POLITIQUES ECONOMIQUES ET SOCIALES AUX ETATS-UNIS DE H. TRUMAN A G. FORD

Le PNB a sextuplé entre 1945 et 1973. Mais dans le même temps les Etats-Unis ont connu un déclin relatif. De plus la croissance a été irrégulière, l’inflation s’est manifestée à partir du milieu des années 60 (à cause d’une politique sociale généreuse et de la guerre froide). La balance des paiements a connu des difficultés depuis les années 60 (pb des eurodollars). C’est en 1971 que le solde commercial devient pour la première fois négatif et que la convertibilité du dollar a été suspendue.

I- 1948-60 : UNE POLITIQUE DE STOP AND GO

A- Une croissance heurtée dans un modèle fordiste

1948-49 : récession de reconversion

1950-52 : croissance soutenue par le Plan Marshall, guerre de Corée et guerre froide

1953-54 : ralentissement lié à la diminution du budget militaire (fin guerre de Corée)

1955-56 : expansion

1957-58 : ralentissement

1960-61 : ralentissement lié au respect scrupuleux de l’équilibre budgétaire par l’équipe Eisenhower

B- Les interventions de l’Etat

Au coup par coup, conjoncturelles. Peu de différences entre Truman et Eisenhower.

Truman : Fair Deal. Objectifs sociaux généreux dans la lignée du New deal. Mais aussi retour au libéralisme après économie de guerre dirigée par l’Etat. Plan marshall. Guerre de Corée : retour au dirigisme. Contrôle par l’Etat des salaires et des prix pour éviter le retour de l’inflation. Le gvt freine le crédit à la consommation et les investissements.

Pendant les crises : politiques de soutien.

-facilités de crédit, baisse des taux d’escompte

-distribution d’aides sociales, de crédits pour les acteurs économiques

-grands programmes officiels comme le programme spatial lancé en 1958.

-grands travaux

Cette politique est financée par le déficit budgétaire. On “rebouche les trous” les années où la croissance est meilleure.

II- DE 1961 À 1966 : LES “NEW ECONOMICS”

A- La rupture de 1961 : une rupture politique et spatiale

Ralentissement à la fin des années 50. Récessions des années 57-58 puis 60-61.

1961, arrivée des Démocrates et accélération de la croissance. +4,4% /an entre 61 et 66.

La guerre du Vietnam joue un rôle à partir de 1965 (avant, les dépenses d’armement restent stables). Mais la croissance auparavant est due à des efforts de rationnalisation technique et industrielle.

C’est à la fin des années 50 que les entreprises font des investissements de rationnalisation. Chute des effectifs dans l’industrie. Puis redémarrage en 61. Redémarrage qui coïncide avec redéploiement spatial. SE et SO gagnent des emplois industriels (moindre coüt salarial et moins de syndicalisation). +43% et +67% des effectifs industriels entre 60 et 75 pour une moyenne de l’économie US de 9,2%.

En revanche, le NE est défavorisé par l’urbanisation contraignante qui augmente les coûts salariaux.

B- Les politiques économiques

1° Les politiques structurelles

1950 : une loi anti-concentration. Pour favoriser la concurrence. Mais les concentrations sont de moins en moins horizontales. Les groupes se transforment en conglomérats. Poursuites contre Procter & Gamble ou Westinghouse et General Electric.

Essor des politiques scientifiques et de R&D. Les investissements de R&D atteignent 2,9% du PNB en 65. C’est le plus fort %age des PDEM. La R&D militaire représente 1,4%. Mais les gains de productivité et le rythme de croissance sont supérieurs dans les pays à faible R&D militaire. Difficulté à convertir les innovations militaires en retombées commerciales.

2° Les politiques de relance

La New Economics de l’administration Kennedy.

Je vous en ai parlé en cours ce matin : la baisse des impôts est réalisée par l'administration Kennedy-Johnson pour optimiser la croissance selon la théorie de Philips : vous en avez une illustration ici avec la baisse du taux marginal supérieur de l'impôt sur le revenu à partir de 1964 ...

Soutien à l’activité : aide à la construction de nouveaux logements

aides aux entreprises pour s’implanter dans des régions moins développées (Sud)

accroissement des dépenses militaires (B52, sous-marins nucléaires)

programme Apollo

Déficit budgétaire : 4,5 Mds de $ en 61 (contre +3,5 en 1960).

Poursuite de la Nouvelle Société sous Johnson jusqu’en 65.

Lutte contre pauvreté et inégalités :

On voit nettement sur le graphique les effets puisqu'en dix ans, le taux de pauvreté est passé de plus de 22% de la population américaine à 12 % !

Civil Rights Act en 1964

Elementary and secondary education Act en 1965 (aides versées aux familles)

Medicare Act en 1965 (gratuité des frais d’hospitalisation pour personnes agées)

Medicaid Act en 1966 (gratuité des soins à domicile pour les plus pauvres).

Comme Kennedy, il relève le salaire horaire minimum.

Ces remèdes keynésiens sont efficaces jusqu’en 66 : +5,5% /an.

III- EXPANSION ET MONTÉE DES TENSIONS : 1966-1973

A- Le contexte : un modèle fordiste qui s’essouffle

Le système repose sur le “compromis fordiste”. Pouvoir au patronat mais syndicats obtiennent conventions collectives fortes et progression du niveau de vie. Règle de Wiksell : hausse des salaires entraine hausse des prix mais aussi de la productivité. hausse de la productivité entrainant en retour une baisse relative des prix par massification de la production.

Pb : prod de masse ne correspond plus aux attentes du consommateur.

Refus du travail idiot pour l’homme réduit à un simple “consomproducteur” selon Marcuse.

La productivité cesse de croitre et les taux de profit s’effondrent : 13% par an en 1965. 4% en 75.

Insuffisance de la formation et de l’éducation : 20 à 30 Ms de personnes ne savent ni lire ni écrire. 15% des jeunes sont illettrés. Ignorance des autres. Exemple de l’automobile, inadaptée aux marchés extérieurs.

Le marché US était si vaste que les industriels ont négligé de se positionner sur l’extérieur.


Retournement 65-66. La croissance diminue aux EU.

Pour poursuivre leur croissance, les entreprises s’endettent. Baisse de l’autofinancement. Sur le long terme, c’est la baisse de profit assurée.

Nouveaux rapports entre industrie et secteur financier : le second accumule les surplus venant de la montée des taux d’intérêt. La société US passe de l’industrie à la finance.

Relèvement des prix industriels pour restaurer les marges. L’inflation (aussi salariale) est lancée.



Mais surtout, on assiste à une mutation industrielle : passage de la consommation de masse à des secteurs nouveaux porteurs de croissance (télécommunications, informatique).

B- Facteurs internes et externes de déstabilisation

La politique sociale keynésienne et la gestion des “New Economics” en général sont trop chères pour le budget.

La guerre froide, le programme Apollo et surtout la guerre du Vietnam (qui s’accompagne d’une crise de confiance dans le modèle américain) s’ajoutent à ce fardeau. C’est l’inflation qui dérape la première : elle reprend à partir de 1966. Pendant quelques années la croissance se maintient et le chômage diminue même à la fin des années 60 (effet de l’incorporation des jeunes au Vietnam entre autres). Mais les déséquilibres se creusent.

C- Les politiques structurelles : la R&D

Le poids des petites firmes :

Les laboratoires des grandes universités et des grandes firmes fournissent des connaissances à des chercheurs qui les quittent pour commercialiser leurs découvertes : rôle d’incubateur des universités et des grandes firmes.

L’existence d’un marché de Capital-Risque permet leur essor. Les lois anti-trust dissuadent le grandes firmes à acquérir ces nouvelles firmes. Elles préfèrent chercher en interne de nouveaux produits.


Le financement public :

Toujours dominé par la Défense (entre 49 et 54% du budget R&D). Jusqu’à la fin des années 60 Défense et NASA sont les premiers clients de l’industrie des semi-conducteurs. Puis renversement : les entreprises informatiques prennent le dessus.

Transformation dans les années 70. Les entreprises de haute technologie sont trop fragmentées et commencent à subir la concurrence internationale. (On assiste donc à un assouplissement de la politique anti-trust sous Reagan pour permettre des regroupements).

D- Les politiques conjoncturelles sous l’administration Johnson : le poids du Vietnam

Toujours effort social en faveur des îlots de pauvreté.

Mais ...

Vietnam : 75 000 hommes en juin 65. 500 000 en février 1968. Les dépenses militaires atteignent 50% du budget en 68. Accentuation du déficit de la balance des paiements. Tensions inflationnistes d’autant plus qu’inadéquation entre production pour la guerre et demande intérieure plutôt orientée sur les biens de conso courants en nombre insuffisant.

Entre 66 et 68 : correctifs à la politique. Remontée des impôts, des cotisations sociales, des taux d’escompte, des taxes sur les IDE US dans le but de résorber les déficits (budget, balance des paiements).

Détérioration du climat politique sur le Vietnam. recrudescence de la violence urbaine et raciale.



E- Les problèmes de l’administration Nixon : 1969-1973

Retour à la rigueur budgétaire, nouvelle hausse des taux d’escompte, limitation des crédits, ralentissement de l’augmentation de la masse monétaire.

1968-1971 : abandon, en deux étapes de la convertibilité d’un dollar menacé. Mesures de “dévaluation” du dollar accompagnées de mesures protectionnistes (notamment une surtaxe de 10% sur tous les produits d’importation en 1971). Blocage des prix et des salaires pour 90 jours en 1971 (ce qui représente un dirigisme extrême pour les Etats-Unis).

Cette politique aurait-elle pu réussir ? Peut-être si elle s’était accompagnée d’une nouvelle stabilisation du système monétaire mondial.

Hélas, le choc pétrolier de 1973 vient tout mettre à terre. C’est en 1974 et non en 1971 que commence véritablement la crise.

IV- LES HESITATIONS DES ANNÉES 70

A- Des choix politiques dictés par le passé récent

A la fin de l’année 73, la crise économique la plus grave depuis 1929 déferle sur un pays qui est déjà proportionnellement en déclin, et en butte à de sérieux problèmes monétaires.

Suivant les recettes éprouvées dans les années 30 face à la Grande Crise, puis pendant la période de “stop and go” des années 40-50 face à de petites crises conjoncturelles, les présidents mettent en place des politiques de relance.

B- L’administration Ford (1974-76)

Allègements fiscaux et mesures sociales ... tout ceci financé par un gonflement du déficit budgétaire.

En 1976 l’économie se redresse malgré la persistance d’un fort chômage, qui explique en partie l’échec de Gerald Ford aux élections de 1976 face à un candidat démocrate quasi-inconnu : Jimmy Carter.

Les États-Unis sont encore un pays relativement égalitaire. Mais la libéralisation accompagnée de déréglementation-dérégulation puis baisse des impôts des catégories les plus aisées sous Ronald Reagan va les faire basculer dans un autre monde fait d'inégalités de plus en plus criantes et de bulles financières. Les deux graphiques suivants sont assez révélateurs à ce propos. Ils montrent à quel point les Trente Glorieuses ont été des années particulières ...