LA CROISSANCE AU JAPON

Pour commencer : un fond de carte

I- AUX ORIGINES DE LA CROISSANCE

A- LES RÔLES DE L’ÉTAT

1- Avant la guerre : l’État tisse sa toile (Il est à l’origine du Triangle de fer)

Relation particulière Empereur-terre.

A partir de Meiji, l’Empereur s’offre un domaine foncier. Sinon, rapport symbolique à la terre avant Meiji et après 1945. Le système impérial n’est qu’une superstructure . Alors pourquoi converti en grand propriétaire foncier sous Meiji ?

Parce que l’empereur, comme le gvt, se comporte comme un agent chargé d’impulser le capitalismeme. État et empereur = piliers du dévlpt, et non une bourgeoisie, ce qui ruine la théorie marxiste ...

Le Japon a inauguré l’ère des grands capitalismes d’État comme les fascistes et les léninistes après.

Mot d’ordre de Meiji : dvlpt de la prod et promotion de l’ind.

Investit bcp : lcmt d’usines modèles, importation de technos etc.

Car brgsie trop fragmentée. De plus il faut faire vite car peur d’un dépeçage à la chinoise. Le confucianisme (confiance dans l’autorité soucieuse du bien-être public) (mais on reviendra sur ce thème un peu trop "tarte à la crème") règne et facilite le travail à l’État (+ répression policière).

Dans une telle société où l’individu est intégré à une collectivité à la fois politique et économique, il y a confusion entre les deux domaines : le libéralisme (qu’il soit politique ou économique) n’est pas possible au sens strict.

Première phase de lancement achevée entre 1880 et 1890 : l’État revend la plupart des entreprises pub au secteur privé et notamment aux trusts comme Mitsui, Mitsubishi ou Furukawa. Il les brade dans sa politique de déflation. (au dessous de la moitié du capital investi). Ex : chantiers navals de Nagasaki acquis par Mitsubishi.

Mais l’État conserve la haute main sur les aciéries, le militaire et les transports. Ex : entreprise sidérurgique Yawata fondée en 1896. Regroupée avec 5 cies privées en 1934 pour former Nippon Seitetsu. Démantelée en 1945, reformée en 1970 sous le nom de Shin Nippon Seitetsu.

En dehors de la sidérurgie, l’État posède peu d’entreprises après 1890. 12% des effectifs en 1912.

L’État intervient alors différemment : politique bancaire et monétaire, aides à l’exportation. Investissements d’État tjs > 40% avant-guerre. Une nouvelle classe d’entrepreneurs émerge : les hommes d’affaires politiques , patrons qui naviguent entre administration, entreprises et gvt.

Après-guerre : nouvelles formes d’intervention avec contrôle importations par quotas, protections, sélection des entreprises pour achat technos étrangères. Elaboration de plans incitatifs mais mis au point en collaboration avec les entreprises : garantis de succès.

2- Après la guerre, le poids du MITI (DEVENU METI : MINISTÈRE DE L'ÉCONOMIE, DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE sous Koizumi Junichiro)

Ministère du Commerce international et de l’industrie Tsusansho. slt 1,5% du budget de l’État et 15 000 employés mais essentiel.

Infos sur la techno et marchés étrangers, prévision des évolutions à venir,

Recherche : nouvelles technos, orientation des technopôles

Industries : définition des grandes stratégies (abandon du textile dans les années 60), reconstitution des zaibatsu.

Commerce : réglementation de la concurrence, de la distribution, des normes et quotas.

Rôle accru avec la crise : réorganisation de l’industrie.

Force = personnel dont les trois-quarts viennent de la faculté de droit de l’université de Tokyo : homogénéité. Tjs sur la brèche. C’est lui qui lance en 1983 le Plan Technopolis puis en 1984 le plan New Media Community, la conquête spatiale dont les résultats sont enfin encourageants avec la fusée H2A.

Trois agences sont responsables : Nasda (entrainements et lancements), l’Isas (sciences de l’espace) et la NAL (recherches aéronautiques). Coopération ruineuse ... (première limite dans le mythe de l’efficacité japonaise).

Dans les années 1990, les Américains ont peur que les Japonais fassent du militaire (satellites espions contre la Corée du Nord et ses missiles notamment)) avec du civil. Or, puissance et Japon ne vont pas toujours bien ensemble.

3- L’encadrement territorial

Pour asseoir sa puissance, l’État maille le territoire en gérant une pyramide de collectivités locales : régions, départements, communes

Parmi les premières mesures de Meiji : restitution des hommes et des terres à l’autorité impériale càd disparition des fiefs. Mais les anciens seigneurs sont maintenus dans leurs tâches comme hauts fonctionnaires, le temps de résoudre politiquement et économiquement leur reconversion en nouvelle aristocratie.

302 kens ou départements (puis réduits à 43 kens et 3 fus dpts à statut particulier) préfets nommés. Maires idem jusqu’en 1925. Formidable pouvoir.

Après guerre : réforme mais les hommes restent enplace ...

47 départements : 1 métropole to Tokyo

une région do Hokkaido

deux départements urbains fu Osaka et Kyoto

43 préfectures ken.

Les villes shi, ont davantage de pouvoirs et de ressources que les bourgs cho, et que les villages son et mura.

Théoriquement indépendants de l’État. Mais pas dans les faits : 1/3 des impôts contre 2/3 à l’État mais les dépenses sont inverses. Donc dépendants par le biais de subventions. Conserve en outre police et instruction publique.

4- Les planifications

Mise en place à partir de 1955 d’une planification. Le premier destiné à réduire la dépendance extérieure. Le 11ème en 1988 avait pour but de réduire les excédents ! Depuis les plans tentent d’améliorer la demande domestique et de restaurer les équilibres régionaux.

Reconstruction et modernisation ont été concentrées sur les quatre grandes régions industrielles de Tokyo, Osaka, Nagoya et Yokohama.

Parallèlement : plans d’aménagement du territoire.

1962 : 1er Plan national d’aménagement du territoire. Extension mégalopolitaine avec 15 “Nouvelles villes industrielles”. et 4 zones spéciales d’éqpmt industriel. But : les faire sortir des grandes métropoles et rééquilibrer dans les creux littoraux du système urbain.

1969 : 2ème Plan de développement national. Après pbs de pollution graves.But : dévlpt de l’ensemble du Japon avec déconcentration indsutrielle en dehors des grandes agglos. Moyens : new aéroports, shinkansen, autoroutes.

1972 : Loi d’encouragement de la relocalisation industrielle va plus loin. Tokyo, Nagoya et Osaka deviennent “régions de promotion de la délocalisation”; but : transférer activités vers 27 kens “régions sous-développées”. Mais la crise de 73 met fin à l’expérience.

1977 : 3ème Plan de développement national. Prône le rééquilibrage national. Sur la base de sites industriels/résidentiels intégrés, villes-jardins. Puis adoption du terme “technopôle” pour désigner villes associant logements et activités de haute technologie.

1983 : Loi sur les technopoles. Pour 26 régions désignées. Tjs idée de rééquilibrage vers sites attrayants et peu denses.

1987 : 4ème Plan national de développement. Destiné à remédier à la concentration des activités les plus modernes sur Tokyo (et à un moindre titre sur les deux autres grandes métropoles) en période de ralentissement de la croissance. On parie stt sur les NTIC

1988 : Loi sur l’implantation de la matière grise de l’industrie. 16 activités (de services et industrielles) désignées comme éligibles pour bénéficier de prêts à bas taux d’intérêt si sur technopoles.

1992 : Loi sur les bases régionales par le biais de décentralisation des activités administratives. Sur des sites attrayants, new centres administratifs ds les “bases urbaines” régionales. 70 espaces désignés par les préfets sur demande du gvt comme “Arcadie administrative”.

Effets limités mais sans les plans régionaux d’amngt du territoire la situation aurait été pire ...

5- Les grandes réalisations (transports-aménagement)

L'axe principal est le Tokaïdo (Kyoto (Osaka)-Tokyo) emprunté par le Shinkansen dès 1964 et la première autoroute en 1965 (seulement). Le Japon était alors en retard sur le plan routier. L'axe autoroutier principal a été allongé jusqu'au Nord de Honshu (Aomori) et au Sud de Kyushu (Kagoshima).

Il est doublé par la ligne majeure du Shinkansen, plus courte (Nord : Morioka)(Sud : Fukuoka). D'autres lignes plus récentes ont été construites vers Nagano (pour les JO de 1998) et Niigata, rare pôle développé sur la côte Nord de Honshu ou, “Japon de l'envers”. Cependant la ligne Sendai-Morioka est lourdement déficitaire ainsi que celle de Tokyo à Niigata. Elles ont fait l'objet de scandales quand deux premiers ministres Tanaka et Suzuki ont procédé à une spéculation foncière en rachetant des terrains sur le futur tracé (encore secret). Cette conception de la politique d'aménagement du territoire à visées politiques et d'enrichissement personnel porte désormais un nom : le “système Tanaka” ...

Le principal but poursuivi dans les années 1980 est la réunion des grandes îles pour souder l'archipel et faire de l'archipel japonais “nippon rettô” un archipel d'un seul tenant “Ippon rettô” (jeu de mots !).

Les travaux sont achevés en 1988 en plein boom Heisei, un an avant la crise qui s'abat sur le Japon. Le Tunnel de Seikan (ferroviaire) entre Honshu et Hokkaidô, puis le viaduc de Seto entre Shikoku et Honshu sont les deux derniers monuments de l'intégration du territoire qui s'ajoutent au tunnel e Kanmon (1942) et au pont de Kanmon (1974) qui relient Honshu à Kyushu.

Ce sont des rêves de la Haute Croissance, dont la rentabilité n'est pas toujours assurée (notamment pour le Seikan) ... Le Nord de Shikoku bénéficie de quelques retombées en termes d'activités touristiques essentiellement. Kyushu et Honshu sont très intégrées dorénavant. Succès des Kanmon.

L'autoroute Tokyo-Osaka (Voie du Tokkaidô) est saturée. Le transport de marchandises a délaissé le train (qui passe de 39% des marchandises en 1960 à moins de 5% dorénavant) pour se concentrer sur le réseau routier (de 15 à 50% sur les mêmes années), contribuant à l'engorgement du réseau routier. Le transport maritime de cabottage se maintient quant à lui grâce au recours massif aux conteneurs et à l'augmentation de la taille des navires. (45% des marchandises transportées).

Un réseau très dense d'aéroports permet la desserte de toutes les régions, y compris celles qui ont été désertées par le chemin de fer (abandon des lignes déficitaires et privatisation de Japan Railways en 1987). L'axe majeur reste toutefois parallèle à la grande ligne du Shinkansen : tout concourt à renforcer le même axe ... Les firmes japonaises construsient et livrent clés en mains des aéroports flottants comme celui d'Osaka pour résoudre le problème de la saturation des espaces.

Des infrastructures portuaires longtemps exemplaires désormais dépassées par la FAP

Les plus grands aménagements restent finalement les infrastructures portuaires puisque toute l'industrie japonaise est organisée en fonction de la répartition des ports devenus pôles économiques du Japon depuis l'ouverture de Meiji. Les quatre grands ensembles portuaires organisent le “Japon de l'endroit” qui ne se limite plus à la mer intérieure mais s'est étendu progressivement vers Tokyo au XVIIIème siècle, avant de se dilater jusqu'à Sendai à la limite du Tohoku et l'Ouest de Kyushu. Nagoya 208 Ms de t, 10ème mondial (2006)

Chiba 167 Ms t

Yokohama 138 Ms t

Kitakyushu 109 Ms t

Osaka 95 Ms t

Kobé 95 Ms t

Tokyo 90 Ms t

Longtemps premiers en Asie, les ports japonais sont toutefois dépassés par les ports chinois.

En 2005, les ports de conteneurs japonais sont distancés. Le premier, Tokyo, n'assure qu'un trafic de 3,3 millions d'EVP quand Hong Kong atteint 22,4 ! Singapour 22,2 ! Shanghai 18,1 ! Shenzhen 16,2 ! Busan (Corée) 11,8 ! Tokyo n'est que le quatorzième port de conteneurs en Asie Pacifique (dépassé même Tanjung Pelepas en Malaisie ou Laem Chabang en Thaïlande ...)

17ème, 18ème et 20ème, Yokohama, Kobe et Nagoya n'atteignent que 2 à 2,4 millions d'EVP ...

C'est le signe que le Japon est déjà rattrapé par la Chine pour le commerce extérieur et ne mise plus sur l'augmentation des capacités mais sur la valeur ajoutée. La construction de nouveaux terre-plein non industriels dans les baies des grands ports (cf Tokyo, fin du poly) en est un autre signe

B- LES RACINES CULTURELLES ET SOCIALES DU SUCCÈS

1- Retour sur les spécificités culturelles du Japon

L'autre absolu ?

Le sabre et le chrysanthème” Ruth Benedict 1945 ainsi que livres et articles de Philippe Pons (correspondant du Monde à Tokyo).

Chaque Japonais se définit d'abord par sa position dans le groupe :

L'uchi ou foyer, intérieur, groupe opposé au soto ou extérieur, étranger qui suscite inquiétude et mépris. La place est codifiée (hiérarchie sexuelle, hiérarchie sociale etc). Une mentalité largement développée par les “modernisateurs” du Japon durant l'ère Meiji.

Idée de dette : on est en dette on vis-à-vis des personnes avec lesquelles on est en rapport hiérarchique : on vis-à-vis de l'empereur, du sensei (maître), du mushi (patron). On balance, on compte les dettes et les contre-dettes. La notion de remboursement se confond avec celle de devoir. Le devoir se traduit de deux façons :

gimu par rapport à la société

giri devoir de garder sa réputation sans tache.

Absence de l'idée de vertu. La vertu individuelle n'existe pas. La seule qui existe est l'harmonieuse insertion au groupe. L'idée de mal ou d'immoralité est remplacée par celle de honte ou de “perdre la face” (“katajikenai” : j'ai perdu la face).

La notion d'efficacité est primordiale : quand une stratégie de “remboursement de dette” a échoué on en choisit une autre. Les G.I's ont été étonnés de trouver des vaincus aussi dociles après une guerre aussi cruelle.

Facteurs naturels et historiques de la différence :

Contraintes naturelles très importantes. (petit pays, pauvre, isolé, nature hostile). Adoption de la riziculture (dans un climat peu favorable qui plus est ! Mais le seul contact culturel du japon avec l'extérieur était avec le monde du riz. pas avec celui du blé. Ce type de culture demande une communauté forte.

Historiquement adoption du bouddhisme (philosophie du renoncement à l'individualité et de la patience) et du confucianisme (morale de l'obéissance).

La conscience très forte de la spécificité nationale gaikoku, de la voie nationale kokudô, conscience d'être uniques au monde, isolés au milieu de cultures radicalement différentes (cf dichotomie Uchi/Soto), s'enracine en particulier dans l'insularité, la spécificité linguistique, la différence religieuse (culte shinto religion nationale animiste). Mais cette différence, si elle tourne à l'exaltation de la supériorité japonaise, n'implique pas que le Japon se considère comme le “centre du monde” comme la Chine (empire du milieu). Les Japonais gardent la capacité d'écoute.

Idée que le japon doit “occuper sa place” au niveau international. Qu'il” s'insère”. Mais la méthode d'insertion peut changer :

-insertion pacifique depuis 1945

-insertion impérialiste (selon els leçons des européens de l'époqie d'ailleurs) entre 1868 et 1945.

2- Premier héritage : la cohésion sociale

Plus thème de l’épargne dans le développement Weber, Thunberg

Ethique du travail.

Cohésion par l’épargne :

Potentiel de richesse représenté par la forte démographie (cf C-) ne pouvait se concrétiser qu’à travers les qualités de la population : notion de frugalité jusque dans la bourgeoisie. Taux d’épargne très élevé (jusqu’à 25% des revenus des ménages dans les années 70) (autour de 20 sinon) (en baisse ces dernières années : 11,4% en 1997 et seulement 3,2% en 2006 : le taux devient dorénavant presque nul et se rapproche dangereusement de ce lui des EU ...) Von Thunberg, naturaliste du XVIIIème en faisait la vertu cardinale du Japon.

Michio Morishima tente d’appliquer au confucianisme l’interprétation de Max Weber à propos du rapport entre protestantisme et capitalisme. Mais hypothèse à lacunes même si elle paraît séduisante.

Il y a 1000 ans , quand le confucianisme apparaît, les commerçants sont la caste du bas de l’échelle. Si les marchands le prônent et le développent sous une forme quasi janséniste au XVIIIème : c’est pour lutter contre la dissolution des moeurs et les risques de banqueroute. Le confucianisme serait plutôt une conséquence du développement économique et non une cause.

De plus, en Chine, patrie du confucianisme, pas de développement.

Retraite, coût du logement imposent l’épargne. La pratique du bonus distribué par les entreprises chaque année pousse dans le même sens (pubs des banques pour attirer l’épargne). Modération de l’inflation comme garantie. Crédit à la conso peu développé. Exonérations fiscales pour revenus de l’épargne.

Ethique du travail : crise des années 70 = crise du taylorisme. Mais les Japonais ont inventé le toyotisme (cf 3) et leur éthique du travail permet d’absorber les chocs.Proche de la conception rtisanale du travail que l’on retrouve encore dans les sociétés occidentales : souci de la perfection, du travail bien fait.

Pas d’actes d’insubordination.Beaucoup de temps de travail qui compense une faible productivité : fin des 80s : 2200 h contre 1898 aux EU et 1657 en F. Mais chute dans les années 90 (1972 en 92 déjà).

Une citation de Nietzsche s'impose : " Dans la glorification du travail, dans les infatigables discours sur la bénédiction du travail, je vois la même arrière-penséee que dans les louanges des actes impersonnels et d'un intérêt général : à savoir la peur de tout ce qui est individuel ". parfaitement adaptée au Japon, n'est-elle pas ?

Privatisation de la JNR en 1987 : 100 000 licenciements mais pas de grèves et plein de suicides.

Le syndicat est d’abord d’entreprise. Pas de fédération : au sein de la JNR les employés des grandes métropoles n’ont pas bougé pour leurs collègues de province touchés par les licenciements !

La syndicalisation recule. 55,8% en 49. 27,6% en 87 mais encore 24% en 2004. Surtout dans le public et les grands entreprises privées. Il reste Rengo : mais plus porté sur les revendications en termes conditions de vie et d’aménagement du travail dans un sens consensuel plutôt que sur les salaires.

3- Deuxième héritage : un système économique original et performant

Epargne investie par les entreprises jusqu’aux années 80 pour acheter des brevets (surtout après guerre, ce qui débouche sur la Haute Croissance). Les dirigeants donnent l’exemple. Même avant-guerre, État et Zaibatsu se lancent dans innovations et profitent de voyages à l’étranger. Soutenu par un système éducatif performant rapidement mis en place dès Meiji. Simplification de l’écriture et unification du langage. 1910, déjà 7000 étudiants à l’université et 33 000 dans les instituts techniques et les écoles d’ingénieurs.

C- LES INSTRUMENTS DE LA PUISSANCE

1- Le Kabuto Cho

nom du quartier de la Bourse. Dépasse NY en 1989. 2000 Mds de dollars de capitalisation boursière à l’époque. trois fois plus que Londres.

Masse = banques et épargne.

Géré par 152 maisons de titres dont quatre servaient d’intermédiaires entre les membres et faisaient le marché. Mais délits d’initiés. Yakuza (trafics, immigration clandestine, pachinko etc)

2- Les Maisons de Titres

Depuis 1949, Loi interdisant aux banques accès à la Bourse (abrogée depuis). Explique leur puissanceNomura est la prmeière au plus fort de la bulle. Capitalise alors 35 Mds de $. Bureaux sur toutes les grandes places. Suivie de Daïwa, Nikko et Yamaïchi. Les 4 assurent la moitié des transactions sur actions.

Yamaïchi fait faillite en 98. Passif de 20 Mds d’€. 4 autres la même année.

Dorénavant le Japon a des fonds de pension aussi. Mais pas comparables aux US : 7 fois moins pour autant de personnes couvertes. (Le fonds de retraite des marchands de riz a fait faillite en 98).

3- Les compagnies d’assurances

Peuple le plus assuré de la planète. avril 97 : 29.73% des primes (41% des primes-vie) US 2ème avec 29.11. Allemagne 7.23 France 6.14 RU 5.97 Corée 2.8 Italie 1.8

Les primes par habitant sont les plus lourdes du monde.

La crise a eu tendance à conforter la force des compagnies d’assurances par réflexe de prudence. Les EU étaient nettement devant le Japon en 89 même dans le domaine de l’assurance-vie où le Japon caracole maintenant en tête.

Capitaux gigantesques investis partout. Nippon Life Insurance Co est le premier assureur mondial en 1989. Bénéfices comparables à ceux de Toyota ... Mitsubishi rachète le Rockefeller Center. Nippon Life détient la moitié du Forum des Halles depuis 89. Rendements de 6% garantis aux souscripteurs pdt années prospérité. Mais obligations now à moins de 1%. Actifs immobiliers dépréciés. Faillites des plus faibles. Multinationales occidentales rachètent les plus faibles au moment de la crise de 97-98.

1997 : PPR rachète Nissan Mutual Life.

Elles restent cependant les premières entreprises d'assurance du monde : la première de toutes étant toujours Nippon Life. L'une des chances de ces compagnies est de s'adosser à une épargne traditionnellement forte dans l'archipel. La Poste japonaise, principal collecteur de l'épargne (plus de 2000 milliards de $ !) détient pas moins de 30 % de l'ensemble des actifs des compagnies d'assurances japonaises. (On reparlera de la privatisation de la Poste qui a été décidé fin 2007 et doit se dérouler sur 10 ans si la crise que connait le monde actuellement ne remet pas en cause le déroulement prévu ...). Cependant, dans la tourmente d'octobre 2008, Yamato, l'une des plus petites compagnies japonaises qui avait trop investi dans des fonds à risques, se déclare en faillite.

4- Les banques

Banques restructurées : des 15 banques de 98 il ne reste que 4 banques en 2000 qui sont alors n° 1 2 4 et 5 mondiales quand la Deutsche Bank s’intercalait encore. Le Japon a connu des fusions géantes à partir de la crise 1998. La deuxième banque du monde par la masse de ses dépôts (1100 Milliards de $) est ainsi Mitsubishi UFJ Financial Group.

Actuellement, les banques ont refait leur trésorerie et, de l'argent plein les caisses, elles ont décidé de ne pas laisser passer l'opportunité historique qu'est l'écroulement des banques d'investissement de Wall Street en 2008. Mitsubishi UFJ Financial Group a ainsi annoncé une alliance stratégique avec Morgan Stanley tandis que la 4ème banque commerciale US (Wachovia) était donnée comme promise à un mariage avec elle pendant un temps (finalement, on en est, au 10 10 2008 à un imbroglio entre Wachovia, Citigroup et Wells Fargo : Mitsubishi UFJ s'est retirée du tour de table).

Transition : Des instruments de puissance qui peuvent par moments se révéler facteurs de crise après les dérapages des années 80. Replacer l’économie japonaise dans le contexte évolutif de la croissance, de son arrêt et de sa reprise pour comprendre le rôle des instruments financiers.

II- LES RYTHMES DE LA CROISSANCE JAPONAISE

Le principe du vol d’oies sauvages

A- LA RECONSTRUCTION

1- Les grandes réformes de l’après-guerre

Nouvelle constitution. La Diète vote le budget. Epuration (légère) de l’administration et de l’armée. Simple force d’auto-défense. Décartellisation des zaibatsu.

Trois réformes primordiales :

Agraire : les grands propriétaires laissent place à des propriétaires-exploitants aidés par l’État qui leur garantit des prix élevés pour le riz.

Joseph Dodge, banquier de Detroit stabilise le Yen à 360 pour un dollar (le cercle est le symbole du Japon). Nouvelle compétitivité-prix.

Enseignement mixte et lois eugéniques (interruption de grossesse) pour échapper à une surpopulation qui inquiète le pays et les EU.

2- Les nouvelles forces socio-économiques en présence

Le patronat se réorganise. Dès 1946, le keidanren fédère les grands secteurs industriel, financier et commercial. Le Nikkeiren (fédération japonaise des associations d’employeurs) est l’interlocuteur des syndicats et négocie les “accords de printemps”. Le plus important des syndicats (Sohyo) est violemment anti-américain.

Nouvelle génération d’ingénieurs-entrepreneurs-managers :

-fondateur de Matsushita (Matsushita Konosuke, inventeur de la marmite à riz électrique)

-Sony (Morita Akio)

-Honda (Honda Shoishiro) “N’ayant pas de passé, nous avons un avenir”.

3- Après la guerre, le poids du MITI

MITI créé en 1949. Héritier du Ministère des Munitions et des Approvisionnements. Ministère du Commerce international et de l’industrie Tsusansho. slt 1,5% du budget de l’État et 15 000 employés mais essentiel.

Infos sur la techno et marchés étrangers, prévision des évolutions à venir,

Recherche : nouvelles technos, orientation des technopôles

Industries : définition des grandes stratégies (abandon du textile dans les années 60), reconstitution des zaibatsu.

Commerce : réglementation de la concurrence, de la distribution, des normes et quotas. Rôle accru avec la crise : réorganisation de l’industrie.

Dès 1952 le MITI a anticipé et choisi les bons créneaux. Sidérurgie, construction navale, pétrochimie, que la brève récession post-Corée ne compromet pas.

Force = personnel dont les trois-quarts viennent de la faculté de droit de l’université de Tokyo : homogénéité. Tjs sur la brèche. C’est lui qui lance en 1983 le Plan Technopolis puis en 1984 le plan New Media Community, la conquête spatiale dont les résultats sont enfin encourageants

Mais le système peut être inefficace : exemple de la recherche spatiale

Trois agences sont responsables : Nasda (entrainements et lancements), l’Isas (sciences de l’espace) et la NAL (recherches aéronautiques). Coopération ruineuse ... (première limite dans le mythe de l’efficacité japonaise).

Le retard s'explique aussi par le fait que les Américains ont longtemps eu peur que les Japonais fassent du militaire (satellites espions contre la Corée du Nord et ses missiles notamment)) avec du civil et ont dissuadé le Japon d'investir. Car, puissance et Japon ne vont pas toujours bien ensemble.

4- L’aide américaine

Grâce à la guerre de Corée. “Phase punitive” de l’occupation écourtée. Devient base industrielle avancé pour les EU. Baisse du chômage et de la faim. Les EU offrent leur technologie : Dupont cède le nylon, Mitsubishi travaille dans l’aéronautique pour Lockheed (F104 par la suite).

Méthodologie tenue des EU : méthode PDCA (Planify, Do, Check, Act : pour corriger les défauts).

5- La fin de l’après-guerre

Maîtrise de l’inflation coréenne. Suffisammentde riz en 52. Depuis 1952 : “plan Acier”. PNB toujours moitié de celui de l’Allemagne de l’Ouest. Tokyo ruche, 1955 premiers pousseurs du métro. parti libéral-démocrate au pouvoir en 1955. Entré dans le GATT en 55 aussi. Après-Guerre termminée en 1955.

B- LES CARACTÉRISTIQUES DE LA HAUTE CROISSANCE

1- secteurs et périodes

Premier cyle 1955-57 : “Jimmu Keiki” cycle du nom de l’empereur fondateur du Japon. La crise de Suez arrive à point nommé : les Japonais sont les premiers à pouvoir lancer des pétroliers de 100 000 t !

Aidé par une population en pleine croissance. 70 Ms d’hab en 1941. 90 en 1955. Consommation autocuiseur à riz électrique de Matsushita, voiture à trois roues de Mazda adaptés à un pays encore en voie de développement (cf Bandung). Mais toujours pauvreté et lacunes des infrastructures de transports. Déficit du commerce extérieur.

Second cycle 1958-59 : Iwato Boom du nom de la déesse du soleil. mariage princier de 1959 provoque la vente de 2 Ms de téléviseurs. Autres équipements : machines à laver, réfrigérateurs. Conso suscite l’innovation. Honda bat HD (de Milwaukee) sur son propre marché ! Kyoto Ceramics se lance dans les nouveaux matériaux.

Dès 1960 le premier ministre Ikeda invite le pays à doubler le PNB en 10 ans (dès 67 en fait). Trosième cycle 1964-1973 Izanagi Boom du nom du frère de la déesse solaire de l’Empire. jusqu’à 11% de croissanceLe Japon devient le “troisième Grand” 1950 PIB de l’Italie. 1967 de la France 1968 de la RFA. 1970 1er prod de navires et motos, radios télés, appareils photo et pianos. JO de 1964Gratte-ciel prospérité des entreprises de BTP. (l’un des grands lobbies comme agriculteurs, médecins et commerçants). 64 premier Shinkansen 17 ans d’avance sur le TGV. Savoir-faire affiché à chaque manifestation internationale : JO, Expo universelle d’Osaka en 70, JO de Sapporo en 72

Puis Plan Tanaka pour remodeler l’Archipel en 1972.

2-Une nouvelle géographie de la production (cf planification) (c'est déjà traité plus haut mais je vous le recopie ici)

Les planifications Mise en place à partir de 1955 d’une planification. Le premier destiné à réduire la dépendance extérieure. Le 11ème en 1988 avait pour but de réduire les excédents ! Depuis les plans tentent d’améliorer la demande domestique et de restaurer les équilibres régionaux.

Reconstruction et modernisation ont été concentrées sur les quatre grandes régions industrielles de Tokyo, Osaka, Nagoya et Yokohama.

Parallèlement : plans d’aménagement du territoire.

1962 : 1er Plan national d’aménagement du territoire. Extension mégalopolitaine avec 15 “Nouvelles villes industrielles”. et 4 zones spéciales d’éqpmt industriel. But : les faire sortir des grandes métropoles et rééquilibrer dans les creux littoraux du système urbain. 1969 : 2ème Plan de développement national. Après pbs de pollution graves.But : dévlpt de l’ensemble du Japon avec déconcentration indsutrielle en dehors des grandes agglos. Moyens : new aéroports, shinkansen, autoroutes. 1972 : Loi d’encouragement de la relocalisation industrielle va plus loin. Tokyo, Nagoya et Osaka deviennent “régions de promotion de la délocalisation”; but : transférer activités vers 27 kens “régions sous-développées”. Mais la crise de 73 met fin à l’expérience.''

3- Les facteurs du succés

Modestie du budget militaire (moins de 1%) grâce au parapluie US

Tout pétrole à bas prix

Yen sous-évalué atout dans la guerre des prix.

Protectionnisme éducateur à base de normes et de barrière de la langue

Conflits catalyseurs de Corée, Suez et VN

Littoralisation des activités : économies d’échelles, moins de ruptures de charges, faibles coûts des transports.

Double avantage de l’imitation-espionnage et de la capacité d’anticipation (on gagne du temps en imitant mais on investit pour dépasser vite le stade). Marché domestique de 100 Ms de personnes

Choix judicieux des spécialisations industrielles.

Le Toyotisme qui insiste plus que Ford sur les demandes du consommateur et sur la qualification du travailleur (facilité par société hiérarchisée qui a mié sur éducation et réalisation d’objectifs communs).

PARENTHÈSE POUR RÉFLÉCHIR UN PEU ... La question du modèle pour les pays du Tiers-Monde.

“Impérialiste” et “agresseur”, le Japon est rangé parmi les pays du “Tiers-Monde” après la guerre. Présence des Japonais à la Conférence de Bandung en 1955. La rapidité de l'évolution du japon en fait un modèle (les puissances européennes ont mis 150 ans à se développer). A titre “ituel”, le “modèle japonais” est invoqué par les dirigeants brésiliens dans les années 70-80, les Argentins, les Péruviens (ancien président Alberto Fujimori) ou les “Dragons”. . Mais le modèle ne fait pas l'unanimité puisque certains le trouvent trop coûteux (en termes de dépendance politique, de malaise social, de mode d evie ou d'atteintes à l'environnement) et surtout il y a sans doute une spécificité japonaise que beaucoup jugent inexportable.

I- Le modèle de développement japonais s'est-il déjà reproduit ?

Modèle extraverti différent donc de l'ISI même s'il a des points communs avec lui. mais les buts sont différents : quand le Japon cherche à s'intégrer au monde le Brésil cherche à faire vivre sa population.

Modèle libéral avec État efficace quoique discret. Stratégie du “Vol d'oies sauvages” :

1- Importations

2- Reconquête du marché intérieur

3- En même temps que 2- exportation de produits testés et améliorés sur le marché intérieur.

4- Délocalisation et spécialisation sur des crénaux à plus haute VA

Des NPI ont suivi une voie similaire (proche) mais nombreux contre-exemples : modèle japonais comme repoussoir pour l'Afrique et l'Amérique latine au-delà des discours.

Pourquoi les NPI ? Raisons de pure proximité ? (Le Japon aurait alors dû servir de repoussoir au vu de la 2nde GM) Ont-ils imité le Japon ? Ou ont-ils en commun avec lui certains atouts qui ont permis leur développement ?

II- “On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve” (Epictète)

Le développement du Japon n'est pas reproductible tel quel car il dépend de conditions spécifiques au Japon.

Conjoncturellement : croissance démographique en phase avec l'industrialsation et sans contraintes (à l'inverse de la Chine ou de l'ASS)

Capacité très élevée à profiter des circonstances favorables (comme le boom des supertankers après la guerre des Six jours et celle du Kippour)

Un passé industriel avant 1945.

L'aide éco et le parapluie américain.

Problématique du “Défi”. Idée que les pays qui réussissent sont ceux d'ont la population doit affronter des défis sévères (isolement, nature hostile, absence de matières premières abondantes, plus un double défi politique avec la nécessité de s'ouvrir au monde dans des conditions très défavorables sous la menace d'une colonisation à partir de 1853 puis nécessité de survivre après 1945).

Les défis forgent la mentalité collective : renforcement du sentiment communautaire, culture du riz qui va dans le même sens d'ailleurs. Anciennté et force symbolique traditionnelle du pouvoir politique.

Refus frappant de se replier sur des “valeurs” circonstancielles. Ce qui compte c'est l'efficacité de la stratégie de groupe. Pas sa valeur intrinsèque. En 1945, puisque la stratégie impérialiste a échoué le Japon change de stratégie en adoptant le modèle de développement qui a permis aux EU de les vaincre.

La Corée est dans une situation proche (espace réduit, division du pays, cohésion sociale et politique, compétition avec l'ancien colonisateur).

À l'inverse : les économies de rente (pétrole en Algérie) permettent l'enrichissement d'une classe dirigeante à un niveau suffisant pour lui donner les moyens de réprimer toute tentative d'évolution.

III- Problématique de la spécificité culturelle asiatique et japonaise

(En nuançant car le Japon n'est pas un pays asiatique comme les autres)

Cohésion, respect de la hiérarchie, sociétés encadrées (États anciens). Populations nombreuses et concentrées = marchés potentiels.

Importance de conflits paralysants : au Japon la question religieuse a été évacuée depuis le XVIIème avec le massacre des chrétiens. Homogénéité sociale. Problématique du Kokudô. A côté, les sociétés asiatiques qui se rapprochent du Japon sont beaucoup plus conflictuelles avec une tradition de révoltes paysannes en Chine par exemple.

Absence de problèmes avec le passé (pas de culpabilité vis-à-vis des horreurs de la guerre : le Japon ne connaît pas l'idée de vertu mais seulement celle de l'efficacité). Insularité culturelle du Japon. Situation plus simple qu ses voisins : pas de minorités notables, pas de passé de colonisé, tradition d'emprunt/digestion des innovations culturelles extérieures. (Comparer avec la Chine crispée sur son rôle passé ou la Corée aux prises avec le passé colonial et le déchirement de 1950).

Absence de problèmes de frontières à l'exception des îles Kouriles qui constituent l'un des rares problèmes politiques à interférer sur les stratégies de développement économique : il a longtemps empêché le développement de raltions économiques normales avec la Russie, ce qui diminue notamment le dynamisme de l'industrie de la pêche et a par le passé empêché le pays de se fournir en matières premières. (Retournement récent cf oléduc sibérien).

Large confusion de la politique et de l'économie : depuis 1945 absence d'agressivité politique “stérile”. Les débats et les choix politiques ne parasitent pas l'économie. Il n'y a pas eu d'alternance politique entre 1948 et 1993 (et encore l'alternance a-t-elle été courte). Faible combativité des travailleurs. Pas de contestation de masse du système économique. Pas de compétition militaire ou de leadership avec les voisins. C'est l'inverse de ce que le Japon avait fait dans les années 30. Mais la seule valeur morale étant l'efficacité, rien ne garantit contre un changement radical d'attitude envers la rationnalité économique qui n'est qu'un instrument de puissance de la communauté.

Ces “avantages” ne peuvent se retrouver tels quels dans d'autres PED, même en Asie (dans le reste de l'Asie, l'autorité l'emporte sur le consensus et les sociétés sont beaucoup plus conflictuelles). Une telle cohérence et absence de conflit réel, un tel refus des choix politiques, ne peuvent s'appliquer qu'à un pays culturellement homogène, à un archipel, un pays sans voisins où la géopolitique est réduite au minimum finalement, dont la défense est assurée par les EU : le Japon est un pays “suiviste”, ce sont les EU qui se sont chargés de faire des choix à sa place. Aucun pays d'Asie n'est dans une situation comparable.

Difficilement imitable donc. Mais on peut s'en inspirer dans des pays qui ont :

Une tradition confucianiste

Un État fort sans être écrasant pour l'économie et où existe un vrai sentiment national (le Mexique ?)

Une absence de rente

Un accès vers la mer.

Et puis on peut relativiser le “modèle” en revenant sur les dérapages (humains et environnementaux).

FIN DE LA PARENTHÈSE

C- DU JAPON TRIOMPHANT À LA CRISE DES ANNÉES 90 Dans cette partie on prendra pour fil rouge le secteur de l'automobile, symbole de la puissance japonaise sur toute la période

1- Le tournant des années 70

Jusqu’aux années 70, les constructeurs se développent sur le marché intérieur à l’abri des barrières douanières. Le marché intérieur saturé les pousse à se tourner vers les États-Unis.

Une double bataile s’engage : entre Toyota Nissan et Honda mais aussi entre ces firmes et les Américaines. Honda implante une première usine dès 1982. Puis Toyota s’allie à GM pour rattraper son retard et distancer les deux autres Japonais.

Les usines sont localisées à proximité du cœur automobile américain, sur les bassins sinistrés des Appalaches (pour bénéficier d’une main d’œuvre meilleur marché bien que qualifiée) mais aussi dans la “Free Belt” (au Tennessee) et en Californie (usine de Fremont).

L’implantation sur sol américian permet en outre de contourner les barrières douanières. Les constructeurs nippons s’installent aussi au Canada grâce aux accords de libre-échange signés par les deux États.

Cette stratégie s’accompagne d’un vaste mouvement de capitaux dans tous les secteurs de l’économie. Accéléré par l’endaka, le mouvement permet au Japon d’acquérir des symboles du capitalisme américain.

2- Le tournant de l’endaka

Le renchérissement du Yen stimule les relocalisations. Le coût de production sur l’archipel dépasse celui des usines américaines à partir de 1986. Dans les années 80, le Japon s’attaque aussi au marché européen en implantant ses premières usines au Royaume-Uni où la construction automobile est sinistrée. Un accord d’autolimitation des exportations est signé entre le Japon et la CEE en 1991. Mais l’assemblage de modèles japonais en Europe permet déjà de le contourner.

Les constructeurs s’orientent enfin vers l’Asie. Le marché se solvabilise. Des accords sont passés avec les firmes coréennes (Toyota avec Hyundai et ... Chrysler). La Thaïlande devient l’une des grandes bases de la production des firmes japonaises. Sur 3 Millions de véhicules fabriqués en 1994 en Asie du Sud-Est, 2.1 Millions le sont par des entreprises japonaises.

Les flux tendus se doublent de flux croisés entre les pays de l’Asie-Pacifique.

Les fournisseurs et les sous-traitants suivent la même évolution : délocalisations dans le monde entier et surtout en Asie. Bridgestone est présent en Amérique (du Nord et du Sud), en Europe (dont la France) et en Asie (Indonésie, Taïwan, Thaïlande, Philippines).

3- Une industrie globalisée

Les prises de participation croisées aboutissent à un nouvel équilibre entre les entreprises.

Entre constructeurs japonais : Toyota contrôle Daihatsu et Hino. Isuzu et Honda se fournissent réciproquement des véhicules, fabriqués par l’un, labellisés et commercialisés par l’autre. Nissan fournit des véhicules utilitaires à Mazda et réciproquement.

Depuis les années 90, le paysage de la construction automobile japonaise est devenu plus complexe.

Avec les constructeurs d’outre-mer, les rapports se renforcent. General-Motors détient une partie du capital d’Isuzu et de Suzuki, Ford fait de même avec Mazda, Daimler-Chrysler avec Mitsubishi.

Toyota et General-Motors ont organisé un “joint-venture” : usine Nummi de Fremont.

La compétition oppose davantage des entreprises travaillant conjointement que des productions spécifiquement nationales. Il n’y a plus guère de sens à nommer “japonaise” une voiture fabriquée aux États-Unis par des ouvriers américains avec de l’acier américain et des technologies internationales (et parfois exportées vers le Japon !).

Depuis 1993, la production des usines japonaises aux États-Unis dépasse les exportations japonaises vers les EU. L’échelle d’analyse des phénomènes n’est définitivement plus nationale : la construction automobile est entrée dans la “globalisation” où les frontières ont moins d’importance.

D- LES DÉRAPAGES : DU BOOM HEISEI À LA CRISE DES ANNÉES 90-2000

1- Boom Heisei et déclenchement de la crise

En 1985 les accords du Plaza entrainent l'endaka. Pour éviter les forces délationnistes (remontée du yen de 260 pour un $ en 1985 à 130 pour un en 1987), dérégulation du marché financier et assouplissement de la politique monétaire et budgétaire. La liberté accordée aux banquiers les conduit à accorder plus de prêts et stt des prêts immobiliers, origine d'une bulle. Quand le gouverneur de la banque du japon relève les taux directeurs en 1989 la bulle se dégonfle. Le prix des actions puis des terrains et de l'immobilier s'effondre. 800 000 Mds de yens pour les terrains (environ 10 000 Mds de $ !) et 400 000 Mds pour les actions disparaissent (deux fois et demi le PIB et l'équivalent de l'épargne des ménages).

2- Responsabilité de l'État dans l'approfondissement de la crise.

En 96 les plans de relance mis en place depuis 1992 ont permis de renouer avec la croissance : 3,2% sur l'année fiscale 96. Les banques commencent à reconstituer leurs réserves. Mais Hashimoto Ryutaro en profite pour diminuer les dépenses de l'État et remonter la TVA de 3 à 5% à partir du 1er avril 1997. Il n'accorde qu'une aide de misère aux jusen (sociétés de prêt immobilier en faillite). Dans le même temps le gvt oblige mes banques à être plus strictes sur les créances et les remboursements. Elles resserrent le crédit ce qui touche en priorité les PME. Resserrement du crédit et resserrement budgétaire amènent le Japon au marasme en 97.

3- Responsabilité du Japon dans la crise asiatique

Les banques japonaises détiennent 39% des engagements internationaux en Asie. Le désengagement des banques nippones accroit les problèmes d'insolvabilité des entrepreneurs asiatiques. On about it à la crise asiatique qui accroit en retour la masse des créances douteuses des banques japonaises. Car les exportations japonaises s'effondrent vers l'Asie et les entreprises manquent de trésorerie. Chute de la Bourse qui précipite les faillites financières : faillite de la maison de titres Yamaïchi. Hashimoto profite de 1997 pour lancer le big bang de la dérégulation financière, pensant stimuler la compétitivité des banques. Conséquence : confusion et prudence renforcée dans l'octroi des prêts et approfondissement de la crise ...

4- Comment sortir de la crise ?

Changement de politique sous le successeur d'Hashimoto, Obuchi Keizo. Le redressement des finances publiques est oublié. L'État recapitalise les banques en devenant actionnaire jusqu'à 50% d'une quinzaine de banques contre restructuration (suppression d'emplois et fusions). Création en 1999 de la plus grande banque du monde (à l'époque) par regroupement de la Banque Industrielle du Japon, de Dai-Ichi-Kangyo et de la Banque Fujy avec des actifs de 1200 Mds d'euros.

Depuis avril 2001 Koizumi Junichiro imprime une nouvelle politique.

Koizumi se présente sur un programme de " réformes structurelles " de tendance libérale basé sur la décentralisation et des privatisations. Son objectif prioritaire est la privatisation d’ici 2007 des services postaux, de l’épargne et de l’assurance vie, ainsi que la distribution du courrier et d’autres entreprises publiques lourdement endettées comme les régies des autoroutes. Sa proposition de privatisation de la Poste est repoussée par la chambre haute au cours de l'été 2005. La dissolution de la chambre basse qui en découle lui permet de relancer son projet après son succès électoral de septembre. NB : une bonne partie de l'histoire politique récente, au Japon, est liée à ce projet de libéralisation de la Poste.

S’appuyant sur cette victoire et une éventuelle reprise économique, le PLD promet 2 % de croissance du PIB en 2006-2007 ainsi que la création de trois millions d’emplois en deux ans - en plus des deux millions qu’il affirme avoir créés ces deux dernières années. Officiellement, le taux de chômage est de 5,1 %. Chiffre souvent contesté et qui cacherait un " chômage caché ", des licenciements massifs et une surexploitation des salariés au nom de la restructuration des grands groupes industriels. Ainsi, le jour où s’ouvrait la campagne électorale, Sony annonçait la suppression de 20 000 emplois dans les trois prochaines années, dont 7 000 au Japon. Résultat des courses : sur 2007 (on reprend là les années civiles et non plus les années budgétaires qui, au Japon, vont d'avril à mars), la croissance arrive à 2,1%. Mais le ralentissement économique touche ensuite l'archipel : pour 2008, le FMI ne table plus que sur 0,7% et même 0,5% pour 2009 ! (prévision d'octobre 2008).

Pourquoi une telle décélération ? Parce que ...

5- La reprise a surtout été tirée par le commerce extérieur

Le PIB a progressé de 2,7 % en 2004. Les exportations grandissantes en direction de l’Asie tirent l’économie. En 2004, ensemble, les principaux pays asiatiques absorbent 30 % des exportations nippones (dont la Chine 10 % et la Corée du Sud 7 %), autant que les États-Unis. en revanche, la consommation des ménages ne montrait pas de signes de reprise .

La reprise est passée par la Chine

Par ses IDE

Le Japon a d'abord accompagné le développement chinois par le biais de l'APD. En 1990 la Chine n'accueillait qu'1% des IDE japonais dans le monde et 5% de ses IDE asiatiques. En 2002 l'évolution était déjà manifeste : 5% du flux japonais mondial et 32% de ses flux vers l'Asie ! Le Japon se réoriente vers la Chine au détriment du reste de l'Asie Pacifique. La Chine reçoit 2,4 fois plus d'IDE que Singapour (deuxième destination asiatique). Le mouvement n'a pas été uniforme puisqu'après un pic en 1995, les IDE ont chuté pendant la crise asiatique avant de remonter à partir de 1999-2000.

Le Japon investit dans le secteur des équipements électriques et des machines (plus de la moitié des flux).

Les flux commerciaux

Entre 1985 et 2005 l'Asie est devenue le partenaire commercial privilégié du Japon. La Chine est passée de 2% des exportations japonaises en 1990 à 12% en 2003. Elles ont doublé en quatre ans (surtout depuis l'entrée de la Chine dans l'OMC). Les importations ont doublé dans les cinq dernières années.

Les biens d'équipement connaissent les pus forts taux de croissance dans les exportations japonaises. Équipement électrique, machines mais aussi produits chimiques et métaux représentent les ¾ des exportations japonaises. En sens inverse la Chine exporte vers le Japon du matériel électrique (1/3), des textiles (¼) et les biens de consomamtion (18%).

Depuis juillet 2002 les exportations vers la Chine progressent à un rythme annuel compris entre 25% et 40% ! Même l'épidémie de SRAS en 2003 n'a pas ralenti le rythme. Le Japon devient de plus en plus dépendant des importations de la Chine.

6- Des raisons de douter

Rien ne va plus pour les Yakusas.

Pertes lourdes stt dans le domaine foncier depuis la crise des années 1990s

Moins de pouvoirs pour les Sokaiyas, actionnaires véreux chargés d’extorquer les entreprises grâce à une méthode simple (monnayer leur calme lors des assemblées générales dès qu’ils ont suffisamment d’actions. En 1996, Nomura a versé plus d’1 Md de Yens (10 millions d’euros) selon ce principe.

Résultat : selon Kadokura Takashi, analyste financier, le poids des yakusas est passé de 7.6% du PIB en 1991 à 4.5% en 1999.

Mais les acheteurs d’entreprises d’origine étrangère, leur tiennent tête dorénavant. Les Yakusas n’ont pas réussi à prendre pied sur le Mothers et le Nasdaq Japan (les deux marchés des NT ouverts en 1999-2000 et dont seul le premier a survécu).

Ils abandonnent progressivement leurs habits de Keizai Yakuzas (gangsters économiques) et reviennent aux valeurs sûres : jeu, prostitution et sexe.

2008 : retour des années noires ?

Le Fonds Monétaire International n'envisage plus qu'une croissance du produit intérieur brut (PIB) japonais de 0,7% en 2008 alors qu'il pronostiquait une augmentation de 1,5% sur un an auparavant.

Comme tous les pays, le Japon souffre de la crise financière mondiale couplée à la flambée des cours des hydrocarbures, deux facteurs qui rejaillissent sur ses échanges.

"L'économie japonaise montrait initialement plus de résilience (que les pays occidentaux) mais elle a récemment été affectée par un ralentissement des exportations et par l'impact d'une détérioration du commerce extérieur sur la demande intérieure", (extrait du dernier rapport du FMI).

Après un premier trimestre 2008 positif, le PIB japonais s'est contracté de 0,7% au deuxième, "un repli dû à la baisse des investissements et de la consommation privée alors que l'apport des exportations dans la croissance est descendu à zéro", (FMI).

"L'affaiblissement des commandes en provenance des Etats-Unis et de l'Europe de l'Ouest, l'augmentation des coûts d'approvisionnement (énergie, matières premières) et la diminution des prévisions de profits pèsent sur le moral des entrepreneurs et affecte les investissements", tandis que la demande émanant des pays émergents ou les niveaux élevés des revenus issus d'implantations à l'étranger ne comblent pas le manque à gagne.

Autre élément d'inquiétude, l'appréciation du yen face au dollar et à l'euro qui malmène aussi les exportateurs nippons.

De plus, l'augmentation des prix de l'essence ou de la nourriture ainsi que l'absence d'espoir de relèvement des salaires minent les consommateurs, même si, "hors aliments et carburants, l'inflation est toujours proche de zéro".

Par ailleurs, le FMI relève que la Bourse de Tokyo a sévèrement chuté à cause d'une contagion des craintes sur les perspectives de croissance, bien que les conditions d'octroi de crédit aient été moins durcies au Japon que dans les autres pays (les banques japonaises étant jugées moins exposées aux risques des prêts hypothécaires américains "subprime").

Le FMI constate que la politique monétaire conduite par la Banque du Japon (BoJ) est demeurée accommodante "et devrait le rester, compte-tenu de l'affaiblissement économique" et du peu de risques d'emballement des prix.

L'organisation va même jusqu'à suggérer qu'une dégradation plus importante que prévu de la conjoncture économique "pourrait justifier une réduction du taux d'intérêt directeur", bien que celui-ci soit maintenu à 0,5 point depuis février 2007 et n'offre guère de marge à l'institut monétaire.

Une fois de plus, le FMI regrette que le Japon, qui souffre d'un endettement colossal (environ 180% du PIB en 2007) et d'un lourd déficit budgétaire annuel, n'ait pas pris des mesures fiscales fortes pour éviter que la situation empire.