de -7°C au Sud de la Finlande et -15°C à -19°C au Nord. La couverture neigeuse dure trois mois à Helsinki et jusqu'à sept mois en Laponie. Le climat est donc bien continental froid. Mais il est plus rude vers le Nord et l'Est.

L'hiver 2005-2006 a été particulièrement rigoureux. Les républiques baltes ont affiché en janvier des -33°C et -32°C tandis que le Nord de la Finlande s'est signalé par un -42,6°C. La société finlandaise d'électricité a même averti d'une coupure possible de la distribution du fait de la réduction des livraisons de la Russie elle-même occupée à faire face à ses propres besoins.

Sur le premier mois d'hiver le froid avait fait 140 morts en Pologne.

Les rigueurs hivernales sont compensées par la chaleur de l'été aux journées plus longues.

La durée quotidienne de l'ensoleillement renforce en outre les contrastes saisonniers et régionaux. Le jour dure de fin mai à mi-juillet sur le 68ème parallèle. La nuit se réduit à un crépuscule de cinq heures au solstice de juin à Helsinki et Stockholm. En revanche la rive Sud de la Baltique offre des contrastes saisonniers plus limités dans l'ensoleillement. Le pourtour de la Baltique peut alors être soumis à l'influence de masses d'air atlantiques qui ont cependant perdu une bonne partie de leur humidité au-dessus de l'Europe de l'Ouest.

Au Sud de la Baltique près des deux tiers des précipitations sont ainsi enregistrés entre le 1er avril et le 30 septembre. Les saisons intermédiaires sont plus courtes qu'en Europe occidentale et souvent marquées par une forte instabilité du temps.

On le voit : derrière un cadre saisonnier commun, dans le détail, les contrastes sont multiples.

B- Les contrastes régionaux

1- Données climatiques au Sud-Ouest de la Baltique

La continentalité du climat est ainsi adoucie par la proximité de la mer du Nord et la situation méridionale des grandes villes du Sud-Ouest.

Avec l'éloignement de la mer les extrêmes s'accusent : l'été est plus chaud à Berlin (température moyenne de 18° en juillet déjà caractéristique de la continentalité) qu'à Malmö (16,5°C en juillet), Copenhague et Hambourg (17°). Le maximum de précipitations est le plus souvent estival dans les ambiances continentales (maxima de 78 mm et 86 mm en juillet à Berlin et Hambourg). Cependant la proximité de la mer et une dégradation océanique peuvent amener des variations : l'automne devient la saison la plus arrosée à Malmö avant la baisse des précipitations caractéristique de l'hiver, quand les anticyclones pelliculaires recouvrent les pays Nordiques et les espaces riverains de la Baltique en général.

Cependant les données régionales liées aux trajets des masses d'air et des fronts sont modifiées par le jeu local des configurations physiques.

Malmö et Copenhague, pourtant proches, ont des climats déjà contrastés : pratiquement le même nombre de jours de précipitations mais 150 mm de moins à Copenhague. La capitale danoise se trouve sur la côte est de son île en position d'abri relatif par circulation cyclonique de secteur Ouest tandis que Malmö fait face aux perturbations. L'abri peut aussi expliquer des maxima absolus de températures supérieures d'1,6°C à Copenhague. En revanche, adossée à la péninsule scandinave Malmö a des températures hivernales plus froides d'un degré en moyenne.

Le record de températures de Hambourg s'établit à 36°C (contre 32,7°C pour Copenhague). On peut y déceler une continentalité renforcée par la situation de Hambourg au fond de l'estuaire de l'Elbe tandis que des villes de front de mer connaissent des maxima d'été écrëtés par le raffraichissement de l'air sur la mer dans une circulation d'Ouest statistiquement dominante.

L'île de Ronne offre un climat adouci par l'environnement de la mer Baltique : des maxima absolus qui ne dépassent pas 30°C et les minima les plus élevés des stations de la région. Le climat n'y est pas pour autant océanique puisque le nombre de jours de précipitations (supérieures à 1mm) ne dépasse pas 64.

Plus loin, vers l'intérieur de l'aire Baltique l'archipel d' Åland connait des minima très inférieurs du fait du gel hivernal plus fréquent des eaux de surface. Le radoucissement des températures d'hiver disparaît : l'océanicité de la Baltique est rattrapée par la continentalité de son climat. Seule marque de la proximité de la mer : des températures estivales plus fraîches dans les îles.

2- Données climatiques au coeur de la Baltique et sur ses marges

Les températures hivernales fléchissent vers le Nord (effet de la latitude) et vers l'Est (continentalité renforcée). Helsinki a tout naturellement des hivers plus rigoureux que Stockholm à latitudes égales. Les étés sont de même plus chauds du côté suédois. Stockholm a des maxima supérieurs de 4,6°C à ceux d'Helsinki. Malgré l'omniprésence de l'eau (Mälaren et Baltique) la capitale suédoise est en effet adossée à la péninsule scandinave : elle voit donc passer un air réchauffé par son trajet continental depuis l'Ouest ou le Sud-Ouest tandis qu'Helsinki est sur le trajet de masses d'air raffraichies par leur passage sur les eaux de la Baltique. De même les précipitations estivales sont globalement plus importantes du côté finlandais du fait de la réhumidification des basses couches de l'atmosphère quand elles passent sur la mer au plus fort de son processus estival d'évaporation physique.

Éloignés de l'Atlantique et de la mer du Nord, Pologne et républiques baltes connaissent un climat continental dont la rudesse est renforcée par l'avancée des anticyclones russes en hiver qui apportent un air froid et sec. Les rares coulées d'air arctique frais et humide ne compensent pas la faiblesse hivernale des précipitations. L'été est la saison humide même si les totaux annuels de précipitations restent faibles (540 mm à Gdansk, 511 mm à Varsovie) et ne se renforcent qu'au Sud quand les effets orographiques commencent à jouer (Cracovie 618 mm).

Sur le littoral, St Petersbourg, au fond du Golfe de Finlande gelé et plus à l'Est, a des minima inférieurs à Riga et surtout à Gdansk qui jouissent de situations plus méridionales et occidentales. Les eaux de la Baltique sont de moins en moins souvent prises par les glaces sur le littoral polonais. L'effet combiné de la latitude et de la longitude se traduisent par des chutes de températures moyennes annuelles de 2,1°C entre Gdansk et Riga et de 4°C avec St Petersbourg. Si les rythmes climatiques restent équivalents, la rigueur continentale se renforce vers la Russie.

En position relative d'abri (comme Copenhague) sur une côte exposée à l'Est, Gdansk reçoit enfin de plus faibles précipitations que Riga au fond de son golfe largement ouvert aux vents d'Ouest. Cependant quelle que soit la station considérée, elles restent faibles et surtout concentrées sur l'été au bord de la Baltique. Il faut s'éloigner de la mer pour rencontrer des ambiances plus contrastées : l'abondance des lacs et marécages en Mazurie ou en Finlande intérieure expliquent la fréquence des brumes et des brouillards. Dans les montagnes polonaises le manteau neigeux persiste plus longtemps mais les hivers, plus longs, sont aussi plus lumineux, la latitude introduisant une durée d'ensoleillement plus longue sur des sommets dégagés par les inversions de températures. L'automne y est souvent plus ensoleillé que dans le reste du pays.

3- Données climatiques du Norden septentrional

En Laponie les températures moyennes ne sont positives que pendant cinq mois de l'année. Le nombre de jours de gel dépasse les 200 pour arriver à 227 en altitude à Kiruna (408m). En juillet les températures atteignent 15°C à Rovaniemi, 15,2°C à Jokkmok, côté suédois. Les contrastes saisonniers de précipitations sont bien plus accusés que dans le Sud : l'air froid des régions situées aux confins du cercle polaire est en effet très sec et les mois d'hiver ne sont que très peu arrosés. A Kiruna juillet et août sont quatre fois plus arrosés que le mois de février.

II-HYDROLOGIE ET POLLUTION

A- Présentation et enjeux

1- Impact de la météorologie sur les eaux de la Baltique

(Les données chiffrées de l'hydrologie continentale des principaux fleuves sont abordées en “Troisième partie”)

La spécificité de la Baltique tient en bonne partie à son hydrographie, ses conditions physico-chimiques et son histoire géologique récente, après la dernière glaciation. Des organismes d'eau douce et marins vivent côte à côte dont de nombreuses espèces relictuelles. La moindre atteinte à l'équilibre, par bioaccumulation d'algues par exemple, a des répercussions rapides sur le sommet de la chaîne alimentaire : mammifères marins et oiseaux.

Les paysages côtiers sont un héritage en danger qui nécessite une protection au même titre que la haute mer devant les agressions venues de l'intérieur qui se traduisent rapidement par des modifications rapides du tracé côtier dans le détail et une pollution renforcée.

C'est pourquoi en 1974 à Helsinki a été signée une Convention sur la protection de l'environnement marin de l'aire Baltique, révisée en 1992. Tous les cinq ans, le travail de centaines d'experts permet de dresser un tableau précis de l'état de la Mer Baltique devenue l'une des mers les mieux étudiées du monde.

Les processus météorologiques et hydrologiques se répercutent sur la température de l'eau, le gel des eaux de surface, l'apport d'eau douce par les fleuves, le dépôt des polluants par les cours d'eau et l'atmosphère.

La Baltique se situe sur la trajectoire de perturbations d'Ouest ou de Sud-Ouest. La température de la région est par conséquent directement liée à cette activité cyclonique et à ses déplacements surtout en hiver.

En hiver la plupart des précipitations sont frontales et tombent indifféremment sur la mer et les espaces riverains au contraire de l'été où elles sont majoritairement convectives et continentales.

La vitesse des vents est liée à l'activité cyclonique et à la force des dépressions. Les vents à plus de 25m/s sont le résultat de perturbations nées sur l'Atlantique qui touchent la région de septembre à mars. Exceptionnelement des ondes de tempête peuvent élever le niveau de la mer de 3m50 au fond des golfes les plus étroits comme à Leningrad en 1924. La masse d'eau de la Baltique a aussi une influence sur les climats locaux en déterminant des thermiques, des adoucissements de températures, des variations de couverture nuageuse qui entrainent des gradients très prononcés à peu de distance sur les côtes. Si la Baltique ne peut influencer fortement le climat, elle adoucit toutefois suffisamment les températures et renforce les précipitations au point de rendre les activités agricoles possibles jusqu'au cercle polaire.

En excluant le Kattegat et les Belts entre îles danoises et Allemagne, la Mer Baltique bénéficie d'un apport net annuel de 476 km3 d'eau douce, dont 436 viennent des apports continentaux et 224 des précipitations atmosphériques. 184 km3 sont en revanche prélevés par évaporation. Les apports d'eau salée s'établissent à 471 km3. Ils viennent de la Mer du Nord via les couches les plus profondes des détroits.

L'évaporation ne compense qu'imparfaitement les apports d'eau atmosphérique. En outre les fleuves apportent chaque année 436 km3 d'eau douce, soit un quarantième du volume de la mer. Les eaux de la Baltique doivent donc se déverser par les détroits danois dans la mer du Nord. Le transfert des eaux salées en sens inverse est plus aléatoire. Les eaux douces franchissent les belts en surface du Sud vers le Nord. Les eaux salées circulent dans le sens inverse par décharges plus rares. La Baltique est donc surtout, et de plus en plus, une mer peu salée (1).

Sept fleuves concentrent la moitié des eaux douces reçues par la Baltique :

-La Neva : 74 km de long mais exutoire du lac Ladoga

-La Vistule : 1068 km pour un bassin de 194 000 km2

-La Dvina occidentale (Daugava) : 1020 km et 87 900 km2

-Le Niemen (Nemunas) : 937 km 98 200 km2

-L'Oder (Odra) : 854 km pour 119 000 km2

-Le Kemijoki : 547 km

-Le Gota Alv : 93 km seulement mais pour un bassin de 50 180 km2

La salinité de la mer varie selon les saisons en fonction inverse du débit de ces fleuves. Ils ont une influence essentielle sur la composition des eaux. Le niveau même de la mer Baltique monte de près de 70 cm au maximum de débit des cours d'eau. Leur maîtrise (et notamment dans le domaine des polluants) est un des enjeux majeurs auxquels soient confrontés les États riverains de la Baltique.

2- L'impact majeur de l'hydrologie continentale

Les fleuves du bassin de la Baltique ont un régime marqué par la neige avec des nuances toutefois :

Le Sud de la Suède et le Danemark sont dominés par régime pluvio-évaporal de plaine.

Ailleurs on passe du pluvio-nival de plaine au nivo-pluvial selon les rivières.

Ces régions ont été recouvertes par les glaciers quaternaires. Elles possèdent d'abondants dépôts morainiques à la topographie confuse, faite d'os (ou eskers cf “Première partie”), au dessus de sandr, grands épandages fluvioglaciaires ou d'urstromtäler, chenaux proglaciaires. Ces accumulations fixent des réserves aquifères utilisées par les grandes villes. Cependant certaines villes baltes comme Tallinn et narva en Estonie, Riga, Daugavpils, Ventspils et Olaine en Lettonie sont alimentées en eau potable à partir d'eaux de surface (lacs essentiellement).

Aquifères et lacs pondèrent l'évaporation estivale tandis que leurs affleurements fixent des marécages en saison froide.

L'épisode principal reste la montée des eaux de printemps avec la liquéfaction de la couverture neigeuse. Retardée au fond du Golfe de Botnie et dans la mer de Botnie (maximum de mai), elle se situe en avril-mai dans le Golfe de Finlande (à l'exception de la Neva dont le maximum est retardé d'un mois par la présence du Lac Ladoga 17 678 km2). Les lacs Onéga et Ladoga rassemblent les eaux qui ruissellent du glacis carélien ou s'égouttent des moraines. Ils sont unis par le Svir qui écoule leur trop-plein par la Neva, le fleuve le plus régulier de Russie (sur l'année mais dont le débit moyen peut fluctuer au cours des années et des modifications climatiques : cf Troisième partie).

Le maximum est en avril dans le Golfe de Riga et le Sud de la Baltique.

Dans les détroits danois et le Kattegat le maximum n'est pas affecté par la fonte des neiges et reste plus largement pluvio-évaporal de plaine (maximum d'hiver).

B- La pollution de la Baltique

1- Une prise de conscience tardive de l'ampleur des problèmes

L'aire de drainage de la Mer Baltique couvre 1.733.850 km2 dont 92 200 km2 situés dans des pays non riverains (Belarus, Ukraine, République tchèque, Slovaquie). Depuis le milieu des années 1980 la Commission d'Helsinki (ou Helcom) mesure les quantités de polluants déversés dans la mer, notamment par le biais des fleuves. 661 855 tonnes de nitrates se sont déposé dans la Baltique en 1990. La circulation des eaux est ralentie en hiver par la formation de la glace. C'est donc aux embouchures et sur les côtes que les polluants se concentrent. Les pays riverains se sont donc engagés en 1988 dans des efforts de réduction de 50% de leurs rejets :

Le Danemark prévoit une réduction de 50% dans son Plan National d'Action sur l'Environnement Aquatique (1987-1995). C'est cet engagement qui l'a déterminé à accélérer la transformation de son agriculture à travers le “Plan d'Action pour une Agriculture durable” (1991-2000)

Si la Lettonie a obtenu une baisse du même ordre c'est surtout à cause de la récession économique qui a suivi l'indépendance, avec son cortège de baisses de production dans les domaines agricole et industriel. Il faut toutefois y ajouter la construction de nombreuses stations d'épuration.

La Pologne n'a pas réussi à atteindre ses objectifs dans les premières années de son engagement (baisses de 28% des nitrates et de 21% du phosphore). La Russie est aussi en retard.

Mais le retard des anciens pays du Bloc de l'Est n'est pas imputable à la seule transition chaotique. La Suède elle-même n'a pas réussi à faire baisser de 50% ses rejets ...

2- La situation dans le Golfe de Botnie

C'est l'un des espaces les moins dégradés. Pourtant la situation du Golfe est déjà préoccupante ! L'agriculture est responsable de 50% des apports de nitrates. La salinité décroit. Certaines espèces marines ont abandonné cet espace depuis la fin des années 1980 : Harmothoe sarsi (vers annélides polychètes) et Pontoporeia femorata (crustacés de type amphipodes gammaridés).

Mais ailleurs la situation est bien pire :

3- Le Golfe de Finlande :

La région de Saint-Petersbourg et de l'embouchure de la Neva (qui apporte 80% des eaux douces venues de Russie) présente des concentrations chlorophyliennes très supérieures à la moyenne. La raison en est les rejets de nitrates venus des usines de pâte à papier et de pulpe, des agglomérations, de l'agriculture et des fermes marines. La conséquence principale est la propagation d'algues filamenteuses depuis le début des années 1990. Leur dépôt et leur pourrissement sur les plages affecte les qualités récréatives du littoral de l'Est du Golfe de Finlande car elles atteignent 5 à 20 cm d'épaisseur en altérant toute la vie benthique.

Pourtant durant les années 1980s l'agglomération de Saint-Petersbourg s'est dotée de stations de traitement des eaux usées et d'un système de digues anti-inondations qui auraient dû faire baisser les rejets de nitrates. En fait, l'augmentation des concentrations est vraisemblablement dûe aux évolutions de l'agriculture locale et notamment à la multiplication des élevages hors-sol destinés à alimenter les marchés solvables de la deuxième ville de Russie ...

Le bilan est devenu catastrophique car le Golfe de Finlande connait en outre de nombreuses petites marées noires dues au transfert défectueux du pétrole des pétroliers fluviaux venus du Nord et de la Caspienne par le “Système des 5 mers” et les tankers maritimes. Les dégazages ajoutent la touche finale. Le déplacement en pleine mer du lieu de transbordement (15 km au large de l'île de Kronstadt) n'a en rien modifié la donne. La flotte est attaquée par la rouille, comme le Prestige de sinistre mémoire qui, avant de couler dans le Golfe de Gascogne, avait pendant des années participé à cette noria pétrolière dans des conditions d'insécurité environnementale effrayantes.

Les problèmes environnementaux du Golfe de Finlande sont encore aggravés par la construction d'un barrage maritime destiné à protéger St Petersbourg des inondations (comme celle du 10 janvier 2005) et qui s'appuiera sur l'île de Kronstadt. Les travaux ont commencé en 1978 et la branche Nord est déjà achevée. Suspendue pendant la Perestroïka et les années qui ont suivi l'effondrement de l'URSS, ils ont repris en juillet 2005 et devraient être achevés en 2008. Les effets pervers de l'ouvrage sont prévisibles, à commencer par l'accumulation de polluants au fond d'un Golfe déjà sinistré dans son écologie.

4- La Baie de Gdansk

La faune benthique de la Baie de Gdansk s'est appauvrie dans les années 1960s à tel point que les eaux sont devenues azoïques au dessous de 90m dans une étude faite en 1993.

La situation empire bien que les problèmes soient parfois masqués par des statistiques opportunément optimistes. (L'enjeu est important puisqu'on touche à un marché de plusieurs millions de touristes potentiels). Ainsi Sopot, station balnéaire située à égale distance de Gdansk et Gdynia, ne serait pas touchée officiellement par la pollution. Un verdict aberrant. Pourtant les eaux de la station voient stagner régulièrement des algues bleues à l'odeur nauséabonde. Les maladies digestives, les éruptions cutanées, les allergies ou les plaies purulentes se multiplient. Qu'importe : la baignade est autorisée. Sans doute faut-il choisir entre se baigner dans des eaux polluées et relativement calmes (et chaudes) ou aller plus loin sur des plages battues par le vent, aux eaux plus agitées et plus froides et finalement ... à peine moins polluées ...

5- La Mer Baltique

En fait c'est l'ensemble du bassin de la Baltique qui est dégradé par la pollution.

La mer cumule tous les désavantages : presque fermée, entourée de pays industrialisés engagés dans une compétition économique exacerbée qui peut les conduire à négliger les enjeux écologiques (surtout dans les pays en transition), elle étouffe sous la pression des 85 millions de riverains.

La pollution d’origine tellurique est en effet largement responsable de la pollution globale de la mer Baltique. Elle représente 56 % des apports azotés, les 44 % restants provenant de l’atmosphère.

Les teneurs en phosphore et en azote continuent d'augmenter, amenant la Baltique à l'asphyxie (au sens propre quand l'oxygène disparaît dans le fond de ses bassins) et à la saturation.

En juillet 2005, l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a dû lancer une mise en garde contre les risques sanitaires liés à la consommation des poissons de la Baltique : les concentrations de produits toxiques sont si élevées que les poissons pourraient être interdits à la vente. Le dernier rapport du WWF démontre un dépassement des seuils de dioxine et relance le débat sucité en 2004 par un article de “Science”(2) sur l'élevage du saumon (cf 3ème partie). En 2000 une étude avait déjà montré que les organismes des populations qui consommaient régulièrement des poissons de la Baltique subissaient des concentrations de dioxine supérieures à celles que l'on trouvait à Seveso en 1976 !

D'après la dernière étude du WWF le taux de retardateurs de flammes bromés (PBDE) trouvé dans les harengs est cinquante fois supérieur à ceux que l'on trouve dans les mêmes poissons de l'Atlantique.

L'utilisation d'engrais et de pesticides dans le bassin hydrographique est responsable d'une forte eutrophisation des eaux. Non que l'agriculture polonaise en utilise énormément (sept fois moins de pesticides par ha que dans l'UE15 et deux à trois fois moins d'engrais minéraux). La réduction des consommations entreprise en 1989-1990 ne fait toujours pas sentir ses effets ...

La législation européenne sur les produits chimiques n'a manifestement pas empêché la dégradation. La nouvelle législation (REACH)(3) pourrait améliorer la situation à terme. Mais sur près de 50% des fonds la faune benthique a déjà disparu ...

C- Les activités humaines, grandes responsables de la détérioration du milieu

On l'a vu précédemment, l'agriculture est la principale responsable des rejets azotés : la diminution de la pollution d'origine agricole a été obtenue dans les pays en transition grâce à un large abandon de l'utilisation d'engrais. Les problèmes financiers et économiques ont en fait permis une amélioration de l'environnement maritime. Mais le retour de la croissance économique (avec la perspective de l'élargissement puis l'élargissement lui-même) devrait entrainer une nouvelle augmentation des rejets. A l'exception du Danemark, les pays de l'Union Européenne n'ont d'ailleurs pas réussi à se conformer au progamme prévu avant 2000-2005.

Les fermes d'aquaculture sont aussi responsables de pollutions plus localisées.

Les émissions d'oxyde d'azote dans l'atmosphère n'ont en revanche pas diminué. Dans les pays en transition où le trafic devrait rejoindre celui des pays de l'Ouest d'ici à 2010, l'usage du pot catalytique est encore peu répandu. Dans ceux de l'UE son effet bénéfique est contrabalancé par la croissance rapide du trafic routier, aérien ainsi que par la mode des 4x4. Le secteur des transports dans l'UE est responsable de 60 à 70% des émissions d'oxyde d'azote.

La Mer Baltique revêt une importance fondamentale pour les populations des neuf pays riverains, que ce soit pour la pêche ainsi que les transports ou encore les activités de loisirs qui sont appelées à prendre de plus en plus d'importance (cf : études prospectives de la World Tourism Organization à l'horizon 2020 ). Pourtant, la Baltique est aussi devenue une vaste station de traitement à ciel ouvert des eaux usées pour les 85 millions de personnes qui vivent dans son vaste bassin hydrographique sur 15 territoires nationaux où sont pratiquées agriculture et industrie parfois peu respectueuses de l'environnement.

On voit, à travers les rejets des fleuves tributaires, le lien que l'on peut développer entre la Baltique et des activités à première vue continentales. Cette partie de la Méditerranée du Nord est bien au centre des préoccupations et des projets des espaces riverains.

III- L'AGRICULTURE : POLLUTIONS, ÉVOLUTIONS, ADAPTATIONS

A- Le poids de l'agriculture polonaise.

1- La première source de pollution agricole

L'agriculture polonaise est la principale pollueuse de la région. Cette place peu enviable s'explique par le fait que plus de 50% des terres agricoles du bassin de la Baltique sont drainées par la Vistule et ses affluents. En 2001 les stations d'épuration ne couvraient que 54,7% de la population et seulement 11% en milieu rural. L'usage des engrais et pesticides fait de l'agriculture polonaise une activité pollueuse au même titre que les concentrations industrielles et urbaines. Les déchets ménagers ne sont même pas recyclés sous forme de compost. Bien que l'agriculture polonaise ne soit que faiblement intensive (comparée à celle des pays d'Europe de l'Ouest) et que les engrais chimiques soient peu utilisés, elle est responsable du déversement de plus de 50 000 tonnes de nitrates chaque année dans le bassin de la Vistule, soit 62% des nitrates transportés par le fleuve.

Mais la Vistule n'est pas la seule source de pollution d'origine agricole.

Dans la région de Kaliningrad, la SAU ne couvre que 382 000 ha. L'utilisation de 250 kg d'engrais minéraux par hectare reste un problème majeur même si l'emploi des engrais chimiques et des pesticides a plongé du fait du renchérissement des coûts. L'entreposage du fumier pose aussi problème dans les ateliers d'élevage. La situation est encore pire dans le bassin du Niemen (Nemunas) : engrais minéraux et pesticides utilisés sont de mauvaise qualité et contiennent de nombreuses substances toxiques. Les conditions d'entreposage sont déficientes et occasionnent de lourdes pertes estimées à 25 à 30% chaque année : les produits polluent les nappes. L'épandage du fumier des grandes fermes d'élevage dans les champs accroit encore les problèmes environementaux. L'équilibre écologique de la lagune de Kurski, au Sud de Klaipeda, dépend de l'amélioration des méthodes agricoles.

2- Mais l'agriculture évolue rapidement.

En Pologne, le secteur d'Etat qui occupait encore 24% de la SAU en 1989, essentiellement dans l'Ouest (les terres confisquées à l'Allemagne nazie lors du glissement de la Pologne en 1945 étaient incorporées à des fermes d'Etat : les PGR), n'en occupe plus que 8% en 2000. Le Nord-Ouest était la première région d'élevage grâce aux PGR. Leur quasi disparition s'est accompagnée d'une réduction drastique du cheptel bovin (et de ses déjections) : 10 millions de têtes en 1990, 6,1 millions en 2000.

Les terres de faible qualité ont été en grande partie reboisées. Celles qui restent sont plus riches et répondent mieux aux nouvelles orientations de la PAC (Politique Agricole Commune), à savoir : extensification, arrêt de la concentration et diversification.

Les aides européennes (le programme PHARE a fourni 3 Milliards d'euros entre 1990 et 1999) ne suffisent pas à assurer l'avenir des petites exploitations polonaises. Dans 1300 “gminas”, surtout dans le centre et l'Est du pays, les exploitations agricoles représentent encore plus de 80% des entreprises. C'est l'agriculture qui reste la base de la vie rurale. Une base qui perd de son exclusivité dans le Nord, l'Ouest, le Sud-Ouest ainsi que les montagnes. Là, les entreprises agricoles des gminas tombent au-dessous de 60% du total. Moins encore dans les espaces ruraux périurbains.

Pour survivre, les districts ruraux doivent diversifier leurs activités. Les services se développent. Sur la frontière occidentale, ces entreprises de services sont liées à des apports de capitaux étrangers. Dans les gminas côtiers, des montagnes ou de la Mazurie lacustre, c'est le tourisme qui renforce le secteur tertiaire.

On pourrait penser que le tourisme est la panacée pour sortir les districts agricoles des difficultés que les aides parcimonieuses de l'UE ne peuvent vaincre. Ce n'est pas si simple. Certes, entre 1988 et 2000 de nombreuses fermes ont ajouté le tourisme à leurs activités. En 2000 il y en avait 11 300 sur tout le territoire. Mais elles étaient concentrées sur la Poméranie (côtière), la Mazurie (lacustre) et la Petite Pologne (montagneuse). Ailleurs : presqu'aucune évolution.

La réponse au marasme viendrait plutôt des loisirs associés à de longs week-ends ou de courtes vacances. Les citadins construisent des résidences secondaires (des datchas) sur d'anciennes terres agricoles partout où il y a des forêts ou des lacs. Les choix sont alors très larges sur l'ensemble du territoire polonais. Naturellement ce mouvement s'accompagne de l'ouverture de nouveaux commerces estivaux et génère un marché local pour les productions agricoles.

Une autre possibilité d'évolution est donnée aux agriculteurs polonais grâce à l'apparition d'un nouveau marché (de niche pour le moment ou d'exportation) : celui de la filière biologique (cf C)

B- L'avance des pays de l'UE15 dans la prise en compte des pollutions agricoles

1- L'exemple de l'agriculture danoise

La situation de l'agriculture danoise évolue encore plus rapidement.

Comme dans les autres pays de l'UE15 le nombre de fermes a chuté au rythme de 2500 par an depuis les premières inflexions de la Politique Agricole Commune au milieu des années 1980. De 133 000 en 1973, on est passé à 53 000 en 2000. La SAU, comme en Pologne, se rétracte progressivement (-0,4% de la superficie nationale par an depuis 1990) : alors qu'elle représentait 16% de la surface du pays en 1939, elle n'en recouvre plus que 62% en 2000. L'essor urbain, industriel et surtout l'extension des activités de loisirs ainsi que des infrastructures de transports expliquent cette réduction.

Les caractères physico-chimiques des sols sont très contrastés. L'Est est couvert de limons fertiles (riches en calcium) déposés au cours du Weichsel (stade glaciaire). C'est une région dominée par les labours et la grande culture céréalière et betteravière. A l'inverse l'Ouest péninsulaire est couvert de sols plus pauvres et sableux issus de dépôts des Urstromtäler. La production de grains y est plus faible et l'élevage est dominant (60% de l'élevage bovin, essentiellement laitier).

L'augmentation des surfaces fourragères (dans l'Ouest) est à mettre sur le compte d'un recours massif au maïs destiné à l'ensilage qui a remplacé d'autres cultures qui demandaient trop de main d'oeuvre (main d'oeuvre en chute libre dans les années 1990). Ce que démontrent ces statistiques, c'est l'ouverture des contastes entre Est et Ouest : un retour au respect des potentialités physiques.

Seule entorse au principe “déterministe” : la production d'orge, associée à l'élevage porcin, qui se concentre plutôt sur la périphérie des marchés urbains de consommation au risque de générer des nuisances environnementales.

La concentration des dernières décennies a abouti à l'apparition de grandes explotations d'élevage. les exploitations à temps plein et où travaillent au moins deux actifs agricoles ne représentent que 20% de la SAU mais concentrent 75% du cheptel bovin.

La concentration de l'élevage bovin sur l'Ouest a des effets négatifs sur l'environnement : les pâturages disparaissent à l'Est et retournent à la friche ou à la forêt.

Le Danemark, célèbre pour ses élevages intensifs de porcs qui en ont fait le principal fournisseur des îles britanniques, est surtout en train d'expérimenter un virage à 180 degrés en s'engageant dans une agriculture durable. Dans l'UE15, elle se situe au 13ème rang quant à l'utilisation de pesticides. Dans ce sens elle est bien “Nordique” puisque les deux agricultures qui ont le moins recours à ces produits chimiques sont la Suède et la Finlande. Les agriculteurs danois délaissent aussi de plus en plus les engrais chimiques et minéraux en se classant au 6ème rang européen (148 kg/par hectare contre 245 aux Pays-Bas ou 159 en France) après une baisse de 5% de leur utilisation dans les années 1990.

L'impact négatif de l'agriculture moderne sur l'environnement a en fait conduit à une prise de conscience nationale concrétisée en 1992 par l'adoption d'une nouvelle Loi sur la Protection de la Nature. (cf Sixième partie).

2- L'avance suédoise

En matière de respect de l'environnement l'agriculture suédoise est la plus avancée. On a pu s'enr endre compte lors du colloque sur le thème “L'alimentation au 21ème siècle, monopole mondial ou potentialité locale ?” tenu à Järna au Sud de Stockholm du 15 au 17 septembre 2003.

Les intervenants faisaient un bilan des orientations prises par les agriculteurs et leurs représentants depuis les années 1950 pour instaurer des alternatives alimentaires.

Le mouvement biodynamique a été la forme dominante de l'agriculture biologique depuis des annéeslà. Au point de mettre en place une certification (KRAV) en 1984 en faisant intervenir l'industrie agro-alimentaire ainsi que le monde politique.

Dès 1990 le Syndicat des paysans bio en Suède obtient du monde politique la fixation d'un objectif de 10% des terres arables en agriculture biologique dès 2000. (La France en 2003 peine à dépasser 1,6% ...). Au cours des années 1990 l'objectif de 30% a été évoqué et a provoqué une scission au sein du syndicat, ce chiffre ne pouvant être atteint qu'au prix de l'abandon d'une partie des idéaux de base.

Parallèlement à ce mouvement, le projet BERAS (4) initié par l'Institut de Recherche en Biodynamie de Järna, construit des partenariats avec la Finlande, le Danemark, l'Allemagne, la Pologne, les républiques baltes, pilotés par l'Université d'Agriculture pour construire un projet INTERREG. Ce programme (mars 2003 à février 2006) bénéficie d'un budget de 2,1 Millions d'€.

Le Syndicat des Agriculteurs Suédois (SFU Swedish Farmers Union) a dominé le monde agricole suédois jusqu'au début des années 1990. Sa structure est originale puisqu'elle permet d'unir en son sein le mouvement coopératif (qui domine le secteur de l'industrie alimentaire) et ses membres individuels, les agriculteurs tout en préservant les intérêts de chacun. Des tensions ont surgi progressivement entre les producteurs de plus en plus spécialisés (dans le blé, le lait, le cochon etc) ainsi qu'entre les agriculteurs et l'industrie agro-alimentaire. Les fusions massives des années 90 dans les industries laitières et les abattoirs ont donc poussé nombre d'agriculteurs membres de la SFU vers un syndicat alternatif, la Small Farmers Union.

L’Organisation des Petits Paysans (Small Farmers Union), fondée dans les années 1980 en réaction aux tendances productivistes de la SFU, prend de l'importance à l'aube de l'entrée dans l'UE. Le grand syndicat historique prône le “oui” alors que la majorité de ses membres se prononce pour le “non”. L'Organisation des Petits Paysans les accueille et offre une nouvelle perspective à l'agriculture suédoise. Elle accélère le mouvement de basculement vers l'agriculture biologique et s'engage dans la transformation de la production polonaise en faisant des échanges avec l'ICPPC (5)

3- Le passage à une agriculture raisonnée passe par le marché

L'exemple suédois montre le resserrement des liens, non entre l'agriculture et l'industrie ou les grands de la distribution mais entre agriculture et consommateurs par un racourcissement des réseaux de commercialisation.

L’Union des Fermes Kernel constituée dans les années 80 est une organisation de fermes en bio qui mettent en pratique les idéaux du mouvement alternatif. Elles sont soutenues par un réseau destiné à assurer les besoins humains fondamentaux en cas de crise.

En 2000, les Marchés Paysans, originaires du Royaume-Uni arrivent en Suède. Elles y trouvent un marché encore dominé par les grandes coppératives et industries agro-alimentaires de plus en plus rejetées par les consommateurs. Le besoin d'un type de commercialisation alternative explique leur succès. Ils remplacent les marchés paysans traditionnels liquidés par le complexe agro-industriel. Il y a maintenant des marchés paysans dans 20 villes suédoises. Les plus grands sont ceux de Stogkholm et de Malmö. On projette maintenant de développer aussi des restaurants « paysans », des magasins « paysans », des cantines scolaires « paysannes », et d’autres moyens pour court-circuiter l’agro-industrie et établissant des relations directes entre paysans et consommateurs. Créés dans un premier temps en partenariat avec la SFU, ils s'en sont déjà détachés pour travailler en collaboration avec l'Organisation des Petits Paysans. Même le syndicat des paysans bio, jugé trop proche des intérêts de l'industrie, s'est trouvé rejeté.

Ce type de réseau se propage et dépasse les frontières suédoises pour toucher maintenant la Pologne (premier marché paysan ouvert à Cracovie).

Il permet de maintenir les spécificités locales face à une PAC longtemps uniformisante et qui, depuis la réforme Fischler de 2003, se rallie progressivement à des thèses moins productivistes.

C- L'essor difficile des filières biologiques à l'Est.

1- La Pologne bio

(cf sixième partie sur les soutiens extérieurs et notamment allemands à cette nouvelle filière)

Les exploitations bio se développent d'abord en Poméranie occidentale (en raison de la proximité du marché allemand) avant de se répandre dans l'Est, en Mazovie et dans le Sud-Est, zones de petite agriculture où elle est la plus implantée. La taille moyenne des exploitations biologiques est trois fois supérieure à la moyenne nationale (28 ha en 2004). 47% des terres sont affectées à la céréaliculture, 47% aux prairies et 6% aux fruits rouges et vergers. La surreprésentation des prairies et céréales vient d'une meilleure organisation des circuits de transformation et de distribution des productions (pâtes et yaourts bio). Cependant les agriculteurs “bio” défrichent un marché de niche : le faible pouvoir d'achat et la faible sensibilisation des consommateurs à ce type de produit limitent la taille du marché. Les circuits de commercialisation en sont encore à leurs balbutiements. La plupart des produits bio sont vendus directement sur les fermes : ils sont alors une forme supplémentaire de la diversification des activités agricoles au même titre que le tourisme vert. Les rayons “bio” commencent à apparaître dans les rayons des supermarchés et des hypermarchés. Enfin, très récemment, des magasins spécialisés dans la “nourriture saine” sont apparus dans les grandes villes. Ils sont au nombre de 200 sur l'ensemble du pays et sont caractérisés par leur petite taille (80% d'entre eux ont de 1 à 2 employés). D'où l'importance que joue l'exportation pour ce type de marché. Seuls les consommateurs des pays développés peuvent fournir les débouchés nécessaires au développement de ce type d'agriculture alternative ainsi que, dans une première phase, des aides gouvernementales et européennes. (cf sixième partie).

Organisation des petits paysans et projet BERAS. La Pologne est le plus grand pays des nouveaux Etats d’Europe, tant par sa population que par sa superficie. C’est aussi le seul pays qui comporte une telle proportion de population agricole active. Si la Pologne suit les autres pays européens en adoptant la stucture agro-industrielle, cela risque d’avoir assez vite des conséquences sévères sur l’environnement et la société. La Pologne est un pays fort sceptique vis-à-vis des idées nouvelles avec une dominance de l’église catholique. C’est ce qui, jusqu’à présent, l’a sauvée de l’industrialisation de son agriculture. La Pologne aujourd’hui est manifestement la clé du futur développement de l’Union Européenne. La stratégie faite d’un premier centrage sur la Pologne, de la construction de solides réseaux entre les acteurs locaux en Pologne, et du développement d’agricultures locales dans les autres pays, semble naturelle.

La Province de Mazowieckie (incluant Varsovie), avec une population de plus de 5 million d'habitants, est devenue la sixième Province en Pologne dont les autorités locales ont fait voter la résolution de se déclarer Zone sans OGM. Des décisions similaires avaient été prises plus tôt par les instances de Podkarpackie (incluant Rzeszow), de Malopolska (incluant Cracovie), de Podlaskie (incluant Bialystok), de Lubelskie (incluant Lublin) et de Kajawsko-Pomorskie (incluant Torun). De plus, de fortes déclarations à l'encontre des OGM ont été faites par la principale organisation des agriculteurs en Donaslakie.

2- L'exemple letton

La prise en compte de l'impact de l'agriculture sur l'environnement n'est pas partout le résultat d'une prise de conscience des dérives de l'agriculture productiviste. Dans l'ancien bloc de l'Est, à l'instar d'un M. Jourdain qui faisait de la prose à son insu, des paysans sont engagés depuis toujours dans l'agriculture biologique. Il s'agit souvent d'un signe de retard. En Lettonie, la Courlande tente de trouver une troisième voie entre agriculture intensive et agriculture de subsistance en passant à l'agriculture biologique. Le recours aux engrais et autres produits phytosanitaires ayant toujours été minime ou nul, le passage au “bio” se fait aisément. Le principal problème reste alors l'organisation des circuits de commercialisation. La Lettonie est à l'heure des choix : privilégier 20 000 agriculteurs insérés dans une agriculture très commerciale ou soutenir 150 000 paysans dans une politique agricole plus sociale. Le marché est en train de trancher à la place des gouvernements successifs (le dernier en date étant un gouvernement de coalition de centre-droit dirigé par Aigars Kalvitis). L'irruption de la grande distribution et des hypermarchés dans la banlieue de Riga s'accompagne de la disparition des magasins de proximité. Les nouveaux quartiers de la consommation triomphante, sur le modèle occidental (avec leur cortège de centres commerciaux, de concessionnaires automobiles, de restauration rapide et d'enseignes spécialisées et transnationales) choisissent l'agriculture productiviste, seule capable d'assurer des approvisionnements massifs à bas coûts. L'organisation de filières biologiques se trouve entravée par l'adoption de ce que le modèle occidental a de plus discutable tant sur le plan social dans le domaine commercial que sur le plan architectural dans les entrées de villes.

IV- L'INDUSTRIE : POLLUTIONS, ÉVOLUTIONS, ADAPTATIONS

A- La situation alarmante des usines dans les ex-pays de l'Est

En Pologne 60 à 70% des poussières et gaz polluants sont émis par les centrales électriques thermiques, la sidérurgie et l'industrie chimique. 86% des usines polluantes ne disposaient même pas de systèmes de filtration efficaces en 2001.

La Pologne détient en Europe le triste record de production de déchets industriels. 123,8 millions de tonnes en 2001. La Silésie produit chaque année 4000 tonnes de déchets par km².

Le Bassin de la Vistule est responsable d'une bonne part de la pollution en mer Baltique. Il compte en effet 380 espaces urbains différents, 2500 implantations industrielles majeures ainsi que quelques uns des plus grands gisements de houille d'Europe où des siècles d'exploitation et de croissance ont fini par causer des atteintes lourdes voire irréparables à l'environnement.

Le bassin du Niemen comprend une gamme variée d'industries agro-alimentaires, textiles, chimiques, pétrochimiques ainsi que celles de la filière bois. Les plus grosses implantations papetières sont situées dans l'enclave de Kaliningrad à Kaliningrad (usines n°1 et 2 de production de pulpe et de papier), à Sovetsk (l'ancienne Tilsit) et Neman. Des composés organo-chlorés et azotés sont déversés dans le réseau hydrographique. La demande en oxygène biologique augmente. Les implantations chimiques et biochimiques de Kedainiai sont aussi responsables de pollutions lourdes.

Ces usines étant le plus souvent anciennes, seuls des investissements importants venus de l'étranger sont susceptibles de les rendre moins polluantes. Plus de 200 grandes usines utilisent de l'eau dans l'enclave de Kaliningrad. Les quatre principales implantations papetières ne sont surpassées en termes de pollution que par la ville de Kaliningrad elle-même. Les dépôts pétroliers du port sont un autre pollueur majeur de la région. Pour achever de noircir le tableau, les industries agroalimentaires situées sur des affluents du Niemen rendent ces derniers pratiquement azoïques.

La côte polonaise n'est guère mieux lotie. Dans la Baie de Gdansk les atteintes sont multiples : à côté des 7 usines métallurgiques, 3 usines chimiques, 11 industries agroalimentaires (produits agricoles et de la pêche) ainsi que des centrales électriques, seule la grande raffinerie de Gdansk dispose d'unités de traitement des eaux efficaces. La concentration industrielle est néfaste à ce secteur de la Baltique.

La Vistule apporte en outre les rejets des usines chimiques et papetières qui représentent, malgré l'installation d'unités de traitement des eaux usées, le premier facteur de pollution. Elles sont suivies dans ce classement peu glorieux par les industries métallurgiques de la région de Katowice.

Les industries de la région de St Petersbourg illustrent toujours les choix de l'époque soviétique. L'industrie lourde occupe toujours une place importante : métallurgie, industrie du bois (le Nord-Ouest de la Russie produit un quart du bois national et 56% du papier journal), chantiers navals s'ajoutent à l'extraction du pétrole et du gaz. Ce sont autant de sources polluantes pour une mer qui fournit 20% des poissons et fruits de mer du pays. Cependant, les productions de biens de consommation et de matériel électronique y bénéficient d'une implantation traditionnelle aux côtés des grands sites de biens d'équipement. Léningrad disposait déjà d'une palette étendue d'industries. Les IDE n'ont fait que renforcer cette tendance ancienne qui permet au Nord Ouest d'exporter 30% de sa production industrielle vers plus de 50 pays.

B- Une industrie en plein essor : la chimie

En amont de nombreuses activités (industrielles ou agricoles) la chimie joue un rôle essentiel. 206 000 personnes y travaillent en Pologne pour un chiffre d'affaires de 12,7 Milliards d'euros. Sur plus de 19 000 entreprises seule une minorité compte plus de 10 employés. 32 complexes ont des effectifs de plus de 1000 salariés. Le secteur continue d'embaucher avec de forts taux de croissance : les ventes ont ainsi augmenté de 18,9% entre 2002 et 2003 après une décennie de restructurations. PKN Orlen, leader de la pétrochimie, domine le marché polonais à partir de son complexe de raffinage de Plock, le plus grand du pays, près de Varsovie, alimenté par le pétrole russe (sauf quand Ioukos suspend ses ventes pour cause d'ennuis judiciaires). Petrochemia-Blachownia, à Kędzierzyn-Koźle (Ouest de Katowice), est le second géant du secteur. PKN et son joint-venture BOP (Basell Orlen Polyolefins) sont en train de construire des unités ultramodernes de production de polyéthylène et de polypropylène sur un nouveau site de Plock, promu au rang de parc technologique.

Le Coréen SK Chemicals a aussi inauguré un nouveau centre pétrochimique au printemps 2005 à Włocławek sur la Vistule, à 160 km au Nord-Ouest de Varsovie. Les nouvelles usines sont moins polluantes que les anciennes qui restent dangereuses par manque d'investissement.

C- La filière bois

C'est une source potentielle de pollution très importante dans ses activités papetières.

La Suède et la Finlande dominent ce secteur, suivies par les grandes usines de l'enclave de Kaliningrad et de la région de St Petersbourg. Mais la Pologne et les républiques baltes montent en puissance notamment dans le secteur du meuble.

Le bois constitue une grande ressource nationale pour les deux grands pays nordiques qui ont évolué vers la valorisation maximale des produits ligneux.

1- Une pression sur la ressource qui se déplace vers l'Est

L'abattage et la préparation des troncs sont plutôt un travail d'hiver. Le transport s'effectue au printemps notamment par flottage jusqu'aux scieries. La Finlande dispose de 40 000 km de voies d'eau aménagées pour le flottage. Mais le camion est aussi largement utilisé.

Les industries du bois englobent le sciage, le travail du bois, les panneaux, les meubles.

En amont, Suède et Finlande sont les principaux exportateurs de sciages de la région avec respectivement 69% de la production exportée et 61%. Mais progressivement l'ouverture des marchés de l'Est bouleverse les échanges et attaque la suprématie du Norden dans une guerre des prix devenue inévitable depuis l'élargissement.

Stora Enso, le géant du bois, investit dans des scieries en Russie et en Lituanie. La première scierie possédée par le groupe en Russie a ainsi ouvert en 2003 à Pitkäranta en Carélie. Il s'agit pour les groupes de la filière bois de prendre pied sur les nouveaux marchés en économisant sur les coûts de production tout en abandonnant une partie de leurs propriétés forestières dans les pays du Norden.

La pression sur les forêts de Russie et des républiques baltes s'accroit donc après une période de transition (entre 1990 et 2000) qui avait vu les massifs forestiers regagner du terrain à des rythmes variés (+0,2% de surface par an en Pologne et en Lituanie, +0,4% en Lettonie et +0,6% en Estonie) du fait de l'effondrement de la filière bois. Avant 1990 les forêts des pays baltes n'avaient pas résisté à la présence soviétique. Depuis lors ce sont les entreprises finlandaises et suédoises lorgnent en particulier sur le massif letton.

Pourtant l'ouverture des marchés ne se traduit pas nécessairement par l'accroissement de la pression sur la ressource. Les entreprises suédoises et le gouvernement de Stockholm viennent ainsi en aide à l'Estonie pour reconstituer son massif forestier dans un souci de gestion durable. Les coupes illégales (largement répandues en Russie), l'explosion des exportations , la privatisation souvent abusive et le déclassement des espaces protégés ne sont donc pas des fatalités.

2- Les grandes manoeuvres du sciage et du meuble : cap à l'Est

En aval, deux exemples peuvent illustrer la tradition scandinave : la fabrication d'allumettes suédoises et Ikéa. Cette entreprise a été fondée en 1943 par Ingvar Kamprad. Après avoir essaimé dans plus de 80 pays (6), elle s'attaque maintenant aux PECO et s'est largement implantée en Pologne dans une configuration commerciale classique : en périphérie des grands centres urbains car Ikéa est à la fois une entreprise née du bois et de l'automobile pour le transport de ses meubles en kit.

Cependant c'est surtout l'avantage comparatif des salaires qui attire Ikéa en Pologne. Un ouvrier du meuble polonais touche 3 euros de l'heure. Sous le nom de “Sweedwood”, la firme possède sept usines en Pologne pour un investissement de 700 Millions de dollars. Le pays est ainsi devenu le deuxième fournisseur (après la Chine) du numéro un mondial du meuble. Dans les républiques baltes (où les salaires sont encore plus faibles : 1,4 euro de l'heure en Lituanie, 1,6 euro en Lettonie et 2,9 euros en Estonie selon des chiffres de 2003) Ikéa s'est contentée de relations de sous-traitance : les marchés sont trop réduits pour nécessiter une implantation visible à la fois de la production de meubles et de magasins de vente.

La Pologne exporte maintenant 43% de sa production de meubles vers l'Allemagne.

3- Un secteur en mutation rapide : le papier

C'est dans le secteur papetier que la domination nordique est encore la plus nette :

Entre 1991 et 2002 la production de pâte (mécanique et chimique) est passée de 8,8 Millions de tonnes à 11,7 en Suède et de 7,9 Millions de tonnes à 11,8 en Finlande.

La production de papier et de carton a connu une évolution comparable passant de 8 Millions de tonnes à 10,7 en Suède et surtout de 8,8 Millions de tonnes à 12,7 en Finlande.

La différence très nette entre consommation de pâte et production de papier et carton montre un recours massif au recyclage, plus avancé en Finlande (près de 3 Millions de tonnes de papier et carton recyclés pour une consommation intérieure moitié moindre) qu'en Suède cependant (environ 2 Millions de tonnes).

La Russie est le troisième producteur-exportateur de l'espace Baltique.

Dans ces domaines les autres États de la région sont tous importateurs nets. La Pologne est déficitaire malgré l'étendue de son massif forestier (29,7% de son territoire, très loin derrière les 65% suédois et les 72% finlandais). Mais la situation peut évoluer rapidement.

En effet les usines de pâte et de papier sont des pollueuses majeures, à la fois par leurs rejets dans l'atmosphère (dans le processus chimique) ou dans les cours d'eau (pâte chimique et mécanique). Ce sont de grosses consommatrices d'eau qui ont un impact environnemental important même si les normes sont draconniennes dans les pays du Nord. On assiste à un transfert progressif des capacités de production vers les pays de l'Est pour des raisons de nuisances, de valorisation des forêts sur place ainsi que de coûts de production plus attractifs pour les groupes industriels.

L'Estonie dispose encore d'une industrie de pâte à papier héritée de la période soviétique qui subvient à son approvisionnement. Lituanie et Lettonie en sont dépourvues pour le moment. Mais les industriels nordiques projettent la construction d'une usine géante de pâte à papier sur la Daugava en amont de Riga pour utiliser les 2 923 000 ha de forêts lettones (soit 47,1% de la surface du pays). Le projet est loin de faire l'unanimité puisque les rejets d'une telle usine risqueraient d'obérer les capacités de régénération du fleuve qui alimente Riga en eau potable.

D- Les choix énergétiques

1- Les consommations révèlent autant des déterminismes naturels que des choix politiques

Les pays riverains ne sont pas égaux devant l'énergie. Seuls Russie et Danemark (gisements de la mer du Nord) sont excédentaires en hydrocarbures (cf tableau précédent). Les choix énergétiques se trouvent donc en partie déterminés par la richesse des sous-sols. Dans ce domaine, la Pologne se distingue des autres espaces riverains par ses réserves de charbon de Silésie (79 Gt soit le huitième rang mondial) : sa production dépasse encore 160 Millions de tonnes par an.

Le tableau de la consommation d'énergie par habitant est plus parlant que celui des consommations et productions nationales.

Plusieurs groupes de pays se distinguent :

-les pays nordiques et l'Allemagne se signalent par des consommations de pétrole équivalentes. Malgré une politique d'encouragement des transports en commun, les pays nordiques (et surtout le Danemark à ce propos si l'on considère que 73% des habitants de Copenhague n'ont pas de voiture) sont de gros consommateurs de pétrole, que ce soit dans le domaine des transports individuels, en commun, dans le chauffage ou l'industrie.

-avec une consommation deux fois moindre par habitant, les pays de l'ex-URSS montrent leur retard économique ainsi que le choix d'autres types d'énergies fossiles comme la houille, les lignites ou les schistes bitumineux. Un moindre parc automobile, des centrales et des usines qui utilisent encore (outre les hydrocarbures) le charbon : autant d'explications de cette faible consommation par habitant (de l'ordre de 0,02 baril par jour en chiffres arrondis).

-enfin, la Pologne se signale par son faible recours aux hydrocarbures (pétrole et gaz, en moyenne deux fois moins que ses voisins de l'Est). La Pologne vit encore sur sa richesse charbonnière. Le charbon assure encore 60% de l'approvisionnement énergétique primaire du pays. Ses centrales thermiques fonctionnent encore largement au charbon et lui assurent une production d'électricité par habitant supérieure à celles de la Lettonie et de la Lituanie. Cependant les importations du port de Gdansk montrent une progression spectaculaire des approvisionnements en pétrole qui ont doublé depuis 2000 ...

La dépendance au gaz est relativement identique dans tous les pays à quelques exceptions près :

-la Russie qui utilise largement sa richesse distribuée par le géant Gazprom (2789 m3 par habitant et par an), très loin devant un gros importateur comme

-l'Allemagne (1205 m3) qui doit réorganiser son secteur énergétique depuis la décision d'abandonner la filière nucléaire en 2000. Ses 19 centrales en service doivent en effet être progressivement arrêtées entre 2002 (Obrigheim dans le Bade-Würtemberg date de 1968) et 2021(Neckarwestheim lancée en 1989)

-la Suède enfin qui se distingue par un recours très limité au gaz naturel dont, comme son voisin finlandais, son sous-sol ne dispose d'aucune réserve.

La faiblesse de la consommation suédoise procède visiblement d'un choix politique ainsi que d'une chance naturelle fondée sur ses cours d'eau car la consommation d'électricité y est la plus forte de l'espace Baltique, juste devant la Finlande.

Pour la consommation d'électricité, deux pays se distinguent : la Suède et la Finlande avec plus de 15000 kWh par an et par habitant là où le groupe des suivants oscille entre 5800 et 6300 (Danemark, Russie et Allemagne) devant l'Estonie, seule à 4500 et les deux autres républiques baltes ainsi que la Pologne en retard aux environs de 3000 kWh/hab/an, soit à des niveaux cinq fois moins élevés que les deux pays fennoscandiens !

2- Au-delà des problèmes de dépendance énergétique, la gestion de l'avenir

a- Les raisons du recul de la pollution dans les anciens pays de l'Est

Le tableau statistique des émissions de CO2 montre une baisse générale de rejets dans l'atmosphère et une prise en compte des engagements pris à Kyoto en 1997. Cependant toutes les évolutions ne sont pas comparables et ne dénotent pas de la même volonté environnementale.

La baisse observée dans les pays de l'ancien bloc soviétique s'explique d'abord par une transition difficile dans les années 1990 qui s'est traduite par une chute des activités industrielles traditionnelles polluantes. Le retour de la croissance en Russie, à partir de 1999 s'est d'ailleurs immédiatement manifestée par une remontée des émissions de 9,5 tonnes de CO2 par habitant au plus fort de la crise en 1998, à 9,85 tonnes dès l'an 2000.

Dans ce tableau, l'Estonie conserve le rang peu enviable de premier pollueur de la région. Cette place est dûe à la forte concentration industrielle de sa côte nord-orientale, entre Rakvere (pôle chimique de 11000 salariés) à l'Ouest et Narva (deux grandes centrales thermiques) à l'Est, qui utilise les schistes bitumineux du bassin de Kohtla Järve depuis 1922. Le recul de l'activité chimique et de l'exploitation ainsi que l'essor de nouvelles industries et de services moins polluants et liés à l'arrivée massive d'IDE explique une baisse de 28% des émissions de CO entre 1992 et 2000.

b- La situation ambiguë de l'Allemagne

De même, la baisse enregistrée en Allemagne doit beaucoup à l'effondrement industriel de l'ex RDA et donc à l'arrêt des entreprises polluantes des nouveaux länder. Le bon élève allemand n'est pas aussi avancé dans la voie des énergies propres et renouvelables que la baisse de 14% de ses émissions en huit ans pourrait le laisser à penser ... L'Allemagne doit en effet respecter ses engagements de Kyoto alors que la sortie du nucléaire la handicape maintenant que les gains liés au démantèlement des usines polluantes de l'Est sont dépassés ...

Après la fermeture des deux centrales de type sovétique dans l'ex RDA (près de Berlin et à Greifswald sur la côte de la Baltique), en novembre 2003 a commencé à Stade, sur la rive gauche de l'Elbe, à l'Ouest de Hambourg, le premier démantèlement d'une centrale nucléaire, un chantier estimé à 500 Millions d'euros alors que la cosntruction de la centrale, en 1972, n'avait coûté que 153 Millions d'euros. En 2004 et 2005 les combustibles ont été retraités à La Hague, le démantèlement ne commençant qu'en 2006 sur une durée de 10 ans. De la centrale ne doit ensuite subsister qu'une halle de stockage d'éléments peu radioactifs en attendant que l'Allemagne se dote enfin d'un centre de stockage définitif de ses déchets nucléaires.

L'essentiel de l'électricité est produite à partir du nucléaire (30%), du lignite (27%) et du charbon (23%). Or, nucléaire et charbon sont appelés à régresser rapidement. Les mines de charbon ne sont maintenues que dans un but social grâce à des subventions annuelles de 4,5 Milliards d'euros, le prix du charbon allemand étant 4 fois plus élevé que le cours mondial. Seuls les bassins de lignite sont rentables avec leurs 58 Milliards de tonnes de réserves mais au prix de la destruction des paysages de Basse Lusace, d'Allemagne centrale ou de Cologne ...

Face au déclin du nucléaire il est prévu de recourir au gaz importé (cf cinquième partie sur la construction du gazoduc Russie-Allemagne) dans des centrales thermiques qui fourniraient 14% de l'électricité allemande en 2020 contre 9% à l'heure actuelle.

L'Allemagne compte aussi sur son parc d'éoliennes (le premier parc mondial avec près du tiers de la puissance installée) : 14 000 éoliennes essentiellement en Allemagne du Nord pour une production potentielle de 22 Milliards de kWh soit 5% de la production électrique du pays (pratiquement l'équivalent des centrales hydrauliques).

En attendant que ces nouvelles énergies se développent, c'est sur le charbon importé et le lignite que l'Allemagne compte pour compenser l'arrêt du nucléaire. Une situation paradoxale puisqu'il s'agit d'énergies polluantes et que le lignite occasionne des destructions environnementales démesurées.

c- Trois pays nordiques en ordre étonnamment dispersé ...

Un bon élève : la Suède. Un élève moyen en progrès constants (-31,5% en dix ans ! et 8353 kg de CO2/hab/an) : le Danemark. Un mauvais élève : la Finlande où les émissions par habitant représentent le double de celles d'un Suédois (10330 contre 5293) et où la baisse est nulle ...

Les problèmes finlandais

La Finlande doit fournir toujours davantage d'électricité à ses entreprises grosses consommatrices d'énergie. Elle dépend largement des exportations d'hydrocarbures russes par la baie de Vyborg ou par le gazoduc du Sud du pays dans le secteur de la Salpausselka. De 55% de la consommation énergétique totale en 1973, en 1973 les produits pétroliers sont tombés à 26,6% en 2001. L'URSS reste le premier fournisseur de la société publique Neste. mais les approvisionnements finlandais se sont diversifiés pour casser cette dépendance : le pétrole vient aussi dorénavant de la mer du Nord (Norvège et Royaume-Uni).

Pour combiner les deux avantages d'une meilleure indépendance énergétique et d'une baisse des émissions de gaz à effet de serre, en mai 2002, le gouvernement a décidé de construire un nouveau réacteur nucléaire, première commande en Europe depuis la catastrophe de Tchernobyl (France non comprise). Le 18 décembre 2003, Teollisuunden Voima Oy (TVO), la compagnie d'électricité finlandaise, a signé avec Areva et Siemens un contrat pour construire son cinquième réacteur (de troisième génération ou EPR) sur l'île d'Olkiluoto sur la côte Ouest de la Finlande, entre Pori et Rauma où fonctionnent déjà deux des quatre réacteurs nucléaires classiques finlandais.

La mise en service du nouveau réacteur prévue initialement en 2009 (coût estimé à 3 Milliards d'euros) provoque des manifestations nombreuses d'écologistes, d'autant plus que le voisin suédois s'est engagé dans un démantèlement mesuré de ses installations, à l'instar de l'Allemagne. Mais la Finlande fait nettement le choix du nucléaire pour assurer son approvisionnement énergétique.

La spécificité suédoise

Le contraste avec la Suède est saisissant. La “formule énergétique” suédoise, qui semble proche de celle de la Finlande (même dépendance pétrolière et production électrique par habitant similaire) en est cependant très éloignée.

Les électricités nucléaire et hydraulique (ou électricités primaire) y représentent à égalité 92% de la production électrique totale alors qu'elles n'atteignent que 45% en Finlande. Le reste est produit essentiellement par la voie thermique classique. L'énergie hydraulique bénéficie de conditions bien plus favorables en Suède : les dénivellations sont plus importantes et propices à l'installation de centrales de moyenne chute, le débit des cours d'eau est plus fort du fait de la taille plus considérable des bassins. Comme en Finlande, les régions du Nord sont les mieux dotées. La région du Västernorrland (Norrland occidental) fournit plus de 10% de la production totale, loin cependant du Norbotten (Botnie septentrionale) qui assure à elle seule 25% de la production hydroélectrique dont plus de la moitié est transporéte vers les régions du Sud, de loin les plus grosses consommatrices. Quatre usines nucléaires produisent autant d'électricité que les barrages. Deux sont situées sur la côte occidentale près de Malmö (centrale de Barsebaeck) et de Göteborg (centrale de Ringhals). Les deux autres sont sur la Baltique, Oskarshamn au Nord de Kalmar et Forsmark au Nord-Est d'Uppsala.

Carte n°11 : Production d'électricité nucléaire et transport à haute tension dans les espaces riverains

Le débat sur le nucléaire et l'effet de serre est animé en Suède. En 1980, le gouvernement social-démocrate d'Olof Palme avait ainsi décidé par referendum de supprimer à long terme (à l'horizon 2010) le recours à l'atome. Mais la nécessité de limiter les rejets de gaz dans l'atmosphère ainsi que la volonté de conserver une relative indépendance énergétique ont poussé les autorités à retarder le démantèlement et à prolonger la durée d'exploitation des centrales.

En effet, Oskarshamn (8%), Ringhals (15%) et Forsmark (17%) produisent à elles trois 40% de l'électricité suédoise.

L'économie suédoise toute entière (industrielle et domestique) a de gros besoins en énergie, renforcés encore en hiver quand la production hydraulique marque le pas.

Parallèlement, la Suède se lance dans le développement des énergies renouvelables :

La crise énergétique des années 1970 lui a fait comprendre avant ses voisins (maximum de rejets en 1970 contre 1979 au Danemark et 1996 en Finlande) la nécessité de se lancer dans la production d'énergies renouvelables. Le solaire, l'éolien et surtout la biomasse ont été favorisés.

La biomasse représentait ainsi près 100 Mds de kWh en 2002, soit 50% de plus que la production d'électricité hydraulique ! Les réseaux de chaleur2 l'utilisent à plus de 50%.

La faiblesse de l'énergie éolienne montre que les choix suédois diffèrent de ceux du Danemark. Cependant, le gouvernement a décidé de gonfler le parc d'éoliennes pour qu'il fournisse 6% de la production électrique suédoise en 2010 essentiellement à partir de sites off shore pour éviter les tensions et oppositions diverses à l'exemple de l'île d'Oland où les adversaires de l'éolien ne sont ni les habitants ni les professionnels du tourisme mais les résidents secondaires particulièrement nombreux depuis que l'île est reliée au continent par un pont de 6 km de long ...

Les expériences danoises

Les émissions de CO2 par habitant étant plus élevées au Danemark que chez son voisin suédois, le pays s'est engagé dans un vaste programme de réduction de 21% par rapport au niveau de 1990 à l'horizon 2008-2012. Pour cela, une “taxe verte” a été créée en 1992, augmentée en 1995 pour atteindre en 2001 0,5 euros par litre d'essence. Un effort massif de développement de centrales de co-génération, d'énergies renouvelables comme l'éolien a été consenti.

Kalundborg, au Sud-Ouest de Copenhague, est l'exemple d'une nouvelle “symbiose industrielle”. On y trouve la plus grande centrale thermique du pays (au pétrole) : Asnaesverker, à proximité d'une raffinerie Statoil. La raffinerie vend de l'eau usée pour refroidir la centrale qui, en échange, vend de la vapeur à la raffinerie. De la vapeur est aussi vendue à des usines proches (Novo Nordisk, société de biotechnologies par exemple) ainsi qu'à la municipalité de Kalundborg pour son chauffage. Une ferme d'élevage de turbots lui achète aussi de l'eau chaude. Depuis les efforts de dépollution entrepris en 1990, la centrale récupère du soufre auparavant émis dans l'atmosphère. La réaction du soufre avec de la chaux fournit du gypse utilisé par une usine locale qui l'importait auparavant d'Espagne.

Les exemples de synergie sont nombreux (19 au total). Sur trente ans, les investissements estimés à 84 Millions d'euros ont permis de dégager des économies de ressources et de traitement des déchets évalués à 15 millions d'euros par an.

V- LES VILLES

A- Le retard des villes de l'Est

Katowice porte dans son espace les stigmates de 600 ans d'exploitation minière et industrielle : 11% de la surface de la ville sert à stocker des déchets industriels qui représentent 15% de la production nationale !

En Pologne le volume des déchets ménagers par habitant est équivalent à celui de l'Allemagne : 327 kg/ habitant. Plus de 90% de ces déchets sont stockés dans des décharges à ciel ouvert ...

1- Un traitement des eaux insuffisant.

Les principales villes de l'enclave de Kaliningrad (Kaliningrad, Sovetsk et Chernyakhovsk ont des installations de traitement des eaux sous-dimensionnées. Les égouts de Kaliningrad sont ainsi la première source de pollution ponctuelle de la région avec ses rejets de phosphore.

Les décharges de la municipalité sont “judicieusement” placées à proximité des réservoirs d'eau potable de l'agglomération ...

Gdansk (un million d'habitants dans l'agglomération) et Gdynia (450 000) rejettent leurs eaux usées dans la baie après un simple traitement mécanique.

En amont les villes de la Vistule ne sont guère mieux dotées. Elles déversent leurs eaux usées dans le fleuve et ses affluents. L'industrie ne compte que pour 27% en moyenne dans leurs rejets. Lvov, en Ukraine (800 000 habitants) et Brest (280 000 habitants) dans le Belarus aggravent encore le problème numéro un du bassin : le rejet massif d'eaux non traitées depuis les égouts municipaux.

Seul un quart des eaux usées de la région de Katowice sont traitées convenablement quand 44% ne le sont pas du tout. Eaux salines et éléments radioactifs viennent de l'exploitation du charbon. La consommation d'eau est très importante ce qui entraine des pénuries fréquentes lors de sécheresses. C'est pourquoi le sol s'affaisse dans de larges secteurs de la ville, provoquant plus de 8000 ruptures d'égouts chaque année.

2- Le retard de la gestion des déchets dans les ex-”pays de l'Est”.

Bien qu'il y ait 5 villes de plus de 200 000 dans le Bassin du Niemen, 80% des rejets dans le fleuve sont issus des seules agglomérations de Vilnius, Kaunas et Klaipeda. Les stations de traitement sont insuffisantes et souvent ne fonctionnent que par des procédés mécaniques notoirement insuffisants. Les boues urbaines sont systématiquement contaminées par des métaux lourds que l'on retrouve plus tard dans les nappes. En amont, les villes du Belarus comme Grodno ne sont pas plus avancées. Si pratiquement 100% des déchets ménagers ne sont pas recyclés et simplement mis en décharge en Estonie et Lituanie, la situation n'est guère plus brillante dans les pays voisins.

Les décharges à ciel ouvert sont nombreuses. Elles reçoivent à la fois des déchets ménagers et industriels : caoutchouc, solvants, produits chimiques côtoient les matériaux de construction. Beaucoup de décharges ont été établies dans d'anciennes carrières et les risques de contamination des nappes phréatiques sont élevés.

Le retard est tel en la matière que l'UE a prévu huit périodes de transition de 5 à 10 ans pour que la Lettonie atteigne les objectifs environnementaux fixés par les pays d'Europe occidentale ! La Lituanie est à peine plus avancée puisqu'elle devra en passer par quatre périodes de 3 à 8 ans ...

3- La pollution atmosphérique

Si Katowice a connu une baisse de la pollution atmosphérique du fait des restructurations industrielles des années 1990 lors de son passage à l'économie de marché, elle renoue avec la croissance et les émissions se renforcent. Cette fois, c'est la circulation automobile qui est en cause. Le trafic ne cesse d'augmenter. Mais le parc automobile ne se renouvelle que lentement et 75% des émissions de plomb proviennent de voitures qui ont de 10 à 30 ans et fonctionnent encore largement à l'essence au plomb.

4- La recherche de solutions : une nouvelle gestion des villes

a- Le rôle de l'UBC

L'UBC est un groupe de pression efficace qui oeuvre aussi pour l'amélioration de l'environnement. Dans son cadre, Tallinn a mené un projet commun avec Helsinki pour déterminer les taux de pollution de l'air et de l'eau à partir de 1992. Depuis 1990, elle coopère avec Göteborg en matière de protection de l'environnement et de la santé. L'expérience de Göteborg lui a permis de lancer un projet commun sur la gestion de la qualité de l'air en 1994 pour sept ans. Les aides économiques Interreg IIC, Phare et Tacis ont permis d'améliorer la gestion des déchets et le contrôle de la qualité de l'air. En septembre 2000, Tallinn connaissait sa première journée sans voitures pour sensibiliser les populations aux problèmes environnementaux.

b- L'exemple de Katowice

L'Union pour le développement durable des municipalités de l'agglomération de Katowice, a été créé en 1994. Son but est de lutter contre la pollution des industries lourdes et leurs effets sur la santé des 2,3 Millions d'habitants de la grande conurbation qui couvre 1250 km2 ainsi que sur son environnement. Pour gagner en efficacité les pouvoirs ont été décentralisés de Varsovie pour être confiés à cette structure unique de gestion urbaine. L'accent a été mis sur le traitement des zones polluées, la gestion des eaux usées et des déchets et la réutilisation des zones industrielles. Sur 2% du territoire polonais, Katowice produit 97,3% du charbon exploité en Pologne et 55,2% de l'acier. La conurbation concentre 10% des citoyens polonais et 15% du PIB national ... Le programme PHARE a permis de financer des investissements dans le secteur du tri sélectif et du traitement des déchets ainsi que le développement de nouvelles activités moins polluantes. Mais c'est de la Banque Européenne du Développement et de la Banque Mondiale que sont venues les principales aides. Le principe de base des nouveaux aménagements a été la réutilisation des friches industrielles proches du centre-ville plutôt que la recherche de nouveaux terrains sur les forêts environnantes. Mais les villes satellites des principaux centres urbains (huit d'entre eux dépassent 100 000 habitants) sont les principales bénéficiaires des nouvelles activités puisque 60% des salariés des entreprises de substitution viennent des villes satellites avoisinantes et non des villes-centres où elles sont implantées. La plupart des emplois étant créés dans le secteur des services, les femmes sont majoritairement représentées. Cependant, la dissociation résidence-travail renforce les problèmes d'encombrement du réseau routier et de pollution atmosphérique ...

B- L'avance des cités nordiques

1- Stockholm, ville verte.

Stockholm intra-muros rassemble 750 000 habitants et 1,5 Million dans son agglomération. Son développement privilégie le respect de sa structure naturelle et de ses héritages historiques. Depuis un siècle, Stockholm expérimente en effet la planification urbaine. La structure de la ville est organisée sur le réseau ferroviaire de banlieue doublé des axes routiers.

Autour de chaque gare se développe un noyau d'habitat séparé des autres par des espaces verts, des bras de mer ou des indentations lacustres. La ville se présente comme un archipel de quartiers.

Stockholm est un exemple de gestion durable du milieu. Le traitement des déchets et des eaux permet ainsi de se baigner au coeur même de la ville. Cependant, l'augmentation du trafic automobile pose problème. Les espaces verts protégés interdisent toute extension supplémentaire des axes autoroutiers comme l'E4 qui traverse la ville du Nord au Sud, l'E18 qui longe le Mälaren au Nord Ouest et l'E20 au Sud-Ouest. Mais la croissance du trafic correspond aussi à l'essor de nouvelles activités. Pour les accueillir il a fallu procéder à une “expansion intérieure” en faisant intervenir tous les partenaires (municipalité, État, entreprises et même ONG). Après consultations, une “Carte Verte” a été élaborée pour permettre de multiplier encore les espaces verts pour améliorer encore la qualité de vie des habitants. Le plan stratégique élaboré privilégie la réutilisation d'espaces du centre-ville devenus obsolètes voire abandonnés. La priorité est donnée aux transports en commun. Ainsi Stockholm dispose de la plus grosse flotte de bus au bioéthanol du monde et renforce la circulation sur les canaux multiples qui découpent le site. Pour pousser les citadins à utiliser le réseau ferré, le prix des billets et des abonnements est fixé à un niveau très bas. Le réseau, dense, permet de développer un véritable lien entre les banlieues et la ville-centre.

Dans le nouveau plan d'aménagement les zones industrielles sont utilisées de manière mixte (comme dans l'exemple du quartier de Lindholmen, à Göteborg, abordé en cinquième partie) pour les rendre écologiquement viables. C'est le cas autour du port d'Hammarby, au Sud-Est de la ville, où la zone industrielle a servi de projet-pilote.

La “Ville scientifique” de Kista, ancienne ville à problèmes, est un exemple de réussite de l'expansion intérieure. C'est une technopole organisée autour de la rencontre de l'Institut Royal de Technologie et de l'Université de Stockholm. Kista est maintenant connue comme la “Nordic Silicon Valley” ou “Mobile Valley”. 350 sociétés du secteur des NTIC emploient en 2005 plus de 65 000 personnes. Les 4000 étudiants locaux sont un vivier appelé à prospérer puisque les études prospectives estiment qu'ils seraient 12 000 en 2015 et que les NTIC procureraient du travail à 120 000 personnes. Au Nord de Stockholm, à 15 minutes de la station de métro T-Centralen (centre de la ville-centre) et à 15 minutes de l'aéroport international d'Arlanda, la Cité Scientifique de Kista est idéalement située dans le réseau de transports de l'agglomération. Elle est proche en outre du premier centre financier d'Europe du Nord et bénéficie aussi de la croissance du secteur biomédical concentré à proximité immédiate dans un couloir qui va d'Uppsala au Nord (Institut Karolinska) jusquà Huddinge et Södertälje au Sud du Mälaren. Ericsson et Intel disposent ainsi à Kista de grosses unités de R&D. Chaque année de nouvelles startups naissent à Kista. Elles bénéficient du programme STING (STockholm Innovation and Growth), un incubateur efficace, qui a ainsi assuré le démarrage de 90 “jeunes pousses” en 2004. Enfin, l'accent est mis sur la qualité de la vie : les espaces résidentiels alternent avec les bureaux et les entreprises dans le quartier de Kista Gard.

Cependant, même Stockholm atteint des limites dans la gestion urbaine : ainsi, la ville fait payer les automobilistes depuis le 1er janvier 2006. Les Suédois doivent s'acquitter d'une “taxe d'embouteillage” pour entrer et sortir du centre-ville comme à Londres. Elle varie entre 10 et 20 couronnes par entrée et sortie (limitée à 60 couronnes par jour soit environ 6,30 euros). Taxis, autobus et voitures vertes sont exemptées de péage ainsi que les véhicules étrangers. Les habitants doivent se déterminer ensuite par referendum le 31 juillet 2006. La protection de l'environnement reste une priorité pour l'agglomération suédoise. Les bénéfices doivent être reversés à la région chargée de développer les transports en commun. Ainsi, en prévision du passage au péage, 200 autobus supplémentaires ont été mis en service. Le but ultime est de faire baisser de 10 à 15% le trafic urbain dans les 34,5 km2 (18% de la superficie du Grand Stockholm) du centre-ville qui concentre 60% des emplois pour 280 000 habitants, le coeur de la ville ayant échappé au phénomène de “City”.

2- Helsinki et la “Tante Verte”

Si la Finlande ne se signale pas par l'efficacité de ses politiques d'économie d'énergie (cf maintien à des niveaux élevés de ses émissions de CO2), Helsinki tranche dans le contexte national. Déjà en 1990 elle recevait le “Prix Environnement” des Nations Unies pour son réseau de chaleur au gaz naturel qui fonctionne en cogénération et alimente 91% des batiments de la ville. Depuis 1992, Helsinki est engagée dans le processus de l'Agenda 21 sur le développement durable. Si la municipalité (première propriétaire de batiments du pays) diminue progressivement ses consommations de chauffage, elle s'engage en outre dans un programme de sensibilisation des populations en commençant par l'éducation. Il commence dès les bacs à sable, chez les enfants qui ne sont pas encore en âge d'aller à l'école à travers le personnage de la “Tante Verte”, créé en 1994 par une paysagiste de la ville qui revêt les habits de cette fée d'un nouveau genre pour apprendre aux enfants le respect de l'environnement. Avec ses 560 000 habitants intra-muros et 1,2 Millions dans l'agglomération, Helsinki est en pleine croissance démographique. L'enjeu environnemental devient primordial dans ce contexte. Si le tissu urbain est concentré le long des axes routiers et ferroviaires, laissant dans l'intervalle des espaces verts jusqu'au centre de la ville, il subit une pression de plus en plus forte du fait de l'accroissement du trafic entre le centre qui rassemble les principaux acteurs économiques et les zones résidentielles de la périphérie. Les transports collectifs représentent entre 60 et 70% du trafic. La moitié d'entre eux fonctionnent à l'électricité ou au gaz. Malgré tout, l'engorgement des axes provoque une migration progressive des activités vers la périphérie.

Aussi, pour éviter une hémorragie de sa population et redensifier le centre, la municipalité pratique, comme Stockholm, “l'expansion intérieure”, en réaffectant les terrains portuaires et ferroviaires récemment libérés ou sur le point de l'être (notamment après l'ouverture du nouveau port de Vuosaari en 2008). Le but ultime est aussi d'éviter l'étalement urbain tout en respectant les objectifs de durabilité.

La Finlande met toujours l'accent sur les transports en commun. Les autobus sont gratuits à Tampere par exemple pour les enfants en poussette et les adultes qui les accompagnent.

(1) Salinité de la Baltique : le degré de salinité est exprimé en grammes par litre ou en ‰. la moyenne mondiale des océans s'établit à 35 ‰. La salinité de la Baltique diminue d'Ouest en Est. 30‰ dans le Kattegat, 15‰ à 10‰ dans les détroits danois. Environ 10‰ dans la Baltique stricto sensu. Elle tombe à 6‰ dans le golfe de Finlande et 2‰ au fond du Golfe de Botnie, ce qui correspond à une eau pratiquement douce.

(2) “Science” du 9 janvier 2004 : “Global assessment of Organic Contaminants in Farmed Salmon”

(3) REACH : Registration Evaluation and Authorisation of Chemicals (Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques). Projet de la Commission européenne qui imposerait une étude sur les effets toxiques sur la santé et l'environnement des substances chimiques existantes en vue de les remplacer si nécessaire par d'autres produits. Les coûts de cette évaluation seraient supportés par l'industrie chimique. Ils sont estimés à 2,3 Milliards d'euros sur 11 ans, soit 0,04% du chiffre d'affaires annuel de la branche en Europe. On en attendrait en revanche un bénéfice de 50 Milliards en terme de santé publique sur les 30 prochaines années ...

(4) BERAS : Baltic Ecologic Recycling Agriculture and Society. Projet qui va au-delà de l'agriculture biologique en assurant le recyclage dans des fermes qui réalisent l'équilibre entre élevage et récoltes mais aussi en transformant les sociétés et leurs systèmes alimentaires.

(5) ICPPC : International Coalition to Protect the Polish Countryside. ONG fondée par 41 associations venues de 18 pays. Elle a pour but la protection des petites fermes familiales polonaises pour éviter leur concentration et leur basculement dans le productivisme. Elle veut assurer l'essor d'une agriculture biologique. Le mouvement est né en Angleterre, dans le Sud-Est. L'ICPPC est reconnue par la famille royale d'Angleterre dont un membre éminent et engagé dans le combat environnemental, le Prince Charles, a visité le centre de direction à Stryszow en juin 2002.

(6) Ikéa est par exemple présent en Chine sous le nom d'“Yi Jia” ou “maison adéquate”. La firme suédoise s'est adaptée au marché pour faire de son nom un résumé de sa philosophie, comme nombre des entreprises occidentales qui tentent de pénétrer le marché “prometteur” de l'Empire du Milieu