Production régionale de pétrole de 1970 à 2010.

La puissance du Moyen-Orient est évidente. Les réserves y sont non seulement concentrées mais devraient en outre durer plus longtemps que la majorité des réserves des espaces concurrents. Cependant un cas particulier est à noter et vient faire chuter la part du Golfe dans les réserves mondiales : il s'agit du Venezuela. Les réserves venezueliennes ne cessent d'être réévaluées année après année. Elles ne représentaient que 6.6% des réserves mondiales en 2006. Elles ont atteint dorénavant 15.3%. Ce sont les pétroles lourds du bassin de l'Orénoque qui ont permis cette évolution extraordinaire. Les progrès technologiques de l'exploitation ont fait du Venezuela la deuxième puissance pétrolière mondiale !

L'annonce du niveau des réserves nationales est un enjeu géopolitique majeur ainsi que géoéconomique. Je vous laisse réfléchir sur les fluctuations parfois aberrantes des niveaux d'une année sur l'autre ... Il ne s'agit pas toujours de découvertes mais bien souvent de réévaluations (rappelez-vous les batailles au sein de l'OPEP quand des quotas de production sont définis ... par rapport aux réserves, justement ...).

Les progrès techniques ont aussi fait surgir une nouvelle puissance pétrolière ces dernières années : le Canada dont les sables bitumineux (notamment ceux de l'Athabasca) recèlent 143 milliards de barils, soit les troisièmes réserves mondiales derrière l'Arabie Saoudite (264 milliards) et le Venezuela (211 milliards) et devant l'Iran (137 milliards). À eux seuls, les sables canadiens dépassent les réserves réunies de l'Europe, la Russie et l'Asie centrale ! Nous reviendrons bien sûr sur l'aspect environnemental calamiteux de leur exploitation ...

Production des pays du Moyen-Orient, d'Asie centrale et des espaces voisins.

Toute une histoire faite de joutes au sein de l'OPEP (1985 et le contrechoc pétrolier par exemple), d'effondrement du camp de l'Est et de transition économique calamiteuse ainsi que de renforcement de la dépendance énergétique américaine.

Sources d'approvisionnement en pétrole de l'Europe : une dépendance forte vis à vis de la Russie.

Dépendance très variable vis à vis du pétrole (encore faudrait-il mettre la Norvège à part du fait de sa production excédentaire. La Norvège est d'ailleurs le pays européen qui consomme le plus d'énergie par habitant avec 8.68 tep en 2010, soit plus de deux fois la consommation d'un Allemand ou d'un Français (3.98 tep).

Importations de pétrole par les États-Unis en 2010 : la répartition des risques.

La limite Nord-Sud a encore tout son sens !

Importations de pétrole par la Chine en 2010 : le Moyen-Orient domine toujours.

Importations de pétrole par le Japon en 2010 : une extrême dépendance très concentrée.

Réserves prouvées de gaz naturel (hors gaz de schistes) dans le monde : la diagonale du Moyen-Orient à la Sibérie (en passant par l'Asie centrale)

En 40 ans, la production de pétrole aura monté de 1558 millions de tonnes soit une progression de 66%. Dans le même temps celle de gaz naturel aura été de 1962 millions de tep soit une progression bien plus soutenue de 213% !

Explosion de la production hydroélectrique chinoise ces dernières années.

L'Inde est incapable de faire progresser sa production hydroélectrique. Le contraste avec la Chine est saisissant. La Narmada est loin d'être totalement aménagée. Les combats anti-barrages sont beaucoup plus efficaces dans la démocratie indienne ...

Les deux courbes, superposées, se passent de commentaires ...

Un indicateur de la croissance et de la puissance économique des pays et pôles principaux à la surface de la planète. Comme d'habitude, la Chine se signale par son goût pour les exponentielles ... La France, très proche de l'Allemagne en termes de production d'électricité, doit ce résultat à sa politique du "tout nucléaire" inaugurée avec le Plan Messmer de 1974. Ce qui rendrait d'ailleurs une sortie du nucléaire (à l'Allemande) plus difficile et plus lente qu'outre-Rhin. Nos 58 réacteurs nucléaires pèsent trois fois le parc allemand ...

Production d'électricité nucléaire de 1965 à 2010 : production totale et productions cumulées des six premières puissances civiles.

Répartition mondiale des réacteurs nucléaires. Les trois réacteurs sinistrés de Fukushima ont déjà été supprimés de la liste.

La production chinoise continue d'exploser en dépassant dorénavant les 3 milliards de tonnes. La différence entre les pourcentages de production (en millions de tonnes équivalent pétrole) et la production exprimée en millions de tonnes (la production de l'UE est par exemple supérieure à celle de l'ex-URSS exprimée en tonnes et inférieure exprimée en % de tep) s'explique par la qualité calorifique des différents charbons, des lignites à faible pouvoir calorifique à des "flambants" (par exemple) plus intéressants pour fournir calories et électricité.

La politique énergétique de la Chine est une fuite en avant quand on considère l'état de ses réserves : dans 35 ans, elle n'aura plus de charbons au rythme actuel de sa production. Seule l'Indonésie est dans un état encore plus alarmant. Ce pays ancien membre de l'OPEP (jusqu'en 2008) n'exporte plus de pétrole. Ses réserves n'assurant plus que 11 ans de production ... Elle se reporte de plus en plus sur les charbons du Sud de Bornéo (et de Sumatra). Mais même dans ce cas, sa production est trop forte pour des réserves épuisées dans 18 ans ! 305 millions de tonnes ont été produites en 2010 (en augmentation de 20% sur un an !). Le gouvernement limite dorénavant les exportations. Mais ces mesures seront insuffisantes. L'émergence de l'Indonésie est-elle vouée à se fracasser sur l'impératif énergétique ?

Essor des biocarburants. Le Brésil est laissé sur place par les États-Unis et rattrapé progressivement par l'Union européenne. Cependant la production brésilienne est essentiellement issue de la culture de canne à sucre, plus productive que les maïs états-uniens voire européens.

Émissions de CO2 dans le monde. L'envol chinois, les effets de la crise, la montée de l'Inde. Le développement durable : un but impossible à atteindre ?

But d'autant plus impossible à atteindre que la Chine est devenue en 2010 le premier consommateur d'énergie dans le monde. Elle supplante désormais les États-Unis avec une intensité énergétique bien trop forte, et qui dérape dangereusement. La preuve en est donnée par la progression de la consommation entre 2009 et 2010 ( + 11.7% ) alors que la croissance n'a été "que" de 10.3% en 2010. Chaque point de croissance dissipe de plus en plus d'énergie. un phénomène devenu structurel depuis le renversement de tendance de 2002 ! Comme le dit très bien Jean-Luc Domenach : "La Chine m'inquiète" ! Et là, il y a de quoi. Mathématiquement, la démonstration est hélas imparable !

Dans ces conditions, les énergies renouvelables sont encore sous-exploitées. L'Allemagne qui s'apprête à renoncer au nucléaire à l'horizon 2021 - 2022 atteint un peu plus de 17 000 MW solaires installés : soit une capacité équivalente à 17 réacteurs de deuxième génération. L'accent mis sur les énergies renouvelables depuis le gouvernement Schröder-Fisher est efficace. Mais partout ailleurs dans le monde, la capacité n'atteint même pas 4 réacteurs. Cependant, dans des pays où l'ensoleillement dépasse à peine 2000 heures efficaces par an, l'équivalence en réacteurs nucléaires est beaucoup moins avantageuse : ce ne sont plus 17 équivalents-réacteurs dont il est question en Allemagne mais bien plutôt de quatre ...

En outre, quand bien même les installations solaires allemandes équivaudraient à la puissance installée des centrales nucléaires d'outre-Rhin, l'ensemble des énergies renouvelables consommées dans le pays ne représente qu'un pourcentage limité de 7.2% du total des énergies consommées. Soit sensiblement le taux français (7.0%)

Le poids de la Chine dans l'éolien ... Elle est devenue la première puissance éolienne du monde depuis 2009 avec 8 fois la puissance installée française alors que jusqu'en 2005 les deux pays suivaient une progression équivalente. (Petit problème en passant : les statistiques du recueil BP 2011 sont fausses car toutes décalées sur cette page à l'exception de 2010. Référez vous par conséquent à l'annuaire statistique de 2010 pour toutes les années antérieures.). La France est la sixième puissance mondiale, loin derrière la cinquième (l'Inde) et à quasi égalité avec le Royaume-Uni et l'Italie qui n'apparaissent pas sur mon graphique.

Pour bien saisir à quel point le secteur des énergies renouvelables reste ultra minoritaire dans nos systèmes économiques, il suffit de regarder la consommation d'énergie primaire dans l'UE, par source d'énergie :

Si l'on met la Suède de côté, qui atteint 38.2%, les résultats sont décevants. Alors que l'UE a fixé un objectif ambitieux dit des "3x20" à l'horizon 2020 (dont un objectif d'au moins 20% d'énergies renouvelables dans le bilan de chaque pays ...), il semble peu probable que le succès soit au rendez-vous ... Malgré des investissements soutenus, l'Allemagne n'arrive qu'à 7.2% et dépend de plus en plus largement du pétrole, du gaz et du charbon quand la croissance revient comme le prouve son évolution entre 2009, année de récession, et 2010, année de retour à la croissance ...