Commençons par la première :

peut-être trop d'angélisme quand on prend prétexte de la corruption pour expliquer le retard de développement des pays africains.

certes l'Afrique est le continent où la corruption est la plus répandue.

cependant corruption et sous-développement ne vont pas toujours de pair. J'en veux pour preuve les cas de la Chine, du Brésil ou encore de l'Inde aux dégrés de corruption élevés, mais qui réussissent cependant à connaître des taux de croissance élevés (croissance n'étant pas développement, évidemment). Le lien n'est donc pas si simple et évident même s'il y a un fond de vérité. La "politique du ventre" n'est jamais lien du sous-développement.

Pistes pour un corrigé

Selon les critères établis par la Banque Mondiale, un pays est qualifié d'émergent s'il répond à deux critères : a) son PIB par habitant est inférieur à la moyenne mondiale (soit 9972 $/hab/an selon le rapport du PNUD sur le développement humain 2009) et b) ce pays est déjà doté d'une Bourse.

Ce concept est apparu au début des années 1990 dans le contexte de la dérégulation des marchés financiers conduite aux Etats Unis et en Europe en parallèle avec les innovations technologiques et institutionnelles.

Cependant, les crises qui se sont succédées depuis les années 1990 (1994 au Mexique pour commencer jusqu'à la crise quasi systémique qui a commencé en 2007-2008) montrent que la croissance et le marché financier ne sont pas garants de l'émergence et que le processus peut toujours se retourner. Aussi fait-on intervenir aussi l'amélioration du niveau de vie de ses habitants (une croissance du PIB/hab ne rendant pas compte de la réalité vécue) dans l'affinement des définitions de l'émergence. Une véritable émergence se conçoit dès lors si l'IDH croit de façon significative.

Se demander si l'Afrique peut émerger revient à s'interroger sur les capacités d'un continent à converger vers les structures des pays dévelopéps tant sur le plan économique et financier que social mais aussi en termes géopolitiques.

Si la question se pose, c'est qu'une "nouvelle donne géopolitique et géoéconomique" remet l'Afrique au centre des problématiques mondiales tandis que la croissance, longtemps en panne, a eu tendance à s'y accélérer depuis le début du XXIème siècle. Mais la croissance est-elle suffisante pour combler un tel retard de niveau de vie ? Quand bien même le retard serait-il résorbé, l'affirmation géopolitique sur la scène mondiale peut-elle surgir d'une nouvelle phase économique que d'aucuns assimilent à un néocolonialisme ? Car dans une Afrique Sub-Saharienne que la "balkanisation" coloniale a divisé en 53 États, l'émergence continentale qui permettrait de s'affirmer face aux grandes puissances et aux BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine) est-elle envisageable ou l'émergence se réduit-elle à quelques espaces peut-être voués à rester de simples périphéries ?

Nous commencerons donc par définir la "nouvelle donne" mondiale pour montrer comment l'Afrique, partie de loin, peut en tirer profit.

Cependant l'émergence nécessite aussi des sauts qualitatifs et des mutations économiques et sociales que les nouveaux atouts de l'Afrique (ou ses atouts anciens réactualisés) peinent à susciter.

Car si l'émergence peut être vécue à différents niveaux, elle reste entravée par son extrême variabilité.

Constat : l'Afrique part de loin mais a des atouts

Car le nouveau contexte géopolitique et géoéconomique la replace au coeur des problématiques mondiales

Alors qu'elle avait été marginalisée après la fin de la Guerre Froide (chute vertigineuse de l'APD par exemple), nouveau départ après 2001. Entrée de la Chine à l'OMC et offensive internationale (The coming conflict with China in Foreign Affairs 1997 de Richard Bernstein et Ross Munro). Importations massives nécessaires pour alimenter la croissance chinoise. Plus autres grands émergents. L'UE n'est plus la seule à imposer son type de dialogue ou de relation économique et stratégique. Intérêt américain renouvelé avec l'AGAO par exemple et renforcé par la dégradation de la situation au Moyen-Orient. Lutte contre le terrorisme. Géoéconomie et géopolitique convergent pour faire de l'Afrique une solution alternative. Pression sur les prix des matières premières qui remontent depuis le début du siècle.

La croissance accélère, au contraire des années 1990.

Dans les années 90 les prix étaient déprimés et les PAS achevaient de détériorer la situation de la plupart des pays africains. Années 2000 : croissance forte (cf chiffres fournis et quelques analyses). Accélération rendue possible par un retour des APD. Et surtout, véritable combat sur les aides bilatérales et des prêts. Montée en puissance de la Chine (Charm el Cheikh 2009). etc. plus IDE (qui remontent encore en 2008 au contraire des autres destinations mondiales).

L'Afrique du Sud enfin est reconnue comme un pays émergent par la plupart des banques et fonds d'investissement :

Signe que les atouts de l'Afrique sont revalorisés

IDE vers les infrastructures liées aux gisements : lesquels, quels pays. Jouer sur l'équilibre entre investisseur et destination (jeu politique). Main d'oeuvre : coût, réservoir lié à la démographie. Avec la montée des PIB, meilleurs IDH, montée de l'éducation : démographie cesse d'être un handicap ? exemple bukinabé (pour faire plaisir à certain) : l'IDH gagne autant entre 2000 et 2007 qu'entre 1980 et 2000 (0.248 à 0.319 entre 80 et 2000 puis 0.389 en 2007) soit une réelle accélération- rattrapage). Centralité proximité de l'Europe. Rôle des diasporas RTE pour investir ou accompagner enrichissement.

Pourtant la limite entre croissance créatrice de développement et mal-développement est floue. Derrière les atouts se cache souvent un handicap renouvelé ... L'avenir de l'émergence n'est pas aussi net

Des handicaps sans cesse renouvelés

Essor des inégalités et mal-développement

Burkina = exemple peu révélateur. Car République centrafricaine passe de 0.338 à 0.378 puis régresse à 0.369. D'autres diminuent de la même façon. pas de montée significative de l'éducation. 62.9%de la population est alphabétisée. Dernière place des continents d'après le PNUD. La main d'oeuvre n'est donc pas un avantage décisif. Surtout comparé aux surcoûts des transports par inadaptation des infrastructures (ex les ports, les routes)(passer par Dubaï : Hub). Sur fond de SIDA et d'enclavement ainsi qu'un Gini dévastateur. (d'après les chiffres du dernier rapport sur le développement humain du PNUD) Même la Guinée équatoriale, avec ses taux de croissance phénoménaux est incapable de monter significativement. Elle ne passe que de 0.655 à 0.719 entre 2000 et 2007 alors que son PIB/habitant triple sur la même période !!! Un tel différentiel montre que les deux autres paramètres de calcul de l'IDH ont tendance à baisser voire à s'effondrer sur la même période !

À la décharge des États, la croissance se fait sur fond de libéralisation accélérée (accords de Cotonou par exemple) et donc de baisse des recettes des États (qui reposaient essentiellement sur les taxes douanières, en chute libre dans un monde où les échanges obéissent de plus en plus aux lois de l'OMC). Forcément défaillants, les États peuvent accentuer ces problèmes par la "politique du ventre" (à développer sans caricaturer).

Encore faut-il constater déjà l'inégale répartition entre acteurs intérieurs et extérieurs.

Renouveau du mal dévéloppement par prélèvement extérieur

Inégalité de la répartition entre les acteurs. cf Tchad : 12.5% de la rente pétrolière pour l'État seulement. Révèle les énormes transferts de l'Afrique vers les autres continents et une croissance qui reste en bonne partie inutile. Comme infrastructures pour exportation (et non pour une PAT). Révélé encore par la montée spectaculaire des Bourses africaines comme le NSE (Nairobi Stock Exchange) qui passe d'un à 12 milliards de $ de capitalisation entre 2002 et 2008 (!) ou le Johannesburg Stock (première place boursière du continent) qui franchit les 11 000 points en 2008. Illustration de la spéculation et des investissements de portefeuille venus de pays du Nord, de grands émergents via des fonds d'investissement ou spéculatifs. Montée des prix aux dépens des populations urbaines (spéculation sur les produits alimentaires en 2007-2008, qui reprend de plus belle en 2009) (spéculation sur les produits miniers au profit d'entreprises qui prennent des parts ou rachètent des mines et exportent leurs bénéfices : ex de Song Hua pour le traitement des minerais à Lumumbashi, en RDC ou le joint venture Congo Dong Bang Mining à Lumumbashi et Kolwezi.

Les désordres des marchés placent l'Afrique au coeur des revirements de l'économie mondiale. Touchée par la crise de 2009 : ralentissement de sa croissance au-dessous de 2% (soit à un niveau inférieur à l'accroissement naturel ...)

Vers le néocolonialisme

Dépendance toujours plus forte même si multiples intervenants. Formes de néocolonialisme (pour les nouvelles métropoles malgré les dénégations de Wen Jia Bao en novembre 2009 à Charm el Cheikh ...). Quand des grandes entreprises chinoises s'implantent en extra-territorialité en amenant leurs propres ouvriers : colonie d'exploitation. (Seules les PME chinoises créent des emplois pour les locaux). destruction accélérée de la ressource forestière. Nouveauté de l'agriculture off shore : colonialisme pur et dur : pour exporter vers les pays extérieurs et notamment asiatiques. Ils font payer à l'Afrique leur propre développement qui se fait aux dépens des cultures végétales à destination de l'alimentation humaine et privilégient l'élevage tandis que la croissance urbaine réduit encore davantage une SAU peau de chagrin. Le parallèle avec l'Angleterre du XIXème siècle est frappant ...

Toutefois, ne pas simplifier à outrance : la dépendance peut s'organiser au sein-même du continent sub-saharien. L'Afrique du Sud, reconnue comme pays émergent, investit largement dans le reste de l'Afrique via ses FMN (MTN, ou même Agri Sud qui récupère en novembre 2009 10 millions d'ha de fermes d'État au Congo). Mais l'Afrique du Sud n'a pas une puissance de feu comparable aux puissances extérieures (PIB 277 Mds de $ en 2008).

Sans union de ses États, l'Afrique a-t-elle les moyens d'émerger ou sera-t-elle confinée à une croissance déséquilibrée et inégalitaire, dans une nouvelle forme de dépendance coloniale sans poids géopolitique face aux appétits aiguisés des puissances mondiales ?

Au final, entre atouts et handicaps renouvelés, l'Afrique sub-saharienne est au carrefour des possibles. Les années à venir vont être cruciales. À toutes les échelles elle révèle des contrastes tels que la réponse à la question de son émergence ne peut encore être tranchée :

Les échelles du possible

Les espaces de l'émergence locale

À échelle fine : villes territoires de la modernité et de l'adaptation où les puissances extérieures investissent dans l'intelligence : cf Suffolk University à Dakar, première université américaine ouverte en Afrique de l'Ouest en 1999. Des camapagnes aussi ont les moyens de s'adapter (cas des Bamilékés, exemple du NERICA). Mais chaque fois : le rôle des puissances du Nord et des BRIC reste essentiel : cf suvbventions sur le riz américain qui détruit une partie du potentiel du NERICA. On trouve à ces échelles fines une image de l'Afrique qui s'assume elle-même et tourne le dos à la malédiction d'une Afrique paralysée par la célébration mémorielle de ses blessures pour imaginer sa voie "Et si l'Afrique refusait le développement ? (L'Harmattan 1991).

Seules face aux marchés, ces forces vives ne seraient rien. Il leur faut encore des relais pour assurer un semblant de protection. La situation, au niveau supérieur est alors toute aussi variée

Les pays émergents ou potentiellement émergents

Deuxième petite typologie entre les émergents jugés comme tels : la seule Afrique du Sud et pourquoi.

Les États rentiers qui ont une chance de le devenir si la manne est mieux partagée et distribuée à tous les niveaux (cf les taux de croissance des États pétroliers et miniers tout en notant que cela ne suffit pas).

Insister sur le problème des États sans rente importante ou encore les États arachidiers et/ou cotonniers dont les matières premières agricoles ne connaissent pas l'embellie des cours de la spéculation internationale.

Pour ces États, une émergence ne pourra passer que par des structures régionales élargies, seules capables de les protéger et d'assurer à l'Afrique un statut de puissance indispensable à la conquête de l'émergence.

L'Union, seule voie vers l'émergence

Des Unions peu efficaces (tour d'horizon)

Du NEPAD vers l'APCN (Agence de Planification et de Coordination du NEPAD) : renforcement des liens. Vers plus d'intégration au sein de l'UA. Poids de l'Afrique du Sud, leader contradictoire (cf attitude sur le Zimbabwe ...).

Des unions qui passent aussi par des voies non étatiques : cf l'unification progressive du secteur bancaire.

''Petites informations sur le sujet :

First Rand, cinquième banque sud-africaine, se retire ainsi des marchés développés en 2008 et 2009 pour se redéployer en Afrique. mais les banques nigerianes sont en difficulté, elles aussi. Car emportées dans leur désir de croissance externe, elles ont surinvesti (Intercontinental Bank et Oceanic Bank par exemple) et sont fragilisées par les désordres mondiaux. Seules les plus grandes (Zenith Bank Group dont les publicités squattent les écrans de CNN et First Bank) échappent à la tourmente. Encore un exemple de la fragilité des mouvements d'unification en cours ... Même Ecobank était ralentie dans sa croissance en 2009 par les résultats de sa filiale nigeriane alors qu'elle joue sur un taux de change globalement favorable (elle est basée au Togo) pour poursuivre sa politique de développement régional.''