Cinglés et galériens, mes frères (mes soeurs) ! Oeuvrons ensemble pour réparer une injustice géographique majeure !

NON, LE VENTOUX N'EST PAS DANS LES ALPES. C'EST UNE MONTAGNE DES PYRÉNÉES !

Ça fait 65 millions d'années que ça dure. Il serait temps de s'en apercevoir.

Dans le massif alpin de direction générale Nord-Sud, le Ventoux (qui se prolonge par la Montagne de Lure) s'étire sur 24 kilomètres d'Ouest en Est (de Malaucène à Aurel) et sur 15 kilomètres du Nord au Sud (de Saint-Léger-du-Ventoux aux gorges de la Nesque).

Or, quand on regarde une carte de France, on s'aperçoit que la direction de son axe principal (une longue crête arquée Ouest-Est) est plus proche de l'axe des montagnes pyrénéennes que des axes alpins.

Cependant, comme le montre cette carte du relief, il existe une autre crête, un axe secondaire) Nord-Sud, qui part, au Nord, du Col de la Frache (1575 m) et se dirige au Sud vers Monieux.

Enfin, la dissymétrie est forte entre le versant Nord, abrupt au dessus de la vallée du Toulourenc, où l'on perd 1500 mètres en 3 kilomètres et le versant Sud où il faut 10 kilomètres pour perdre 1600 mètres.

Quand on considère la géologie du Ventoux, on comprend pourquoi cette montagne est aussi massive au-dessus de la plaine : c'est déjà parce que son armature est constituée de calcaires très résistants (à faciès urgonien : le même type de roches qui sont à l'origine des corniches spectaculaires du Vercors ou de la Chartreuse).

Mais quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que des roches manquent : à la fin de l'ère secondaire, la région ne connaît plus de sédimentation. Les dernières roches représentées sur ma carte datent (par exemple) de 92 millions d'années. Un peu plus au Nord, on arriverait à 83 millions d'années du côté de Buis-les-Baronnies. Puis viennent les roches de la sédimentation tertiaire (surlignées en jaune sur la légende), à partir de -65 millions d'années. Mais elles sont très différentes : on y retrouve des sables qui reprennent des éléments des roches secondaires du massif du Ventoux. La sédimentation tertiaire est le résultat de l'érosion d'un massif montagneux. Ces sables et autres dépôts sont coincés dans des grands bassins qui les recueillent alors (comme celui de Malaucène où vous repérez les couleurs orange et rose de l'éocène et de l'oligocène sur la carte). C'est la preuve qu'à cette époque il existe déjà un relief. CE RELIEF, C'EST UN VENTOUX PRIMITIF, une première montagne née du plissement qui affecte la France à cette époque ... LE PLISSEMENT PYRÉNÉEN (on dit pyrénéo-provençal pour être plus exact).

La direction générale du massif est déjà en place : dès l'origine, le Ventoux a plus à voir avec les Pyrénées qu'avec des Alpes qui n'existent pas encore !

En fait, ce n'est que par la suite (à la fin de l'oligocène et au miocène, soit vers -25 à -20 millions d'années) que les Alpes apparaissent et permettent au Ventoux de prendre encore de l'altitude. (Sans le plissement alpin, notre montagne n'atteindrait pas ses fameux 1912 m (1909 m ? ou 1910 m ? : cela dépend des panneaux ...). Mais si les Alpes ont participé à la montée en altitude du Ventoux, sa forme générale doit presque tout au plissement PYRÉNÉEN ! À l'exception notable de la crête "La Frache-Monieux" qui a une direction Nord-Sud, soit une direction caractéristique de la zone alpine. Le massif est donc constitué dans ses grandes lignes de plis Ouest-Est et de grandes failles de même direction ( en grisé sur la carte) accidentées encore par des failles et quelques crêtes Nord-Sud (méridiennes), arrivées sur le tard (en couleur plus soutenue sur la carte) et qui ne remettent pas en cause l'architecture générale du massif.

Maintenant que vous savez tout cela, vous pourrez grimper le Ventoux en reconnaissant facilement les grands éléments géologiques de notre montagne sacrée ! De la source du Groseau ou du Portail Saint-Jean (avec ses deux qualités de calcaires verticaux) au virage de St Estève en passant par le superbe virage de la montée de Bédoin (kilomètre 10) où soudain, à droite et à 990 mètres d'altitude, la pente accélère à cause d'une faille alpine qui fait décrocher les rochers urgoniens et nous assène des pourcentages de folie ! Peut-être ne le saviez-vous pas, mais vous venez de grimper un superbe escarpement de ligne de faille direct !

Ce qu'il y a de bien avec le Ventoux (si vous le montez comme moi, c'est à dire pas très très vite ...), c'est qu'on a le temps d'admirer le paysage (et donc de mieux comprendre l'histoire géologique du "Géant de Provence").

Enfin, en arrivant au Reynard, ou en sortant de la forêt au-dessus de 1600 mètres par Malaucène, vous ne pourrez pas ne pas remarquer ces déserts de pierres blanches. Ils sont issus de l'action alternée du gel et du dégel qui cassent les blocs (faisons le malin : c'est de la cryoclastie) depuis les ères glaciaires et jusqu'à nos jours (une autre fois il faudra que je vous parle du pavot du Spitzberg qu'on retrouve dans le désert de pierres du sommet). L'évolution du Ventoux n'est toujours pas terminée.

Alors, voilà ce que donne une coupe géologique du Sud au Nord. Juste pour mieux comprendre la dissymétrie des versants. Une longue montée du Sud vers le sommet. Des failles et une sorte de plis déversé vers le Nord mais très abîmé par des failles chevauchantes et quelques failles plus verticales (normales). Voilà ce qu'on voit facilement. Maintenant, si on veut comprendre ce qui a abouti à cette grande structure : voilà un petit schéma explicatif :

Donc ... j'espère qu'il n'est plus besoin d'en faire la démonstration : UNE BONNE FOIS POUR TOUTES, LA PLUS BELLE MONTÉE CYCLISTE DES PYRÉNÉES EST BEL ET BIEN CELLE DU VENTOUX !!!

(Si après ça on remettait en cause mon statut de "cinglé du Ventoux", je trouverais ça un peu fort de café ...)

À bientôt sur nos pentes préférées.