PREMIÈRE PARTIE : LES MILIEUX NATURELS TURCS

La Turquie se présente essentiellement comme un plateau intérieur ... ... entouré de montagnes ... ... qui dominent par leurs pentes raides des plaines côtières ou la mer . À l'Est, les reliefs montagneux d'Anatolie orientale passent au Caucase dans le NE, et au Zagros (Iran) au SE.

LA RÉGION PONTIQUE Le long de la mer Noire. Zone essentiellement montagneuse qui se relève d'Ouest en Est. 600 m au plateau de Bythinie (Province de Sakarya), 2000 m au-dessus de Sinop. Les plaines littorales font alors une trentaine de km de large. Au-delà, vers l'Est, les sommets atteignent presque 4000 m dans l'arrière-pays de Trabzon tandis que la plaine littorale se réduit à la plus simple expression quand elle ne disparaît pas. Les chaînes pontiques (4 lignes de reliefs depuis la côté) sont larges d'une centaine de km. Vallées étroites à l'Est. Plus aérées à l'Ouest. Les chaînes sont parralèles et séparées entre elles par des bassins fluviaux (souvent à la faveur de fractures Nord-Sud, direction privilégiée des accidents cassants) reliés par des vallées étroites qui débouchent à angle droit dans la mer par des deltas marécageux à l'origine. Ce sont des montagnes hautement sismiques car bordées au Sud par la ligne de faille anatolienne qui délimite la plaque eurasiatique au Nord et la plaque anatolienne au Sud. la première se déplace vers l'Est, la seconde vers l'Ouest. C'est le relief le plus humide de la Turquie. Précipitations entre 700 mm à l'Ouest et 2500 au maximum vers l'Est. Pluies en toutes saisons grâce à des vents humides de Nord-Ouest. Les hivers peuvent être rigoureux.

LA RÉGION ÉGÉENNE Elle superpose les accidents Nord-Sud de la région pontique à des accidents Ouest-Est : d'où un quadrillage de blocs avec vallées à angles droits et fonds plats encombrées d'alluvions dont les fleuves gagnent sur la mer. Le Méandre a ainsi gagné 45 km depuis l'époque romaine. L'alluvionnement qui provient de la vigueur des reliefs, de la violence des averses méditerranéennes et de déboisements et autres activités anthropiques a tué les anciens ports de Millet et d'Éphèse. mais les vallées sont des routes pratiques vers le plateau anatolien : la vallée du Méandre est en voie d'aménagement autoroutier d'Aydin à la région de Denizli, au Nord-Est de la Carie tandis qu'Aydin est déjà reliée à Izmir. L'effondrement de la mer Égée a entrainé l'invasion par la mer des zones basses. Le rivage apparaît ainsi extrêmement découpé. Nombreuses presqu'îles prolongées en mer par des îles le plus souvent grecques. Dans le Nord, l'érosion le long de lignes de failles a ouvert les détroits. Dardanelles (80 km de long et 4 km de large en moyenne) et Bosphore 26 km de long et 1500 m de large en moyenne (jusqu'à 600 m au minimum). Les détroits sont parcourus en permanence par des courants qui évacuent les eaux de la mer Noire vers la Méditerranée via la mer de Marmara. Au Sud-Ouest du Bosphore, la partie ennoyée de la vallée du Halic, la “Corne d'or”, délimite la presqu'île triangulaire où a été fondée Byzance.

LA RÉGION TAURIQUE Bourrelet montagneux méridional original.Moins de blocs faillés. Plus de plis. Deux ensembles arqués. Taurus occidental et montagnes de Lycie (Taurus lycien)encadrent le Golfe d'Antalya au fond duquel les cours d'eau (le principal est l'Aksu à l'Est d'Antalya) ont construit la plaine alluviale de Pamphylie. À l'Est du Cap Anamour, le Taurus proprement dit (ou Taurus central) est orienté SO-NE. 3734m à l'Ala Dagh. Plus étroit et percé par les rivières venues d'Anatolie qui ouvrent l'espace (exemple des “Portes de la Cilicie” avec la rivière Cydnus). Vers le SE : autre système plissé parallèle : l'Anti-Taurus. Cinq alignements parallèles NE-SO dont le Misis Dagh qui constitue le rebord du Golfe d'Iskenderum : aucun fleuve ne l'a traversé et donc pas de colmatage, ce qui rend possible l'installation d'un port en eaux profondes au contraire de la partie Ouest du Golfe ou les alluvions du Ceyhan et du Seyhan (plus à l'Ouest, et qui passe par Adana) ont créé une plaine assez étendue. La région taurique est originale par son climat typiquement méditerranéen. 600 mm de précipitations à Ceyhan. De saison froide avec neige sur les hauteurs. Été très sec et très chaud sur les plaines où les roches calcaires accentuent encore la sécheresse.

LES PLATEAUX ANATOLIENS La masse anatolienne vient perturber le schéma normal du climat méditerranéen surtout à l'Est car le plateau, froid en hiver, est un point d'appui pour l'avancée vers l'Ouest des anticyclones pelliculaires d'Asie. Les dépressions se cantonnent (surtout à l'Ouest) aux lignes de discontinuité thermique constituées par les mers Noire et Méditerranée. Le rafraichissement des plateaux anatoliens à l'automne explique aussi la vigueur des pluies reçues par les chaînes pontiques (contraste entre températures froides de l'inétrieur et mer Noire encore tiède). La dénivellation entre les plateaux et les montagnes encadrantes est de 600 à 1200 mètres. Surface à 1000 à 1500 m dans l'Ouest. Accidenté par des reliefs volcaniques et des failles qui donnent un aspect montagneux et plus encore par des dépressions occupées par des marécages et des lacs dont la surface varie selon les saisons. Dans l'Est l'altitude est plus élevée (1300 à 1800m) mais le relief est moins confus. Il reste quelques reliefs qui dominent le plateau (volcans jusqu'à plus de 3500m). Mais surtout, les montagnes s'organisent en chaînons orientés Est-Ouest. À l'origine le plateau devait être endoréïque (sans écoulement vers la mer). Puis des mouvements de plaques ont facilité le travail de l'érosion des cours d'eau au Nord. Des vallées fortement encaissées rejoignent ainsi la mer Noire. Le Sud-Ouest est resté endoréïque, ce qui facilite la circulation (sans vallées trop encaissées). Derrière les reliefs de bordure, le plateau est sec. (Sur les zones climatiques adaptées de Gaussen, “x” représente le nombre de jours où l'évaporation physique est supérieure aux apports en eaux. On retrouve cette donnée directement sur les diagrammes ombrothermiques lorsque la courbe des températures passe au-dessus de l'histogramme des précipitations calé sur la base P (en mm) = 2x T (en °C) (cf diagramme d'Ankara).

À Ankara, il pleut 339 mm dans l'année et les amplitudes thermiques sont fortes :

S'il y a quelques taches boisées au Nord-Est et Nord-Ouest, le reste est le domaine de la steppe à armoises.

LA TURQUIE DE L'EST Grande diversité des hautes terres de l'Est. Nombreux chaînons à directions variées. Volcanisme récent : Mont Ararat (5156m), Sipan (4176m), Épaisses coulées volcaniques où s'encaissent les vallées. Mais aussi larges bassins fluviaux comme ceux de l'Araxe (qui prend sa source en Turquie entre les deux hauts-bassins de l'Euphrate occidental et de l'Euphrate oriental puis part plein Est avant de constituer la frontière avec l'Arménie après son coude vers le Sud-Est), du Tigre et de l'Euphrate, ainsi que des “ovas” privés d'écoulement vers la mer. Le Lac de Van tire son origine du volcan Nemrut qui bloque ses eaux. Le Sud est une sorte d'avant-pays du précédent qui débute par les alignements du Taurus oriental puis d'autres alignements discontinus de collines plus au Sud pour s'achever par des ondulations molles qui se raccordent aux plaines de Syrie et d'Irak. Le climat offre des gradients Nord-Sud très prononcés :

Bord de la mer Noire très arrosé

Plateaux intérieurs à été torride et hiver très froid (-12° à Kars en janvier). Sécheresse prononcée.

Secteur Sud plus bas, plus chaud, un peu plus arrosé mais essentiellement sur la saison froide.

LES EAUX L'aridité des plateaux explique la médiocrité de l'alimentation des cours d'eau. Les plus abondants sont ceux de l'Est de la mer Noire.

Les eaux des cours d'eau méditerranéens qui dévalent du Taurus sont très basses en été (Ceyhan, Seyhan, Ak su à l'Est d'Antalya, Köprü Çay plus à l'Est). Seuls les cours d'eau à résurgence karstique comme le Manavgat çay (qui débouche à Manavgat) sont bien alimentés en été. L'irrégularité est maximale dans la région de l'Égée et de la Marmara (Grand et Petit Méandre, Gediz au Nord d'Izmir, Bakir çay au Sud de Bergama) car les cours d'eau sont alimentés par les pluies uniquement. En Anatolie intérieure (Sakarya, Kizil Irmak qui débouche à Bafra à l'Ouest de Sansun) l'irrégularité est moindre grâce à la fonte des neiges, aux pluies de printemps et à la faiblesse de l'évaporation en saison froide. Mais leur alimentation est médiocre (toujours problème d'aridité). Il reste Tigre et Euphrate qui compensent par la fraîcheur de l'hiver et la taille de leurs bassins l'aridité relative de l'intérieur.

Ce qui domine l'hydrologie, c'est l'endoréïsme. deux types de lacs : Les lacs de fossés tectoniques (en bleu sur la carte) et les lacs karstiques (en vert sur la carte).

Les lacs tectoniques sont salés. Plus ou moins selon leur profondeur. Lacs de Van et de Burdur ont des salures de 2.2 % et de 2.4 %. Leur profondeur est supérieure à 100m. Le Grand Lac Salé (Tuz Gölü) au Sud-Est d'Ankara, d'épaisseur médiocre est salé à 10.1%. Le Lac Amer (Acigöl) à l'Est de Denizli arrive à 32.9% ! Les lacs tectoniques profonds ont encore une faune. les autres sont azoïques et ne sont plus utilisés que pour l'exploitation du sel pendant les basses eaux d'été, dans la croûte qui les entoure.

Les lacs karstiques de poljés ont en revanche des eaux douces. Exemples : lac de Beysehir et lac de Sugla ou encore lac d'Egirdir. La ligne de rivage est constante et elle est très humanisée.

LE TAPIS VÉGÉTAL ET LE DÉBOISEMENT

Steppe dans l'intérieur contre forêt sur les bordures montagneuses. Sur les chaînes bordières la forêt va jusqu'à 2000-2200 m et couvre potentiellement toute la surface des versants. Différent sur les plateaux de l'intérieur où la continentalité entraine un relèvement de la limite supérieure : on arrive à 2800 m dans l'Est (région du lac de Van) tandis que l'aridité relève aussi la limite inférieure : la steppe remonte jusqu'à 1100 m à l'Ouest avant que la forêt ne puisse s'installer, 2100 m à l'Est ! L'étage forestier se réduit donc à une bande étroite (900 m à 700 m).

Chaînes pontiques : sapin Nordmann, pin sylvestre plus hêtre et épicéa. Les forêts abondent. Feuillus puis conifères. Forêts de plus en plus denses vers l'Est avec sous-bois de lianes, azalées et rhododendrons. L'Est est le domaine du noisetier tandis que l'Ouest, à étés plus secs, portera des fruits méditerranéens. Quelques hêtres aussi en Thrace (Europe). Taurus (et Égée) : Les zones basses ne portent que quelques plantes chétives à feuilles persistantes (oléandre, myrte, tamaris) dominées par le pin d'Alep parfois et l'olivier qui remonte jusqu'à 1000 m. Puis viennent les chênes verts puis chênes à feuilles caduques (chêne à vallonnées propagé par l'homme sur toute la façade égéenne au milieu des champs pour la richesse de son gland en tanin). Les forêts de résineux (pins, cèdres et thuyas) apparaissent beaucoup plus haut.

Anatolie intérieure : la steppe. Déboisement quasi total dans le triangle Ankara – Kayseri – Konya. La formation végétale naturelle était de la steppe boisée à 50%. Même en Thrace centrale, la steppe s'est imposée. Elle est en grande partie anthropique. Dès le Néolithique et le Bronze. Premières communautés agricoles. La steppe s'impose pendant les périodes de prospérité rurale (époque hellénistique, romaine). La forêt s'étend quand les Turcs nomades arrivent (vie en équilibre avec la forêt qui conquiert les ruines). Puis époque contemporaine : pression démographique = disparition accélérée. C'est pourquoi dans l'Anatolie intérieure, le combustible est le TEZEK, déjections du bétail qui sèchent sur les murs. (Traditionnellement).