LES TURCOPHONES DE L'EXTÉRIEUR : LE PAYS TATAR

Le Tatarstan (68 000 km²) est une république taillée autour des peuples Tatars turcophones et musulmans issus des Mongols de la Horde d'Or et des Bulgares de la Volga. Sur 3.8 Millions d'hab en 1989, les Tatars ne représentaient qu'1,8 Million. Ils étaient en tout 5.5 Millions en URSS. Dont 1.1 Million en Bachkirie (144 000 km² et 4.1 Millions d'hab, devenue depuis le Bachkortostan), plus au Sud-Est. Soit plus que les Bachkirs (864 000 hab, autre peuple musulman, ce sont des Turcs arrivés au Sud-Ouest de l'Oural avant les Mongols au XIème siècle puis soumis par eux) mais moins que les Russes. Capitale Oufa.

Les Tatars sont centrés sur le confluent Volga-Kama. Ils appellent la Volga Itil en Turc. Ils sont dans la zone de la forêt mixte. Au Nord-Ouest, toujours sur le cours de la Volga, amont, se trouvent les Tchouvaches, autre peuple turcophone. Ils sont l'élément le plus avancé en direction de Moscou. Les Bachkirs sont sur le glacis de l'Oural et l'Oural lui-même. Leur territoire s'étend, du Nord au Sud, de la forêt mixte à la steppe en passant par la prairie.

La Volga a longtemps été la frontière entre le monde russe à l'Ouest et celui de la Horde d'Or, des Tatars, à l'Est.

Les Tatars sont vaincus à Kazan en 1552. Ils avaient pénétré la forêt russe à partir de Kazan (leur capitale) et tenté de débusquer les Russes de Moscou à partir de là. Vaincus, ils sont restés sous domination russe et ont bénéficié sous le régime soviétique d'un régime d'autonomie partagé avec d'autres peuples localement : dont les Tchouvaches.

Si les Tatars et les Bachkirs sont toujours présents c'est parce que la colonisation russe du XVIIIème siècle a sauté le glacis d'outre-Volga avec ses grandes forêts trop éloignées pour être exploitées avec rentabilité, et ses steppes abandonnées aux “indigènes” tatars et bachkirs. Les Russes sont tout de suite allés plus à l'Est, dans l'Oural, où on découvrait des gisements miniers plus attractifs. Seules les villes de passage de la Volga comme Kazan ou, plus au sud, Samara, retiennent quelques peuplements russes au commencement de la période des fronts pionniers car ce sont des villes-bacs, de passage et donc commerçantes. D'ailleurs on le voit dans la géographie russe : les fronts pionniers partent sur l'Oural riche en minerais (triangles noirs). D'ailleurs, le territoire Bachkir évite soigneusement la zone de minerais. On en a tracé les limites pour exclure la minorité Bachkir de cette richesse du sous-sol.

Le Tatarstan est au confluent de la Volga et de la Kama. Espace coupé par les lacs de barrages de la Volga et de la Kama. On ne traverse le fleuve et son affluent qu'aux barrages. C'est en outre un espace décentré. Kazan est loin du centre du Tatarstan. Les régions industrielles sont à cheval sur d'autres espaces.

Kazan est célèbre au XIXème siècle pour son centre intellectuel, ses clochards bohèmes (Gorki : “Les Bas-fonds”.)

Comment l'hydroélectricité et (surtout) le pétrole ont boosté Tatarstan et Bachkortostan

Kazan, délaissée par la Volga (le cours avait varié) a été sauvée par les grands travaux de Staline qui ont barré le fleuve pour en faire une suite de lacs, quasi mers intérieures. Le lac du barrage de Kouibychev, 300 km en aval, à côté de l'usine géante de la Fiat à Togliatti, lui a permis de récupérer son port fluvial. Kazan est pile poil à la limite Nord du lac !

La ville dispose de services et quelques grosses usines de synthèse organique. Grosses usines d'hélicoptères, de moteurs, d'électronique du CMI. Au Nord de Kazan, c'est la forêt. Au Sud, forêt mixte toujours (feuillus et conifères mais avec prairie cultivée). Au Sud-Est du Tatarstan à cheval sur la forêt mixte et la zone de la steppe (au sens russe, au fait : la steppe est l'équivalent de la prairie aux EU) on exploite le “Second Bakou” depuis les années 1940. À cheval sur plusieurs autres régions (le 2nd Bakou occupe ainsi le Sud-Est du Tatarstan et le Nord-Ouest du Bachkortostan). Mais le Tatarstan et le Bachkortostan concentrent l'essentiel des activités pétrolières. Autour de Bougoulma (100 000 hab), centre des services pétroliers et d'équipement, Almétievsk (150 000) chef-lieu du principal champ. Almétievsk alimente la pétrochimie de Bachkirie, de Kazan et de la vallée de la Kama.

Le principal centre de pétrochimie est en effet sur la basse Kama à Nijnékamsk (traduction de “Basse Kama”) 200 000 hab avec grosses usines de pneus (dont Pirelli). Un barrage en amont (1200 MW) à Nabérejnyé Tchelny (traduction de “la colline au bord de l'eau) anciennement appelée Brejnev ... 530 000 hab. La plus grosse usine de camions (Kamaz) du pays. Construite par GMC en 1976 ( l'équivalent de l'usine construite par Fiat à “Togliatti” sur la Volga). Elle produit l'essentiel des moteurs diesel et camions de la Russie. Plus une centrale thermique de 1000 MW. On a tenté de construire en face, de l'autre côté de la Kama, une usine géante automobile (toujours avec GMC) à Élabouga. Travaux commencés entre 1984 et 1988. Suspendus après. Remis en cause sous Eltsine.

Si les industries ont tant concentré la population c'est parce que le monde rural ne retenait pas les paysans dans le bassin de la Kama notamment où les sols pauvres ne permettent que l'élevage peu productif. Plus quelques cultures de seigle et d'orge. Les premières industries du bassin ont été la fabrication des matières grasses (la stéarinerie) qui était une industrie musulmane tatare et les ateliers du chemin de fer liés à la grande gare de bifurcation de Kazan.

On voit l'importance du Tatarstan dans l'économie russe. (Quand l'usine de moteurs diesel de Nabérejnyé Tchelny a brûlé en 1993, la production de camions s'est arrêtée pendant plusieurs mois en Russie ...).

Importance économique + importance numérique des Russes = tentation indépendantiste. En 1990 le président du Parlement de Kazan Mintimer Chaïmiev déclare le Tatarstan souverain. Il est en lutte contre Gorbatchev. C'est un communiste orthodoxe qui soutient le putsch raté d'août 1991. En mars 1992 il proclame l'indépendance du Tatarstan. C'est un coup contre Eltsine, mené par des communistes purs et durs et destiné à obtenir plus de pouvoirs. Finalement le Tatarstan reste une république comme les autres mais Eltsine a dû lacher du lest et augmenter la part de pétrole qui revient aux Tatars. Les Grand-Russes sont leurs ennemis : ils s'attaquent verbalement aux “Hordes tartares”.

La Bachkirie a eu les mêmes velléités en 1994 mais sans conviction. Elle a toutefois obtenu des avantages fiscaux.

Depuis, la guerre de Tchétchénie a calmé les ardeurs indépendantistes.

LES TATARS HORS DU TATARSTAN

Les Tatars sont encore présents sur d'anciens territoires de la Horde d'Or. Mais ils sont alors ultra minoritaires. En Sibérie par exemple : à Omsk. Mais les prairies de pacage traditionnel ont disparu depuis les années 1950 et le programme des “Terres vierges” de Khrouchtchev. Le paysage est très plat. Nombreux petits lacs dont le niveau baisse très sensiblement en été. Les plantations d'arbres brise-vent ont transformé la structure du paysage (pour lutter contre le sécheresse qui affecte une année sur deux ou trois les rendements céréaliers des grandes exploitations).

En revanche ils restent nombreux en Crimée malgré la déportation de la majorité d'entre eux en 1944 (pour collaboration avec les Allemands).

LES TURCOPHONES D'ASIE CENTRALE

Pour comprendre l'évolution historique des peuples d'Asie centrale : deux cartes.

Elles doivent être étudiées en parallèle.

Le principe est le suivant : les Turcs puis les Mongols sont des nomades qui se sont essentiellement installés sur les plaines, à l'écart de la forêt (limite Nord) et le plus souvent des chaînes de montagnes sauf si voies de passage (les cols) ou hauts plateaux. D'où l'importance de la route de la Soie dans les migrations de ces peuples.

Les Turcs sont présents depuis le début de notre ère voire avant puisqu'ils sont déjà dans l'Altaï au IIIème s av JC (et obligent les Chinois à construire la Grande muraille). Ils s'intéressent d'abord à la Chine. Puis, par vagues ils parcourent les steppes de l'Asie centrale : en noir les peuples nomades et le siècle où leur présence est attestée. En noir encadré : les royaumes établis.

Comme l'islam a poussé dans la région à partir du SO aux VIIè et VIIIème siècles jusqu'à la bataille de Talas de 751 qui marque la limite de la progression vers l'Est et la délimitation des aires d'influence de l'islam à l'Ouest et des Chinois à l'Est, les royaumes turcs deviennent musulmans (en noir encadré sur fond vert). La richesse de l'espace mésopotamien (autrefois appelé Sogdiane sous Alexandre le Grand, puis Transoxiane) entre Amou Daria et Syr Daria (Oxus et Iaxarte à l'époque) attire les Mongols de Gengis Khan (1219-1225 dates des invasions) et ses descendants. Leurs invasions sont matérialisées par les flèches rouges.

L'empire de Gengis Khan va jusqu'au Danube !

Puis il est partagé en apanages. Les Mongols sont peu nombreux et laissent le pouvoir réel à l'aristocratie turque, quitte à piller leurs propres villes en cas de besoins ... Ils se fondent donc dans les populations turques locales.

D'où l'impossibilité de faire la différence entre Turcs et Mongols de la Horde d'or qui contrôle l'Ouest de l'ancien empire (j'ai donc indiqué les Tatars en deux couleurs : noir turc et rouge mongol) (ce serait vrai pour tous les autres peuples). La horde blanche reçoit les terres du Sud-Est de l'Oural jusqu'aux mers d'Aral et Caspienne.

Le plus intéressant est sans doute le dernier apanage, à l'est : la Djagataïde. Il a pour coeur économique et culturel la Transoxiane et Samarcande pour capitale. C'est de là que Tamerlan (1370-1405) se taille un empire de la mer Noire au golfe persique et au Pendjab !

Puis l'empire se délite rapidement (l'apparition des armes à feu supprime la supériorité militaire des cavaliers nomades). Il est divisé en aires de peuples comme les Kazakhs centrés sur les “Sept rivières“ (ou Sémiretchié)au Sud du lac Balkach, ou les Kirghizes centrés sur le Tian Chan.

L'influence des nomades s'étiole. Le reste de l'empire des steppes s'évanouit. Il ne reste plus que quelques tribus d'éleveurs et quelques pillards. Plus grand chose à piller car les route de la soie est supplantée par les routes maritimes de l'Océan Indien ...

La Chine progresse à partir de l'Est (sur les Ouighours : d'où le “Turkestan chinois”) et un temps sur une partie du Kazakhstan.

Les systèmes d'irrigation se dégradent. Fin de la splendeur.

L'ASIE CENTRALE AU TEMPS DE L'EMPIRE RUSSE ET DE L'URSS

Depuis la fin du XVIIIème les Russes luttent contre les musulmans. Les Tatars, vaincus au XVIème pour conquérir Oural, Sibérie et Volga n'étaient pas très islamisés.

Sud Caucase

Les Russes commencent par le Sud du Caucase sous Catherine II en 1783 pour établir un protectorat sur les principautés géorgiennes orthodoxes menacées par les Ottomans. 1801 : rattachement à lEmpire. 1813 : Bakou et la plaine d'Azerbaïdjan contre la Perse. Peuple azéri turcophone et chiite.

1828 : Partie de l'Arménie contre les raids kurdes et turcs (prétexte). Soit tous les territoires au Nord de l'Araxe.

Mais il a fallu un siècle pour venir à bout des divers peuples locaux, très islamisés, du Caucase et de Transcaucasie (au Sud du Caucase, la Ciscaucasie étant pour les géographes russes au Nord du Caucase). Contre les Tchétchènes notamment (qui ne sont pas un peuple turc). Peuples montagnards qui souvent ont pris le parti des Allemands dans la seconde guerre mondiale et ont été punis collectivement : en 1944 1 million de personnes sont ainsi déportées en Asie centrale et autorisées à revenir dans leurs montagnes qu'en 1965 !

Les Tatars de Crimée sont restés proscrits jusqu'à la fin de l'URSS. Il faut dire que leur région était devenue la Côte d'Azur des soviétiques et qu'ils n'y avaient plus leur place.

Dans les plaines de transcaucasie : 1918 déclaration d'indépendance de la Transcaucasie (Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan). Lénine la reconnaît. Mais il reprend le contrôle de l'Azerbaïdjan grâce à l'appui des ouvriers russes des champs de pétrole de Bakou en 1920 puis réoccupe l'Arménie en 1920 et la Géorgie en 1921.

Asie centrale Conquête plus facile dans les grandes steppes. La cavalerie cosaque est plus à l'aise contre les nomades. Kazakhs vaincus entre 1845 et 1853 sur leurs terrains de parcours jusqu'au Syr Daria.

La guerre de sécession pousse les tsars à conquérir les vallées des fleuves d'Asie centrale pour y produire du coton. D'où la conquête des oasis :

1865 Tachkent

1868 Boukhara

1873 Khiva

Les Turkmènes sont vaincus en 1881 à la bataille de Gök-Tepe.

Occupation de Kouldja de 1871 à 1881 aux portes de la Dzoungarie (Nord du Xinjiang actuel) Merv (Mary) prise en 1885 (Turkménistan actuel) puis Kouchka sur la route d'Hérat (Afghanistan) : les Britanniques sont inquiets car l'Afghanistan, c'est la route d'invasion vers l'Inde par la passe de Kaïber sur la rivière Kaboul (frontière du Pakistan actuel).

D'où un accord qui fait de l'Afghanistan un État tampon en 1885 (même si les Russes tentent encore de pénétrer plus profondément vers l'Inde en 1890-95 en occupant les vallées du Pamir ). Finalement, la Russie ets affaiblie par sa défaite contre le Japon en 1905. l'Allemagne inquiète. La triple entente devient possible et le calme revient dans la région jusqu'en 1979.

Le Turkestan : un découpage très géopolitique

Les Russes regroupent leurs conquêtes dans le Turkestan.

À l'exception des Tadjiks de langue iranienne (vallées supérieures du bassin de l'Amou-Daria), tous les peuples sont turcophones. Capitale administrative : Tachkent.

Mais depuis les années 1920, la dénomination Turkestan est proscrite.

1925 : division du Turkestan en cinq républiques fédérées. (Kazakhstan, Ouzbekistan, Tadjikistan, Kirghizistan, Turkménistan)

En théorie : politique des nationalités de Staline destinée à lutter contre la russification instaurée sous les tsars ... Essor de litératures nationales. Enseignement dans la langue maternelle et le Russe.

But réel : briser le grand ensemble des populations de langue turque et musulmanes.

Les nouveaux pays se moquent du relief (cf chaînes qui barrent le Tadjikistan au Nord de la rivière Zeravchan ou isolent le Fergana du reste de l'Ouzbékistan.

Il faut tenir les populations musulmanes :

dans les années 1870 à 1920, les populations des villes, centres culturels et religieux, sont agitées par des confréries, des marchands tatars relais du capitalisme russe qui propagent les idées des “Jeunes Turcs”, soit une conception moderniste de l'islam.

Marchands et caravanes colportent des journaux en turc moderne. La culture obligatoire du coton et la confiscation des terres donnent encore plus d'écho à ces idées.

En 1916, révolte des Kazakhs repoussés auparavant sur des terres arides pour faire place aux Russes. Échec. Novembre 1917 : les Russes de Tachkent se rallient au nouveau pouvoir pour conserver leur poids politique et économique local.

Novembre 1917 : Réunion de Kokand (centre du Fergana) où des notables musulmans proclament l'indépendance du Turkestan.

Février 1918 : le soviet de Tachkent envoie les troupes sur Kokand. Massacre de 60 000 personnes.

Proclamation du djihad.

Les Russes blancs reçoivent du soutien des cavaliers kazakhs Staline (commissaire aux nationalités) met une sourdine à la lutte contre la religion. Soutien des notables et intellectuels tatars venus de Kazan à Moscou.

LE CONTREFEU SOVIÉTIQUE : SULTAN GALIEV

Tatar, commissaire du peuple aux nationalités et à l'éducation de la république de Kazan et collaborateur de Staline, il organise un “congrès panrusse des musulmans”, proclame l'autonomie culturelle du Turkestan, promet le respect de la religion et des traditions.

Galiev pense étendre le Turkestan jusqu'en Chine dans une République du Touran.

Il pense même aller au-delà jusqu'à tous les peuples musulmans !

Le calme revient.

Mais Staline veille. Petit à petit, le calme revenu, le terme “musulman” est supprimé des textes et remplacé par “oriental”.

1920 : Congrès des Peuples d'Orient à Bakou, on ne parle plus d'islam mais de lutte des classes.

1923 : Galiev est emprisonné.

STALINE DÉCOUPE LE TURKESTAN SELON LES PARLERS (1923 ?)

D'où des frontières très biscornues.

Il se fonde aussi sur des conflits entre pasteurs ouzbekhs et Kirghiz (pour le contrôle de terrains de parcours) alors qu'il existe des conflits similaires entre tribus des mêmes groupes ethniques ... Mauvaise foi évidente.

Pourtant il existait une langue littéraire commune : le TCHAGATAY. Sous une forme modernisée le Tchagatay se répandait depuis la fin du XIXème siècle grâce à des journaux et à la diaspora tatare. En Ouzbélistan, Staline réunit pourtant des nomades ouzbeks et des paysans sédentaires tadjiks (reprenant ainsi la domination installée par les Ouzbeks au XVIème siècle). Il ne rattache pas les Tadjiks d'Ouzbékistan au Tadjikistan (les Tadjiks ne sont pas trucophones).

(Carte non terminée : il manque les Turkmènes et Ouzbeks entre autres. Je n'ai pas le doc sous la main) On masque donc tout ce que ces peuples peuvent avoir en commun (une même langue, un même groupe ethnoculturel) et surtout Staline lutte ainsi contre l'islam.

LUTTER CONTRE DES PUISSANCES RIVALES :

Potentiellement : un Monde Panturc ou le Monde Musulman. Les idées de Galiev et de ses partisans (communistes Tatars pour la plupart) sont proscrites et leurs auteurs et défenseurs sont liquidés dès 1928.

Le SULTANGALIEVISME, si utile pour rétablir la situation en 1918-1920, devient une idéologie réactionnaire car se référant à la religion.

1928 : offensive contre l'islam. Mosquées détruites ou fermées. L'Armée rouge sédentarise les nomades kazakhs de force. D'où la migration de nombre d'entre eux en Chine (cf carte), dans le Nord du Xinjiang actuel (en vert sur la carte). D'où aussi la faible proportion de Kazakhs au Kazakhstan avant le retour des Pieds rouges russes en Russie après 1991.

La résistance des Basmatchi (bandits en ouzbek), commencée en 1918 avec le soutien des confréries religieuses, sous forme de guerilla dans les oasis du Fergana et les montagnes environnantes ne s'achève qu'en 1934.

APRÈS 1991 : LE RETOUR DE L'IDENTITÉ

1- LE JEU SUR LES SYMBOLES AU TURKMÉNISTAN

Premier exemple : la bataille de Gök-Tepe

1879 : denière grande victoire des Turkmènes Teke retranchés dans cette ville fortifiée devant les Russes qui se replient à Krasnovodsk (bords Caspienne, Sud-Ouest Kazakhstan actuel).

1881 : revanche des Russes. la forteresse est prise. 6000 soldats turkmènes tués. 8000 femmes et enfants idem quand ils tentent de fuir.

Effets immédiats des deux batailles :

Les Russes lancent la construction du Transcaspien, voie ferrée vers Tachkent (achevée en 1899) pour mieux acheminer des troupes.

ils implantent un camp sur le piedmont du Kopet Dag, qui devient ensuite la capitale : Achgabat, au plus près des troupes britanniques engagées dans le “Grand jeu”, en Iran.

Héros de Gök Tepe célébrés discrètement. Puis, en 1918, dans ces milieux nationalistes, la résistance aux Russes-Bolcheviques s'est organisée autour de Oraz Serdar, fils d'un des chefs de la bataille.

Sous les soviétiques, l'historiographie change de cap. La bataille devient l'expression de la supériorité russe et du caractère bourgeois de la révolte et de l'oppression du peuple par les chefs de guerres (les Serdars) et autres Beys turkmènes.

MÉGALOMANIE DE NIAZOV

Saparmourat Niazov, président mégalo du nouveau Turkménistan post soviétique réorganise la commémoration de la bataille le 12 janvier. Construction de la plus grande mosquée du pays à Gök Tepe : la “Saparmourat hadji” du nom du dictateur. Gigantisme des travaux (dans la capitale certes, mais aussi dans la petite ville de Gök-Tepe) pour asseoir le culte de la personnalité.

Il faut faire de Gök Tepe un moyen de légitimer l'autoritarisme du régime en ancrant dans les esprits un nationalisme ethnique turkmène. Niazov lance d'ailleurs une politique de préférence ethnique pour les Turkmènes (90% de la population du pays).

À partir de 1995, ethnitisation (turkmène) de l'administration.

2002, le Parlement demande que soient vérifiées les origines ethniques de tous les fonctionnaires sur trois générations. Les minorités deviennent des citoyens de seconde zone.

Ethnicisation qui gène le rapprochement des pays d'Asie centrale et qui se fonde essentiellement sur la bravoure turkmène (Téké) à la bataille de Gök-Tepe, dont n'auraient pas fait preuve les autres peuples d'Asie centrale. (cf partie suivante sur la construction de réseaux et de souveraineté dans l'Asie centrale post-soviétique)

L'exaltation de la bataille doit permettre de rapprocher les Turkmènes de l'extérieur (suspicieux vis à vis de Niazov et des dérives du régime) de leur pays. Ils ont en effet émigré (diaspora turkmène) après la bataille. Ils seraient 2 millions en Iran,

1 million en Afghanistan,

166 000 (officiellement mais bien plus) en Ouzbékistan,

25 000 au Tadjikistan

2000 au Kazakhstan et 30 000 en Russie (région d'Astrakhan, Basse-Volga).

Rhétorique anti-russe de Niazov qui s'estompe lentement depuis l'arrivée de son successuer au nom à coucher dehors : Gourbangouly Berdymoukhammedov, en 2007.

Réécriture totale de l'Histoire par Niazov. le Roukhnama, oeuvre de Niazov avec emprunts au coran, au bréviaire communiste et aux traditions épiques locales : censé synthétiser la culture turkmène pluri-millénaire ...

Périodes russe et soviétique deviennent des périodes d'asservissement pur et simple.

Comme l'Ouzbékistan et contrairement au Kazakhstan, au Tadjikistan et au Kirghizistan, le Turkménistan voit dans l'ère sociétique une simple poursuite du colonialisme tsariste.

Dans les bouquins d'histoire, la période entre chute de Gök-Tepe et 1991 n'est pas traitée si ce n'est la deuxième guerre mondiale où seuls les hauts faits d'arme turmènes sont étudiés !

Victimisation du Turkmène et grandeur sont exaltées. Gigantisme te mégalomanie au pouvoir qui contrastent avec la précarité des populations locales ...

2- SUR UN MODE APPAISÉ, LA RECONSTRUCTION DES VIEILLES VILLES OUZBEKES, LES ESKI CHAHAR: la réinvention du passé précolonial.

Les quartiers de la période précoloniale sont progressivement reconstruits. Avant même l'arrivée des Russes ils sont en piteux état. On lme sait au travers des récits de voyage d'espions russes et britanniques engagés dans le “Grand Jeu”. Boukhara et Tachkent sont l'ombre d'une gloire passée. Les principaux édifices tombent déjà en ruines (la route de la soie a été détrônée par la voie maritime).

Entre 1865 et 1991 :

les Russes créent des Yangi Chahar (villes nouvelles).

Puis les soviétiques pratiquent une politique hygiéniste et égalitariste : destruction des mosquées, percement de nouvelles voies larges dans les eski Chahar. Seuls sont conservés les batiments et lieux qui peuvent servir l'idéologie communiste : à Boukhara, le registan (place du bazar devant le palais des princes ouzbeks) devient la place des manifestations politiques publiques (on y brûle notamment le voile des femmes), tandis que la medresseh (école coranique) Koukeldach (XVIème siècle) devient salle de cinéma et bureau du recensement.

Après la mort de Staline, changement :

le but est de développer le tourisme culturel et de montrer aux occidentaux que l'URSS prend soin de ses héritages historiques. Les eski chahar sont mieux protégés. Dans les années 1970, la mosquée Kalon de Boukhara est renforcée.

Peu de reconstruction toutefois à Tachkent et Boukhara. Mais on reconstruit à l'identique à Khiva, Samarcande (mosquée Bibi Khanum).

Depuis 1991 :

la reconstruction devient la base des méthodes d'aménagement urbain. À Boukhara sur les 10 portes des remparts il n'en restait que 2. Deux autres vont être reconstruites (dont il reste les fondations) à partir de photos. Le but est d'attirer les touristes.

L'héritage est alors recréé de toutes pièces.

Le TachGenPlan est chargé de la reconstruction de la vieille ville de Tachkent. On veut moderniser les logements et faire du principal ensemble architectural (le Khazrati Imam) un grand centre religieux et politique.

On construit vite. Piètre qualité architecturale. Le nouvel ensemble Khazrati Imam n'a rien d'authentique : les minarets sont reconstruits en canalisations en béton armé les unes sur les autres !!! 63 m de haut ...

On met en avant une image d'un mythe. Représentation de faits réels amplifiés par l'imagination collective. Boukhara est la ville berceau du soufisme. Une des 7 villes sacrées de l'islam. Sa dimension mythique est renforcée par le goût orientaliste des occidentaux. L'État joue donc sur le mythe pour attirer les touristes. Les pubs de l'uzbekistan Airways parlent d'un conte de 1001 nuits. On tente de recréer un décor du XIVème siècle à Boukhara. On installe de nouvelles perspectives pour les touristes (perspectives qui n'existaient pas dans l'eski chahar).

Le mythe transforme donc la ville en reconstruisant la ville en y installant de l'orient (tel qu'il est rêvé par l'occident) et des boutiques. Une sorte de Disneyland en à peine moins artificiel (pas vraiment artificiel car la ville, construite en briques crues et en paille pour les habitations anciennes, était déjà et traditionnellement en reconstruction permanente du fait de la fragilité des matériaux).

Tachkent est reconstruite dans le style néo-ouzbekistanais. Tamerlan est redevenu le héros national. Tout bâtiment construit doit être coiffé d'une coupole bleue comme sous Tamerlan mais avec les techniques contemporaines. On anéantit l'héritage urbain et on en construit un autre. Jets d'eau qui rappellent les Khauz (bassins d'ablutions près des mosquées et destinés à la consommation urbaine dans la ville traditionnelle).

Depuis 1993 Boukhara est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais les projets de réhabilitation ne sont plus du tout conformes aux principes de protection des Eski Chahar.



LA DIFFICILE RECONSTRUCTION D'UNE SOUVERAINETÉ NATIONALE DANS LES NOUVEAUX PAYS INDÉPENDANTS D'ASIE CENTRALE.

La recherche d'une identité culturelle plus ou moins artificielle ou frelatée via la réinvention de l'Histoire (quand il s'agit de Niazov) n'est qu'un moyen de parvenir à l'unité et à la souveraineté. Il faut aussi composer avec des maillages et treillages sans concordance, une imbrication territoriale stalinienne défiant toute logique et une interdépendance acquise au temps de l'URSS. L'enclavement de ces pays entraine aussi son lot de contraintes économiques et politiques. Des défis énormes, donc.

Le Kazakhstan a commencé par transférer sa capitale d'Almaty (à son extrême sud) à Astana (au coeur du pays) pour marquer l'émergence d'un nouvel État. La publicité internationale a même été assurée par une équipe cycliste d'abord nationale (sous Alexandre Vinokourov, exclu du Tour de France 2007 pour dopage) puis très internationale (Contador et Armstrong en 2009).

LES HUIT ENCLAVES DES RÉPUBLIQUES D'ASIE CENTRALE

Il faut encore ajouter huit enclaves réelles :

4 de l'Ouzbékistan dans le Kirghiz(i)stan (Soh, Sahimardan, Kalaca et Halmion)

3 du Tadjikistan dans l'Ouzbékistan (Sarvak) et le Kirghizistan (Voruh et Kajragac)

1 du Kirghizistan dans l'Ouzbékistan (Barak).

Le premier des défis de la souveraineté nationale et de l'aménagement du territoire est de lutter contre ces formes multiples d'enclavement, fruits de découpages imaginés par l'URSS dans sa politique des nationalités.

La dyade entre Kazakhstan et Ouzbélistan a été retouchée en 1929 1930 1956 1963 et 1971. Kazakhstan et Turkménistan ont une forme compacte. Les trois autres républiques ont des formes appendiculaires. (Plus les 8 enclaves citées).

Manque de connexité des réseaux de transport continentaux accrue par la multiplication des périclaves.



Fruit d'une longue histoire. (cf lignes non accessibles aux étrangers par exemple sous le pouvoir soviétique) :

La région cotonnière kazakhe du Zetisaj (The tissage ?) au Sud du lac de Tchardara est isolée du reste du territoire : passage nécessaire en Ouzbékistan.

Entre la région turkmène de Tasauz (ou Tachaouz, ou Dachhowuz) (Nord de l'oasis du Khorezm) et le coeur économique du pays (autour d'Achgabat, le long du Kopet Dag : pas de connexion directe avant 1991. Le désert du Kara Koum est soigneusement évité.

Partout la connectivité est faible. Le réseau routier est sous-développé pendant la période soviétique. Le réseau ferré n'est guère plus efficace :

LES PROBLÈMES FERROVIAIRES HÉRITÉS DE L'URSS DANS LES RÉPUBLIQUES D'ASIE CENTRALE

En vert, les portions de réseau ferré accessibles uniquement à partir d'une autre république. Les capitales Tachkent et Bichkek sont des cas particuliers (Douchanbé est dans une situation encore plus compliquée). Dans le cas de Tachkent, avant 1991, le passage par le Kazakhstan (au Sud du lac de Tchardara) était la seule voie de transit possible vers le Sud et l'Ouest du pays par le train (mais pas par la route où le choix était un peu plus étendu) tandis que le Fergana n'était tout simplement pas accessible par le train depuis Tachkent. Bichkek reste isolée de tout le Sud du Kirghizistan et dépend largement du Kazakhstan voisin.

Douchanbé n'est atteinte que par la ligne qui bifurque du Transcaspien en Ouzbékistan pour traverser le SE du Turkménistan, revenir au Sud de l'Ouzbékistan et enfin traverser la dyade de ce dernier avec le Tadjikistan. Soit trois dyades traversées et autant d'espaces dépendant de l'étranger pour ses flux essentiels.

Toujours sur cette carte : la situation d'Astana, plus près du Nord et du grenier à blé kazakh (sur les terres noires ou terres vierges de Khrouchtchev), sur une étoile ferroviaire importante s'oppose terme à terme à celle d'Almaty, au Sud plus sec, sur la frontière et sur le seul axe du Turksib.

Toutes les enclaves subissent les carences des transports et, à partir de 1991, les tracasseries douanières.

Il faut ajouter la connexité réduite en hiver pour la traversée des axes montagneux par les axes routiers. Kirghizistan et Tadjikistan sont particulièrement touchés. Les chaînes de montagnes sont grossièrement Ouest-Est et isolent les principales régions.

Tadjikistan : pour aller de Douchanbé à Khodjent, l'axe routier Sud-Nord doit passer par deux cols à plus de 3300 m. De Douchanbé à Khorog (haute vallée de l'Amou Daria ou “Pandj”), la route passe par un col à plus de 3200m. Tous ces cols sont fermés en hiver après les premières chutes de neige.

Le Tadjikistan est donc divisé en trois compartiments isolés saisonnièrement. Nord (Khodjent), Sud-Ouest (Douchanbé) et Est (Khorog). La guerre civile de 1992 à 1997 a ainsi opposé des groupes très régionalisés et idéologiquement divisés.

Kirghizistan : même problème entre Bichkek et le Sud à cause des chaînes du Tian Chan.

Ouzbékistan : l'enclavement saisonnier est inexistant car les cols sont plus bas pour rejoindre les régions de la Surkhan Daria et du Fergana.

Encerclées et plus sombres : les deux régions montagneuses (au Sud : massifs du Hissar et terminaison sud-occidentale des Monts du Zeravchan ; au Nord du fergana : chaîne du Tchatkal). Montagnes traversées par des cols de moyenne altitude, qui rendent le réseau routier pérenne entre les trois compartiments principaux de l'Ouzbékistan.

Enclavement aréolaire et enclavement réticulaire : Enclavement aréolaire : lié à une discontinuité dans le maillage (on emploie “maillage” pour tout ce qui est lié aux frontières des États). Soit le nombre de mailles (États) séparant un pays d'une façade maritime (mer on fermée, évidemment).

Enclavement réticulaire : lié aux réseaux. Cette fois c'est le nombre de mailles (d'États) traversées par les réseaux de transport terrestres pour atteindre une façade maritime ouverte.

Dans une période de mondialisation, ces deux notions deviennent fondamentales dans les enjeux du développement.

Le seul enclavement pertinent pour étudier l'économie des pays, l'enclavement réticulaire, montre les problèmes du Tadjikistan.

(Le niveau d'enclavement aréolaire offrirait un classement différent et sans intérêt : Donc, on oublie.)

On voit distinctement la concentration des problèmes sur le Tadjikistan (outre l'Afghanistan) et à un moindre degré, Kirghizistan et Turkménistan.

L'indépendance des années 1990 a donc créé de nouvelles dépendances.

Elles reflètent d'ailleurs le style de développement choisi par l'URSS : autocentré, il profite au centre plus qu'aux périphéries comme en témoignent les niveaux de PIB/hab ou d'IDH après les indépendances. Il y a bien un gradient Nord-Sud très net, à peine démenti par les chiffres turkmènes (gonflés par le pétrole et sa manne).

C'est encore plus net sur une carte, en imaginant le centre de la vie économique pré-1991 au Nord du Kazakhstan ...

Dans le contexte de l'éclatement de l'URSS, le Kazakhstan se trouve dans une position enviable. Il devient un État de transit pour les autres pays d'Asie centrale. Contrôle et pression sur les États voisins deviennent un élément essentiel de ses relations. Tous les flux ferroviaires passent par son territoire.

L'Ouzbékistan, en second lieu, profite des mêmes avantages vis-à vis de ses voisins tadjiks et turkmènes. À une échelle plus fine, la maîtrise de l'accès aux périclaves permanentes (ou temporaires en hiver) apporte une nouvelle forme d'assujetissement aux voisins. Kirghizistan, Turkménistan et Kazakhstan sont cette fois les principaux handicapés.

Il a donc fallu modifier la donne :

La modification nécessaire des réseaux nationaux.

Puisque les frontières n'ont pas été modifiées (un sujet pourrait porter sur le rôle des frontières dans la formation d'une unité territoriale nationale et, au-delà, d'une communauté turcophone transnationale selon une dialectique toute bête : frontière nécessaire à l'affirmation de l'unité républicaine et/ou obstacle au rapprochement d'un monde turcophone ? Obstacle dépassé ? Rôle de la communication au-delà des transports pour vaincre la frontière ? ) on a lancé depuis 1991 des grands chantiers de voies de communication pour assurer la cohésion des nouveaux espaces républicains. (un autre sujet pourrait porter sur le rôle des transports (et des communications) dans l'avénement des unités nationales au profit d'un schéma nationaliste de type ethnique et, au-delà d'un rapprochement avec une aire de parler turcophone ?) (dans ce cas on pourrait penser à tout ce qui précède et vient sur l'Asie centrale ainsi qu'à l'amélioration des transports en Turquie, vecteur d'exode rural et d'unification nationale, vecteur de désenclavement et de lutte contre les particularismes locaux comme au Kurdistan). (Il faudrait alors penser à la carte des autoroutes turques qui sont censées renforcer l'emprise d'Ankara comme le prouve la carte ci-dessous avec toutefois un problème de déséquilibre Ouest-Est, que ne présenterait pas la même carte réalisée en prenant en compte les routes nationales : elles offrent un treillage beaucoup plus fin et moins déséquilibré.)(tout ce que j'ai écrit dans la deuxième partie du III du cours de géopolitique turque serait utilisable)

Trois nouvelles voies en construction ou construites au Kazakhstan dans un double but : casser la logique Nord-Sud du réseau soviétique (sur Turksib, Transaralien et voie centrale Karaganda-Frounzé ou Karaghandhy-Bichkek dorénavant, en orange foncé) et renforcer les transversales (en orange clair), tout en évitant la Russie (voies violettes).

Le Kazakhstan veut se placer en alternative de transport ferroviaire au réseau russe pour acheminer des marchandises venues d'Asie orientale : concurrent du Transsibérien. Les travaux ferroviaires du pays sont à la mesure du rôle géopolitique international qu'il veut jouer dans le futur.

L'Ouzbékistan s'est lancé dans les mêmes travaux que le Kazakhstan mais avec moins de capacités de financement et avec des reliefs bien plus imposants à traverser. Si le désert du Kyzyl-Koum a été vaincu pour supprimer la dépendance vis à vis du Turkménistan, la desserte ferroviaire du Fergana reste assurée via le Tadjikistan et la moyenne vallée du Syr Daria (versants instables entre Angren et Pap) tandis qu'il faut encore passer par le Turkménistan pour rallier la vallée de la Surkhandaria, au Sud.

Le Turkménistan tente aussi de réunifier son réseau ferré. Deux chantiers ont été menés à bien à travers le Kara-Koum et le long de la vallée de l'Amou Daria entre Turkmenabad et Atamurat.

L'enjeu du désenclavement international et de l'alternative au réseau russien

Le Turkménistan offre l'exemple d'un pays qui tente de devenir (comme le Kazalhstan) une voie de transit essentielle. L'ouverture internationale sur l'Iran a été accélérée avec l'inauguration d'une première voie ferrée vers la ville millionnaire de Meched et, au-delà, vers Téhéran dès 1997.

L'Iran n'est donc pas considéré comme un État voyou par les pays d'Asie centrale mais comme un partenaire de choix, essentiel pour accélérer le désenclavement des cinq États détachés de l'ex-URSS.

Tous les pays sont reliés entre eux et dorénavant aussi à la Chine depuis l'ouverture de la voie ferrée Chine-Kazakhstan en 1990, depuis Urumqi, capitale du Xinjiang.