LES POLITIQUES DE VOISINAGE DE L'UE

PETIT LEXIQUE SUR LA POLITIQUE DE VOISINAGE

Comme toujours quand il s'agit d'Europe, la technocratie européenne utilise des mots particuliers, un vocabulaire qui nécessite souvent une traduction.

Accord d'association : Accord signé avec des pays tiers pour instaurer une coopération économique et politique pour progresser vers le libre-échange et d'établir un cadre pour le evrsement d'aides financières. Accords passés avec les derniers adhérents avant 2004 et 2007. Accords passés avec les 12 pays partenaires riverains de la Méditerranée dan sle cadre du partenariat euroméditerranéen lancé en 1995 à Barcelone.

Accord de partenariat et de coopération : signé par l'UE et certaines anciennes républiques soviétiques. Moins contraignants que les accords d'association, ils ne prévoient pas de libéralisation des échanges. Ils posent les conditions d'un dialogue politique suivi.

CARDS (Community Assistance for Reconstruction, Development and Stabilisation) : Programme lancé en 2000 pour reconstruire et stabiliser politiquement les pays de l'ex-Yougoslavie et l'Albanie. Vous reconnaissez là la propension toute européenne à trouver des acronymes signifiants. Mais cela ne vaut pas les fameux "RABITS" évoqués hier en cours !

CEI (Communauté des États Indépendants) : Organisation créée en décembre 1991 qui se compose des anciennes républiques soviétiques à l'exception des trois États baltes.

Coopération économique de la mer Noire : Fondée en 1992, organisation visant à développer les échanges entre États riverains ou proches de la mer Noire (Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bulgarie, Géorgie, Grèce, Moldavie, Roumanie, Russie, Turquie et Ukraine).

EEE (Espace Économique Européen) : Aire de libre échange entrée en vigueur en 1994. Elle regroupe l'UE et Norvège, Islande, Liechtenstein.

GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie) : Association régionale lancée en 1996 pour renforcer la coopération entre ces États. L'Ouzbékistan y est entré en 2000 puis ressorti en 2002.

Machrek : « Orient » en arabe. Pays riverains de la Méditerranée orientale, de la Libye à la Syrie.

Proche-Orient : Notion assez semblable mais qui inclut parfois la Turquie et l'Irak ainsi que Chypre.

Moyen-Orient : Englobe la péninsule arabique, l'Irak et l'Iran. On l'étend parfois jusqu'au Pakistan. MAIS on l'emploie de plus en plus dans son sens anglo-saxon, en y incluant le Proche-Orient.

UMA (Union du Maghreb Arabe) : Créée en 1989 pour développer les relations entre Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye. En sommeil depuis plusieurs années en raison de la situation en Algérie.

Meda : Principal instrument financier de l'UE pour la mise en oeuvre de son partenarait avec 12 pays méditerranéens. But : contribuer à la stabilisation politique de ces États, à leur développement économique et au renforcement des relations commerciales avec l'Europe.

PPM (Pays partenaires Méditerranéens) : Du processus de Barcelone. 12 (avant l'adhésion de Malte et Chypre) puis 10 : Algérie, Autorité Palestinienne, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie, Turquie.

ISPA (Instrument Structurel de PréAdhésion) : Lancé en 2000 pour aider les PECO dans le domaine des transports et de l'environnement.

PHARE (Pologne-Hongrie, Aide à la Reconstruction Européenne) : Programme lancé en 1989 pour aider Pologne et Hongrie à se réformer, puis étendu pour devenir à partir de 1998 comme principal instrument de préparation à l'adhésion à l'UE des pays candidats.

TACIS (Programme d'assistance technique pour la CEI) : Lancé en 1991, principal instrument de coopération et d'assistance de l'UE envers la CEI et la Mongolie.

PEV (Politique Européenne de Voisinages) : Lancée en 2003 par Romano Prodi en 2003. Politique qui vise à unifier les instruments financiers pour l'ensemble des voisins de l'UE au Sud (Méditerranée) et à l'Est (de la Biélorussie aux États du Caucase)

Instrument Européen de Voisinage : Instrument en place depuis 2007. Il remplace Tacis et Meda.

OSCE (organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) : Forum permanent qui comprend 55 États d'Europe et d'Amérique du Nord. Questions traitées : contrôle des armements, diplomatie préventive, prévention des conflits.

INTRODUCTION

Problématiques



La place de l'Europe ne peut être maintenue ou augmentée que par le renforcement de son aire d'influence régionale. Les relations avec les voisins sont donc vitales pour notre avenir.

Mais ... Relations très complexes pour ne pas dire totalement floues !

Voisins devenus membres. Demandes d'adhésion parfois plus anciennes du côté de ceux qui frappent à la porte : 1963 pour la Turquie ... 1994 pour la Pologne ou la Hongrie ...

Problématique supplémentaire : Les relations sont complexes avec les voisins tant que l'Europe n'a pas défini ses limites. Association ou adhésion future ? Débat. Que faire de l'Ukraine ? Qui veut (du moins son président Viktor Ioutchenko et son futur ex-premier ministre Ioulia Timochenko car en sursis depuis septembre 2008) se rapprocher de l'UE pour échapper à la Russie ... (octobre 2007 bloc Timochenko (Biout) remportait les législatives devant Viktor Ianoukovitch, russophile et premier ministre sortant, et « Notre Ukraine » du président Ioutchenko, menant Timotchenko au poste de premier ministre le 18 décembre 2007). Et au-delà, si l'Ukraine rejoint l'Europe, que faire des républiques du Caucase ? De la Géorgie (surtout après l'été 2008) ?

Plus l'Europe s'élargit, plus elle se rapproche de problèmes lourds à gérer :

Comment faire avec la Russie ? Les exemples ukrainien et géorgien le montrent. Sera-t-elle capable de faire front contre les prétentions d'un régime en pleine reconquête de statut international ? À ce propos, la résolution du conflit éorgien, cet été, montre clairement les limites de la diplomatie européenne malgré l'investissement du président en exercice de l'UE ...

Au Sud, le voisinage avec des pays musulmans où le terrorisme tue encore ... Choc des civilisations à venir ?

I- UNE POLITIQUE DE VOISINAGE DÉLICATE MAIS IMPÉRATIVE

A- DÉLICATE PARCE QU'IL EXISTE DES FOSSÉS ( RELATIFS) ...

1- Économiques

Classement IDH 2005

(TOP, dans le tableau, signifie "territoires occupés palestiniens", nomenclature retenue par le PNUD dans ses publications. Dans le tableau suivant (et par souci d'équilibre politique) je reprends la deuxième nomenclature soit TAP ou territoires de l'autorité palestinienne)

L'élargissement du 1er janvier 2007 a augmenté la population de l'UE de 6,3% (comme en 1995) et son PIB de 1% seulement ...

Celui de 2004 avait élargi l'Europe de 19% pour la population et de 4,5% pour son PIB.

Riches au Nord, pauvres à l'Est visiblement. Plus grave au Sud ?

Ça se discute ...

IDH 2005 (rapport 2007)Moldavie et Caucase sont moins riches que Tunisie, Liban Jordanie et Turquie. En PPA Tunisie tout près de la Roumanie. Comme Turquie ...

Situation difficile en Russie. Mais on peut y voir le résultat d'une décroissance des années 1990. trend de remontée plus rapide maintenant.

Phénomènes de convergence malgré tout. Variété des situations Est et Sud Méditerranée ainsi qu'Est : Pas de classement en un seul ensemble a priori. Délicat.

ÉVOLUTION DES IDH DANS LES PAYS VOISINS DE L'UE

Fossé Ouest-Est paraît inférieur à fossé Nord-Sud ? À cause d'analyses plutôt liées à la civilisation. car ne se vérifie pas dans les IDH ... et PIB PPA

2- Les dégâts de la pensée huntingtonienne

(Le choc des civilisations) 1997. Tous ceux qui veulent absolument voir un fossé Nord-Sud

Pays musulmans. Difficultés de développement mais surtout extrémisme religieux. Double fossé : économique et surtout culturel. La Méditerranée serait une frontière entre le dedans et le dehors de l'Europe.

Mais pourtant des convergences existent.

Les flux de migration restent très concentrés sur la Méditerranée : 60% des demandeurs d'asile sont des euroméditerranéens. Indicateur de pression à l'émigration potentielle. Liens très forts. passé commun. Mais conflictuel : cf problème de la reconnaissance des injustices de la colonisation :

« Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité » (discours N. Sarkozy Toulon février 2007)

« Il est aussi juste de dire qu'à l'intérieur de ce système profondément injuste, il y avait beaucoup d'hommes et de femmes qui ont profondément aimé l'Algérie, avant de devoir la quitter. » (même référence)

Convergences malgré tout :

« La graine et le mulet » sorti il y a exactement un an, le 12 12 2007. Abdellatif Kechiche. Prix spécial du Jury, Prix de la critique internationale à Venise (plus meilleure jeune actrice). On est en plein dans l'intégration possible.

Idem dans les docs et la politique du Conseil de l'Europe.

Idem. Liens avec l'Est de part et d'autre des frontières.

B- ... QUE DES FORMES D'INTÉGRATION RÉGIONALE PARVIENNENT À DÉPASSER

1-Espace commercial commun :

Par le tourisme :

Flux aériens Nord-Sud. Méditerranée lac européen. Égypte 1990 30% des touristes sont de l'UE15. 2004 : 56%. 6% de Russie. Plus 6 à 7% des PECO. 95% des voyages allemands dans région méditerranéenne et Est !

Espace économique commun :

Europe Ouest, Centrale, Turquie : entre 75 et 90% de leurs échanges dans la région. Ne pas surestimer la « tutelle » US qui serait puissante en Méditerranée de l'Est : Israël commerce plus avec UE qu'avec les EU.

Mais ... relations commerciales ne progressent que lentement avec l'Est méditerranéen et la Russie ... Les EU pourraient renforcer malgré tout leur influence ...

UE 51% des exportations des PPM et 58% des importations contre 7,5% des exportations de l'UE et 7% des importations seulement. Problème de dissymétrie ... Très marquée !

2- Intégration par les investissements.

Traitements à deux vitesses selon qu'on est au Nord ou au Sud de la Méditerranée ... MAIS EN TRAIN DE CHANGER

Classement 2005 en % du PNB, les IDE privilégient Azerbaïdjan (pétrole), (1er mondial).Brunei HK 4ème Estonie Singapour Luxembourg 7ème Liban 8Malte 9Bulgarie 14Géorgie 19Jordanie

Afrique du Nord reçoit 13 Mds de $ en 2005 soit 42% de l'Afrique (mais Soudan compris dans les stats du FMI ... Privatisations en Tunisie et Maroc plus pétrole en Égypte.

Russie reçoit 14,6 Mds $ en 2005. Ukraine 7,8. Roumanie 6,4

UE : 3/5 des IDE de l'Europe SE et CEI EU 10%, Russie 5% UE25 en 2005 a fait acquisition d'entreprises pour 14 Mds de $ quand les EU n'en prenaient que 2 ! Énorme mutation par rapport à l'avant 2000 : l'UE reprend des relations beaucoup plus serrées avec la CEI et la Russie.

Indice de corruption n'intervient pas dans les choix visiblement ...

C- ... MAIS SURTOUT IMPÉRATIVE, PARCE QUE C'EST UN ENJEU ESSENTIEL POUR L'UE

1- Pour le maintien de la puissance de l'UE.

D'ici 2050 la population de l'UE va perdre 50 à 70 millions d'actifs. En 2025 le Maroc sera plus peuplé que l'Espagne et la Turquie que l'Allemagne. Cf financement des retraites ... Maintien de services ...

Plan éco : UE = 23% du PIB PPA. 27% avec l'ancien monde soviétique (chiffres de 2000). 30% avec PPM.

Besoin de stabilité politique.

2- Pour des enjeux géopolitiques majeurs

Qui tiennent à l'approvisionnement en énergie !

La production d'énergie de l'UE va baisser (mer du Nord : RU 80 Mds m3 et 76,6 Ms de t en 2006 contre 102 Mds et 116 Ms en 2002 ! -34% en 4 ans pour le pétrole ! -21% pour le gaz !) Baisse aussi dans le nucléaire avec l'Allemagne ! MO, Russie, Caspienne Algérie, Libye ! À privilégier d'urgence ...

Souvenir de Tchernobyl fait du nucléaire une préoccupation rémanente. Sites dangereux à l'Est. (militaire, stockage, vieilles centrales comme dans banlieue de St Petersbourg). La Libye va avoir sa centrale. La Roumanie s'est engagée dans une augmentation de son parc. La Russie aussi. L'Ukraine de même. (L'Iran). On parle de la Turquie à partir de 2010 ...

D'où les dépenses du programme TACIS pour la Russie et l'Ukraine : mise aux normes pour sécurité nucléaire. 800 Ms d'euros entre 1991 et 2000 (200 Ms dans les PECO au titre de PHARE).

L'eau pose problème aussi ...

Problèmes de conflits potentiels sur l'eau (Turquie avec programme GAP great anatolian project depuis 76). Augmentation des besoins avec explosion urbaine et démographique au Sud, industrie, industrie énergétique, changement climatique : rive Sud et Est ainsi qu'Est Europe plus de stress. Bassin versant du Nil qui passe au-dessous des 1700 m3/personne et par an (seuil minimal préconisé par l'OMS ...)

Problème des eaux usées : jusqu'en 1990 St Petersbourg n'avait même pas une usine d'assainissement des eaux usées ! Problèmes à répétition dans le golfe de Finlande. Maroc et Tunisie sous-équipés. Eau distribuée à Gaza trop forte en nitrates, impropre à la consommation selon OMS.

Sans compter l'enjeu des femmes et de leur éducation. Sur 100 jeunes femmes encore 40 analphabètes au Maroc et 20 en Syrie. Nécessité d'une intégration des réseaux éducatifs. Quand ces pays envoient des étudiants à l'étranger, garçons surreprésentés : 100% en Syrie si on fait des stats sur la classe !!! Plus équilibré en Tunisie ! Et c'est vrai ! (2 garçons pour une fille pour les pays de l'Est Méditerranée).

II- LES POLITIQUES RÉGIONALES DE L'UE

Avant 2003, elle privilégie les PECO avec les programmes de pré-adhésion, au détriment des pays d'Asie et d'ASS. Montre les insuffisances du processus de Barcelone

A- UN GRAND DESSEIN AVORTÉ : LE PROCESSUS DE BARCELONE Stratégie de Lisbonne, Processus de Barcelone: autant d'échecs ... Une malédiction péserait-elle sur les métropoles ibériques ?

1- Le partenariat euroméditerranéen

28 novembre 1995. Ressources budgétaires pour les PPM. Trois volets de coopération : politique et sécurité, économique et financier, socioculturel et humain.

Aides de deux ordres : programme MEDA géré par la Commission. Et prêts de la BEI (Banque Européenne d'Investissement, fondée par le Traité de Rome qui soutient la réalisation des politiques de l'UE quand elles nécessitentd es investissements à long terme. Elle consent aussi des prêts hors de l'UE : elle emprunte sur les marchés financiers)

MEDA II (2000-2006) 5,35 Milliards d'euros : 960 Ms Maroc, 730 Tunisie 365 Algérie. Pourquoi ces différences de traitement ? Parce que l'Algérie ne monte pas de dossiers (pas assez). Aussi parce que son économie va mieux depuis la remontée des cours du pétrole. Mais surout par un relatif déficit démocratique (les fonds sont liés à des avancées dans ce domaine)

2- Des attentes déçues

Relatif échec du « dialogue euroméditerranéen », lancé lors de la conférence de Barcelone, en novembre 1995. Processus d’intégration régionale actuellement en panne, pour plusieurs raisons. Le processus de Barcelone devait avancer grâce aux relations bilatérales entre l’Union européenne (UE) et chaque pays du sud ou de l’est de la Méditerranée, à travers des « accords d’association » avec l’UE conclus pays par pays.

Accès libre au marché agricole de l'UE : L’UE reste trop protectionniste surtout pour son marché agricole, l’Espagne se trouvant en situation de concurrence directe avec les produits agricoles proposés par le Maroc ou la Tunisie notamment.

Aussi, la conclusion d’accords de libre-échange, notamment avec le Maroc et la Tunisie (dès 1996), prévoyant une ouverture totale des marchés de ces deux pays à l’horizon 2010, n’a pas drainé assez d'IDE qui ont eu tendance à occuper des « niches » spécifiques, comme par exemple les centres d’appels d’entreprises françaises vers la Tunisie ou le Maroc.

UE concurrencée même par les capitaux du Golfe ou la Chine.

Autre demande non satisfaite pas : libre circulation des personens (« Visas » crient les Algériens lors de la dernière visite de J. Chirac. N. Sarkozy pris à partie aussi en décembre 2007)

Absence d’initiative politique forte, ce terrain étant abandonné au profit des relations économiques et des accords bilatéraux. Le durcissement du conflit palestinien, après 2000, et l’aggravation radicale des conditions de vie dans les territoires occupés focalisent aussi l’attention d’une partie des élites politiques dans les pays du sud de la Méditerranée. Leur croyance en un « dialogue », animé par le Nord et qui résoudrait les problèmes de la région, dans l’harmonie et l’échange, en a pris un sérieux coup.

B- DES INTERVENTIONS PLUS LOCALISÉES

1- Des coopérations transfrontalières : INTERREG

Coopérations transfrontalières

Comme les frontières ralentissent le processus d'intégration régionale, l'UE a créé le programme interreg pour renforcer les coopérations. Même au-delà des espaces de l'UE. Même l'ex URSS est comprise dedans. mais les effets sont limités.

2- Des associations négligées : le triomphe du bilatéralisme

L'UE prend part à la Coopération économique de la mer Noire depuis l'élargissement de 2007 mais aps avant. Rien avec le Guam pourtant aux portes.

Accord de partenariat et de coopération : signé par l'UE et certaines anciennes républiques soviétiques. Moins contraignants que les accords d'association, ils ne prévoient pas de libéralisation des échanges. Ils posent les conditions d'un dialogue politique suivi.

3- L'intégration des Balkans

Processus de reconstruction via le programme CARDS. Accords commerciaux et d'association signés avec l'UE. Accords de préférence non réciproque. En 2004 l'UE représentait 84% de leurs échanges de biens. Croatie, candidat officiel, profite le plus de ce début d'intégration. Depuis sommet de Zagreb en novembre 2000, accords de libre-échange signés avec autres États de l'ex-Yougoslavie et l'Albanie. Retour de réfugiés, arrestation de criminels de guerre, suppression des visas, amélioration des infrastructures de communication.

C- DE NOUVELLES OFFRES LIMITÉES POUR DES ATTENTES TOUJOURS INSATISFAITES

1- La Nouvelle Politique de Voisinage

Romano Prodi a lancé fin 2003 une “nouvelle politique de voisinage” pour les pays qui n'adhéreront pas. Initialement prévue pour les pays allant de la Russie au Maroc, cette politique ne concerne plus la Russie qui veut toujours être traitée à part. La renégociation de son accord de partenariat a pâti des tensions avec la Pologne.

La Turquie est exclue puisqu'elle négocie (en théorie) son adhésion. 16 pays sont concernés jusqu'à l'Azerbaïdjan (Arménie, Géorgie) pour faire le tour de la Mer Noire.

La nouvelle politique de voisinage est l'héritière des programmes TACIS (Europe de l'Est) et MEDA (du processus de Barcelone 1995). Paix, stabilité et prospérité sont toujours au programme mais avec un nouvel enjeu : la sécurité de l'approvisionnement énergétique. La politique s'appuie sur des plans d'action de trois ans, très flexibles selon le degré d'association des états à l'UE. Depuis 2007, elle est gérée à travers “l'Instrument européen de voisinage” géré par la Direction générale des relations extérieures de la Commission. Buts : libre-échange à terme et meilleure “gouvernance”. En revanche la politique de migration reste au point mort et dépend du bon vouloir des États à délivrer des visas.

2007-2013 : 12 Milliards d'euros (seulement ... à comparer aux 308 Milliards d'euros de la Politique de cohésion). Le problème de cette politique vient aussi des résultats mitigés des politiques qui l'ont précédée. Le partenariat euro-méditerranée se résume à des relations purement bilatérales. Seule la Tunisie a bénéficié notablement de la politique en obtenant 14% des fonds et en doublant les échanges avec l'UE depuis le milieu des années 1990.

2- Pourquoi si peu ?

L'UE privilégie le commerce.

L'adhésion marque le pas. Manque d'unité au sein des États (cf débat sur le referendum du traité constitutionnel) et entre les États. La question de la Turquie particulièrement sensible. encore maintenant en france. Trans-partis politiques. Entre J. Chirac et Nicolas Sarkozy par exemple. Entre les deux JP Raffarin promettait un referendum sur la Turquie « to win, the yes needs the no to win against the no » ...

3- Deux grands candidats à contre-temps ?

La Turquie

L'élargissement semble être au point mort dorénavant. Décembre 2006 : gel de 8 des 35 chapitres de la négociation pour l'adhésion de la Turquie. (notamment sur la question chypriote).

Pourtant la Grèce, dorénavant bien reliée à l'UE via les deux nouveaux entrants, souhaite un rapprochement avec la Turquie pour stabiliser son voisin et bénéficier de l'ouverture du marché turc.

Pourtant la Turquie a fait ce qu'elle pouvait : Union douanière avec l'UE en 96 qui fait souffrir ses entreprises car les subventions de l'UE n'arrivent pas (pour des raisons politiques). Crise de 2000-2001 occasion de réformer l'économie. Passage d'une hyperinflation à une inflation à un chiffre ! Abolition de la peine de mort en deux temps (même en temps de guerre) (au contraire du Traité constitutionnel de Lisbonne ...)

Mais on n'en veut pas : génocide arménien. Reconnaissance des droits des Kurdes ...

C'est à cet endroit du cours sur le voisinage que se place notre passage "Manuscrit trouvé à Saragosse" sur la Turquie qui mérite de plus en plus notre attention ...

Ukraine

49 Ms d'hab. Interface entre Russie et UE.Traversé par conduites et clandestins qui veulent pénétrer dans l'espace Schengen. Idée évoquée au moment de la Révolution orange. Mais il faut encore progresser en termes de réformes politiques et économiques. Élections octobre. Problème pour nommer premier ministre.

Accord de partenariat depuis 1998 qui pousse à réformer. But : créer une zone de LE quand l'Ukraine sera entrée dans l'OMC. Depuis la mise en oeuvre de l'APC, l'UE est devenue le premier partenaire de l'Ukraine devant la Russie.

Mais le principal problème vient de la Russie ...

L'UE, désunie, n'a plus de politique claire sur son voisinage. Comme toujours, l'économie et le commerce servent de ligne de conduite à tous les niveaux ...

Le problème est que le contexte a changé ... L'UE est en train de perdre la main. Encore un gros échec ...

III- DES VOISINS QUI IMPOSENT LEURS CONDITIONS

A- L'AFFIRMATION D'UN POUVOIR FORT À L'EST

1- LA RUSSIE POUTINO-MEDVEDEVIENNE

“ Le pouvoir de l’Etat et les organes de la Justice sont un mécanisme uni ” “ Plus l’Etat est fort, plus l’homme est libre ”. (Citations de V. Poutine. Ça ne s'invente pas). Instauration de la « verticale du pouvoir »

Novembre 1999 Poutine “les intérêts stratégiques de la Russie incluent les régions au Sud de la Russie et la Baltique ”.

Développement des Forces armées de la Fédération russe prêtes à intervenir comme en Géorgie.

Dans les PECO les compagnies géantes russes acquièrent systématiquement les raffineries, les réseaux de distribution, les oléoducs, les infrastructures portuaires. Pression via des accords bilatéraux avec chaque PECO. Les compagnies russes font aussi le forcing pour contrôler les ressources énergétiques de son ancien empire.

2- Montée en pression sur le gaz (On insistera dans la partie énergétique du cours sur l'Europe)

Le 10 octobre 2003 Poutine a annoncé au chancelier Schröder que le gouvernement russe n’accepterait pas de diviser Gazprom. De même l’Etat russe n’abandonnera pas son monopole sur les oléoducs et les gazoducs qui sont « les enfants de l’Union Soviétique. Seuls les Russes peuvent en assurer l’entretien, même lorsqu’ils se trouvent en dehors des frontières. (Le grand péché de Khodorkovski à la tête de Youkos est d’avoir voulu construire un oléoduc privé et d’avoir prétendu choisir ses clients). En détruisant les oligarques, la Russie prouve que le « partenariat énergétique » avec l’Europe n’est pas un projet économique (même si la Russie souhaite que l’UE paie la facture de la réfection de son réseau énergétique délabré), mais l’instrument de projection en Europe d’un pouvoir qui en Russie a déjà tout soumis à sa volonté, au point d’extorquer à ceux qu’il s’apprête à détruire des confessions publiques et des actes d’allégeance au président Poutine. Si elle n’y prend garde l’Europe élargie risque de connaître le sort des pays de l’ « étranger proche », où la moindre velléité d’indépendance est punie par des coupures de l’électricité et du gaz.

B- L'UNION EUROPÉENNE SE DISSOUT SUR POUTINE (l'Histoire repasse les plats)

1- 1999-2000 = 1985-1991 : l'idylle

Parallélisme entre la politique de Gorbatchev et celle de Poutine : d’abord attiser les querelles entre Europe et EU (contre l’IDS de Reagan) (contre le projet de bouclier anti-missiles). Tentative de séduction avec Blair.

Puis l’Allemagne en juin 2000 : coopération germano-russe : partenariat énergétique avec la Russie.

Puis la France .

Comme pour l’URSS gorbatchévienne : la construction de la « maison commune européenne » cesse d’être un thème de propagande et se transforme en objectif de la politique russe.

2- 2001: l'ami américain

Mais LE SOMMET DE NICE n'apporte rien de plus. Poutine recherche l’entente avec les EU. Pour mieux défendre ses positions dans les sommets UE/Russie. Dès le printemps 2001, renforcé avec le 11 septembre.

2001 = 1945

Parallèle avec 1945 face à Roosevelt.

Résultats rapides : en faisant les yeux doux aux EU, la Russie obtient ce qu’elle veut des Européens et surtout de la France. Dans les relations bilatérales avec chaque État, elle s’impose comme au sein de la CEI. Pas de front uni dans l’UE. Les pays européens se taisent sur la Tchétchénie, sur la démocratie et la liberté d’expression.

L'UE tente de mettre en place un « partenariat énergétique » UE/Russie. Moscou exige à l’époque que l’UE renonce à participer au projet de construction de l’oléoduc Bakou-Ceyhan qui permettrait d’exporter les hydrocarbures de la Caspienne en contournant la Russie. Le « partenariat énergétique » avec l’UE doit créer une situation de dépendance énergétique avec certains grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la France pour le gaz).

L’UE a finalement cédé à la Russie sur l’essentiel : le maintien du monopole d’Etat de Gazprom, contre la promesse d’abandonner l’opposition russe au protocole de Kyoto. Elle a refusé de démanteler son géant Gazprom ou d'achever de retirer ses troupes de Moldavie.

3- L'utilisation des méthodes européennes : traiter séparément pour tout obtenir

Problèmes avec l’Ukraine … Révolution orange. La Russie fait pression en menaçant de contourner l’Ukraine pour la fourniture de son gaz à l’Ouest. Par la Pologne ? Varsovie refuse pour ne pas étrangler l’Ukraine. Mais l’UE fait pression sur Varsovie pour accepter ! L’Ukraine accepte de transiger …

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA RUSSIE SE CONFOND DE PLUS EN PLUS AVEC CELLE DE GAZPROM : Dimitri Medvedev , devenu président en 2008 est ancien président de Gazprom ... (Schröder était devenu président du Conseil de surveillance du consortium chargé de construire le gazoduc Vyborg Greifswald le 12 décembre 2005 : joyeux anniversaire ! Encore un !)

Le total des échanges commerciaux entre l'UE et la Russie atteint 78 milliards d'euros en 2002, mais 166 Mds en 2005 pour 50 Mds d'euros d'excédent commercial avec la seule Europe ! L'UE est fortement déficitaire, en raison principalement de ses importations d'énergie.

4- Et au final : introduire la discorde chez l'ennemi

Juin 2007 : ENI annonce conclusion accord construction du “South Stream Pipeline” avec Gazprom. OMV (Autriche) prend contrôle de MOL (Hongrie). Huit pays européens (parmi lesquels Danemark, Espagne et RU) (contre l'avis de l'Allemagne et de la France) envoient une lettre à Neelie Kroes (commissaire à la concurrence) pour assurer le dégroupage des infrastructures pour protéger les consommateurs de toute manipulation monopolistique.

La loyauté de l'Allemagne, de l'Italie et de la France vis à vis de la propriété russe des infrastructures s'oppose aux attitudes de la plupart des autres pays qui veulent assurer la sécurité énergétique d'une autre façon : le dégroupage doit permettre, selon eux, aux distributeurs de mieux investir, plus facilement dans les infrastructures ... C'est sans doute une belle imbécilité purement idéologique mais passons : les deux attitudes ont leurs côtés négatifs : le côté obscur de la force russe ? ... Lutte contre les champions nationaux en même temps. OMV combat d'ailleurs le dégroupage et tente de grandir (Hongrie) en arguant du fait que le dégroupage ne peut permettre de consentir autant d'investissements.

Le projet South Stream montre déjà à quel point il peut faire éclater l'unité européenne. La Bulgarie fait tout pour obtenir le tracé. La Grèce (Constantin Karamanlis) (qui a déjà l'oléoduc Gazprom Burgas-Alexandroupolis) a aussi soutenu le projet dès son origine. Le Forum économique de Saint Petersbourg a montré en juin 2007 à quel point les chefs d'entreprises occidentale étaient tenus en laisse par Poutine. Le PDG de Shell capable de féliciter Poutine pour lui avoir volé Sakhaline 2. Sans compter le vol manifeste subi par BP sur le champ de Kovykta.

PricewaterhouseCoopers : pression du Kremlin pour légitimer l'emprisonnement de Mikhail Khodorkovsky. La firme d'audit fait volte-face pour éviter de perdre sa licence en Russie et charge Khodorkovsky pour ne pas lui avoir fourni tous les détails de son organisation alors que c'est elle qui était au coeur de la construction !!!

C- ACTER L'AVANCEÉ EN ORDRE DISPERSÉ ET PERSÉVÉRER MALGRÉ TOUT

1- Le dialogue 5+5

Politique subrégionale du 5+5 sur leadership de la France. Coopération renforcée entre France Espagne Portugal Italie Malte et pays de la Mauritanie à la Libye. Plan d'action surveillance maritime contre immigration clandestine. Prévention des catastrophes naturelles. Problème : le mot « terrorisme » n'a pas le même sens au Nord et au Sud quelquefois ...

2- L'Euro-Méditerranée

À Toulon, le 7 février idée d’une « Union méditerranéenne », du Maroc à la Turquie, en passant par l’Algérie, l’Égypte, Israël et les territoires palestiniens occupés, le Liban avec l’Union européenne. (La Turquie n'en veut pas, d'ailleurs)

Dakar, 26 juillet projet de création d’une « Eurafrique. Discours durement critiqué dans de nombreux pays africains, surtout en raison des sous-entendus culturalistes sur les Africains immobiles et attachés à un ordre fondé sur l’« éternel recommencement », au lieu d’entrer « dans l’histoire.

Puis Concept d’« Union méditerranéenne » (désormais noyau de la future « Eurafrique »), ont suscité moins de réactions. 28 mai 2007, Romano Prodi, et N. Sarkozy, initiative commune. Conférence commune de sept « pays euroméditerranéens » : la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Malte, la Grèce et Chypre. Pour lancement d’une initiative qui s’adresse aux États des rives sud et est de la Méditerranée. On en revient à la logique du dialogue 5+5

Où va-t-on ? Vers un dialogue UE Méditerranée ou vers un dialogue Sud UE -Méditerranée ?

ZONE DE LIBRE-ÉCHANGE

L’objectif principal est de donner un encadrement institutionnel, politico-juridique, au projet d’une zone de libre échange régionale que les industries européennes appellent de leurs vœux.

Le projet stratégique de Nicolas Sarkozy pour le bassin méditerranéen développe donc une nouvelle conception : les relations multilatérales doivent être encadrées par une construction institutionnelle, avec un certain niveau de centralisation. Une telle structure régionale d’intégration permettrait aussi de justifier la tenue à l’écart de la Turquie. « La Turquie est un grand pays méditerranéen avec lequel l’Europe méditerranéenne peut faire avancer l’unité de la Méditerranée. »

3- Khadafi à Paris ?

L'une des principales conséquences attendues : développer des infrastructures et surtout autoroutières. Il est urgent d'unifier les marchés par des autoroutes pour faire de la rive Sud un marché attractif. Il n'y a pas que la centrale nucléaire et des Rafale !

CONCLUSION :

Une politique de voisinage qu'il faut d'urgence réorienter sur le Sud car pour le moment tout est bloqué à l'Est. C'est ce que tente de faire la diplomatie française.

Il est temps : dépassée un jour peut-être par la Wider Middle East Initiative de 2004 de la Mauritanie au Pakistan par G. W. Bush. Sur le plan commercial, les Eu tentent de forcer le pasage avec des accords de LE : avec la Jordanie en 2001, le Maroc en 2004. Pour dépasser des flux pour le moment encore polarisés sur les pays amis que sont la Turquie et Israël ...



EU ne représentent que 4% des exportations du Maroc pour le moment. Clause de la nation la plus favorisée bénéficiera aux Européens (usines délocalisées). Mais c'est un signal fort de la volonté des EU de devenir un partenaire majeur dans la région ...

C'est dans cette optique qu'il faut replacer l'initiative française d'Union Pour la Méditerranée ou UPM (attention aux erreurs de dyslexie). Le but est de relancer un processus en panne et de revenir au coeur du jeu méditerranéen à travers des dossiers prioritaires :

1 : dépollution de la Méditerranée (marché de l'assainissement des eaux au Sud)

2 : transports à travers les autoroutes de la mer et terrestres

3 : la protection civile (contre les catastrophes naturelles comme les tremblements de terre et les incendies=)

4 : le développement des affaires

5 : l'énergie solaire (on voit là une résonnance du récent Sommet de Poznan) (et ses limites quand on se rend compte qu'au Sommet de Bruxelles du 12 décembre 2008 il a déjà fallu faire des concessions aux États pollueurs de l'UE comme la Pologne ou l'Allemagne ...)

6 : établissement d'une université euro-méditerranéenne.

Ce qui frappe d'emblée par rapport au Processus de Barcelone, c'est l'oubli volontaire (après fronde des pays arabes) de toute référence à la démocratie ou aux droits de l'homme !!! L'Europe s'engage dans une nouvelle direction qu'on appellera de la Real Politik (dont nous avons eu une belle illustration avec la déclaration de Bernard Kouchner sur la non-nécessité dun secrétariat aux droits de l'homme le 10 décembre 2008, soit le jour même du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme )...

On ne sait pas encore où va se trouver le siège de l'organisation ni qui va financer l'UPM (il est question de mettre les États du Golfe à contribution ...). Le projet revient de loin cependant car si dans la logique du projet Sarkozy il était question de créer une Union de type 5+5 (entendez par là États du Sud de l'Europe face aux États du Sud et de l'Est méditerranéen) et non UE face aux pays tiers, Angela Merkel ne voulait pas en entendre parler tandis que les services de la Commission soupçonnaient le projet français de vouloir les contourner pour mieux détourner les fonds européens ... En outre certains pays Sud et Est ont eu du mal à accepter la présence d'Israël dans cette UPM.

En fait, pour le moment, l'UPM paraît bien creuse, vidée de son contenu par l'intransigeance allemande et le recul de Nicolas Sarkozy qui ne pouvait se permettre un échec au printemps-été dernier tant ses sondages étaient bas en France.

Pourtant c'est sur le plan diplomatique un succès sur un point au moins : le rétablissement d'un dialogue entre le Liban, la Syrie et Israël (ainsi que les TAP, côté Cisjordanie tout du moins). D'où la présence de Bachard el-Assad au Sommet de Paris, le 13 août 2008 (souvenez vous de la polémique qui a précédé sa venue et sa présence attendue au défilé du 14 juillet sur les Champs Élysée).