L'archipel dégage le deuxième PIB mondial. Pourtant, il attire de moins en moins. En 2003, le gouvernement de Koizumi Junishiro voulait doubler le total des IDE sur le sol japonais en 5 ans. Mais les IDE ne viennent pas pour autant. Le grand flux des IDE a été très limité dans le temps : fin des années 1990 avec la fusion Renault-Nissan par exemple. Mais depuis, les grandes entreprises étrangères préfèrent quitter le Japon pour aller s'installer sur des marchés plus dynamiques en termes de potentiel de croissance. Elles se déplacent de Tokyo vers Singapour ou Hong-Kong. La baisse de la population (liée à son vieillissement) fait craindre une réduction de la taille de tous les marchés.

À tel point que les IDE japonais dans le monde se multiplient à nouveau. Les industriels japonais voient aussi leur marché intérieur plafonner. Ils peuvent encore compter sur des réserves de devises monumentales (excédent commercial structurel oblige) gonflées par un crédit aux taux proches de 0%. Leurs banques d'affaires, mandatées dans le monde entier, multiplient les F&A dans tous les domaines. Car c'est une particularité de ces dernières années : automobile, électronique, biens d'équipement et outillage industriel ne sont plus les seuls à se tourner vers l'extérieur. Les entreprises qui vivaient grassement sur le marché intérieur (plus ou moins protégé par des habitudes de consommation plus que par des tarifs douaniers) partent à l'assaut de l'international (comme Dentsu dans le domaine de la publicité). Depuis 2 ans, Westinghouse est ainsi devenu une filiale à 100% de Toshiba !!! Le JETRO aide les entreprises à mettre la main sur leurs homologues occidentales. Les Japonais reprennent la fibre de l'investisseur qui était la leur dans les années 1980 de la bulle et de l'endaka. À une différence majeure près : les entreprises investissent uniquement dans leur domaine d'activité et/ou de compétence et non tous azimuts.

C'est une nécessité vitale pour les entrepreneurs japonais. Et un choc culturel à chaque fusion pour des entreprises jusqu'alors confinées sur le marché intérieur. (Le Comptoir des cotonniers vient d'être racheté par Uniqlo, si vous voulez un exemple).

POUR RÉPONDRE AU SUJET FACULTATIF :

C'est l'histoire d'un nain politique, ancien invité de la Conférence de Bandung, devenu la deuxième puissance économique mondiale et qui tente de reconquérir son rang perdu de grande puissance. Le Japon souhaiterait retrouver l'asymétrie d'influence qui caractérise le concept de puissance. L'influence s'exerce d'abord sur la région proche, ses voisins. (EU sur les Amériques, URSS sur l'Europe de l'Est). Une influence qui peut s'épanouir dorénavant dans le cadre de nouvelles unions régionales de libre échange par exemple. L'inachèvement de la puissance japonaise tendrait à démontrer que la montée en puissance au niveau régional est insuffisante pour construire une puissance de niveau mondial. À moins que l'incapacité japonaise de parvenir au rang de grande puissance complète ne s'explique par l'inachèvement de son statut régional ?

Le Japon s'est en effet servi de la région asiatique pour asseoir sa puissance internationale.

En revanche, ses échecs répétés pour parvenir au sommet sont en partie liés à des problèmes régionaux.

La région reste fondamentale pour faire du Japon une puissance à part entière, mais parallèlement à des négociations et des postures politiques qui dépassent largement le cadre asiatique.



I- UN NAIN QUI PREND DE L'ENVERGURE GRÂCE À L'ASIE.

A- L'absence de puissance politique d'une nation vaincue

Le Japon n'est qu'un nain politique à la fin des années 1970. L'article 9 de la Constitution lui interdit toute armée autre que ses FAD. Sa diplomatie dépend de celle des EU : lors du rapprochement Nixon-Mao, Tanaka suit concrétise le dossier. Pas de siège permanent au Conseil de Sécurité. Même sur le plan culturel : faible rayonnement. Seulement pour une élite qui découvre les films de Kurosawa ou d'Osu. Même dans les pays asiatiques, le Japon n'arrive pas à exporter sa culture. Problème des lourds contentieux, héritages de la guerre.

B- La puissance japonaise se renforce grâce à l'Asie

Le Japon réunit pourtant dès les années 1970 des aspects de puissance économique mondiale. Il s'appuie sur son espace régional pour s'adapter et augmenter sa puissance dès les années 1970, en accélérant le mouvement dans les années 1980. Une DIT se met en place. Ce mouvement s'appelle le nyua (« retour en Asie »). Sa puissance devient financière avec l'endaka. Les investissements japonais dépassent la sphère asiatique (EU puis Europe).

C- Un espace asiatique modelé par le Japon

Une puissance qui s'investit en Asie par l'APD. 9Mds de $ d'APD en 2003 en Asie. Le Japon est capable d'impulser un développement. Vol d'oies sauvages. Zone Yen en gestation. Le Japon entraine la zone.

Membre du G7 G8 : porte-parole des Asiatiques. Se pose en représentant du continent.

La rampe de lancement est en place. Le Japon peut réclamer une place géopolitique digne de son niveau économique.

II- LES ANNÉES 1990 : L'ÉCHEC DU SAUT QUALITATIF DE L'ÉCONOMIE AU POLITIQUE

Les années 1990 sont en outre une décennie de mutations géopolitiques mondiales. Une chance d'obtenir une nouvelle place.

A- La tentative de montée en puissance en quelques dates

1991 : financement de la guerre du Golfe

1994 : candidature à un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Premier ministre Muramaya.

1994 : intervention au Rwanda sous l'égide de l'ONU.

Les forces militaires japonaises passent à 250 000 hommes.

Pourtant l'affirmation géopolitique correspond au pire moment sur le plan économique : le moteur économique de l'affirmation s'essouffle au plus mauvais moment ...

B- Mais la puissance économique est remise en cause par la crise

Car entraîner les pays asiatiques dans le développement les a transformés progressivement en rivaux. La stratégie de montée en puissance risque de se retourner contre le Japon.

D'autant plus que le Japon expérimente la crise au moment où il tente de monter en puissance (à moins que sa volonté de reconnaissance ne corresponde au ralentissement de sa croissance comme dérivatif).

La crise post boom Heisei. Récession. Purge financière. Scandales à répétition dans le triangle de fer. Crise de l'emploi à vie. Nouvelles concurrences en Asie, de la part de pays dont la croissance a été impulsée ou accélérée par le Japon et son modèle.

C- Car la puissance japonaise est encore insuffisante jusque dans son espace proche

L'ASEAN s'est construite sans lui. L'APEC est sous tutelle US. Chine, Corée du Nord, Russie menaçantes. FMA échoue sous pression des EU. La Chine est devenue un rival.

Problème du révionnisme, de l'absence de repentance officielle. Dans un contexte de retour de la fierté nationale (Ishihara Shintaro) contre les EU. L'ouverture du panasiatisme à la Mahathir (ASEAN+3) ne suffit pas.

Le Japon n'a pas saisi à temps l'opportunité de sa montée en puissance pour la transformer en aboutissement géopolitique. Le fossé ne s'est pas comblé entre Japon et puissances meurtries lors de la guerre de conquête. Avec l'essor de la Chine, le moment est peut-être déjà passé.

III- DANS UN ENVIRONNEMENT DE COMPÉTITION RENFORCÉE, LE JAPON DOIT JOUER SUR TOUS LES TABLEAUX

A- La diplomatie japonaise ne peut se passer de la région asiatique

Prise de conscience du MITI dans son Livre Blanc de 2001 : la Chine est une menace en tant que « moteur économique » de la région.. Tentatives de rapprochement avec la Chine : excuses tardives et insuffisantes sous Koizumi.

Les accords avec l'Asie Pacifique sont de plus en plus nécessaires. Poursuite de la coopération. Extension des accords avec l'ASEM, l'intitiative de Chiang Mai.

B- Trouver un nouveau rôle international

Le Japon se fait une place sur le créneau du développement durable. Kyoto 1997 sur le climat, 2002 sur l'eau. Exposition universelle d'Aichi. S'affirmer en parallèle (pour des problèmes de politique intérieure, soit pour contenter l'aile droite du PLD) et remonter le niveau militaire des FAD. Engagement volontaire aux côtés des EU dans la guerre en Irak.

Deux fers au feu : durabilité et hard power pour arriver à ses fins.

C- Car en Asie, plus que jamais, les rivalités pourraient empêcher le Japon d'atteindre son but

D'où le rapprochement avec la Chine qui permet (comme l'affirme Kenichi Omhae, économiste japonais) de « mettre un tigre chinois dans le moteur japonais ». La politique d' apaisement se traduit par le règlement de problèmes territoriaux comme sur les Diaoyu Shenkaku. Le Japon investit davantage sur la Chine. Aplanir les obstacles car, définitivement, le Japon doit maintenant composer avec son voisin.

Tout en poursuivant la recherche et l'excellence technologique pour ne pas être rattrapé par l'Inde ou la Chine.

Et en n'oubliant pas les EU qui veulent toujours dominer le Pacifique avec leur VIème Flotte

Conclusion :

Le Japon doit nécessairement opérer un « retour en Asie » pour parvenir à tenir le rôle qu'il s'est assigné. Son élection au Conseil de sécurité en octobre dernier pour 2009-2010 en tant que membre asiatique semble confirmer la pertinence de sa diplomatie à la fois économique et politique.