TROISIÈME PARTIE : MODIFICATIONS CLIMATIQUES, PÊCHE, TOURISME, BOIS

Les Vikings. Aidés par le réchauffement climatique ? Aidés par l'effondrement carolingien ?

La salinité de l'eau. Les problèmes de la pêche.

L'aquaculture. Le problème des pollutions.

Problème partagé avec le tourisme.

Les rivieras.

L'essor attendu du tourisme

Les énergies renouvelables.

Le bois.

Transition sur les modifications sociales subies dans le secteur du bois

PRÉSENTATION : Dans cette partie, le changement climatique nous servira de fil rouge pour aborder des problématiques et des enjeux variés auxquels sont confrontés les espaces de la Baltique dans les domaines de la pêche, du tourisme, du bois et des énergies renouvelables.

Une lecture climatique des invasions Les changements climatiques n'expliquent pas à eux seuls le déclenchement des grandes vagues d'invasion venues des bords de la Baltique. Cependant ils ont leur place dans un système explicatif “possibiliste”.

Ainsi les transgressions marines tardiglaciaires qui affectent le littoral vers 230-270 après JC ont contribué à chasser de leurs terres les Saxons, les Angles, les Frisons et les Jutes qui vivaient sur des côtes submergées par la remontée des eaux.

Une partie des peuples “barbares” des grandes invasions sont en effet originaires de Scandinavie :

-les Goths de la région de Göteborg (d'après J.B. Duroselle : “L'Europe, histoire de ses peuples”)

-les Burgondes de l'île de Bornholm

-les Vandales de Vendsyssel au Nord du Jylland.

Cinq siècles plus tard les Vikings se répandent sur toute l'Europe. Leur premier raid connu (car retranscrit dans des chroniques) est l'attaque du monastère de Lindisfarne sur la côte Est de l'Angleterre en 793.

Les Vikings (“hommes des baies”) viennent de Scandinavie. Leurs sociétés sont autarciques et rurales. Chasse, pêche, extraction du fer(1), exploitation de carrières de pierre pour tailler des meules et aiguiser des outils complètent les activités des paysans. Les fermiers vikings devaient acheter le sel qui leur manquait et l'échangeaient avec fer, pierres à aiguiser et tous produits en stéatite (trouvée en Carélie et utilisée pour sa bonne conductivité thermique). Avant même leurs expéditions guerrières (mais aussi parallèlement à ces dernières) les Vikings ont apporté une contribution essentielle à l'expansion du commerce médiéval.

On a pensé que les invasions vikings à partir de l'extrême fin du 8ème siècle étaient dues à un accroissement de la pression démographique. De nouvelles installations au milieu de forêts peu peuplées montrent à cette époque plutôt une expansion démographique qu'un surpeuplement. L'exploitation plus intensive du fer (pour fabriquer des ustensiles mais aussi les armes des hommes qui partent en expédition) ainsi que la fragilité des royaumes d'Europe occidentale qui succèdent à l'empire de Charlemagne sont autant de nouvelles opportunités qui peuvent expliquer la multiplication des raids maritimes.

Un point important qu'il convient de citer : le contexte climatique est alors assez favorable pour permettre aux bateaux (knorr, snekkja ou langskip et non “drakkars” comme on les appelle abusivement) de naviguer sur les routes de l'Atlantique Nord libre de glaces et à cyclogénèse affaiblie. Le climat joue un rôle non négligeable au moment où les charpentiers scandinaves ont mis au point des navires capables de voguer en haute mer.

Les principales routes commerciales d'Europe passent alors par la Baltique. Les Svears (de la région d'Uppsala et du lac Mälaren à l'origine de la Suède) ouvrent une liaison entre Europe occidentale et Europe de l'Est en abordant les côtes de la Baltique orientale et en remontant les fleuves russes puis, après portage, en les redescendant jusqu'à la mer noire, Byzance et le Proche Orient où ils échangent fourrures, ambre, cire, miel, armes de fer et esclaves contre soie, verre, objets de bronze et d'argent. 40 000 pièces d'argent arabes ont été retrouvées enterrées sur l'île de Gotland qui devient un des premiers centres de la Ligue Hanséatique quand les nouveux navires marchands allemands (les “Cogs” plus ventrus et plus économiques) prennent le dessus sur les navires vikings au XIIème siècle (cf “présentation générale des espaces riverains de la Baltique : La Baltique ancien trait d'union économique et culturel”)

Comme on l'a déjà montré incidemment (dans le chapitre sur les transports) le climat peut intervenir dans nombre de raisonnements explicatifs. Il est un élément parmi d'autres dont la pertinence est indéniable. Toutefois il ne faut pas tomber dans le travers d'une vision réductrice et déterministe.

Les modifications récentes des conditions climatiques La température de l'air a connu une augmentation depuis le XIXème siècle avec un premier maximum durant les années 1930s suivi d'une baisse dans le Nord (station d'Haparanda 65°50N 24°10E au fond du Golfe de Botnie, à la frontière Suède-Finlande : moyenne sur le XXème siècle de 1.2°C contre 4.2° en 1938 mais -1°C en 1956 et 1957) et de conditions plus variables dans le Sud (Gotska Sandom 58°23N 19°16E, île suédoise au Nord de l'île de Gotland : moyenne 5.7°C, Falsterbo à l'extrême Sud de la Suède 55°24N 12°50E : moyenne 6°C) avant que le réchauffement climatique ne se manifeste vraiment à partir de la fin des années 1980 sur l'ensemble du Bassin de la Baltique.

Les modifications sont plus importantes au Nord. Les anomalies sont surtout concentrées sur l'hiver et le printemps. Les étés de la fin du XXème siècle sont beaucoup plus capricieux et présentent des périodes de plus en plus contrastées.

Les précipitations se renforcent dans le Nord du fait d'hivers plus doux notamment sur les montagnes scandinaves mais aussi dans une moindre mesure sur le littoral. Depuis 1978, toutes les années voient des précipitations supérieures à la moyenne du siècle passé (soit 551 mm sur la station d'Haparanda) sans exception.

Les apports d'eau douce diminuaient depuis 1921 (année du début des mesures). Mais la fin des années 1970-1980 marque un retournement. Les débits fluviaux des régions Nord et Est remontent : celui de la Neva atteint un minimum de 1600 m3/s sur la moyenne de 1973 contre 3200 en 1957 (année du maximum) avant d'osciller entre 2500 et 3000 m3/s à partir de 1981. En revanche la baisse est décalée dans l'aire de drainage méridionale : le débit moyen de la Vistule est constamment inférieur à 1000 m3/s après 1983 alors qu'il le dépassait largement avant (1979 : 1850 m3/s). Les hivers sont plus doux et entrainent des apports plus conséquents sur l'ensemble du bassin de la Baltique : la moyenne hivernale de 12 500 m3/s est largement dépassée. Celle du printemps (20 000 m3/s) reste stable. Celles de l'été et de lautomne (15 000 et 14 000 m3/s) augmentent à peine. C'est donc bien l'hiver qui amène les plus fortes transformations hydrologiques.

La baisse des apports en eau douce des régions les plus densément peuplées, agricoles et industrielles du Sud tandis que celles du Nord restent élevées (régions faiblement peuplées et forestières) est une des rares bonnes nouvelles pour l'environnement de la Baltique.

Les conditions hydrographiques de la Baltique sont caractérisées par une période de stagnation dans les eaux profondes de l'Est du Golfe de Botnie où les derniers grands apports d'eau salée et oxygénée dataient de 1975-76 avant le retour d'eaux salées en 1993-94. Mais le Golfe de Botnie n'est pas le seul touché : partout ailleurs, la salinité des eaux marines est en baisse avant les années 1990.

L'arrivée massive d'eau salée venue de la Mer du Nord en 1993-94 est liée à un épisode météorologique de vents d'Ouest forts et soutenus pendant cet hiver. Cependant elle ne remet pas en cause les évolutions de long terme qui ont vu baisser drastiquement la salinité des eaux profondes ainsi que leur température surtout dans le Nord du bassin de la Baltique.

Les eaux de Gotland et des Farö par exemple voyaient la concentration en oxygène baisser à l'inverse de celle de sulfures d'hydrogène avant l'arrivée massive d'eau salée qui ont réoxygéné l'ensemble de la colonne.

Les seuils freinent le renouvellement des eaux. Il faut jusqu'à 45 ans pour en assurer le renouvellement total. Les bas-fonds n'ont vu leur eau renouvelée que tous les 11 ans en moyenne sur le XXème siècle. Il fallait pour ce faire des conditions climatiques très particulièrs et à la fréquence incertaine. Dans ce contexte de faible brassage des eaux, les courants thermohalins (2) sont ralentis. Un halocline (3) permanent sépare les eaux de surface légères et douces des eaux profondes plus salées et plus chargées en particules fines qui se sédimentent lentement dans les cuvettes en profitant de l'absence de houle. Les échanges entre eaux superficielles et eaux profondes sont par conséquent pratiquement nuls. L'oxygénation des couches basses est trop faible.

Pour toutes ces raisons, la faune et la flore s'appauvrissent. Les apports supplémentaires d'eau douce engendrés par des précipitations renforcées accentuent encore le phénomène.

I- LA PECHE EN MER BALTIQUE

A- Une faune originale et inégalement répartie :

Les forts contrastes de températures ainsi que la faible salinité réduisent le nombre des espèces dans la Baltique. Une centaine d'espèces de poissons sont répertoriées. La taille des poissons est limitée. Cependant les bancs sont importants surtout en Baltique centrale.

La spécificité de la Baltique vient de la présence de poissons d'eau douce comme le saumon et la perche à côté d'espèces marines (hareng, cabillaud, sprat).

La baisse de la salinité et les variations de température saisonnières affectent les espèces marines, progressivement remplacées par des espèces d'eau douce et d'eau saumâtre (faiblement salée).

La richesse du benthos (4) joue a aussi une influence sur les populations de poissons.

Le benthos est riche de 1500 espèces dans le Skagerrak. Leur nombre tombe à 836 dans le Kattegat, 436 dans le Belt, 145 au Sud de la Baltique, 80 dans le centre de la Baltique et seulement 52 à l'entrée du Golfe de Botnie. Le benthos s'appauvrit rapidement au fond des bassins où, au-dessous de -100m, l'oxygène manque alors que l'hydrogène sulfuré prospère sous l'halocline. La taille des poissons diminue avec la raréfaction du benthos.

Les pêcheurs ne sont donc pas tous égaux. Le Nord est moins favorisé que le Sud où se trouvent d'ailleurs les zones de reproduction du cabillaud ou que l'Ouest où s'ajoutent les zones du carrelet et de la limande. La répartition des poissons dépend de la salinité. De fait, les espèces d'eau douce se rencontrent près des côtes et dans le Nord du Golfe de Botnie tandis que les espèces marines sont plutôt concentrées dans la Baltique proprement dite et dans les détroits. La plupart des espèces pondent des oeufs flottants qui coulent et ne peuvent éclore quand la salinité est trop basse. Le hareng, avec ses oeufs non flottants est en ce sens parfaitement adapté aux eaux saumâtres de la Baltique dont il a longtemps été le poisson emblématique.

Le cabillaud : répartition et problèmes de surpêche

L'espèce la plus importante pour les pêcheurs baltes n'est cependant plus le hareng mais le cabillaud. Ses populations ont fortement varié pour des causes biologiques et anthropiques. Deux types de cabillauds se rencontrent : l'un dans l'Est, l'autre dans l'Ouest. Si le cabillaud oriental (90% des bancs) prospère dans l'Est de la Baltique (à l'exception du Golfe de Botnie puisqu'il disparaît presque à partir de l'archipel des Aland), il est remplacé par son équivalent occidental (10% des individus) à partir de Bornholm et dans les détroits danois. Les principales zones de frai sont situées dans les bassins de Gotland, de Gdansk et de Bornholm vers 60 à 90m de profondeur. Mais le succès de la reproduction dépend de l'oxygénation des eaux de fond : elle est plus efficace autour de Bornholm que dans l'Est où le renouvellement des eaux est moins fréquent. Les oeufs et les larves sont ensuite déplacés par les vents pour se répartir plus largement dans la Baltique.

La pêche, traditionnellement pratiquée au chalut, utilise dorénavant le filet dérivant responsable de plus de 50% des prises dans les années 1990.

Hélas, les stocks ne se renouvellent pas assez vite et la taille des poissons capturés diminue : un tiers des cabillauds de l'Ouest déchargés en 1996 n'avaient que deux ans, dont 22% seulement avaient atteint leur maturité ... A l'Est la situation empire aussi. Alors que l'alevinage était encore important en 1980-84, il a atteint un minimum historique en 1992 (avant que les eaux de la Mer du Nord ne viennent renouveler celles des bassins orientaux en 1993-94). Mais l'embellie des années 1994-95 ne s'est pas prolongée.

L'ICES (5) considère que depuis 2000 les stocks sont passés au-dessous du seuil de sécurité biologique que ce soit dans l'Ouest ou dans l'Est de la zone.

Mais déjà il a réduit les quotas de pêche de 42% entre 1997 et 2000 pour les faire passer de 180 000 à 105 000 tonnes. Mesure pour le moment insuffisante, bien qu'elle mette à mal les pêcheries locales.

Le hareng :

Il existe deux types de harengs dans la Baltique selon la saison de leur éclosion : hareng de printemps (Rügen herring du nom de l'île allemande au large de laquelle commence la saison du frai en mars-avril) et hareng d'automne. Les premiers dominent les seconds depuis les années 1960. Contrairement au cabillaud, s'il y a de grandes différences entre les harengs de la Mer du Nord et ceux du Nord de la Baltique, on ne peut tracer de limite entre les populations, les stocks se mélangeant par voisinage.

Les oeufs sont pondus sur le fond et résistent à des faibles salinités (cf tableau précédent). Quatre grandes zones de captures se distinguent dont la plus importante correspond à l'aire centrale de la Baltique.

L'attention portée au hareng par l'ICES et l'IBSFC (6) a conduit à une réduction des prises autorisées de 46%, pasant de 670 000 à 372 000 tonnes entre 1998 et 2001. Les pêcheries de l'Est ont mieux conservé les stocks que leurs homologues de l'Ouest.

Les poissons plats sont d'une moindre importance pour les pêcheurs de la Baltique. Les stocks de soles sont mieux conservés. Le turbot fait l'objet d'une attention plus soutenue depuis 1984 car c'est un poisson très valorisé. Malgré tout, les prises n'atteignent qu'un millier de tonnes ...

B- EVOLUTION DES STOCKS ET POLITIQUES DE LA PECHE

1- Prédation et gestion des stocks :

Le plus gros prédateur naturel (en taille) est le phoque. Les phoques sont 15 fois plus nombreux dans le Nord que dans le Sud. Leur nombre a d'ailleurs sensiblement augmenté dans les années 1980-1990. De 400 individus répertoriés en 1982, on est passé à plus de 1500 dorénavant ... Ils avaient pratiquement disparu dans la première moitié du XXème siècle, laissant la place au cabillaud, autre grand prédateur de l'aire Baltique.

Le cabillaud s'attaque aux sprats (des proies faciles du fait de leur taille limitée). Quand le stock de sprats vient à baisser, il s'en prend aux harengs de moins de 2 ans (inférieurs à 20 cm) puis pratique le cannibalisme en festoyant de jeunes cabillauds de moins d'un an. Face à l'appétit du cabillaud, les saumons et oiseaux de mer n'ont qu'un impact limité sur les populations de poissons.

Gérer les stocks est donc une tâche difficile : chaque modification des populations peut avoir des répercussions sur d'autres espèces. Même si en termes de biomasse les prélèvements sur les jeunes poissons sont toujours limitées, ils ont un impact très marqué à moyen et long terme.

Le retour des phoques renforce la prédation. Les ponctions sur les stocks de saumons, de harengs et de truites de mer créent des problèmes aux communautés de pêcheurs côtiers.

2- Les évolutions nécessaires de la politique de la pêche : l'exemple du saumon

Les saumons de la Baltique ont été isolés des populations de l'Atlantique pendant des milliers d'années. Aussi leurs migrations s'en sont-elles trouvées modifiées. Les zones de frai correspondent aux rivières où les saumons vivent de 1 à 5 ans selon la latitude du cours d'eau. Les saumons migrent alors vers le bassin principal de la Baltique et retournent à leur rivière natale au bout de 2 à 4 ans. Dans la mer, ils se nourrissent principalement de sprats et de harengs.

Le saumon est pêché au filet dérivant et à la ligne en haute mer, au filet à réservoir près des côtes. En rivière les pratiques changent au profit de la senne et de la pêche au lancer.

Au milieu du XIXème siècle une soixantaine de rivières accueillaient les saumons. L'aménagement hydroélectrique a rendu la majorité d'entre elles inaccessibles. La pollution peut aussi entraver la reproduction sur les rivières non barrées.

Aussi plus de 90% du saumon de la Baltique n'est en fait que du saumon d'élevage relaché en mer au stade du “smolt” (petit saumon de printemps). Les populations sauvages ont pratiquement disparu et souffrent d'une pêche désormais adaptée à l'élevage (cf Tableau n° ).

Alors que les prises se faisaient en rivières

D'autres dangers guettent les saumons. Le syndrome M74 a entrainé une réduction sensible de la production de smolts au début des années 1990. Dans les fermes spécialisées dans l'éclosion on a pu traiter les poissons à la Thiamine (vitamine B1) mais pas dans les rivières où les saumons sauvages ont vu leur population s'effondrer encore davantage.

L'IBSFC a dû imposer des quotas pour permettre aux stocks de se reconstituer. Ainsi les prises annuelles sont passées de 1 Million de pièces (5000 tonnes) à la fin des années 1980 à 410 000 entre 1997 et 1999 pour remonter à 450 000 (2000 tonnes) en 2000 et 2001.

La politique de l'IBSFC a porté ses fruits et les smolts sauvages voient leur population nettement remonter dans les rivières. En 2000 ils étaient deux fois plus nombreux à quitter leurs rivières natales qu'au milieu des années 1980.

La flore marine est peu diversifiée. On note une prépondérance des algues comme les varechs vésiculeux et les algues rouges que les vagues rejettent sur les plages. Ces algues peuvent devenir un handicap pour le tourisme quand elles se développent.

3- Exemples nationaux des politiques de pêche

La PCP en Finlande

Compte tenu de la situation évoquée, plusieurs interventions structurelles spécifiques ont été menées entre 1994 et 1999 en Finlande conformément aux objectifs de la politique commune de la pêche. Elles concernent les aspects suivants.

a) Adaptation de l'effort de pêche

Des primes de déchirage seront accordées pour l'arrêt définitif de la pêche professionnelle sur les navires

Les réductions de capacité concerneront surtout la pêche au saumon pratiquée dans le principal bassin de la Baltique ainsi que dans le golfe de Botnie.

b) Renouvellement et modernisation de la flotte de pêche

Deux mesures seront appliquées pour que la flotte de pêche soit compétitive et moderne:

a) modernisation de 160 navires de pêche, pour le respect des normes d'hygiène et de sécurité et l'amélioration des conditions de travail, de la qualité des captures et des techniques de pêche;

b) construction de navires de pêche (l'introduction d'une capacité moderne de 750 tjb soit 750 tonneaux de jauge brut avec 1 tjb=2,83m³- est prévue), aux fins de la réduction de l'âge moyen de la flotte; un navire, quelle que soit sa catégorie, ne pourra être incorporé dans la flotte que si une capacité équivalente à la sienne est retirée dans sa catégorie.

c) Aquaculture

Les investissements seront axés sur l'introduction des techniques de production les plus récentes, sur l'amélioration des conditions d'hygiène et de l'environnement dans les installations, sur l'augmentation de la capacité de production et sur l'élevage de nouvelles espèces (expériences pilotes).

d) Equipement des ports de pêche

Deux mesures seront appliquées :

a) modernisation des ports de pêche les plus importants, pour que leurs installations et services soient mieux adaptés aux besoins de la pêche professionnelle et aux exigences fixées en matière d'hygiène du poisson;

b) équipement de deux nouveaux ports de pêche, sur la côte et en eau douce, pour compléter le réseau des ports de pêche existant.

c) La transformation et la commercialisation des produits

Les principaux objectifs poursuivis sont l'amélioration des locaux et la modernisation des équipements de production des entreprises de transformation.

Les mesures seront axées sur:

- l'amélioration des entrepôts et des chambres froides,

- l'introduction de nouvelles technologies,

- la mise au point de produits, surtout à base de hareng de la Baltique et de truite arc-en-ciel,

- l'amélioration des conditions d'hygiène,

- la diminution des effets négatifs sur l'environnement

l'amélioration de la compétitivité et de l'efficacité. Les nouvelles politiques dans les nouveaux États membres

L’entrée récente de la Pologne et des Etats baltes dans l’UE s’est traduite par un soutien financier au titre de l’Instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP) destiné à la restructuration de ce secteur selon les modalités semblables à celles des autres Etats. La Lettonie bénéficie, par exemple, d’un peu moins de 25 millions d’euros d’aide financière pour la période 2004 et 2006. Le programme IFOP identifie pour ce pays deux priorités principales. La première est relative à l’obtention d’un meilleur équilibre entre les capacités de la flotte de pêche et les ressources de poissons disponibles (30%) et prévoit des primes pour les pêcheurs qui veulent retirer leur bateau de la flotte de pêche active. La deuxième priorité vise à améliorer l’infrastructure des installations de transformation, des ports de pêche et des sites d’aquaculture (37%). Des investissements en matière de modernisation des navires de pêche et de développement de la pêche côtière, des mesures socio-économiques et des initiatives de soutien du marché ont aussi été prévus.

C- LES GRANDS TYPES RÉGIONAUX DE PÊCHE

1- Dans les pays nordiques

Les principales zones de pêche (les plus poissonneuses) sont les détroits danois et suédois. Après une longue période où la pêche n'était qu'une activité d'appoint pour les fermiers et les ouvriers agricoles en eau douce ou dans la zone côtière, le XIXème siècle a apporté le train et les bateaux à moteur qui ont révolutionné l'activité pour en faire une activité commerciale à part entière. Le poisson jusqu'alors salé pouvait être transporté frais. Le nombre de pêcheurs n'a cessé de monter au Danemark jusqu'au retournement des années 1980 quand la réduction du nombre de poissons et les excédents de capacité de la flotille ont rendu nécessaire la mise en place d'une politique restrictive.

La flotte danoise pratique surtout une pêche minotière (7) peu encadrée par les politiques communautaires (qui s'attachent plutôt à des espèces particulières). Elle est accusée de casser les chaînes alimentaires en prélevant des espèces chassées par les poissons prédateurs ...

Si les premiers ports industriels danois sont situés sur le littoral Ouest, sur la Mer du Nord, les ports des détroits sont plutôt des ports traditionnels encore spécialisés dans la pêche pour la consommation directe de poissons frais.

En face, la côte suédoise du Bohuslän concentre 40% des effectifs de pêcheurs du pays sur moins de 200 km. Seule sa partie méridionale autour de l'île de Tjörn ainsi que du Hakefjord jusqu'à Göteborg fait partie des espaces de la Baltique au sens strict. Fiskebäck est le quartier des pêcheries de Göteborg, premier point de débarquement traditionnel suédois. En aval Hönö est avec Rörö le grand centre de la pêche industrielle minotière même si une partie des prises sont débarquées au Danemark.

Plus au Nord, sur le Skagerrak, Smögen est un port spécialisé dans la crevette cuite à bord, le “Smögen räkor”, ainsi que dans les crustacés (langoustines, homards) pêchés dans les eaux côtières par des bateaux encore artisanaux qui bénéficient de la présence d'une criée et de la proximité du marché de Stockholm par voie ferroviaire et routière.

Face à la puissance industrielle de la façade Ouest, le Golfe de Botnie ainsi que les îles suédoises se signalent par la présence de ports surtout artisanaux.

La pêche en Finlande ainsi que du côté suédois du Golfe de Botnie rencontre des problèmes liés au gel hivernal, à la longueur des côtes et au nombre des îles qui rendent la collecte difficile. Le nombre limité des espèces et les problèmes de pollution des eaux rendent l'essor des industries de transformation improbable. Sur les 120 000 tonnes de poissons capturés chaque année en Finlande, un tiers est destiné au marché frais, le reste étant réservé à la transformation minotière. La flotte finlandaise est toujours très artisanale et sa modernisation est lente. À la fin des années 1990, il n'y avait toujours pas de vente à la criée dans les ports, les pêcheurs vendant toujours leurs poissons directement aux poissonniers ... Malgré les handicaps qui pèsent sur elle , la pêche et le poisson restent donc importants dans la civilisation finlandaise, du fait de son retard de modernisation.

Alors que du côté suédois on limite l'implantation des fermes marines dans un souci de préservation de l'environnement, on les multiplie côté finlandais (notamment dans l'archipel d' Åland) pour préserver les emplois.

2- Dans l'ex-bloc de l'Est

La pêche, comme l’agriculture, était organisée dans le cadre de l’économie socialiste, en grandes entreprises qui possédaient des flottes industrielles de chalutiers qui pratiquaient la pêche hauturière dans tout l’Océan Atlantique. Les principaux ports d’attache étaient Rostock ( avec la création d’un combinat créé par l’URSS en 1950), Kaliningrad et Klaïpedia. Les deux derniers ports ont gardé,en partie, cette spécialisation. La privatisation qui a suivi la chute du bloc socialiste a conduit à une désorganisation quasi-générale d’autant qu’elle s’est parfois effectuée dans des conditions douteuses, notamment en Russie où, dans bien des cas, les meilleurs bateaux ont été vendus à l’étranger par l’intermédiaire de mafias. Une reprise s’est toutefois opérée à partir du milieu des années 1990 et elle est conduite par des acteurs privés parfois dynamiques (cf le groupe lituanien Viciunai, voir plus loin)

La pêche domestique a augmenté dans les lacs et les rivières sous l’effet des difficultés de la vie de la population. On a ainsi, souvent, au sud du lac Ladoga, de longues théories de pêcheurs, chacun dans sa barque, à quelques dizaines de mètres les uns des autres à proximité du chenal de navigation des péniches.Si pour la Russie, la mer baltique est une zone de pêche secondaire, Kaliningrad représente toutefois la deuxième flotte de pêche en importance de toute la Russie et possède de nombreuses conserveries de poissons. Elle est demeurée une base pour la pêche hauturière (Atlantique sud notamment)

Les ressources halieutiques du lac Peipous et leur gestion

source http://www.unesco.org/water/wwap/case_studies/peipsi_lake/index_fr.shtml

On compte actuellement, dans le lac Peïpous et à l'embouchure de ses tributaires, trente-trois variétés de poissons. En raison de l'utilisation de chalutiers et de filets danois à mailles fines, les ressources en sandre se sont raréfiées (de 1957 à 1982). Mais depuis l'interdiction du chalut et la réglementation du nombre des filets danois (on est passé de 133 à 40), le sandre est devenu l'un des principaux poissons du lac à être commercialisé.Au début des années quatre-vingt-dix est apparue la possibilité d'exporter le poisson sur le marché européen. L'ouverture de ce marché au fort potentiel a entraîné une augmentation du nombre des pêcheurs et une intensification de leurs activités, conduisant à une pression accrue sur les ressources halieutiques. Certaines de ces ressources ont été décimées du fait d'une demande élevée du marché à l'export, combinée à une mauvaise gestion de ces ressources et des carences au niveau des mécanismes de contrôle et de surveillance. L'industrie de la pêche a vu son prix de revient croître plus vite que le prix du poisson. Il faut ajouter à cela que le développement impétueux de l'économie estonienne a entraîné une hausse générale des salaires, alors que le niveau de vie des pêcheurs s'est lentement dégradé. Il en est résulté un accroissement des problèmes sociaux.

Au cours des dix dernières années le nombre des pêcheurs professionnels a connu des variations significatives. En augmentation pendant la première moitié des années quatre-vingt-dix, il décroît par la suite. On estime approximativement le nombre des pêcheurs professionnels à 450 du côté estonien et 700 du côté russe. En Estonie il n'y a que cinq pêcheries et quelques pêcheurs individuels, tandis qu'en Russie il y a environ soixante pêcheries. Dans l'un et l'autre pays, la plupart des pêcheries sont des entreprises privées ayant en général le statut de sociétés mixtes.

La Lituanie est un pays maritime avec des traditions anciennes de pêche, doté d'une sortie commode vers la mer, d'une flotte de pêche relativement importante ainsi que d'une industrie de la transformation du poisson bien développée. Les principaux lieux de la pêche lituanienne sont l'Océan Atlantique et la mer Baltique. Les quantités de poisson ramené par les pêcheurs lituaniens de l'Océan Atlantique et de la Mer Baltique se sont élevées à 148 000 t en 2002. Parmi les poissons pris dans l'Océan Atlantique, on trouve surtout des maquereaux, puis des sardines. Les prises dans l’Atlantique constituent dorénavant près de 90 % de la pêche en mer totale.

La plupart des tonnages provenant de la Mer Baltique concerne des morues, des sprats de la Baltique et des saumons. A l'heure actuelle, le volume de pêche réalisé par la flotte nationale ne suffit pas à satisfaire les besoins de l'industrie lituanienne de la transformation, qui nécessite 50 à 55 000 tonnes de poisson par an. Des importations, le plus souvent sous forme congelée et en provenance de Norvège, sont donc indispensables.

Fjords, forêts, faune, histoire, culture et sauna : autant d'atouts pour un tourisme durable ?

“-Et là-bas, quelles sont donc ces lumières ?

-Là-bas ? Eh bien c'est Tivoli bien sûr ! ... Quoi, votre oncle aime tellement Kobenhavn et il ne vous a pas parlé de ça ! ... Tivoli, mais c'est une ville entière enclavée dans la ville, un jardin fabuleux exclusivement voué au plaisir et au jeu. Si bref soit-il l'été est plus intense à Kobenhavn que nulle part ailleurs. Tivoli n'ouvre que quatre mois par an, mais quels mois !... (...)

(...) Notre course folle jusqu'à Tivoli. Et dès l'entrée cette question : comment choisir ? Danseurs, acrobates, chevaux de bois, marchands de beignets et de crêpes, oiseaux dressés, singes savants, lampions, loteries, tir à l'arc : nous glissons d'une attraction à l'autre, craignant à chaque seconde de manquer la meilleure. Mais ces montagnes russes qui serpentent à travers tout le parc entre les feux d'artifice, impossible d'y résister ...” (8)

Les “5S” anglo-saxons "Sea, sand, sun, spirits, sex" sont un classique touristique souvent réduit à sa forme la plus simple : les 3S “Sea, sex and sun” puisque culture et sexe s'accorderaient peu ... La région Baltique, quelle que soit la déclinaison des “S”, est encore en retard de développement touristique. Cependant on peut voir dans ce retard un formidable potentiel de développement, surtout depuis l'effondrement du bloc de l'Est.

Le tourisme est un enjeu de taille qui génère des emplois tout en détruisant souvent des héritages naturels et humains. L'aire Baltique dispose d'un avantage certain : sa position enviable dans le cycle de Butler (9) puisque la région reste en grande partie à découvrir ou à développer quand les rives de la Méditerranée occidentale sont déjà proches du point de saturation ou déjà en phase de déclin. Dans la nouvelle vogue du tourisme durable, cette position devient enviable.

La priorité affichée par les organismes touristiques de la région (notamment la Commission du Tourisme de la Mer Baltique) est d'ailleurs l'essor de ce type de tourisme respectueux de l'environnement ainsi que des traditions dans la droite ligne des résolutions prises en 1998 par la 7ème Réunion ministérielle du Conseil des Etats de la Mer Baltique. L'Agenda 21 pour la Région de la Mer Baltique a été adopté à cette occasion.

Les trois objectifs principaux de l'Agenda 21 sont les suivants :

-Préserver l'environnement et ainsi les qualités récréationnelles des paysages naturels et humanisés

-Promouvoir un tourisme économiquement viable

-Assurer un développement satisfaisant à la fois pour les touristes et les populations locales

Le tourisme côtier, par exemple, doit s'inscrire dans le cadre d'une gestion intégrée des littoraux en accord avec les reccommandations de la Commission d'Helsinki.

La chance de la Baltique (en dehors des rivages Nordiques où les enjeux environnementaux sont déjà pris en compte depuis plusieurs décennies) est que la prise de conscience de la préservation nécessaire des espaces a le plus souvent précédé l'essor du tourisme.

Le Nord-Ouest de la Russie abrite de célèbres centres culturels, des monuments architecturaux, historiques et culturels de renommée internationale. Avec sa nature et son climat uniques, la région offre la possibilité de développer divers types de tourisme. A condition de contrôler les atteintes à son environnement.

Un tourisme littoral encore sous-développé dans l'ancien bloc de l'Est

Le principal handicap pour les cités balnéaires est sans conteste la température de l'eau (associée à une pollution forte dans certains golfes ainsi qu'à la prolifération des algues en été).

Cependant ce handicap peut être contourné pour développer des activités diversifiées à la fois sportives et culturelles.

Les villes d'Allemagne du Nord mettent l'accent sur la voile et le patrimoine historique, imitées en cela par leurs voisines polonaises et baltes qui tentent de se positionner sur un marché prometteur.

Gdynia met en avant son climat ensoleillé, doux et humide pour promouvoir un tourisme sur toute l'année en faisant des -0,9°C de janvier un argument de vente ! Les vents forts et réguliers sont sensés attirer les véliplanchistes. Les 15 km de plages surveillées sont destinées aux amateurs de bains de soleil et de mer que ne rebutent pas les 17,2°C annoncés par la plaquette touristique en juillet (moins dans l'eau) ... Mais pour fixer les touristes sur place, les stations littorales doivent se doter d'infrastructures variées. Leur principal atout est la faible taille des villes qui permet aux plages de bénéficier d'un accès aisé à proximité des centres-villes pour la population locale.

Pour attirer une clientèle plus large, les parkings sont toujours nombreux en arrière des cordons dunaires. Les plages sont accessibles grâce au réseau routier qui dessert les centres urbains. Mais en dehors de ces centres la fréquentation faiblit rapidement tandis que le réseau se distend. Magasins de location d'équipement sportif ou de plage, cafés, discothèques se concentrent entre parkings et bords de mer.

Enfin la rentabilisation des investissements balnéaires peut aussi être facilitée par l'essor du trafic des bateaux de croisière. Gdynia fait feu de tout bois en mettant en avant sa liaison avec Karlskrona, ses activités commerciales, mais aussi l'ouverture de son port aux bateaux de guerre.

Cette population plus lointaine devient une clientèle potentielle attirée par le tourisme culturel en milieu urbain (Lübeck étant l'exemple le plus abouti des cités littorales au passé historique prestigieux) ainsi que par les infrastructures plus spécifiquement balnéaires.

Le nautisme est l'une des priorités des cités balnéaires qui se dotent de ports de plaisance. Le port General Mariusz Zaruski, à Gdynia est ainsi accessible à plus de 100 voiliers tandis que les clubs locaux disposent de plus de 130 bateaux. Si 14% des touristes de la Baltique se consacrent à des activités sportives contre 2% dans le reste de l'Europe, c'est à des efforts d'aménagement comme ceux de Gdynia qu'on le doit. A cet égard, Gdynia se distingue de toutes les autres stations balnéaires par la pratique du ski ... alpin ! Les arcs morainiques fournissent en effet des pistes de descente ou de slalom qu'on ne s'attend pas à trouver à deux pas de la Baltique ...

Grâce au site touristique du Fleesensee, la plus grande réalisation touristique de tout le nord de l'Europe, le Land de Mecklenburg- Vorpommern a su mettre en place un autre pôle attractif pour les touristes. En juin 2001 s'est également ouvert un site hôtelier et touristique, le Van der Valk Resort, à l'orée du Parc National de Nossentin et Schwinz (avec piscine tropicale) . Le prochain projet d'envergure sera la réhabilitation de la station balnéaire historique de Heiligendamm. Le plus grand village de vacances d'Europe du N créé en 2000. Complexe récréatif et hôtelier associant plusieurs groupes pour l'aménagement d'une vaste région lacustre avec 3 hôtels, plusieurs villages de vacances, 5 golfs, plages aménagées, installations sportives, équitation.

A 1 heure de Berlinet deux heures de Hambourgpartenaires :Radisson SAS du groupe SAS donc capitaux scandinaves et Dorfhotel et Robinson (chaînes hôtelière associées au groupe Preussag , 1er groupe touristique allemand (le tiers du chiffre d'affaire avant Thomas Cook)"

Musées de plein air et spécificités culturelles (cf cinquième partie)

Les parcs d'attractions

C'est en 1843 qu'ouvre le premier parc d'attractions de la région : Tivoli, à Copenhague. Il est ouvert d'avril à mi-septembre, les jardins et manèges étant situés en plein air. Situé entre l'Hôtel de Ville et la Gare centrale, il est à l'origine un jardin de 83 000 m2 conçu sur le modèle du “Tivoli” de M. Boutin, une “folie” ouverte par ce richissime bourgeois en 1771 à Paris. Le Tivoli de Copenhague est donc un lieu de promenade et de loisirs situé en plein centre-ville et accessible à pied, ce qui le distingue de la plupart des parcs ultérieurs installés au mieux dans les quartiers péricentraux puis de plus en plus loin et pour lesquels les transports en commun deviennent indispensables. Le parc reste fidèle au XIXème siècle (10) en conservant ses labyrinthes, ses palais chinois et persan, les montagnes russes et maisons hantées (remises au goût du jour) mais aussi en se positionnant sur un créneau légèrement décalé par rapport à tous ses descendants : il abrite une vaste salle de concerts qui fait aussi office de salle de cinéma où sont projetées des oeuvres du cinéma muet accompagnées en direct par son orchestre symphonique. Rubinstein et Rostropovitch s'y sont produits.

En 1883 ouvre le Parc de Gröna Lund (le Parc de la lune verte) à Stockholm qui dispose de cascades de 80 mètres de haut. C'est un parc de première génération : une sorte de “luna park” qui rassemble des manèges et des attractions permanents. Il n'ouvre lui aussi que d'avril à septembre du fait des rigueurs hivernales. Il se trouve au bord de l'eau sur l'île de Djürgarden, près du centre de Stockholm, en contrebas du musée en plein air de Skansen où sont concentrées 150 fermes traditionnelles reconstruites sur place et qui rappellent la vie quotidienne et la culture traditionnelle de toutes les régions de Suède.

Le parc de Liseberg est déjà différent de ses devanciers. Ouvert en 1923, il est le plus grand de Suède. Il fait partie des “Great Européean Theme Parks” au même titre que le parc Astérix en France. Il se situe dans Göteborg, autour de la colline qui lui donne son nom : la “montagne de Lise”. C'est, comme de nombreux parcs de cette génération, un “enfant” du tramway qui le met à 10 minutes du centre-ville. Mais pour survivre et rentabiliser un parc dans un environnement concurrentiel de plus en plus rude, il faut multiplier les occasions de visite et étendre le public potentiellement intéressé. L'implantation du Grand Stade de Göteborg à proximité immédiate est un atout. Les liaisons des deux aéroports de l'agglomération avec des villes de l'ensemble de l'Europe par des compagnies “Low Cost” comme Ryanair ou Sterling peuvent renforcer le rôle joué dès son origine par le transport dans son essor.

Legoland, parc à thème et catalyseur d'activités

Mais nulle part ailleurs qu'à Billund, dans le centre du Jylland, les transports ne jouent un rôle plus essentiel dans l'essor du parc dorénavant le plus célèbre du Danemark : Legoland. Ole Kirk Christiansen, fondateur de la marque “Lego” (11) en 1934 était un ancien charpentier qui s'était spécialisé dans les jouets en bois puis à partir de 1949 (date de la création des briques à plots) en acétate de cellulose (obtenue à partir du bois). Après de multiples perfectionnements, la brique actuelle apparaît en 1963, en plastique ABS (acrylonitrile butadiène). Enfin, c'est en 1968 que Godtfred Kirk Christiansen, fils du fondateur de la marque, inaugure le parc Legoland à proximité de l'usine. Ouvert d'avril à octobre, il accueille chaque année 1,6 Million de visiteurs.

Située au centre du Jylland, à l'écart des deux grands axes autoroutiers danois (12), la ville de Billund serait relativement enclavée si les routes nationales locales n'étaient pas de bonne qualité, notamment la 30 récemment modernisée vers Horsens (Est-Nord-Est) et la 28 vers Vejle (Est-Sud-Est) puis Odense. Billund est ainsi devenu le centre d'un réseau secondaire dans la péninsule du Jylland où le trafic est encore fluidifié depuis l'ouverture de la rocade Nord. Mais surtout, la ville bénéficie de l'implantation du second aéroport du pays à l'intérieur de la rocade de contournement et à proximité immédiate du parc. La plateforme aéroportuaire est parfaitement reliée au reste de l'Europe : 37 vols hebdomadaires vers le hub de Copenhague mais aussi 17 vols directs vers Paris, 18 vers Londres, 21 vers Francfort et 25 vers Amsterdam. Billund, modeste ville de 8700 habitants, bénéficie des fertilisations croisées de l'entreprise Lego, de Legoland et de son réseau de communication. La ville offre autant d'emplois qu'elle a d'habitants dans ses 400 entreprises. 5600 “commuters” viennent de la région et au-delà jusque du Danemark insulaire.

L'amélioration du réseau routier et l'ouverture de la rocade ont d'ailleurs suscité la construction d'une nouvelle zone industrielle à l'Ouest de la ville.

On le voit, Lego et Legoland ont fait le succès de la ville et permis le développement de l'aéroport. Pourtant, depuis quelques années, le Parc et l'entreprise du jouet ne sont plus les moteurs principaux du dynamisme local. Si la forte spécialisation industrielle dans la fabrication des plastiques et caoutchoucs vient manifestement du choix de Lego dans les années 1960 ; si 1,6 Million de personnes visitent Billund chaque année, il ne faut pas négliger les 1,6 Million de passagers qui transitent par son aéroport ainsi que les nombreuses entreprises qui travaillent en liaison avec les transports (une cinquantaine sur le seul site aéroportuaire).

En outre, l'équilibre financier de Lego et de Legoland devient plus délicat ces dernières années. Signe de la concurrence chinoise dans le domaine du jouet mais aussi des multiples parcs à thème qui ont fleuri en Europe depuis les années 1990. Le siège des activités marketing construit à Baar (canton de Zoug en Suisse) en 2004 doit être rapatrié à Billund en juillet 2006.

L'entreprise Lego a vendu ses quatre parcs (Billund plus un parc à Grünzburg en Bavière, un à Windsor en Grande-Bretagne et le dernier à Carlsbad en Californie à proximité de Disneyland et du SeaWorld de San Diego) en juillet 2005 pour rééquilibrer en partie ses comptes après quatre années de pertes (2001-2004)(13). Legoland fait donc dorénavant partie du groupe britannique Merlin Entertainments spécialisé lui aussi dans les parcs et attractions. Le groupe représente un potentiel de 12 Millions de visiteurs par an, soit autant que le site de Disneyland Paris.

Les parcs sont devenus une caractéristique des pays nordiques adoptée aussi en Allemagne. Même des villes moyennes disposent de ce type d'équipement.

Tampere dispose ainsi de son parc d'attractions : Särkänniemi. On y trouve un zoo, des espaces réservés aux plus petits ainsi que des manèges et autres installations fixes parfois en rapport avec la culture locale (Bateau des Vikings, Fleuve des flotteurs de bois) mais aussi des attractions plus “classiques” dans ce type de lieu (Half Pipe, Tornado etc). Un musée d'arts, un delphinarium, un planétarium et un restaurant rotatif jugé au sommet d'une tour complètent le tableau. La ville se signale aussi par un musée qui rappelle les heures (pas si lointaines) de la Guerre Froide : celui de l'Espionnage.

Le boom de la société des loisirs

Les pays du Sud de la Baltique accèdent à la société des loisirs avec l'augmentation du pouvoir d'achat de leurs populations (14). Les infrastructures se multiplient. Les promoteurs y voient un secteur prometteur. En Lituanie, la vieille cité thermale endormie de Druskinninkai, sur le Niemen, à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie, redevient un lieu de villégiature pour les privilégiés des trois pays. Un centre aquatique, soutenu par une enveloppe de 8,34 Millions d'euros de fonds structurels européens, doit voir le jour. A proximité immédiate, c'est un centre de saunas et de bains (toujours soutenu par des fonds structurels) qui est en construction. Les investisseurs privés parient sur cette localité et entreprennent une diversification des activités de loisirs pour pérenniser le tourisme en aménageant une piste de ski pour un montant de 6 Millions d'euros.

A Vilnius, c'est la société lituanienne Rubicon qui innove dans le monde des loisirs en projetant la construction d'un parc de loisirs comprenant une piscine ludique et un centre commercial sur un espace de 61 ha à proximité immédiate de Siemens Arena.

Le Siemens Arena, en grande partie financé par des capitaux allemands, est le nouveau centre culturel et sportif de la capitale lituanienne : l'équivalent local d'un Zénith mais surtout l'exacte réplique du Siemens Arena de Copenhague construit en 2001. Des galeries d'art multiples, des cinémas dont le “Coca-Cola Plaza” (on n'insistera pas sur l'origine du financement du premier multiplexe lituanien riche de douze salles), des salles de concert (Philarmonique national, la Music Academy qui présente les travaux d'une école proche du “Fame” américain) ou l'Opéra de facture soviétique (construit en pleine ère brejnevienne en 1974) sont autant de sites animés par l'essor de la société des loisirs.

Le Sud rattrape petit à petit les pays nordiques. Le même type d'infrastructure occupe une position centrale à Helsinki : le Hartwall Arena. C'est un immense complexe construit autour d'un stade couvert de 14 000 places où se succèdent matchs de hockey, NRJ Radio Awards, des spectacles sur glace ainsi que des grands concerts comme Dépèche Mode, Eric Clapton ou Carlos Santana en 2006. L'équivalent d'un POPB doté de 3000 sièges de restaurants. Construit à 4 km au Nord de la gare centrale d'Helsinki (Helsinki Helsingfors), sur une ancienne emprise ferroviaire et à la confluence de deux voies de chemin de fer majeures, il illustre, à l'inverse de Copenhague (ou même de Stockholm), la toute puissance de l'automobile dans la vie quotidienne des Finlandais. Un parking souterrain de plus de 1400 places et un autre, extérieur de plus de 800 places assurent l'accueil des automobilistes en temps normal tandis que les 4050 places du parking de la Foire (voisine et immédiatement à l'Est) sont utilisées lors des plus grands événements. L'Arena se trouve à égale distance des deux principaux axes autoroutiers radiaux : l'E12, direction NNO vers Tampere et la 45, direction NNE vers l'aéroport d'Helsinki et Tuusula, ville de banlieue.

Le plan même de la l'agglomération d'Helsinki montre l'emprise de l'automobile : trois lignes de chemin de fer de banlieue en radiales mais six radiales autoroutières avec d'Ouest en Est : la 51 vers Kirkkonummi-Kyrkslätt, la 1 prolongée par l'E18 vers Espoo, l'E12 et la 45 déjà citées, l'E75 vers Lahti et l'E18 vers l'Est et Kotka. Ces six radiales viennent se raccorder à deux rocades semi-périphériques : intérieure, la 101 et extérieure la 50. Les axes autoroutiers ont permis de simplifier le schéma des transports d'Helsinki en les affranchissant de l'essentiel du “déterminisme physique” par la construction de multiples ouvrages d'art qui franchissent bras de mer et lacs.

Les forêts, espaces de loisirs

Les populations des pays nordiques ont une relation très étroite avec leurs forêts. Si le Danemark diffère des deux autres pays par sa forte densité, l'emprise de l'agriculture et la faible superficie de ses forêts, la valorisation “non ligneuse” des forêts n'en est pas moins forte. Plus encore qu'en Finlande et en Suède (où la filière bois est la première activité générée par le couvert forestier), l'accent est mis sur la préservation de la faune, de la flore, de la nappe aquifère, sur les valeurs esthétiques et culturelles ainsi que sur les loisirs sylvestres.

Comme dans tous les pays nordiques l'accès aux forêts est libre (qu'elles soient domaniales ou privées à condition qu'elles dépassent une superficie de 5 ha dans ce dernier cas). La foresterie polyvalente est fortement développée au Danemark où la loi forestière repose sur un principe d'intégration de la production et de la conservation. la gestion polyvalente des massifs permet d'améliorer la production ainsi que la protection du milieu et les activités récréatives dans une politique globale.

En Suède, les premières considérations d'aménagement polyvalent des forêts datent de la loi forestière de 1975. La nouvelle loi de 1994 a élevé le maintien des valeurs environnementales au même niveau que la réalisation des objectifs de production.

Les droits traditionnels d'accès commun sont aussi développés en Finlande où 87% de la population s'adonne à al cueillette des baies ou des champignons (malgré le passage du nuage de Tchernobyl ...). Pourtant on estime qu'1 à 3% seulement des champignons de la forêt boréale sont ramassés chaque année.

Vestige du passé communiste, les forêts de Russie et des républiques baltes sont largement accessibles aux citoyens. La législation encourage toutes les activités liées à la forêt tandis que la loi forestière estonienne va plus loin encore en autorisant la cueillette des baies, des champignons ainsi que le camping dans toutes les forêts, qu'elles soient d'État, municipales ou privées ! Un principe qui disparaît en Pologne et en Allemagne.

NOTES DU CHAPITRE :

(1) Fer : le sous-sol du Sud de la Scandinavie recèle des gisements importants utilisés dès le 4ème siècle avant JC. La sidérurgie (au bois) a accéléré le défrichement et favorisé la croissance des activités agricoles.

(2) Courant thermohalin : courant marin déterminé par des différences de température et de salinité

(3) Halocline : couche marine à fort gradient vertical de salinité

(4) Benthos : ensemble des organismes aquatiques qui vivent en relation avec le fond, fixés (benthos sessile) ou s'en éloignant peu (benthos vagile). Il s'oppose au plancton et au necton (poissons, céphalopodes et grands crustacés)

(5) ICES : International Council for the Exploration of the Sea, organisation intergouvernementale qui regroupe 19 pays autour de l'Atlantique et des mers bordières. Créée en 1902 elle est l'organisme qui prodigue des conseils à trois commissions internationales de la pêche : la NEAFC (North East Atlantic Fisheries Commission) NEAFC, l'IBSFC (International Baltic Sea Fishery Commission) et la NASCO (North Atlantic Salmon Conservation Organization). L'ICES mène aussi des études à l'attention de ses membres ainsi que de la Commission Européenne.

(6) IBSFC : la Commission internationale des pêches de la mer Baltique ne compte plus que deux membres depuis l'élargissement du 1er mai 2004, soit l'Union Européenne et la Russie.

(7) Pêche minotière : ainsi appelée car le poisson pêché est essentiellement destiné à la confection de farines utilisées ensuite dans l'élevage et l'aquaculture. Une autre partie est destinée aux huileries. Les filets employés sont à petites mailles.

(8) in “La route d'Armilia” de Schuiten et Peeters, cycle “Les cités obscures” 1988 éd Casterman

(9) Cycle de Butler : cycle de vie d'une destination touristique théorisé par R.W. Butler en 1980 dans l'article “The Concept of a Tourism Area Cycle of Evolution” dans le Canadian Geographer. Un site touristique passe par plusieurs phases d'évolution : la découverte et l'émergence, la croissance puis la saturation et le déclin si aucune relance n'est entreprise.

(10) Le concept de Tivoli, monde imaginaire qui imite le monde réel, a été copié dans maints parcs d'attractions nordiques. Tivoli devait être à son tour imité par un Parc totalement imaginaire, celui de Cosmopolis, dans la Cité Obscure d'Alaxis. Le guide des cités ajoute que Cosmopolis "a presque totalement éclipsé le Tivoli de København".

(11) Lego vient du danois “leg godt” qui signifie “se joue bien” puis du latin “lego” : “je lie” ou “j'assemble”.

(12) L'E20 entre Copenhague et Esbjerg sur la côte Ouest est le principal axe Est-Ouest. Il croise l'E45 (axe Nord-Sud du Jylland) qui va de Flensburg à la frontière allemande à Frederikshavn au Nord.

(13) Les pertes du groupe Lego en 2004 ont atteint 1,93 Milliard de couronnes soit l'équivalent de 259 Millions d'euros ...

(14) En 2003 les Lituaniens ont consacré 4,3% de leurs dépenses aux loisirs et à la culture contre 8,7% pour les Français.