Depuis mi-2003, la guerre fait rage au Darfour quand les milices Janjaweed arabes, armées par le gouvernement attaquent le Darfour pour en contrôler les terres. Une politique de nettoyage ethnique contre les tribus africaines de l'Ouest commence. Les attaques menées par les forces gouvernementales et les milices Janjawid alliées ont conduit à la mort de plus de 300 000 Darfouriens et au déplacement de plus de 2.7 millions de personnes. Le déploiement de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MIAS) en 2004 n'a servi à rien : la crise humanitaire ne cesse de s'aggraver tandis que le conflit (que les EU et l'ONU soupçonnent de masquer un génocide) menace de s'étendre à un conflit Tchad-Soudan par l'intermédiaire de milices soudanaises. La situation s'envenime aussi au Nord de la Centrafrique. Depuis 2007 une mission conjointe de l'ONU et de l'UA est en place : la MINUAD. L'armée soudanaise l'a déjà bombardée en 2008 ...

Pourquoi ce conflit ? Crise climatique, explosion démographique poussent à une lutte pour la terre. Les régions périphériques s'opposent au pouvoir central. Les attaques Janjawid visent à affermir le pouvoir du centre en pratiquant vraisemblablement une épuration ethnique. Des ressources pétrolières ont aussi été découvertes au Sud Darfour, dans le prolongement des gisements du Sud du pays (où l'ALS est présente)

L'ALS est une émanation armée du Mouvement de Libération du Soudan fondé en 1993 au Sud du pays et qui réclame un État fédéral, démocratique et laïc. Une partie du MLS a rejoint le gouvernement en 2004, d'autres factions continuent la lutte au Sud et surtout au Darfour à partir des attaques Janjawid de 2003. L'État arabe de Khartoum tente d'éviter une alliance entre Darfour noir et Sud-Soudan noir aussi, qui pourrait dégénérer en indépendance : une indépendance de provinces pétrolières ! D'où l'intervention des milices arabes janjawids (on insiste ici sur l'opposition entre populations du Nord issues des peuples arabes, dont les Janjawid, et les populations du Sud et de l'Ouest, noires, pour simplifier.)

La guerre du Darfour peut en fait être perçue à travers la thématique du pétrole comme une lutte entre les EU et la Chine pour le contrôle des gisements. Les EU sont en pointe contre le Soudan tandis que Chevron s'occupe de l'exploitation des gisements tchadiens de l'autre côté de la frontière. La Chine soutient Omar el Béchir même depuis mars 2009 où le président soudanais est enfin poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crime de guerre et crime contre l'humanité. La Chine lui vend des armes tandis que les EU arment l'ALS.

Dans ce conflit, l'UE est peu unie. La position de la France est dictée par les événements puisque l'armée française se trouve confrontée aux incursions des milices soudanaises janjawid dans deux pays avec lesquels elle a des accords de coopération militaire (Tchad) ou de défense (Centrafrique). Mais de là à envoyer des troupes ou rallier la position US d'opposition frontale, il y a un pas que Tony Blair ne veut pas franchir pour l'Europe (par exemple).

En dehors des aspects purement militaires; le Darfour et le Tchad oriental montrent les méfaits d'une situation de crise sur l'économie d'une région et sur ses équilibres fragiles. Alors que les oueds frontaliers étaient des lieux de pâturage traditionnel grâce aux "châteaux d'eau des massifs volcaniques), ils sont en voie d'appauvrissement rapide depuis que les mouvements de population (et de troupeaux) ont abouti à une surexploitation du côté tchadien. Les paysans et/ou éleveurs tchadiens sont touchés à leur tour. Partout, du côté tchadien, se multiplient les camps de réfugiés (de l'intérieur et du Soudan). Camps qui deviennent des bases arrières pour l'ALS contre les Janjawid qui ne se privent pas d'intervenir sur les territoires étrangers. Les villes et villages sont les autres espaces d'accueil de réfugiés. les seuls qui tirent profit de cette situation sont :

du côté soudanais, les janjawid qui prennent la terre des populations locales massacrées et/ou déplacées vers des camps ou des villes dans un habitat de fortune

du côté tchadien, les commerçants de l'Ouest qui font des affaires grâce à l'afflux de clients et à la crise alimentaire liée au surpâturage. Le marché noir (magendo) est en croissance rapide.