L'Union Européenne peut-elle être considérée comme une puissance industrielle ?

Toute la difficulté du sujet résidait dans la notion de « puissance » industrielle. Ce n'était pas l'historique de l'industrie ou d'une politique industrielle de l'Europe qu'il fallait retracer mais il fallait réfléchir sur la notion de puissance à partir de l'état actuel de l'industrie européenne (d'où les documents remis). Il était nécessaire de réfléchir aussi sur ce qui constituait une puissance : l'addition des industries européennes constitue-t-elle une puissance ?

Les documents fournis permettent de mesurer la place qu'occupent les industries européennes dans le monde, premier pas dans la mesure de la puissance. Mais il convient alors de s'interroger sur l'existence d'un modèle et comment les entreprises européennes réussissent à gagner ou conserver des marchés alors que la politique industrielle européenne est (encore ?), de notoriété publique, quasi inexistante.

Entre définition de points forts (visibles notamment dans le document 4) et de points faibles (absents du même document), deux parties peuvent s'articuler dans une dialectique menant tout naturellement à statuer sur la notion de puissance via l'existence ou non de convergences continentales, organisées par le marché ou les instances européennes, seules susceptibles de trancher le débat sur la notion de puissance.

I- UNE PUISSANCE INDUSTRIELLE REPOSE SUR DES POINTS FORTS

A- YES WE DID

L'Europe a tous les attributs d'une grande puissance industrielle grâce à son histoire. Premier continent à avoir expérimenté les révolutions industrielles. Elle a connu la croissance des Trente Glorieuses. Aidée par les États-Unis dans la phase de reconstruction avec le plan Marshall. Puis en rattrapage rapide de productivité voire en dépassement. Elle s'est inspirée des méthodes des États-Unis dans la phase keynésiano-fordienne puis du toyotisme dans les années de crise.

C'est un espace qui a connu des IDE massifs comme le montre d'ailleurs la destruction du système de Bretton Woods (Brocéliande ?) par le biais des Euro-dollars à la fin des années 1960.

L'Europe enfin, c'est Airbus, Ariane ainsi que ... Airbus et Ariane ...

Dans le domaine de l'aérospatiale les succès permettent à l'UE de concurrencer les États-Unis qui cessent d'être leaders sur certains segments du marché (lanceurs civils ou avions grande ligne de plus de 106 places selon les années).

B- YES WE CAN

Industrie automobile, IAA, métallurgie, industries pharmaceutiques, technologies de production, industries chimiques.

Conquérir des parts de marché dans un environnement aussi compétitif que celui de l'automobile sur les dix dernières années montre la puissance de ce secteur.

Pendant que les États-Unis sont durablement affectés par la crise des Big Three devenue structurelle puisqu'elle a commencé dès le début du siècle, que le Japon connaît des parcours contradictoires au tournant du millénaire (entre Nissan qui doit subir les coupes sombres de Carlos Goshn et Toyota qui n'est rattrapé par la crise qu'en 2009 et voit revenir un membre de la famille du fondateur à sa tête Toyoda Akio), l'industrie automobile européenne a longtemps résisté.

À ces biens d'équipement durables il faut ajouter les industries lourdes de la chimie et les industries de haute technologie.

Si nous avons déjà évoqué l'aérospatiale, il faut aussi montrer les progrès de la technologie ferroviaire à grande vitesse autour d'Alstom et Siemens essentiellement, réunies ponctuellement dans des consortiums dès qu'il s'est agi de vendre le TGV à l'étranger.

C- YES, WE ARE

La puissance industrielle est aussi révélée par sa place au sein du marché mondial et des stratégies de FMN.

L'Europe s'est constituée d'abord comme un grand marché intérieur. Mais le pari de ses Pères fondateurs a été gagné puisque, quelle que soit la base de données retenue (échanges intra-communautaires inclus ou exclus) elle arrive en tête des palmarès mondiaux dans les produits manufacturés. 16.9% des exportations mondiales contre 11.5% pour les États-Unis.

L'UE dispose même de la première puissance exportatrice du monde avec l'Allemagne (mais cette fois, compte tenu des échanges régionaux).

L'attractivité européenne se traduit par les flux massifs d'IDE qui submergent deux champions comme le Royaume-Uni et la France. Il suffit de se rappeler du rôle des IDE dans le rattrapage économique de l'Irlande pour vérifier l'intérêt que constitue un marché solvable aussi puissant pour attirer des usines et de nouvelles technologies qui contribueront à pérenniser la puissance (théoriquement).

Mais l'Europe est aussi une grande exportatrice d'IDE et de technologies. L'un va souvent avec l'autre. Exportation d'Airbus avec transfert des technologies de l'A320 dans les usines de Tianjin par exemple pour gagner un marché chinois qui décolle. Exportation du TGV devenu KTX en Corée du Sud en 2004. Siemens qui remporte l'appel d'offre pour la construction du train à lévitation magnétique de Shanghai bientôt relié à la région de Nanjin. Autant d'illustrations de la puissance manifeste de l'industrie européenne.

Mais puissance de groupes industriels ne rime pas forcément avec puissance industrielle.

II- LES POINTS FAIBLES DE L'INDUSTRIE ÉLOIGNENT L'EUROPE DE LA PUISSANCE

A- LA POSITION DE L'EUROPE SE DÉGRADE POURTANT

Crises à répétition dans la sidérurgie, dans l'automobile, dans le textile, dans la construction navale. Des pans entiers ont dû être restructurés avec plus ou moins de bonheur.

Car la concurrence mondiale s'est exacerbée avec la montée en puissance des pays émergents. NPIA, Chine et maintenant Brésil.

Nécessité de passer par des plans d'aide comme RENAVAL, RETEX ou RESIDER. Malgré les deux premiers plans l'Europe a pratiquement disparu des deux secteurs. la construction navale s'est repliée sur les paquebots avant qu'un groupe coréen ne reprenne les chantiers français déjà passés sous contrôle norvégien préalablement.

Même un secteur fort comme celui de la chimie risque d'être touché, non cette fois par la concurrence, mais par la puissance normative qu'est devenue l'Europe. C'est ce qui inquiète les industriels avec l'entrée progressive en application de la directive REACH (Enregistrement Évaluation et Autorisation des Substances Chimiques). Helsinki accueille l'Agence des Produits Chimiques. Problème : le règlement est complexe (plus de 1000 pages en anglais utilisables uniquement avec un guide de plusieurs milliers de pages baptisé RIPS ou Reach Implementation Projects). Les entreprises ont du mal à trouver les spécialistes nécessaires, notamment des toxicologues. Pour les PME : risque de gouffre financier. En fonction des quantités produites, l'entreprise devra verser 81 000 à 2,2 millions d'euros pour pratiquer les essais. Sans compter les coûts indirects liés à la constitution des dossiers qui peuvent atteindre 50 % des coûts directs.

B- UNE ADDITION DE PUISSANCES N'EST PAS LA PUISSANCE

De quelle puissance parle-t-on ? De celle de l'Allemagne sans doute. C'est le pays le plus dynamique à l'exportation. Une balance commerciale largement excédentaire là où ses voisins sont négligeables ou largement déficitaires pour la plupart.

L'Allemagne a su se transformer pour redevenir compétitive après le choc de la réunification. Son modèle socio-économique a été largement amendé, des choix stratégiques ont été définis, permettant de gagner des parts de marché jusqu'en Chine dans le domaine de la machine-outil par exemple.

Une puissance industrielle ne peut faire l'impasse d'une stratégie à long terme, ce qui manque souvent aux puissances industrielles européennes, désarmées devant les diktats du marché et les logiques de FMN.

La force de l'Allemagne révèle par contraste les faiblesses des autres puissances européennes.

De la France engluée dans quelques spécialisations qui souffrent dès le début de la crise. Devenue déficitaire (-9.3 Mds d'€ en 2007), la balance industrielle française ne peut compter sur l'automobile pour passer les turbulences à venir. Le luxe est rattrapé par l'effondrement des marchés. La France est absente de technologies informatiques et souffre dans l'électronique. Le résultat (cf tableau) est une détérioration de sa balance industrielle ces quatre dernières années (noter le cas de l'automobile qui pointe du doigt l'une de nos faiblesses dans la période qui vient : les marchés étrangers entrant en crise, nos exportations ont du mal à se maintenir alors que nos importations bondissent. Peugeot construit la majorité de ses véhicules hors de France depuis 2007 par exemple. Enfin, la balance a plongé dans le rouge en 2008 avec un déficit de la balance automobile de 4.4 Mds d'€ à la faveur des mesures politiques (bonus-malus Borloo, primes à la casse) prises en France.

Longtemps donnée en exemple pour sa croissance rapide et son rattrapage, l'Irlande ne dispose que d'industries destinées au seul marché européen. Ces industries venues entre autres des EU pour bénéficier de l'effet d'aubaine que constituaient une fiscalité basse, une main d'œuvre formée, parlant anglais, ainsi qu'un large accès au marché européen peuvent devenir du jour au lendemain des « footloose industries » et ne constituent pas les bases solides d'une puissance.

Du jour au lendemain la dictature du coût peut détruire un appareil industriel en l'espace de quelques années.

C- DANS LA LUTTE QUI L'OPPOSE AUX AUTRES PUISSANCES, L'EUROPE RISQUE UNE DÉSUNION RENFORCÉE

Les coûts de production qui augmentent dans l'automobile illustrent ce risque.



Devant la montée des coûts dans le cœur industriel de cette branche, la seule solution trouvée par les manufacturiers a été la délocalisation massive vers les PECO. À une époque où le marché de l'automobile cale, les tensions s'aggravent entre les pays. On a ainsi entendu le premier ministre français, François Fillon, réclamer plus de construction sur le territoire national si l'État venait en aide au secteur. Une prise de position devenue nécessaire puisque les systèmes de primes instaurés en France et qui ont maintenu les ventes (baisse de seulement 0,7% en 2008) ont privilégié les automobiles d'entrée de gamme pratiquement toutes fabriquées à l'Est ...

On voit apparaître l'opposition qui se fait jour entre les logiques d'entreprises et les buts théoriques de la politique européenne de cohésion que la crise en cours rend encore plus criante.

Les seuls États qui échappent aux délocalisations entre 2002 et 2007 sont d'ailleurs majoritairement situés chez les nouveaux membres (République tchèque, Roumanie et Lituanie ont ainsi évité les pertes d'emplois par délocalisation tandis que moins de 10% des suppressions d'emplois étaient dûs à ces jeux d'entreprises dans les autres PECO exception faite de la Slovénie).

Si le cœur industriel semble résister à ce mouvement (moins touchées, la France avec 8.8% et l'Allemagne, 4.0% sont au-dessous de la moyenne européenne), les petits pays riches à marché intérieur plus réduit, les pays périphériques en retard de cohésion (le Portugal) ou les États trop impliqués dans les logiques de FMN qui leur échappent (Danemark et Royaume-Uni) ainsi que l'Irlande qui cumule les handicaps avec un marché trop étroit et une ultra-dépendance vis-à-vis des IDE souffrent tous de délocalisations massives.

L'Europe affiche une division de fait dans ses évolutions récentes. Une politique unie visant à la conquête du statut de puissance devient dès lors de plus en plus illusoire.

III- AU FINAL, LA NOTION DE PUISSANCE INDUSTRIELLE EUROPÉENNE RESTE TRÈS DISCUTABLE

A- L'EUROPE S'INGÉNIE À RATER LE COCHE SCRUPULEUSEMENT

Il fallait créer cette politique quand il était encore temps. À l'heure de l'internationalisation des entreprises, l'intervention publique devient presque impossible. Les étapes du ratage sont connues :

1957, quand le Traité de Rome ne prévoit pas de politique dans ce domaine. 1973, quand l'entrée du Royaume-Uni introduit un peu plus de désunion chez les Européens (souvenons-nous de l'attitude des Britanniques sur le programme Airbus, qui volent au secours de la victoire quand l'avionneur vend enfin des appareils aux États-Unis mais avaient quitté le navire quand la victoire semblait impossible ...).

1974, année marquée par l'abandon du Plan Calcul par la France qui renonce à participer à UNIDATA et met un terme définitif au rêve de voir surgir un Airbus de l'informatique capable de rivaliser avec le géant de l'époque : IBM.

1993 abandon de la TVHD européenne, encore une fois sacrifiée sur l'autel de la rentabilité et du renoncement devant l'industrie extra-européenne (japonaise cette fois).

1993, quand le Marché Unique pourrait créer enfin une dynamique européenne mais devient finalement le but ultime à atteindre sans politique d'accompagnement (devenue il est vrai difficile à mettre en place alors que l'OMC est sur le point de surgir pour veiller à la disparition de toute mesure de distorsion des marchés).

L'apparition tardive du statut de société de droit européen (adoption par la France seulement en juillet 2005) qui bloque longtemps les fusions transfrontalières alors même que le mouvement de fusion-acquisition prend son essor. Il a longtemps été plus facile de racheter des entreprises extra-européennes comme Nissan (par Renault) en 1999 que de fusionner deux groupes européens ...

2004 et 2007 enfin ont rendu toute politique industrielle cohérente impossible en accroissant les disparités au sein des États membres. Ce qui a été perçu comme une chance pour le bilan comptable et la stratégie des FMN européennes ou non a encore repoussé l'horizon d'une politique industrielle digne de ce nom.

Enfin on a déjà évoqué REACH qui fait peur aux industriels de la chimie. La directive peut être considérée comme un obstacle supplémentaire. Cependant, elle est une simple illustration de la voie trouvée par l'Union pour rester (ou redevenir) une puissance industrielle . L'enjeu, perçu aussi par l'administration Obama, est le suivant : respecter avant les autres les normes environnementales qui deviendront la règle du futur et sous-tendront le développement des nouvelles industries performantes.

B- POUR NE PAS COUPER DANS LES EFFECTIFS INDUSTRIELS, LE SAGE DOIT TROUVER LA VOIE (happy 80th anniversary)

Des efforts ont été consentis, des années durant, pour aider les industriels européens à lutter et se regrouper.

Les AMF en 1974 et jusqu'en 2005. Les accords d'auto(!)limitation des exportations d'automobiles japonaises en 1991 (accord finalement non publié car peu glorieux et qui n'a pas empêché l'Europe d'être progressivement prise d'assaut par les automobiles japonaises jusque dans mon garage !)

Cependant, ce type de mesures assimilables à du protectionnisme est proscrit par l'OMC et l'Europe doit trouver une autre voie pour susciter l'apparition d'une Europe Puissance industrielle.

Cette voie, c'est celle de l'environnement des industries. La mise en place de l'Euro devait accélérer l'unification des marchés européens. Deux obstacles cependant ont rendu ce catalyseur moins efficace que prévu : le refus britannique d'intégrer la zone Euro (ou Euroland) et, à partir de 2003, l'appréciation de la monnaie unique qui handicape les exportations vers les pays tiers (à moins de faire subir à l'économie une transformation drastique comme l'a fait l'Allemagne).

La recherche d'un meilleur environnement a aussi présidé à la mise en place de programmes visant à créer des synergies trans-européennes comme EURÊKA en 1985. C'est aussi tout l'enjeu de la stratégie de Lisbonne : créer l'économie la plus performante du monde entre 2000 et 2010 ... L'accent est alors mis sur la recherche-développement, sur l'enseignement supérieur mais aussi sur l'employabilité des actifs âgés. Lisbonne met en lumière une partie des obstacles qui persistent ou se lèvent sur la voie de la puissance.

La R&D reste insuffisante (1.81% au Royaume-Uni, 1.1% en Italie et 1.07% en Espagne en % du PIB en 2007 !) et retarde les mutations nécessaires de notre tissu industriel. Où est l'Europe dans les technologies de l'information et de la communication (doc 4) ou dans l'équipement audio-vidéo (et loisirs) ? Loin du reste du monde. Même l'aéronautique, présentée comme un succès extraordinaire de la construction européenne, ne fait pas le poids face aux États-Unis quand il s'agit de gagner des marchés à l'extérieur de l'Europe ... D'après le même document 4, l'Europe ne fait bonne figure que dans le domaine de la pharmacie, secteur d'avenir au vu du vieillissement de notre population. Or ce vieillissement est un obstacle supplémentaire sur la voie de la puissance ...

À la différence des programmes EURÊKA et consorts, la grandiloquente Stratégie de Lisbonne mettait en jeu les États et non les entreprises. Son échec patent aura finalement fait ressortir le principal défaut de l'Europe : sur le plan politique, nous sommes en face d'une im-puissance européenne ou d'une dés-Union européenne.

C- TANT QU'UNE L'EUROPE POLITIQUE FORTE (DONC FÉDÉRALE) N'EXISTERA PAS, LA PUISSANCE INDUSTRIELLE RESTERA EN PANNE

Puisqu'il faut acter le fait que l'Europe n'a pas su imposer une politique industrielle dans un contexte international devenu plus libéral, au moins pourrait-elle éviter de jouer contre son industrie ...

Même un point fort comme le programme Airbus (qui subit comme son concurrent Boeing-MDD les turbulences des marchés et met en place le Plan Power8) est victime de la construction européenne telle qu'elle a pu fonctionner jusqu'à présent. Alors qu'Airbus était une réussite européenne, car née en dehors de toute politique communautaire mais sous la protection de quelques États, le passage à un marché plus ouvert lui pose d'autant plus de problèmes que le monde politique des différents partenaires et acheteurs n'a pas évolué au rythme de l'économie. Les déboires de l'A400M sont là pour le montrer. Cet avion militaire était présenté en 2003 comme le fer de lance de la nouvelle Europe de la Défense. Pourtant le programme s'est enlisé sous la pression d'exigences politiques contradictoires. À l'heure où les entreprises s'internationalisent, les politiques ont mis un veto au choix d'un motoriste américain (Pratt&Whitney) pour privilégier un consortium européen (EPI) qui a déjà pris trois ans de retard. Les mécanos industriels voulus par le monde politique pour assurer la puissance par l'indépendance peuvent se révéler contre-productifs et se retourner contre la puissance industrielle elle-même.

Les tribulations de l'EPR sont une autre illustration de l'impact funeste de la désunion politique sur des projets industriels stratégiques. Après le retrait de l'Allemagne de la filière nucléaire, c'est le desserrement du lien franco-allemand qui permet à Siemens d'abandonner Areva en janvier 2009 dans la construction des réacteurs nucléaires de dernière génération.

Dans un domaine industriel plus traditionnel, l'affaire de la suppression des AMF en 2005 a montré à quel point l'Union était incapable d'avoir une politique industrielle cohérente. Alors que les importations de textiles et vêtements chinois explosaient et que les entreprises textiles (même italiennes) connaissaient plans sociaux sur plans sociaux, le commissaire au commerce extérieur avait décidé la mise en place de quotas in extremis avant de revenir sur sa décision sous la pression des lobbies de la distribution.

Incapacité à trouver une attitude commune entre pays de l'Union (renforcée par les effets destructeurs des derniers élargissements) et incapacité toute aussi dangereuse à arbitrer au profit de l'industrie dans le combat qui l'oppose au secteur services-distribution (de loin le premier employeur de l'Union) : voilà les deux principaux obstacles à l'entrée de l'Union européenne dans le club très fermé des « puissances industrielles ».

CONCLUSION

L'Europe reste donc une addition de puissances industrielles qui perdent progressivement du terrain sur les puissances montantes. Certes elle paraît mieux résister que les États-Unis et le Japon au début du XXIème siècle? Mais c'est après avoir pris un retard considérable dans les domaines porteurs du futur (technologies de l'information et technologies vertes). Déjà les taux de croissance de ses exportations sont inférieurs à ceux du reste du monde et de la Chine en particulier (Chine déjà devenue troisième puissance mondiale en 2008 devant l'Allemagne). L'affaire des textiles chinois a d'ailleurs révélé que l'Europe privilégiait nettement la notion d'espace européen à celle de puissance industrielle. L'Union européenne, espace uni de production et surtout de commercialisation, est devenue un formidable marché pour les puissances industrielles montantes. Mais l'espace n'est pas une puissance. C'est ce qu'ont compris tous les grands pays émergents ainsi que les deux autres pôles de la triade, même englués dans la crise, qui pratiquent des politiques industrielles cohérentes. La méthode « COHÉ » (cohérence et cohésion) semble avoir échappé durablement aux représentants de nos pays ...