Pour commencer : une courbe que vous ne retrouverez nulle part ailleurs. Il s'agit des évolutions des indices Dow Jones en 1929 et à partir d'octobre 2007, quand l'indice avait atteint son maximum. Les évolutions sont mises en parallèle en pourcentages de gains (rares) ou de pertes (abyssales).

On peut déjà constater une certaine similitude dans les courbes sur les 14 premiers mois. Sans préjuger de l'avenir, évidemment. C'était d'ailleurs là tout l'intérêt du sujet : si les crises étaient comparables, alors les solutions expérimentées pendant celle de 1929 seraient pertinentes. Mais comme rien ne se reproduit jamais à l'identique, c'était alors dans les ressemblances et les divergences que pouvait peut-être s'apprécier le bien-fondé ou les erreurs des solutions envisagées ou déjà appliquées.

Vous aviez le choix entre deux types de plan :

1- Manifestations de la crise 2- Causes 3- Solutions mises en oeuvre

1- Similitudes 2- Dissemblances 3- Solutions 1929 2008 et pertinence des choix de 2008 à la lumière des deux parties précédentes

Pour coller au sujet, c'est le deuxième plan qui semblait le mieux adapté puisqu'il permettait de donner des analyses plus tranchées pour éclairer la dernière partie. Le risque, dans le premier cas, était de diluer les informations dans une analyse trop chronologique et de ne pas être assez démonstratif. C'est pourquoi j'ai choisi le deuxième plan.

PROPOSITION DE CORRIGÉ

« L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies » écrivait Tocqueville dans « L’ancien régime et la révolution ».

80 ans séparent la crise 1929 de celle qui commence sous nos yeux en 2007-2008. Cette dernière serait-elle une simple copie de la première qui avait pris au dépourvu des gouvernants démunis devant l’ampleur d’une tourmente que des mesures économiques traditionnelles et (croyait-on) éprouvées ne parvenaient à calmer ? Pour paraphraser Paul Morand, l’Histoire, comme une idiote, est-elle en train de se répéter ? Un Heideggerien, dans le texte, verrait même dans l’analyse de la crise de 1929 une simple projection de l’avenir que l’homme s’est choisi. Peu de sujets de réjouissance en perspective, à moins que les différences ne l’emportent déjà et nous fassent échapper au cercle vicieux de l’enfoncement dans la crise. En ce sens, la connaissance des mécanismes de la crise des années 1930 et des erreurs commises peut-elle nous laisser espérer ou permettre de trouver une alternative positive à un désastre économique annoncé ? Établir un parallèle entre les deux crises est a priori logique tant les manifestations spectaculaires font résonnance. Trouver des causes communes ou proches rendrait la probabilité de dérapages de même ampleur plus forte. Ce qui poserait le problème de la leçon à tirer de l’Histoire. Car si causes et manifestations premières étaient comparables, en quoi les leçons de 1929 auraient-elles été retenues pour lutter contre les effets destructeurs de la crise ? À l'inverse, si les différences l'emportaient, les mesures prises récemment auraient-elles déjà pris en compte ces "variations à l'écart-type" ?

C'est 1° en étudiant d'abord les ressemblances frappantes entre les deux séquences de crises puis 2° leurs différences non moins importantes que nous pourrons 3° mieux comprendre la pertinence (ou l'absence de pertinence) des mesures prises pour lutter contre la crise de 2008 en les comparant à celles de 1929 (1933).

Voilà : ça, c'est fait. Une introduction avec des références culturelles qui mettent le correcteur dans de bonnes dispositions à votre égard, introduction qui pose une problématique et annonce le plan. C'est tout ce qu'on vous demande.

Autre aspect essentiel : une introduction sans trop de fautes d'orthographe ... Et nombreux sont ceux qui peuvent se sentir visés ...

I- DES PARALLÈLES TROUBLANTS

A- LES PREMIÈRES MANIFESTATIONS DE LA CRISE RAPPROCHENT LES DEUX PÉRIODES

Où il sera question des crises boursières

Coïncidence ? Dans les deux cas, le séisme boursier est parti du marché new-yorkais (contrairement par exemple à la crise de 1997, partie d’Asie du Sud-Est et qui s’était transmise à l’Amérique latine). La bulle boursière est en phase de grossissement accéléré quand en 1928, 920 millions d’actions sont échangées contre 577 en 1927. Le 24 octobre 1929, quelques gros investisseurs vendent provoquant une réaction mimétique des autres. 6 millions d’actions sont vendues le 24, 9 le 28 et 16 millions le 29 Octobre. L’ampleur des baisses boursières est comparable. (cf schéma). Alors que les marchés avaient perdu 49% en 14 mois en 1929-30, les baisses sont tout aussi fortes actuellement. Le NASDAQ plonge de 2500 points à 1300 entre mai et novembre 2008. Le Dow Jones de 14500 points à 8000 dans le même temps. L'Histoire fait même un clin d'oeil à 1929 quand, le 24 octobre 2008, les Bourses de la planète dévissent toutes de 10% (plus ou moins) pour permettre aux journaux faire le parallèle entre le Krach du jeudi Noir et cette nouvelle journée catastrophique pour les Bourses mondiales.

Avant les krachs boursiers (et pour donner une première explication à leur déclenchement), la hausse des cours poussait les entreprises à entrer en bourse et à augmenter l’offre. Que ce soit avant 1929 ou avant 2008, les cours des actions augmentaient plus vite que les profits des entreprises. Beaucoup d'entreprises trouvaient plus profitable de spéculer sur les marchés financiers plutôt que d'investir. Pour assurer un rendement de 15% demandé par les actionnaires principaux les entreprises n'hésitent pas à racheter leurs propres actions avant 2008 et à entretenir un mouvement déconnecté des réalités du marché de la production. En ce sens, 1929 et 2008 sont comparables.

La crise boursière n'est que la manifestation financière d'un processus entamé depuis un an déjà.

Où il sera question de bulles immobilières

Depuis l'été 2007 en effet, nous vivons la crise annoncée de la bulle immobilière via les subprimes. Le marché est en plein retournement aux États-Unis où les prix ont baissé de plus d'un tiers en moins d'un an à Miami ...

Or, la lecture de Galbraith pouvait nous apprendre qu'une crise similaire avait eu lieu en Floride en 1929. Miami, Miami Beach, Coral Gables, la côte Est jusqu'au Palm Beach au nord et les villes en bordure du golfe du Mexique avaient été touchée pendant les années 1920 par une frénésie spéculative. Grâce à son climat, grâce aussi à la modernisation des transports (cf "Certains l'aiment chaud" de Billy Wilder) et à la hausse des revenus des clients du Nord qui se muaient en Snow Birds quand l'hiver arrivait, la Floride connaissait un boom dans le foncier et l'immobilier.

La spéculation allait bon train : «Ces biens douteux gagnaient en valeur tous les jours et pouvaient être vendus avec un solide bénéfice quinze jours après.» in La crise économique de 1929 de John Kenneth Galbraith.

De nos jours, que ce soit Miami ou Tampa, les villes de Floride perdent entre 30 et 35%. La Californie est touchée de la même façon. Le principe des subprimes était de s'endetter à faible taux de crédit pendant les deux premières années avant de voir les taux remonter de façon drastique. Seule façon pour les plus pauvres d'accéder théoriquement à la propriété, ces crédits se sont retournés contre eux quand les prix ont cessé d'augmenter et quand les ventes à moins de de deux ans ont cessé d'être envisageables, obligeant les plus pauvres à rembourser des crédits toujours plus chers.

B- AUTRE POINT COMMUN À CES DEUX CRISES : LE RÔLE NÉFASTE DES BANQUES

Où il sera question du rôle trouble des banques

Car c'est bien par la banque que passent les mécanismes de la crise. En amont aussi bien, hélas, qu'en aval.

Comme en 1929, on achetait donc à crédit plus que ce qu'il aurait été possible d'acquérir autrement. En 1929, on déboursait 10% de la somme pour disposer d'une option et du bénéfice entier de l'augmentation de valeur (quitte à acheter 10 fois plus par ce biais). En 2007, dans un marché immobilier déjà saturé pour les ménages les plus riches, on permettait aux classes peu fortunées de procéder de la même façon à des ventes anticipées en utilisant l'effet de levier de leur crédit immobilier. Les prêts accordés à des taux d'intérêt faibles permettaient de pratiquer à outrance l'achat d'actions à la marge en 1929. Les spéculateurs pouvaient acquérir des titres avec 10% seulement de couverture au comptant. Le Broker avançait la différence en s'endettant auprès des banques. Les prêts accordés aux Brokers passent d'ailleurs de 2.2 Milliards de $ en 1924 à 8.5 Milliards de $ en 1929.

Ces deux chiffres montrent bien le rôle du quadruplement de la masse des prêts dans le processus de spéculation.

Où il sera question, plus largement, d'économie d'endettement pour masquer une dégradation des conditions de vie d'une partie toujours plus grande de la société

Cette notion d'économie d'endettement est à la base des deux crises. Elle se nourrit d'inégalités sociales exacerbées. En 1929, l'augmentation du pouvoir d'achat est concentrée sur une petite partie de la population qui accédait à la consommation de masse. Mais fermiers et ouvriers en auraient été exclus sans le recours au crédit.

Sous le peu regretté George W. Bush, les écarts de richesse rejoignent les niveaux de ... 1928 ! Les 10% les plus riches reçoivent 48% des revenus. Dans de telles conditions, seuls des crédits à faibles taux (1% pour le principal taux directeur de la FED en 2003) permettent de ne pas arrêter la machine de la consommation. Sans ces crédits, les 10% les plus pauvres qui ne recevaient que 2% des revenus auraient été autant d'exclus. La Ownership Society appelée de ses voeux par le président Bush ne pouvait fonctionner autrement.

Ses erreurs manifestes de gestion étaient déjà formulées, 70 ans plus tôt, dans l'analyse de Marriner Stoddard Eccles, l'ancien président de la FED (entre 1934 et 1948) : "Si le revenu national avait été mieux réparti - en d’autres termes, si les entreprises avaient fait moins de profits, si les classes les plus aisées avaient eu moins de revenus, et si les ménages les plus modestes en avaient eu davantage – notre économie aurait été beaucoup plus stable".

Au-delà des différences de forme (en 1929, c'est pour spéculer en Bourse que les ménages s'endettent tandis qu'en 2007 c'est pour entrer sur le marché immobilier), on a permis dans les deux cas à des gens de s'endetter "en donnant comme actifs des valeurs fictives de biens qui n'étaient qu'artificielles. En 1929 c'étaient les titres boursiers, aujourd'hui c'est l'immobilier." Jacques Attali, sur le site du Monde.fr, le 17 septembre dernier.

Quand la machine boursière se grippe en octobre 1929, les Brokers réclament leur argent aux spéculateurs. Ils ruinent leurs clients et finissent par se ruiner eux-même et entrainent les banques peu prudentes dans leur chute. En 2007-2008, les Banques sont de même fragilisées par les défauts de remboursement liés au retournement du marché (immobilier cette fois). Leur crise peut entrainer celle du reste de l'économie.

C- DES MÉCANISMES PARALLÈLES DE TRANSMISSION DE LA CRISE À "L'ÉCONOMIE RÉELLE"

Où il sera question de crise des banques

La litanie des faillites bancaires rapproche 2008 de 1929. En février 2007 les premiers établissements bancaires spécialisés dans l'immobilier font faillite aux État-Unis. On voit alors clairement le marché plonger après s'être retourné dès 2006. En juin 2007, c'est Bear Stearns qui annonce des pertes. Le 9 août c'est BNP Paribas qui doit geler trois fonds d'investissement exposés aux subprimes. Le 16 mars 2008 Bear Stearns en faillite est rachetée par JPMorgan. En septembre 2008 c'est au tour des banques de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae de frôler la faillite.

Ces événements rappellent ceux de 1929 : 642 banques en faillite en 1929, 1345 en 1930, 2300 en 1931 sur les 24 000 banques présentes en 1929.

Où il sera question de transmission de la crise à la société américaine

La crise bancaire assèche le crédit au moment où les entreprises ne peuvent plus se financer sur les marchés boursiers. (Nous reparlerons plus tard de la fameuse Trappe à liquidités quand nous aborderons le secours de l'État). La diminution de la consommation aboutit à un gonflement des stocks. C'est notamment le cas d'un secteur qui dépendait largement du crédit : l'automobile. Entre 1929 et 1932 la production de Ford tombe de 4 millions de véhicules à 1. En 2008, les Big Three en sont réduites à quémander une aide fédérale de 34 Milliards de dollars pour éviter le dépôt de bilan.

Le chômage augmente : il passe de 3.1% en 1929 à 25% en 1933. Un travailleur sur quatre se retrouve au chômage, soit 12,5 millions.

De 4.5% début 2007, le taux remonte rapidement à 6.5% en octobre 2008, 6.7% en novembre pour finir à 7.2% en décembre. L'ascension se poursuit. Le nombre de chômeurs a cru de 62% en l'espace de deux ans, avec une accélération sur les derniers mois (+50% sur les 12 derniers mois). La crise sociale est déjà plus grave que celle qui avait suivi l'éclatement de la bulle des hautes technologies en 2000-2001, même aggravée par les attentats du 11 septembre, puisque le pic de chômage n'avait culminé qu'à 6.3% de la population active.

Où il sera question d'internationalisation de la crise

Mais les dégâts ne se cantonnent pas aux États-Unis. Que ce soit en 1929 ou en 2008, le rôle des banques est central. Quand elles retirent leurs fonds investis en Europe, comme le font tous les investisseurs en 1929, on assiste en Allemagne et en Autriche, pays sous perfusion de capitaux américains depuis 1924 à une déflation du crédit et à une crise bancaire dans les deux pays (faillite de la Kredit Anstalt autrichienne en 1931 suivie de celle de la Danat Bank en 1932 en Allemagne). Puis ce sont la Grande Bretagne et la France qui sont elles-mêmes touchées par contrecoup des faillites bancaires germaniques et du retrait de capitaux américains pour l'une, par l'arrêt du remboursement des réparations par l'Allemagne acté par le Moratoire Hoover de juillet 1931 à juin 1932 pour l'autre.

En 2008, le rôle des banques et des investisseurs est tout aussi central. Côté européen, Northern Rock, Dexia, Fortis sont touchées immédiatement. Comme BNP Paribas l'avait été dès août 2007, mais avec des conséquences bien plus désastreuses.

Là s'arrêtent le parallèle que l'on peut tracer entre les deux crises. La crise qui touche les banques du monde en 2008 est en effet beaucoup plus rapide et traduit le passage à un autre type d'économie qui rend la comparaison plus délicate.

II- AU-DELÀ DES PARALLÈLES TROP ÉVIDENTS, DES DISSEMBLANCES MULTIPLES

A- À COMMENCER PAR L'ACCÉLÉRATION DU TEMPS ET LA DÉMATÉRIALISATION DE L'ESPACE

Où il sera question de nouvelles technologies

Depuis 1971 la cotation informatisée pénètre le NASDAQ. Les Bourses se convertissent à l'informatique dans les "Big Bangs" des années 1980, comme Paris le 5 novembre 1984 (le lendemain de l'apparition de la première chaîne cryptée et payante, Canal+). Un quart de siècle plus tard nous vivons en 2008 sous le signe d'une globalisation financière. Les places sont maintenant interconnectées. La révolution informatique et internet permettent aux capitaux d'utiliser tous les instruments financiers 24 heures sur 24 en sautant quotidiennement de l'Asie à l'Europe puis à l'Amérique (du Nord comme du Sud avec le Bovespa).

Où il sera question d'accélération des transmissions de crises

Dans ces conditions, alors qu'en 1929 la crise boursière se limite pendant quelques mois à la Bourse de New York, les krachs sont généralement globaux. Pour que les Bourses occidentales s'effondrent dans les années 1930, il avait fallu passer par la phase préparatoire des crises bancaires et des rapatriements de capitaux vers les États-Unis. Dorénavant tout arrive en direct et devient prévisible quelques heures avant l'ouverture des marchés d'un pôle de la Triade, à la simple observation de ce qui arrive au pôle déjà ou encore ouvert. Ainsi, le 24 octobre 2008, sur l'annonce d'une faillite possible de General Motors, les Bourses plongent partout : -10% sur le CAC40, -10% sur l'Eurostoxx. Le 8 octobre précédent le Nikkei perdait 9.38%, suivi dans sa baisse par Paris (-6.39%), Francfort (-5.88%) et Londres (-5.18%) tandis qu'à Wall Street le Dow Jones passait sous les 9000 points contre 14 464 points un an avant.

Où il sera question d'instantanéïté même en dehors de la Bourse

Enfin, la crise des Subprimes a démontré que dans un domaine (l'immobilier) qui en 1929 connaissait une bulle circonscrite à un seul pays, les phénomènes d'extension rapide hors des frontières était désormais facilitée. Le secteur immobilier britannique a connu dès 2007 les mêmes retournements que celui des États-Unis. Les mêmes types de quartiers populaires connaissent les affres de la ruine et de l'expulsion. Les grandes métropoles des Midlands , d'Écosse et d'Irlande du Nord sont touchées (Birmingham, Liverpool, Sheffield, Belfast etc)). Partout des situations dramatiques qui empirent au printemps 2008. Les liens tissés entre Wall Street et la City de Londres expliquent ce parallélisme parfait dans le déclenchement de la crise. Royaume-Uni et États-Unis ont évolué parallèlement depuis 1979-1980 vers toujours plus de libéralisation sous l'égide de Margaret Thatcher, Ronald Reagan et leurs successeurs respectifs.

La marche forcée vers un système économique libéral à visée planétaire selon une nouvelle pensée unique dont le prophète était Milton Friedman explique pourquoi les phénomènes de crise peuvent déferler avec tant de vitesse. Plus les systèmes sont similaires, plus le danger est net. Toutes ces révolutions (technologique et néo-conservatrice libérale) étaient absentes en 1929 et rendent la crise de 2008 plus difficile encore à gérer du fait de la vitesse de réaction en chaîne des marchés.

B- SANS OUBLIER LES NOUVEAUX ÉQUILIBRES POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES MONDIAUX

Où il sera question de nouveaux venus dans le marché mondial

Cependant, si tous les marchés sont dorénavant susceptibles d'être submergés en temps réel, l'environnement de la crise 2008 diffère aussi de celui de la crise de 1929 par l'apparition de nouveaux acteurs nationaux.

Je suis sûr que vous pourriez montrer que l'Hyperpuissance américaine est concurrencée sur le plan économique par l'UE, le Japon et, de plus en plus, par les grands pays émergents. On assiste à un rééquilibrage rapide.

Où il sera question de puissances endettées et d'États créanciers

Mais au-delà de ces mutations dans les équilibres mondiaux qui voient revenir la Chine et la Russie notamment au devant de la scène, il est bon de s'attarder aussi sur les rééquilibrages liés à l'économie d'endettement des États-Unis. Car contrairement à 1929, la crise touche la plupart des PDEM dans une situation d'endettement non seulement privé (comme c'était le cas pour les EU en 1929) mais aussi public alarmant. À l'exception de l'Allemagne pliant sous le Diktat de Versailles, aucun État ne connaissait un endettement comparable à celui du Japon (180 % de son PIB !), des États-Unis (près de 70% en 2008 après le déblocage des plans d'aide ...) ou de la France.

C'est donc à des États généralement endettés qu'il incomberait de trouver les moyens de surmonter la crise de 2008 ...

Face à ces États impécunieux (on a même entendu un premier ministre de N. Sarkozy affirmer que la France était "en faillite" !) d'autres ont accumulé des fonds qui pourraient leur donner un rôle important dans la résolution de la crise : ce sont les États à Fonds souverains. Ces fonds sont déjà habitués à jouer un rôle sur le plan géopolitique en infléchissant parfois la politique des grandes entreprises. http://blog2.xaviermartin.fr/index.php?post/2008/09/15/158-addendum-au-developpement-durable

Mais le pouvoir de ces fonds change d'échelle avec la Chine et la Russie. La Chine et sa balance commerciale excédentaire de plus de 200 Milliards de dollars et la Russie où l'État s'enrichit grâce aux exportations d'hydrocarbures allient puissance stratégique et économique là où Singapour et Abou Dhabi ne jouent que sur la tableau financier.

Les fonds souverains d'Abou Dhabi en novembre 2007 puis chinois en décembre 2007 sont d'ailleurs intervenus pour entrer dans le capital des grandes banques américaines en manques de capitaux. China Investment Corporation (CIC) achète ainsi 9,9 % du capital de la banque d’affaires Morgan Stanley, pour 10 milliards de dollars.

La situation est nettement plus complexe qu'en 1929

C- QUI NÉCESSITENT DE RECOURIR À UNE ANALYSE PLUS PRÉCISE DES DISSEMBLANCES

Où il sera question aussi d'une crise à ne pas oublier : celle des matières premières et de l'alimentation.

Autre différence majeure par rapport à 1929 : c'est la crise préliminaire qui a touché le monde agricole. Alors que dans les années 1920 le marché agricole était déprimé et les fermiers endettés et / ou ruinés par la baisse structurelle des prix des produits agricoles au contraire des intrants (crise des ciseaux classique), le prix des produits alimentaires avait connu une hausse spectaculaire. J'avais déjà évoqué ce problème et les émeutes qu'il avait entrainées dans le billet

http://blog2.xaviermartin.fr/index.php?post/2008/04/11/108-emeutes-de-la-faim

De même, alors que l'économie ralentissait devant les risques systémiques envisagés depuis le début de la crise des subprimes, le marché du pétrole et de toutes les sources d'énergie ou matières premières s'envolait. Le baril passait à 147 dollars en juillet 2008 sans autre explication que le jeu de la spéculation comme l'a prouvé a contrario le retournement qui depuis a conduit le cours du baril au-dessous de 40 dollars.

Où il sera question d'arbitrages massifs et de sauts d'un marché à l'autre

En fait, la révolution informatique couplée à une libéralisation qui s'est accompagnée depuis les années 1980 de vastes déréglementations et dérégulations des marchés connectés a permis d'accélérer le saut d'un marché à un autre en inventant toujours plus de systèmes complexes pour se couvrir contre les risques de retournement des cours et d'éclatement de bulles. Dans ces conditions, ce sont des sommes vertigineuses qui migrent quotidiennement. Les 10 000 Hedge Funds répertoriés dans le monde se sont spécialisés dans ces arbitrages massifs d'un type de marché à l'autre : ils interviennent sur les taux de change, les marchés actions, les obligations, les matières premières, l'immobilier, les oeuvres d'art, les entreprises non cotées etc. Ils disposent d'une force de frappe estimée à 1760 Milliards de dollars en novembre 2007 dont 1170 Milliards "offshore" dans des paradis fiscaux. 1929 n'avait pas encore inventé de tels spécialistes de l'arbitrage et de la volatilité !

Ce que tendrait à démontrer cette liste argumentée de différences par rapport à la situation de crise de 1929, c'est que l'hyper-réactivité des marchés dans un nouveau cadre géopolitique (réellement mondial cette fois-ci) rend la mise en oeuvre de politiques contracycliques efficaces plus risquée et plus délicate. Les méthodes keynésiennes de 1933 semblent inspirer les gouvernants. Mais la résolution de la crise passe par la maîtrise de paramètres autrement plus complexes que ceux que les Brain trusts de l'administration Roosevelt avaient pu imaginer ...

III- LES LEÇONS DE 1929

A- LEUR PERTINENCE ET LEUR UTILISATION ACTUELLE

Où il sera question d'application précoce de remèdes keynésiens

Où il sera question d'une volonté de concertation internationale

B- DES ERREURS COMMISES MAIS TOUJOURS PRÊTES À ÊTRE RÉÉDITÉES

Où il sera, a contrario, question de concertation internationale en trompe l'oeil

G4 à Paris, G20 à Washington : tout est fait pour se démarquer des erreurs de 1929. Mais il ne faut pas oublier que 1933 avait accouché de la Conférence de Londres sensée mettre fin à la crise en dépassant les égoïsmes nationaux et qui avait échoué. Que dire du Plan de relance de 200 Milliards d'euros annoncé par la Commission européenne et qui n'est qu'une simple addition de plans mis au point séparément dans chaque État membre ? Que dire de la brouille franco-allemande, la France réclamant plus de relance outre-Rhin tandis qu'Angela Merkel demande aux pays qui n'ont pas été aussi vertueux que l'Allemagne en termes budgétaires (respect du PSC Pacte de Stabilité et de croissance dans les années passées) de faire l'effort qu'ils n'ont pas consenti avant ? La position de l'Allemagne montre à quel point trouver une solution au niveau européen relève de la gageure. Un plan de relance en Allemagne serait sans doute peu efficace. L'économie allemande a connu une mutation depuis une dizaine d'année (sous Gerhard Schröder jusqu'en 2005 puis sous Angela Merkel) qui l'a amenée à comprimer le pouvoir d'achat et à faire des exportations le moteur de sa croissance. Dans ces conditions, tout plan de relance de ses partenaires se traduirait par une reprise économique intérieure grâce à ses entreprises exportatrices ...

Où il sera question de bonnes vieilles recettes d'avant 1932 ...

Au-delà de la difficulté d'organiser une concertation internationale efficace, il faut montrer à quel point les solutions de repli ont toujours cours. La Chine a donné le coup d'envoi de ces entorses à l'unanimisme international en laissant sa monnaie dévisser en décembre 2008 et en menaçant de procéder à la dévaluation du yuan après trois années de réévaluation face au dollar et autres monnaies occidentales. la Chine voit en effet son économie ralentir : un passage sous les 8% de croissance en 2009 équivaudrait à une explosion du chômage et des troubles sociaux (qui ne sont plus comptabilisés depuis 2005 du fait de leur progression alarmante selon le principe toujours efficace dans les pays à parti unique de la suppression du thermomètre pour en finir avec la fièvre ...). En cas de crise intérieure, le "chacun pour soi" est toujours susceptible de devenir la seule voie acceptable par des équipes dirigeantes uniquement préoccupées par leur maintien au pouvoir.

Le Quotidien du Peuple ne dit rien d'autre le 6 octobre 2008 quand il affirme dans l'article Wall Street turmoil tests China's foreign trade que "à long terme, les avantages du Made in China pourront se réduire et la compétitivité de la Chine à l'exportation risque de s'émousser. La géopolitique mondiale va devenir de plus en plus complexe, le néoprotectionnisme arriver et, dans l'avenir, les barrières commerciales plutôt grimper que diminuer".

Il est donc d'autant plus vital pour l'économie mondiale que des solutions soient trouvées rapidement. Le moindre délai dans la mise en oeuvre des politiques contracycliques ouvrirait la porte à toutes les tentations aventureuses à courte vue.

C- QUAND BIEN MÊME KEYNES ET LA CONCERTATION L'EMPORTERAIENT : DANS QUEL SENS PROCÉDER ?

Où il sera question de la préséance et des dosages à respecter : banques, grands travaux ou consommateurs ?

Nous avons sous la main, pour répondre à ce problème du dosage des mesures et de l'ordre à observer, un exemple récent : celui de l'économie japonaise des années 1990 et des erreurs commises qui ont pu enfoncer le Japon dans la crise. L'un de ceux qui ont le mieux étudié cette situation était ... Ben Bernanke ! Dans Japanese monetary policy : a case of self-induced paralysis en 2000, il analyse les fausses-routes à éviter. Une chance qu'il ait remplacé Alan Greenspan !

Pour sortir de la crise, l'État japonais a mis en oeuvre neuf plans de relance en 8 ans, de 1992 à 1999. La dette de l'État s'est alors mise à gonfler (180% du PIB actuellement !). De 6% en juin 1991, le taux directeur de la banque centrale est même tombé à 0% en mars 1999.

Mais la baisse des taux n'a eu lieu que plus d'un an après le déclenchement de la crise boursière puis immobilière. La baisse des taux n'a alors fait qu'accompagner un processus de déflation déjà largement entamé (regardez le décalage visible sur la première courbe entre la décélération de la hausse des prix, dès 1990, et la première intervention sur les taux, en juillet 1991.). Le Japon a alors été victime du mécanisme de "trappe à liquidité". Plus le taux baissait et plus les banques thésaurisaient en refusant d'investir, en espérant investir et prêter dès que le taux remonterait. Dans un tel cas, en baissant les taux et en injectant de la monnaie dans l'économie, l'État ne créait pas de surcroît de revenu ...

Deuxième explication possible de l'inefficacité japonaise : les premiers plans de sauvetage des banques n'interviennent qu'en 1998 alors que la détérioration du bilan des banques datait de 1992.

Enfin, la relance budgétaire était inadaptée : trop de grands travaux et d'aides au BTP qui ont multiplié les infrastructures inutiles tandis que le secteur financier, affaibli, ne pouvait pas jouer son rôle de relais ou d'amplificateur de croissance.

En un mot : par une mauvaise articulation et un mauvais ciblage de sa relance, l'État s'est contenté de dépenser sans aucune efficacité, voire de s'affaiblir durablement. Les seules relances efficaces seraient alors celles qui serviraient à structurer l'avenir (infrastructures modernes, éducation, recherche) et celles qui feraient repartir la consommation (donc ciblées sur les personnes qui ont le plus tendance à consommer et à ne pas épargner : c'est à dire les classes sociales les plus défavorisées).

Pour mieux intervenir, il conviendrait sans doute de recapitaliser le système bancaire pour qu'il recommence à financer l'économie (les PME notamment) et rassure les épargnants. Puis dans un deuxième temps rétablir les conditions monétaires et financières (par une baisse des taux notamment). Les relances budgétaires ne viendraient qu'en troisième lieu mais de façon massive pour avoir un effet rapide sur la croissance mais aussi de façon temporaire pour éviter que les ménages n'anticipent, par une épargne trop forte, les hausses inévitables de la fiscalité à moyen terme pour rétablir les comptes de l'État ...

Où il sera question d'une question (...) qui fâche : qui a le pouvoir ?

Ce schéma est fort plaisant. Le problème est qu'entre la théorie parfaitement logique et la réalité, la trappe à liquidités attire des banques uniquement préoccupées par la restauration de leurs trésoreries. Pour le moment, seul Gordon Brown a assorti son soutien aux banques d'une plus grande capacité de contrôle par le biais, notamment, de nationalisations. Les aides fournies dans d'autres pays ne débouchent pas sur un contrôle accru, laissant les banques libres de jouer ou non le rôle qui leur serait assigné dans le plan théorique de sortie de crise en trois phases ... Le pouvoir n'appartient au politique que quand le politique décide de l'exercer. Mais après un quart de siècle de théologie libérale, le retour de l'État peine à s'affirmer jusqu'au bout de sa logique ...

Sans oublier la question ultime : jusqu'à quand ?

Dans de telles conditions, et si la crise devait encore s'approfondir, une politique d'équilibre ou d'équilibrisme risquerait de ne plus obtenir l'approbation des populations. Au final, les citoyens peuvent influer sur les politiques. Par le vote, par le sondage ou par la révolte (pensons à la Chine et aux révoltes qui se multiplient en province avec le retour des travailleurs migrants expulsés de leur travail sur la côte). La crise peut en effet devenir politique si l'économie se dégrade trop ou si un sentiment d'injustice s'insinuait dans les tréfonds de la société en constatant que les responsables des politiques financières et bancaires catastrophiques restent en place et donnent toujours des leçons. Le Congrès américain l'a d'ailleurs compris, qui a déjà mis en accusation Alan Greenspan en l'interrogeant sans ménagement, ainsi que le dirigeant de la SEC, sur sa responsabilité dans la crise que traverse le monde.

Dans le cas contraire, il ne faudrait pas s'étonner d'une remontée des tentations populistes et des dérives incontrôlables. Alors pourrait-on d'autant plus comparer la crise 2008 à celle de 1929 ...