LA FAÇADE ASIATIQUE DU PACIFIQUE DANS LA MONDIALISATION : UN PROCESSUS D'AFFIRMATION OU DE SIMPLE OCCIDENTALISATION ?

Le libellé du sujet amène à se poser des question multiples :

Affirmation : il existerait une identité de l'Asie Pacifique qu'elle imposerait ou chercherait à imposer. Encore faut-il que cette façade soit unie. Sinon, ce serait l'affirmation d'une puissance ou de puissances et non de la façade. Les fractures qui existent toujours, les rivalités, les tensions pourraient-elles éviter à l'occident (car l'occident est le passager clandestin de ce sujet) la montée d'un nouveau « péril jaune » comme Guillaume II le craignait après la guerre russo-japonaise et la bataille de Port Arthur (Tsushima) ? Reprenant la phrase de Bismarck, il prophétisait déjà qu'un jour « les Asiatiques (feraient) boire leurs chameaux dans le Rhin ». 1905 venait en effet cinq ans après la Révolte des Boxers qui avait fait vaciller les puissances occidentales.

La mondialisation resserre les liens entre les régions du monde. La croissance et le développement de l'Asie Pacifique donne une nouvelle actualité au thème du « péril jaune ». Mais alors qu'au début du XXème siècle le péril était perçu essentiellement sur un plan culturel et militaire, alors qu'après guerre le danger culturel était mâtiné de totalitarisme avec la progression communiste (cf la vision à peine voilée du péril chinois dans « Le secret de l'Espadon » qui a abreuvé l'imaginaire des lecteurs d'E.P Jacobs des années 1950 à nos jours), il est plutôt ressenti comme une menace économique dans un processus de globalisation qui, sur le plan culturel, serait assimilé à une occidentalisation des esprits et des pratiques.

Affirmation ou fusion dans le modèle occidental ? À moins que la vérité ne soit ailleurs. Ouvrons le dossier (générique)

I- UNE AFFIRMATION EN MARCHE

On l'a vu dans l'introduction, affirmation est une question de point de vue : de ressenti. Il y a ceux qui la ressentent en la subissant et ceux qui la désirent.

A- LE REGARD DE L'OCCIDENT

Naturel de commencer par l'occident puisque c'est là que la notion d'une puissance asiatique concurrente est née au tournant du XXème siècle.

San Francisco et New York sont, après Singapour, les principaux centres économiques de la diaspora chinoise. Entre 250 000 et 300 000 en France. Achat de quartiers entiers, Chinatowns.

L'Afrique nouveau terrain de l'expatriation chinoise et de la conquête économique par les entreprises.

Rachat de fleurons économiques : Columbia par Sony en 1987 (?), rachat de banques par des fonds souverains chinois ou de Singapour en 2008. Un phénomène de long terme qui s'amplifie.

Peur de la délocalisation vers un espace qui a su remonter les filières.

Une affirmation économique qui se nourrit de croissances à deux chiffres par vagues depuis les anénes 1950.

Affirmation qui s'accompagne d'une progression culturelle avec la mode des jeux vidéo dont les plus grands producteurs sont au Japon, des mangas et dessins animés devenus cultes pour les générations occidentales à partir des années 1980, du cinéma chinois d'abord via Hong Kong, puis directement de RPC.

Une peur de submersion qui fait écho aux peurs de 1905 et se nourrit aussi de revendications locales.

B- UNE AFFIRMATION REVENDIQUÉE DANS L'OPPOSITION À L'OCCIDENT

Cette affirmation se nourrit aussi de rejet de l'Occident.

Plusieurs temps :

la phase de la décolonisation contre les puissances européennes est déjà loin. (Indochine 1954) Elle pouvait s' accommoder de rapprochement avec les EU contre le danger communiste (Nationalistes indonésiens).

L'anti-américanisme est un thème récurrent depuis l'intervention massive au Vietnam en 1964 avant les défaites cuisantes du Cambodge du Vietnam. Les étudiants, futures élites, sont en pointe dans le mouvement sur les campus japonais et coréens. Mais c'est encore une réaction à la guerre plus qu'une affirmation de sa propre identité.

Une étape est franchie dans les années 1990 avec « Le Japon qui peut dire non » de Ishihara Shintaro. L'opposition au modèle occidental est portée par Mohamad Mahathir quand il refuse l'aide du FMI en 1997. Premier ministre pendant 22 ans, il a le temps de porter patiemment son concept d'asiatisme malgré les revers.

L'identité se forge dans l'opposition au modèle. L'exemple le plus extrême étant celui des attentats islamistes qui se multiplient dans le monde et touchent les Australiens à Bali en 2002. Enlèvement de touristes occidentaux en Indonésie et aux Philippines. Lutte indépendantiste des Islamistes du Sud de la Thaïlande pour qui les stations balnéaires pour touristes occidentaux fournissent une cible privilégiée car l'économie est le nerf de la guerre.

Une affirmation ne pouvant se construire uniquement sur l'opposition, il faut encore trouver une unité sans laquelle le débat serait clos : quels facteurs, quelles valeurs peuvent fédérer l'Asie Pacifique pour alimenter un Asiatisme à la Mahathir (au-delà des clivages religieux) ?

C- L'AFFIRMATION DANS LA CONSTRUCTION

L'asiatisme de Mohamad Mahathir. Les tentatives de rapprochement entre pays de la zone Pacifique Ouest.

L'affirmation de valeurs communes : le confucianisme (pas toujours au sens strict mais dans ses aspects sacrifice de l'individu au profit du groupe, sens de la hiérarchie) qui permet de supporter une phase de croissance lourde pour une ou deux générations. Rôle de l'État revendiqué par Mahathir dans le contrôle des changes et des capitaux en 1997, planification, implication de l'État à une époque où celui-ci est relégué aux marges de l'économie en occident.

Partout l'État, si secondaire dans la théorie libérale véhiculée par l'occident, reste la puissance tutélaire en négociant, en organisant une ouverture mesurée, en accompagnant les entreprises (JETRO japonais au-delà du MITI-METI), en investissant dans les infrastructures pour pallier le manque de capitaux (voire en s'endettant sur les marchés extérieurs).

Croyance en l'éducation qui permet de mieux intégrer les nouvelles techniques. Efficacité qui repose sur les 4 E dont l'épargne, vertu cardinale quand le modèle libéral devient une économie d'endettement.

Rôle du Japon dans cette affirmation sur le plan économique : sur un tel terreau socio-culturel, le toyotisme se répand par le biais du « Vol d'oies sauvages ». les méthodes de travail viennent du Japon. Flux croisés.

La Chine, inspirée par le Japon, est aussi un exemple par la réussite relative de sa transition : modèle pour le Vietnam ou le Cambodge.

Il existerait donc un modèle alternatif au modèle occidental, préalable incontournable à une véritable affirmation. Un modèle qui accepterait plusieurs déclinaisons. Pourtant, les transformations réalisées par une osmose progressive des modèles asiatiques entre eux ne peuvent être isolées du reste du monde. Dans un monde qui progresse vers la globalisation il serait étonnant voire illusoire de n'envisager pour l'évolution de l'Asie que des solutions locales. L'ouverture nécessaire sur le reste du monde aboutit obligatoirement à une occidentalisation de l'Asie. La simple existence d'un sentiment de rejet tend d'ailleurs à le prouver. occidentalisation il y a ; mais jusqu'où ?

II- L'OCCIDENTALISATION DE L'ASIE EST MALGRÉ TOUT, ELLE AUSSI, EN MARCHE

A- LES PROCESSUS VARIÉS DE L'OCCIDENTALISATION DE L'ASIE

Rôle passé des puissances coloniales dans la constitution des réseaux, des structures de plantations etc puis des EU par leur présence ou leur aide dans la guerre froide. Le Japon, premier bénéficiaire de la guerre de Corée par exemple.

Puis occidentalisation par les délocalisations. par les marchés. Adaptation de la production industrielle au goût des marchés de l'Ouest. Accès aux universités occidentales quand le système éducatif supérieur est insuffisant (avant l'effort chinois de ces cinq dernières années). Formation des élites au RU et surtout aux EU avec le brain drain et retour. C'est par les élites que l'occidentalisation peut progresser le plus rapidement. Le socialisme de marché se teinte en Chine de libéralisme à la mode de l'École de Chicago.

GATT et OMC imposent un modèle de libéralisation à tous les pays de la zone depuis que la Chine en fait partie depuis décembre 2001.

B- RÉSULTAT : UNE OCCIDENTALISATION DES MODES DE VIE

Que devient le confucianisme, que devient la frugalité des sociétés du riz devant l'enrichissement personnel ?

Sur le plan sociétal : américanisation dans la consommation effrénée jusqu'à la caricature des nyurichi ou des jeunes célibataires nippones, fashionistas compulsives. Essor de l'économie de casinos à Macao pour les riches Chinois du continent. L'industrie du jeu en 2007 a dégagé 10,5 Md$ de revenus soit plus que Las Vegas pour la deuxième année consécutive. Taxes 3,7 Md$ soit 72 % des revenus de la RAS. 27 millions de visiteurs. (55% de Chine continentale, 30% de HK et 5,3% de Taiwan). En tout, 29 casinos de six grandes compagnies mondiales. Avril 2008 les autorités gèlent l'ouverture de nouveaux casinos en raison des effets pervers qu'elle engendre sur la population. Aspirations individualistes. Découverte de l'hédonisme.

Les villes s'occidentalisent : CBD à gratte-ciel, règne de la bagnole avec une emprise autoroutière croissante. Plus qu'à une occidentalisation, c'est à une américanisation qu'on assiste. L'anglais est devenu la langue du commerce. La seule langue internationale des relations intra-asiatiques.

Un phénomène qui ne se dément pas : mode vestimentaire, parfums, luxe, venus de l'Ouest comme les canons de la beauté (cf nombre de stars américaines et européennes employées pour faire la publicité de produits locaux : c'est le prétexte du « Lost in translation » de Sofia Coppola). Boutiques Chanel : succès au Japon ainsi que Louis Vuitton.

Si la répulsion et la lutte contre le (les) modèles occidental (occidentaux) est si forte, c'est parce qu'elle est à la hauteur de la fascination qui s'est emparée de l'Asie aussi bien de ses élites que de sa population.

Enfin, sur le plan politique, à l'exception notable de la Chine et de la Birmanie, on a assisté partout à une marche (lente et incomplète il est vrai parfois) vers la démocratisation des régimes politiques (1987 en Corée), encore sur le modèle occidental.

C- L'ASIE PACIFIQUE NE REPRODUIT CEPENDANT JAMAIS LE MODÈLE OCCIDENTAL. ELLE L'ADAPTE PLUS QU'ELLE NE L'ADOPTE AVANT DE LE DÉPASSER

Ne pas faire cependant de l'Asie Pacifique une éponge à influences occidentales. Elle les adapte et les dépasse dans les aller-retours du jeu de la confrontation.

Petite parenthèse, suite à une conversation de couloir sur les aspects culturels : Une analyse des films de Miyazaki pourrait le démontrer. Alors que Nausicaa et la vallée du vent est remonté par les studios Disney pour l'exportation, les films suivants Kiki la petite sorcière, Porco Rosso ou encore Le château dans le ciel montrent un univers occidentalisé (Porco Rosso a pour cadre une Italie idéalisée de 1920), à mi-chemin entre traditions japonaises et architecture occidentale (Kiki la petite sorcière, villes minières proches des paysages gallois dans « Le château dans le ciel ») ou entre contes occidentaux et thèmes japonais (Le château dans le ciel reprend le thème de La Laputa de Swift et les préoccupations environnementales de la tradition nippone). Pourtant, ce n'est pas pour l'exportation que cette occidentalisation affecte les productions mais bien pour le marché intérieur, nourri aux standards américains.

Ce n'est que par la suite que les Studios Ghibli sortent des films d'animation purement japonais (thèmes et architecture) capables de conquérir les salles obscures du monde entier. Que ce soit Princesse Mononoké ou Le voyage de Chihiro se recentrent sur un Japon réaliste et/ou un Japon des contes. Le succès critique et public ne se dément pas.

Comme il y a eu le toyotisme après le fordisme, il y a des produits culturels japonais après les produits américains.

Le jeu vidéo n'est pas né au Japon mais aux États-Unis, chez Atari. Pourtant il a fallu toute la puissance financière de Microsoft pour faire revenir les EU dans la course, distancés qu'ils étaient par Sony et Nintendo ...

La Chine a su remonter les filières au point que Lenovo a pu racheter le symbole de l'informatique américaine : IBM.

Les chantiers navals coréens STX, après le même processus d'imitation, d'investissement et de dépassement, ont racheté les Chantiers de Saint-Nazaire. Ce que montraient les IDE venus d'Asie du Sud-Est et d'Asie orientale n'était rien d'autre que cette montée en puissance face à l'occident et au-delà. Alors que les pays occidentaux étaient les principaux pourvoyeurs d'IDE dans le monde, on assiste dorénavant à une nouvelle compétition où les puissances de l'Asie Pacifique deviennent des grands investisseurs. C'est le cas du Japon en 2006 : Toshiba rachetant Westinghouse qui devient filiale à 100% du géant japonais. Toshiba, sous ostracisme de l'administration Reagan après transfert de technologie sensible à l'URSS , met la main sur l'un des géants mondiaux de la filière nucléaire.

L'adaptation d'un modèle de production occidental, son assimilation et son dépassement pour en faire une arme de conquête serait alors le processus de base de l'affirmation asiatique tandis que l'occident resterait un modèle dans le mode de vie de l'Asie Pacifique. Encore conviendrait-il de relativiser.

Car tout ce qui précède ne montre pas un processus d'asiatisation de l'occident, d'affirmation de l'Asie Pacifique mais plutôt des processus d'affirmation en ordre dispersé. Ce sont toujours le Japon, la Chine ou la Corée qui s'affirment. Sur des modes différents. Dans de telles conditions la question n'est plus de savoir si, par-delà une occidentalisation limitée, l'Asie Pacifique s'affirme, mais plutôt comment elle pourrait parvenir à le faire ou selon quel modèle ...

III- UNE AFFIRMATION IMPOSSIBLE ?

A- CAR L'ASIE-PACIFIQUE N'EST PAS UNE PUISSANCE INTÉGRÉE

Certes 45% de flux intra-zone, diasporas, délocalisations et flux croisés, flux touristiques intra-zone à 50%. Intégration en marche. Exemple du Triangle de croissance Riau-Johore-Singapour. Mais l'intégration est difficile car grosses inégalités de développement subsistent partout à toutes les échelles : entre pays (Tigres, Dragons par exemple), entre régions (Chine littorale – Chine de l'intérieur, Japon de l'envers – Japon de l'endroit).

Les inégalités entre les espaces s'accroissent encore puisque les récents projets d'intégration s'ouvrent à l'Australie, la Nouvelle-Zélande. Si Mahathir voulait exclure les EU de l'APEC (qui vient de se réunir au Pérou le 22 novembre), le projet Koizumi de « Communauté de l'Asie orientale » en 2002 étendait cette communauté au-delà de l'Asie avec NZ et Australie. Preuve que le débat sur occidentalisation et affirmation est déjà dépassé ?

Non. Preuve que l'Asie doit relever de nouveaux défis. 2002 = un an après le Livre blanc du MITI où la Chine était désignée comme le concurrent commercial du Japon, capable de lui ravir ses marchés.

L'Asie Pacifique aurait besoin de l'occident pour échapper à la Chine, pour rééquilibrer sa puissance. Ou de l'Inde puisque les derniers projets de zone de libre échange asiatique s'étendent maintenant jusqu'à l'Inde.

Dès lors la question qui se pose devient de plus en plus celle de l'affirmation de la Chine comme nouveau pôle de la Triade. Le moment du Japon semblant être dépassé.

B- L'AFFIRMATION DE L'ASIE PACIFIQUE OU CELLE DE LA CHINE ?

Plus qu'à une affirmation de l'Asie Pacifique, c'est à l'affirmation de la Chine qu'on assiste, ou plutôt à une peur de l'affirmation de la Chine. Se pose ici le problème de la vision que l'on a de la Chine. Car la Chine prend des parts de marché dans tous les domaines. Elle est devenue l'atelier du monde grâce à un flux massif de délocalisations. Dans ce sens, elle dispose de la première région industrielle du monde avec la Rivière des Perles. Les entreprises occidentales ont utilisé un vaste réseau de sous-traitants chinois avant que ceux-ci ne montent en puissance et ne soient capables de les concurrencer. À travers le CITIC elle a pris des participations dans les grandes banques américaines depuis un an.

Mais pour s'affirmer, là où le Japon a échoué par manque de stature politique internationale, la Chine dispose du poids géopolitique mais doit encore améliorer son système national d'innovation. Elle le fait en investissant massivement dans les universités sur les cinq dernières années.

L'affirmation est très géopolitique comme en témoignent les pressions exercées sur l'Europe : sur la France avant les JO et à l'occasion de la rencontre N. Sarkozy Dalaï Lama en décembre 2008 à Gdansk. Dans la balance : un contrat de 120 Airbus. La Chine s'affirme nettement comme une puissance attractive pour des entreprises uniquement préoccupées de coûts faibles mais n'exerce pas de leadership. C'est une puissance qui inquiète les populations africaines : selon l'agence chinoise Xinhua News Agency, 234 000 Chinois se sont rendus en Afrique en 2007 et ils sont entre 270 000 et 750 000 à y travailler. Le poids des industries chinoises se manifeste dans tous les secteurs au point de générer des réactions de rejet. La coopération d'États, habillée d'une idéologie d'aide aux pays pauvres, maintient des dictatures en place et inquiète les populations et certains gouvernements (comme l'Afrique du Sud).

Les États-Unis souhaitent renforcer les relations avec Pékin mais modifient leur stratégie militaire dans le Pacifique pour mieux faire face à une possible agression chinoise préventive et limitée sur le théâtre taïwanais.

Une puissance s'est donc affirmée. Mais son image est négative dans les autres populations du monde. La Chine fait peur, de l'ouvrier de l'usine Salomon de Rumilly aux artisans de Praia au Cap-Vert.

C- UNE AFFIRMATION INACHEVÉE QUELLE QUE SOIT SA BASE GÉOGRAPHIQUE

Pourtant la crise actuelle joue comme un révélateur. Les entreprises chinoises commencent à fermer du fait du ralentissement des commandes des pays développés. Le pouvoir chinois craint un ralentissement de la croissance au-dessous de 8%, ce qui entrainerait une montée du chômage dans le pays. Depuis 2005 les révoltes et "incidents" (tels que grèves et manifestations) ne sont plus comptabilisés officiellement. Ils étaient en progression trop rapide. Il était urgent de les faire disparaître des statistiques. Ces problèmes risquent de s'aggraver et de prendre une ampleur nationale avec le licenciement des "Mingong" qui envoyaient une partie de leurs salaires dans leurs campagnes d'origine. La Chine s'affirme-t-elle dans ces conditions ?

Elle a déstabilisé des pans entiers de l'industrie mondiale mais n'exporte pas de modèle et commence à souffrir de la mondialisation qui l'a hissée au troisième rang des PIB mondiaux (et au premier rang dès 2041 si l'on en croit les études prospectives de Goldman Sachs).

Mais elle subit comme les autres la crise de l'occident. C'est l'ensemble de l'Asie Pacifique qui retrouve les turbulences traversées déjà en 2001 quand la croissance américaine avait ralenti. À la différence près que la Chine ne joue plus le rôle d'un havre dans la tempête mais risque de se transformer en accélérateur de crise. Le plan de relance annoncé par Hu Jin Tao en novembre 2008 et qui porte sur 455 Milliards d'euros pourrait être insuffisant.

À l'inverse de celles de 1997 et 2001, la crise actuelle révèle les fractures qui parcourent l'Asie Pacifique. Un espace non unifié (religions, civilisations non réductibles à un « asiatisme » simplificateur) qui reste sous tension et où les solutions sont recherchées dans des cadres uniquement nationaux. Le Japon ne fait rien d'autre avec le plan annoncé par Aso Taro le 30 octobre 2008 (à base de prêts immobiliers bonifiés, crédits aux PME qui assurent 70% de l'emploi de l'archipel) pour 207 Milliards d'euros. Dans ce cas encore, aucune recherche de solution régionale.

La crise va-t-elle pousser les pays de la FAP à opérer un repli frileux sur eux-mêmes ? Dans un contexte où la course aux armements ne se dément pas (débat sur la bombe A au Japon, bombe Nord-Coréenne) où les litiges territoriaux peuvent ressurgir (en mer de Chine, sur les Kouriles avec la Russie peu démocratique de Medvedev-Poutine etc), où les guérillas et attentats islamistes en Indonésie, aux Philippines et en Thaïlande font toujours redouter une forme de « choc de civilisations », un tel repli serait très grave pour le monde.

CONCLUSION :

La croissance a imposé la FAP sur la scène mondiale. Un espace de puissance économique s'est en effet imposé. Mais de là à parler d'affirmation en tant que puissance concurrente de l'occident, il y a un pas qui ne saurait être franchi. La façade asiatique du Pacifique souffre en effet d'un déficit d'intégration handicapant dans une période de crise. L'occidentalisation s'est imposée sur des espaces vastes avec une plus ou moins grande vigueur, des élites économiques largement transformées aux populations plus pauvres, touchées par les nouvelles formes de travail et quelques miettes de la société de consommation occidentale.

Dans ce contexte, la Chine s'impose comme puissance mais c'est en Asie que sont sécrétés les anti-corps les plus virulents à son affirmation internationale.

Corpus cartographique pour avancer dans l'élaboration de la carte demandée

LES IDH DE LA FAÇADE ASIATIQUE DU PACIFIQUE

LES DROITS DE L'HOMME SUR LA FAÇADE ASIATIQUE DU PACIFIQUE

Le Statut de Rome porte sur la constitution du TPI ou Tribunal Pénal International (petite précision utile ?)

LES RELIGIONS DE LA FAÇADE ASIATIQUE DU PACIFIQUE

LA MENACE ATOMIQUE NORD-CORÉENNE

CONFLICTUALITÉ EN ASIE PACIFIQUE (C'est une espèce d'oxymore !)

Et pour finir : si l'affirmation passait par l'union : exemple de coopérations transfrontalières en Asie Pacifique