PEUPLEMENT ET GENRES DE VIE

L'ANCIENNE VIE SÉDENTAIRE ET LA TURQUISATION DE L'ANATOLIE

Antiquité : Anatolie peu à peu peuplée à partir de littoraux peuplés. Grande prospérité en Asie mineure durant l'antiquité et sous l'empire byzantin. Cultures pluviales répandues à l'époque hellénistique (céréales + figuiers, oliviers). Les vergers couvrent toutes les bordures plus un peu l'intérieur de l'Anatolie occidentale et les chaînes pontiques. Dans les vallées montagneuses une vie pastorale à courte distance. Les troupeaux qui parcouraient aussi la steppe centrale appartenaient aux villes de la région. Invasions arabes : Anatolie rurale peu à peu dépeuplée En arrivant, les arabes sont repoussés par le froid du plateau (mortel pour les dromadaires) mais pratiquent la razzia et provoquent la régression de la vie rurale intérieure ainsi que la concentration sur les villes. Cette régression arabe explique la rapidité du bouleversement ethnique turc. C'est un plateau pratiquement vide qui s'ouvre aux nomades turcs après la bataille de Mantzikert en 1071. Arrivée des Turcs : Anatolie rapidement repeuplée et littoraux désertés Les Seldjoukides d'Iran les laissent s'installer là, aux portes de l'empire et aux frontières de Byzance, comme toutes els tribus nomades et turbulentes venues de l'Est. Au XIIIème siècle, contrecoup des invasions mongoles : nouvelles arrivées. Cette fois avec des chameaux de Bactriane plus ou moins métissés de dromadaires et résistants au froid. Ils submergent les hauts plateaux et les montagnes (surtout dans les bassins intérieurs des chaînes pontiques) (montagnes où ils trouvent leurs pâturages d'été : les yayla). Les plaines littorales (ports tenus par les Byzantins) sont en revanche des buts de razzias. Leur population s'effondre et la brousse paludéenne revient. Qui et où ? Les populations préexistantes sont restées dans les villes principales et quelques campagnes proches (la toponymie le prouve). Ils deviennent des centres à culture irano-musulmane seldjoukide. Montagnes en revanche totalement bédouinisées. Une exception : les chaînes est-pontiques. Végétation tellement dense et hivers tellement doux que les nomades turcs n'y pénètrent pas et que l'empire de Trébizonde (dernier hellénistique) ne tombe qu'en 1461. La turquisation, par infiltration de paysans des hautes terres, n'y est achevée qu'à l'époque moderne.

ÉVOLUTION DU NOMADISME Au XIVème siècle, les nomades d'Anatolie occidentales sont appelés Yürük (celui qui marche) tandis que ceux d'Anatoie orientale conservent leur nom de Türkmènes (Turcs purs, robustes) (turkmène est un augmentatif). C'est la marque d'une sédentarisation de l'Ouest. En Anatolie occidentale, les nomades doivent trouver d'autres quartiers d'hiver. les bassins intérieurs sont gagnés par l'agriculture. Se constituent alors des itinéraires de nomadisme entre les montagnes du Taurus ou els grands blocs soulevés intérieurs et les plaines insalubres de Pamphylie ou Cilicie, ainsi que les grands vallées égéennes. Ces itinéraires ont persisté jusqu'à la fin du XXème siècle. En Anatolie orientale, les grandes confédérations nomades turkmènes se maintiennent mieux entre le désert syrien en hiver et le haut plateau anatolien en été. Confédérations disloquées sous pression administrative au XVIIème siècle. C'est ce qui explique pourquoi le mode de vie nomade s'est perpétué plus longtemps à l'Ouest, paradoxalement. Car devant les restrictions administratives, les nomades de l'Est s'infiltrent par petits groupes à l'Ouest. On parle de seconde invasion nomade. L'échec de la fixation des Turkmènes sur le piedmont du Taurus et les bords de l'Euphrate (trop torrides) explique l'arabisation définitive de la Syrie. Les Kurdes, semi-nomades des montagnes du Taurus oriental étendent alors leurs parcours vers les hauts plateaux d'Anatolie orientale dans le vide laissé par les Turkmènes. Ils y vivent en se confrontant aux communautés agricoles arméniennes jusqu'à leur disparition en 1915. Les Kurdes poussent même, dans la foulée des Turkmènes jusqu'en Anatolie centrale et occidentales (province de Kütahya, au Sud de Bursa !).

IMPORTANCE DES MUHACIR (prononcer Mouhadjir) Les progrès de la vie sédentaire ont été précipités par le repli vers l'Anatolie des “émigrants”, réfugiés turcs et musulmans venus des Balkans (surtout à partir de 1878) et, dans une même proportion de Crimée, du Caucase et d'Asie centrale devant la progression de l'empire russe. En tout : plus de 3 millions de personnes sur les 13.6 millions du pays en 1923 ! soit entre un cinquième et un quart de la population qui descendrait des Muhacir.

De l'Ouest ils viennent en trois vagues principales : les guerres balkaniques de 1877-78 et de 1912-13 la guerre turco-grecque de 1922. Ils sont 463 000 à revenir en Turquie en 1922-23 (150 000 Grecs renvoyés en sens inverse). En tout : 1.5 M de Turcs de Grèce et 500 000 Grecs d'Anatolie en sens inverse. Dernier exode massif : de Bulgarie 155 000 en 1951. De Crète perdue en 1900, plusieurs dizaines de milliers de musulmans de langue grecque.

De l'Est : Tatars de Crimée, de 1783 (annexion russe) à 1914 environ 1 million. Tcherkesses du Caucase (1859-64) quelques centaines de milliers. Autres, d'Asie centrale jusqu'aux Turcs Kazakhs du Kazakhstan et du Turkestan chinois en 1951-53 après un exode hivernal à travers le Tibet !

Élément essentiel dans la physionomie géographique du peuplement

Ils comblent les vides régionaux : beaucoup en Thrace, en Anatolie occidentale (en Marmara et Phrygie) sur le pourtour de la steppe centrale aussi Ils comblent les vides locaux : vallées montagneuses, bassins du haut-pays encore partiellement marécageux (alors que les vieux villages sont plutôt sur les sites de piedmont plus variés et attractifs. Les dernières vagues vont directement en ville (les Turcs Bulgares notamment) en 1951).

Le rôle des Muhacir dans le peuplement rural a donc été primordial. Ils sont peu nombreux dans la Heute Anatolie orientale. Pourtant il y a de la place depuis la disparition des Arméniens. mais le milieu a été jugé trop âpre.

Résultat : renforcement du contraste de densités et d'évolution économique du pays. Peu d'apports culturels et techniques si ce n'est la pratique du roulage à la place du portage encore dominant en Anatolie avant eux. Le bilinguisme est resté longtemps la règle.

MOUVEMENTS DE POPULATION CONTEMPORAINS Dernier grand mouvement : la totalité des Kirghizes fuyant le Pamir afghan après l'invasion soviétique de 1979. Casq très particulier : ils se sont implantés avec autorisation turque dans la région du lac de Van pour y retrouver un environnement proche de leur région de départ.

Entre 1945 et 1970 : la population passe de 18 à 35 millions. La démographie est explosive. Natalité restée forte pendant que la mortalité s'effondrait . Le taux de croissance démographique est de 2.85 % / an dans les années 1950s et de 2.52 % / an dans les années 1960s. (contre 2.07 % dans les années 20s et 30s).

Résultats : Partout remontée en altitude du peuplement. Dans les montagnes les villages remontent aux dépens des terres bédouinisées. Les habitats temporaires des paysans se multiplient puis deviennent permanents. Dans la steppe centrale : avant guerre 1922, les gros villages éclataient en été en un très grand nombre de yayla à la même altitude. Ces Yayla deviennent des hameaux deviennent des hameaux habités toute l'année.

Est littoral pontique : Émigration des Lazes : occupation du sol continue à l'abri des invasions sur le long terme. Mais sur frange littorale mince et pentes fortes. Forte émigration vers les deltas du Kizilirmak et du Yesilirmak, de part et d'autre de Samsun, vers les bassins paphlagoniens, Istanbul et la mer Égée.

bassins de l'intérieur des chaînes pontiques : autre foyer d'émigration

Immigration : surtout les basses plaines de l'Égée et de la Méditerranée : bassins de la Marmara, de l'Égée, plaines de Pamphylie et de Cilicie. C'est à dire les espaces désertés après les invasions turques et devenues de simples pâturages d'hiver quasi insalubres. Paysans du haut-pays, nomades (anciens) et Muhacir s'y sont alliés pour faire surgir des espaces d'agriculture spécialisée très productive. Inversion des équilibres.

Dans le dernier quart du XXème siècle, l'immigration vers les deltas pontiques s'achève. Les campagnes autour de Samsun sont devenues terres d'émigration. Malgré l'implantation d'équipements industriels (grâce au GAP) le SE reste en perte de vitesse démographique. La population se fixe dans les villes mais ces dernières n'accueillent pas tout l'exode rural qui part plus loin vers l'Ouest. Seules quelques unes comme Batman, cité du pétrole du SE kurde, ou Osmanyié, ville industrielle, sont vraiment dynamiques.

LES MONTAGNES Les hautes terres ont été soumises au nomadisme. X. de Planhol, en 1963, montre que cette forme de mise en valeur a engendré dans les montagnes et sur les plateaux anatoliens de faibles densités. Les invasions nomades, outre les dévastations, favorisent la reconversion des économies paysannes, sédentaires à l'origine. Certes, ces modes de vie pastoraux ont reculé et les populations se sont fixées. Densités moyennes : 35 hab/km². Mais les activités restent moins intensives que dans les plaines. L'empire ottoman, entre le XVIème et le XIXème siècle, contrôle les montagnes dinariques de l'ex-Yougoslavie. Ces montagnes, chaînons courts coupés par des cluses, sont contrôlées par des villes situées dans les cluses, relais de la puissance turque. Les villes sont donc musulmanes. Elles ont le commerce et l'administration. Les Turcs confient à des colons serbes orthodoxes les glacis avancés à l'Ouest, face aux Austro-Hongrois. D'où la complexité territoriale de la Bosnie et du conflit : guerre de siège autour de villes comme Sarajevo, Srebeniza, Tulsa. Offensives et mouvements contre les lignes de hauteur avec populations divisées.

Les montagnes de Turquie orientale sont assez bien arrosées au-dessus des déserts de Mésopotamie. Les pluies sont suffisantes pour assurer une agriculture en pays kurde. Les rivières assurent la possibilité d'irrigation des plaines. Le contrôle de l'amont est donc stratégique. La mise en oeuvre du GAP modifie les rapports avec la Syrie et l'Irak situés en aval.

Les eaux du Tigre et de l'Euphrate sont un enjeu essentiel de l'économie turque. L'Anatolie orientale concentre la moitié des ressources hydrauliques de la Turquie. Le GAP vise au développement d'une zone de 75 000 km² et peuplée de 8 millions d'habitants. Le plan est lancé en 1972 et devrait être achevé en 2015. Il est très largement engagé maintenant. Gigantesque opération décomposée en 13 sous-projets. 7 sur l'Euphrate et 6 sur le Tigre. 22 barrages sont prévus pour un stockage de 60 km3. Le barrage le plus important est ATATÜRK sur l'Euphrate. Achevé en 1990, il stocke à lui seul 48 km3.

Les trois objectifs du GAP Production d'électricité hydraulique Les centrales doivent délivrer 26 Milliards de kW/h. En 2006 on en était à 20 dont 8 pour Atatürk. Irrigation Sur 3 millions d'ha de SAU, 1.7 sera équipé pour l'irrigation. Pour une consommation annuelle de 22 km3. Une partie dans le bassin du Tigre. mais l'essentiel vient de l'Euphrate. Toujours à partir d'Atatürk. Le tunnel hydraulique le plus long du monde : URFA. Il permet d'irriguer la plaine d'Urfan-Harran. 328 m3/s soit le tiers du débit de l'Euphrate. (pratiquement la Seine à Paris !!!). Des canaux doivent encore être achevés pour assurer un transfert vers les régions limitrophes de la Syrie notamment dans la plaine de Mardin-Ceylanpinar. En 2006, seuls 300 000 ha sur les 1.7 million prévus sont effectivement irrigués. Mais la montée en puissance est rapide. Objectif géopolitique Le GAP vise à réduire le retard de développement de l'Est de la Turquie. Projet gigantesque érigé en mythe du développement national. Une réponse économique aux demandes d'autodétermination des Kurdes. Les travaux d'infrastructure représentent l'équivalent du budget annuel de la Turquie. Le coût total est estimé à 32 Milliards de dollars soit le cinquième du PNB annuel du pays. On souhaite donc rentabiliser l'investissement en passant de la céréaliculture extensive à une agriculture irriguée tournée vers les plantes industrielles comme le coton. On passera aussi à des cultures céréalières plus intensives et à de nouvelles cultures : soja, maïs, arachide et riz. L'électricité des barrages doit être utilisée sur place pour de nouvelles usines au lieu d'être expédiée vers l'Ouest. Amélioration de l'habitat rural et développement d'activités touristiques programmés aussi (loisirs nautiques). Le but ultime de ce plan ambitieux est d'arrêter le flux d'émigration en fixant les populations sur place avec des activités rentables ... Le GAP est donc indissociable de la question kurde.

Le problème est que : Le GAP entraine des problèmes géopolitiques (que nous aborderons à la fin de la prochaine partie sur la géopolitique turque)...

AUTRES MINORITÉS :

MINORITÉS EN TURQUIE

La question alévie (in “La Turquie” Semih Vaner, Fayard 2005)

Ils représentent entre 10 et 20% de la population (l'équivalent des Kurdes). Invisibles dans les statistiques car Turcs. L'alévité (soit le fait d'être alévi) a laissé la place dans les années 1980s à l'alévisme (soit une revendication, une mobilisation politique). C'est une partie de la population qui n'a que peu bénéficié de l'unitarisme kémaliste. Intégration, politisation et revendication actuelles reflètent en creux l'Histoire de la Turquie.

Les alévis en marge de l'empire ottoman sunnite L'alévité se cristallise comme culte spécifique au début du XVIème. Les Kizilbas d'Anatolie orientale se sont souvent révoltés contre les Ottomans. Ils soutiennent le Shah d'Iran qui proclame le chiisme duodécimain religion d'État. Double conflit avec les Ottomans : politique et religieux. Au terme de la “Guerre de 120 ans” avec l'Iran, les Turcs ottomans l'emportent. Les Kizilbas sont coupés de l'Iran. Isolés, les Kizilbas se rattachent au Bektachisme. Une confrérie un peu plus proche du sunnisme, donc tolérée voire encouragée par Istanbul. On devient membre de la confrérie mais on naît Kizilbas (le terme devient alévi au XIXème : il est moins péjoratif). Donc tous les alévis ne sont pas bektachis (comme les Tahtaci, nomades forestiers de la côte méditerranéenne) et vice-versa. Et nombreux sont les bektachis d'Istanbul, de Salonique et d'Izmir qui vont se détacher des alévis dans la modernisation du XIXème. Il y a donc eu énormément de Bektachis réformateurs et proches du pouvoir à l'Ouest. Mais en revanche les Alévis sont restés des ruraux à l'écart. Les Alévis ont donc une religion très spécifique. Un bidouillage qui leur est propre. Alévi vient d'”affidé à Ali”, gendre de Mahomet (le Ron Hubbard du VIIème siècle). Ils sont donc proches des chiites (depuis l'épisode iranien). Ils attendent toujours l'imam caché ... Ils commémorent le martyre d'Hussein, fils d'Ali, à Kerbala. Ils interprêtent le coran à leur sauce. Ils accusent leurs détracteurs sunnites de ne pas avoir pénétré l'esprit du coran et de s'arrêter comme des cons à la lettre. Ils ne respectent pas le ramadan, les prières quotidiennes, le pélerinage à la Mecque. Mais en revanche, ils ont leur propre code moral : ne pas mentir, ne pas voler, ne pas commettre l'adultère ... Danses extatiques mixtes (!), hiérarchie cléricale complexe, culte des pierres, des montagnes, pélerinages vers des fontaines. Ces derniers éléments font penser à une islamisation superficielle d'un vieux fond chrétien (qui aurait juste incorporé comme à son habitude des cultes païens) sans compter des vieux cultes anatoliens venus des Turkmènes d'Asie centrale et des populations de Mésopotamie.

Ils ont été pourchassés et se sont réfugiés en petites communautés à l'écart (montagnes, forêts) au point de ne même plus former un tout homogène. D'où une variation énorme dans les rites ! Même le Çelebi (descendant du Saint Bektas ...) ne coordonne rien et ne dicte pas les rites.



Les alévis au temps de la laïcité kémaliste 1928, abolition de l'islam en tant que religion d'État. Fin de la discrimination religieuse des alévis ? Non ! En fait la religion est étatisée par le biais du DAR (Direction des Affaires Religieuses). Les confréries sont interdites. Pour créer une communauté nationale, il faut supprimer tout particularisme. Dans les cours de religion à l'école, devenus obligatoires, c'est la tradition sunnite qui est enseignée. Le kémalisme donne plus de place, en revanche, aux particularismes culturels et musicaux. Et puis, finalement, les réformes laïques permettent de s'émanciper de la domination sunnite. Dans les années 1960, quand le sunnisme politique reprend des forces, les jeunes alévis idéalisent le kémalisme comme idéologie oppositionnelle de gauche ! Idem dans les années 1990 face à l'essor de l'islam politique. Cependant les alévis n'ont pas tous ni toujours soutenu le kémalisme. Ils ont même voté pour les partis d'opposition lors des premiers scrutins multipartites.

Des alévis de moins en moins enclavés. Les grandes transformations : l'école obligatoire l'amélioration des réseaux de communication l'exode rural massif de la deuxième moitié du XXème siècle. Un exode rural très hétérogène Peu d'exode : Les alévis arabophones autour d'Adana ou Hatay migrent peu vers les villes. De Thrace, côte égéenne et méditerranéenne, les bucherons alévis (Tahtaci) et les musiciens, danseurs, circonciseurs (Abdal) des régions de Balikesir, Aydin, Mugla, Izmir, Antalya, Alanya, Mersin et Manisa sont peu touchés aussi, sauf vers des centres régionaux comme Mersin, Adana ou Gaziantep. Exode plus massif : Turcophones du triangle Kayseri-Sivas-Divrigi, des environs d'Ankara et de Çorum Kurdophones de Sivas, Erzincan, Malatya, Tunceli et Maras. Accélération récente : De l'Est vers grandes métropoles et pôles régionaux. Surtout depuis Eläzig, Varto, Erzurum, Bingöl et Kars. __ La pratique alévie en voie de disparition ? (jusqu'au début des années 80)__ Les alévis sont maintenant partout dans les grandes villes. Ils font venir des parents, co-villageois et créent des poches alévies en ville. À Istanbul, ils s'installent dans la périphérie des arrondissements comme Kâgithane, Sisli et Sariyer, ou dans des arrondissements périphériques comme Pendik, Kartal, Ümraniye, Küçükçekmece, Avcilar ou Bagcilar. À Ankara, quartiers de Tuzluçayir et Mamak. il ne s'agit cependant pas de “quartier alévis” homogènes. en ville, les liens avec les maîtres spirituels (les dede) se distendent. Les cérémonies religieuses (cem) ne sont presque plus pratiquées. Au début des années 80 affaissement des pratiques en ville mais aussi à la campagne.

Réactivation de l'alévisme par la violence politique Dans les années 1970, polarisation extrême de la politique. La confession devient un argument électoral et les alévis sont assimilés à la gauche. Victimes de pogroms anti-gauche et anti-alévis en 1978 à Kahramanmaras, Sivas et Malatya (villes mixtes d'Anatolie centrale) puis 1980 Çorum. La polarisation aboutit à l'homogénéisation confessionnelle et politique des quartiers. Alevis = Gauche.