D'après un doument de Poweo. J'ai ajouté l'irlande. On voit très bien combien les stratégies européennes sont opposées. À côté de la France qui a tout misé sur le nucléaire et limite ainsi ses rejets dans l'atmosphère et de la Suède qui maintient deux fers au feu avec l'hydroélectricité et le nucléaire et réussit ainsi à ne rejeter que 160 grammes de CO2 par dollar de PIB contre 200 grammes pour une France déjà très vertueuse mais 290 grammes pour l'Allemagne et, pire, 430 grammes pour le RU, les autres pays de l'Union sont beaucoup plus dépendants des sources d'énergie fossiles.

Allemagne et RU sont dévoreurs de charbon (dans le cas de l'Allemagne, ce sont qui plus est des charbons pauvres de type lignites qui occasionnent plus de rejets de poussières et la destruction des paysages de l'excavation des mines à ciel ouvert).

Dans la perspective du démantèlement (ralenti) de ses centrales nucléaires, l'Allemagne tente de susciter une croissance rapide des énergies alternatives et surtout renouvelables (cf plus bas dans le solaire) mais elle doit aussi se tourner vers des solutions plus problématiques en termes géopolitiques comme le gaz. La part du gaz dans la production électrique est appelée à grimper avec la construction du North Stream (cf billet sur l'Europe et ses voisins) capable d'acheminer jusqu'à 55 Milliards de m3 de gaz russe chaque année.

L'Allemagne rejoindrait ainsi, dans sa dépendance au gaz, des pays producteurs comme le Royaume-Uni (dont la production s'effondre depuis 7 ans), les Pays-Bas (qui se maintiennent) ou des consommateurs comme la Belgique, l'Espagne et l'Italie.

Unifier le marché de l'électricité dans de telles conditions et sachant que les relations géopolitiques (avec la Russie notamment, que ce soit dans le cadre européen ou au-delà jusqu'au Cameroun où se joue aussi un acte de la rivalité Europe-Russie) sont appelées à connaitre des revirements brutaux n'est sans doute pas, contrairement à ce qu'affirme la doxa libérale encore véhiculée par la Commission, le moyen d'échapper aux diktats des producteurs de sources d'énergie primaire. Se met progressivement en place un réseau de gazoducs sous contrôle russe qui vont irriguer des pays privilégiés ( Allemagne par le North Stream, Italie par la branche méridionale du South Stream). Ce gaz est la solution de facilité pour faire face à l'augmentation de la demande (ou à la baisse de production des sources d'énergie primaire locales brûlées dans les centrales). La montée du gaz est finalement un facteur de retard dans la mise en place de vraies solutions alternatives. Surtout si le prix du gaz venait à baisser parallèlement à celui du pétrole ...

Les chiffres très estimables de la montée du solaire en Allemagne ne doivent pas masquer la réalité du marché électrique de notre voisin : comme le montrait le premier schéma, la part d'énergies renouvelables dans la consommation totale d'énergie outre-Rhin reste singulièrement basse : 4.6%, soit moins qu'en France (!) avec 6.7% et dix fois moins qu'en Lettonie (44.8% !!!), le pays qui a érigé en principe de base le recours à la biomasse.

L'Allemagne a fait des efforts exceptionnels en matière d'énergie solaire. À elle seule, elle représentait en 2006 42% du parc solaire européen et en progression très rapide (+20.6% en une année, soit nettement plus que la croissance du parc de l'Union Européenne : +16.6% de 2005 à 2006). C'est l'une des spécificités de l'Allemagne : son parc équivaut à la puissance de 6 réacteurs nucléaires.