C'est un exemple qui peut être intéressant. Quand je vous parlais de l'inventivité des populations bidonvilloises : l'exemple de Rocinha, à Rio, est particulièrement parlant.

Exemple de réhabilitation lente et réussie : l'asphaltisation de Rocinha

L'asphaltisation de Rocinha : quand la favela devient un marché

Venues de l'extérieur, les affaires prennent d'assaut Rocinha : c'est le processus “d'asphaltisation” (version favela de la gentrification quand la ville asphaltée ou ville légale pénètre la ville illégale).

Rocinha est câblée avec un service télé (TV Roc) depuis 1997. Deux packs au choix : de base (environ 8$ par mois) ou premium (avec chaînes cinéma : 13 $ par mois). On voit maintenant dans ces habitants des consommateurs potentiels. 30 000 clients en 2005 et 32 techniciens pour assurer la maintenance dont la moitié vit à Rocinha-même. La lutte avec les pirates qui arrosent les 2/3 des favelas de Rio est cependant toujours âpre.

La Caixa Economica (banque d'État) a ouvert un établissement dans la favela et développé l'usage de la carte de crédit.

Depla (grande firme brésilienne de développement photographique) s'installe en 1996 en faisant le raisonnement suivant : les habitants ont des revenus. Ne payant pas d'impôts ils peuvent même avoir plus de liquidités que leurs voisins légalement installés. Ils ont des enfants et aiment les prendre en photo . Donc ... La firme a ouvert des magasins dans les favelas.

McDonalds aussi a ouvert non pas un restaurant mais un kiosque qui vend de l'eau et des glaces (pas de hamburgers). Le retour sur investissement est énorme. Depuis 2001 c'est l'explosion de “l'asphaltisation”.

En 2002 Bob's ouvre un fast food (c'est le rival brésilien de McDonalds avec son “Bob's Big Boy”). Brasimac, entreprise de meubles de Sao Paulo ouvre un magasin de deux étages à air conditionné pour vendre des meubles bon marché. Le service marketing a en effet conclu qu'une population captive existait qui devait faire 20 mn de bus pour aller en centre-ville à Barra de Tijuca pour faire ce type de courses.

Deux grandes pharmacies ouvrent en décembre 2001 dans la partie basse de Rocinha : elles concurrencent la douzaine de pharmacies locales de la favela qui ferment les unes après les autres comme le magasin de location de cassettes (tenu par un commuter inversé qui vit à Copacabana et travaille à Rocinha) a perdu les ¾ de son CA depuis l'installation des chaînes câblées.

L'arrivée d'immigrants chinois qui investissent les petits snack-bars à prix cassés pose le même problème.

On trouve à Rocinha le même phénomène que dans une ville US quand Wal Mart s'installe et tue les commerces traditionnels de Main Street ...

Autre forme d'asphaltisation (d'origine locale cette fois) : le courrier. Les postes brésiliennes ne desservent que les rues légales. Pour les “becos”, des opérateurs privés locaux s'en chargent : Coreios Zig-Zag et Correios Amigos. Estaçao Futuro (fondée par Viva Rio, organisation non lucrative chargée de développée les quartiers pauvres de Rio) se charge de développer internet. L'asphaltisation ne relie plus seulement Rocinha aux quartiers légaux de Rio mais au monde entier de cette façon. C'est de l'asphalte international. Le but est de générer de nouvelles entreprises locales même si les jeunes qui occupent les claviers recherchent essentiellement de la pornographie.

Tout peut devenir un marché. Vous avez sans doute déjà lu des articles sur le micro-crédit. Ici c'est une autre forme d'intégration qui méritait un petit coup de projecteur.

L'exemple est évoqué dans Shadow cities : a billion squatters, a new urban world de Robert Neuwirth 2006 chez Routledge éditeur.

Je peux vous résumer son étude sur Dharavi à Mumbai ou Kibera à Nairobi si cela vous intéresse.