Au bout de deux ans passés sur une étagère de ma bibliothèque, j'ai enfin fini par lire "La route" de Cormac McCarthy ! (En marchant au soleil du midi qui plus est !). On en reparlera quand nous étudierons les EU ou les problèmes actuels de la mondialisation. Excellent bouquin que je rapprocherai de "Volt", le film des studios Disney ou de "Bus Stop" avec Marylin Monroe ! Je sais, le rapport n'est pas évident évident mais je pourrais aussi citer St John de Crevecoeur tant les mythologies constitutives de la société américaine sont malaxées et transfigurées par l'auteur.

Autre révélation : un blockbuster de série B très bien foutu et qui entre parfaitement dans le cadre des dangers de la mondialsiation : "Planète des singes : les origines".

Pour un géographe devenu petit à petit spécialiste de géoéconomie, c'est un film extraordinaire ! Essentiellement pour sa dernière scène, pendant le générique de fin, alors que tout le monde s'est déjà levé !!!!!

J'ai écouté hier soir les critiques du Masque et la Plume qui ont en général trouvé ce film plutôt bon et bien foutu pour un blockbuster. Mais aucun n'a vu le rapport évident avec "L'armée des douze singes" de Terry Gilliam, ce que des spécialistes de la géographie des échanges mondialisés auraient tout de suite trouvé. "Planète des singes : les origines" est finalement le seul film que je connaisse qui traite la moitié de son sujet pendant 115 minutes et l'autre moitié pendant le générique de fin, sans prévenir ! Dans "l'armée des douze singes", ce n'est que sur l'extrême fin du film que l'on comprenait comment le virus se répandait sur la planète. L'hommage à Gilliam est donc très appuyé.

Ce que nous apprend cette propension à éluder les processus de transmission des virus dans les deux films, c'est la prégnance de la mondialisation dans notre vie de tous les jours.

Rupert Wyatt, le réalisateur, agit d'une façon très allusive et très graphique en montrant des hubs reliés par des lignes jaunes qui traduisent le déplacement des avions à la surface de la planète, chaque hub agissant comme une porte d'entrée du virus sur un nouveau territoire. Ce mode de de représentation ne montre pas la terre mais seulement les déplacements. Cependant on reconnaît le passage des EU à l'Europe avant que le dézoomage ne nous fasse prendre conscience qu'il s'agit là de la terre réduite non à ses continents et océans mais au déplacement qui anime l'économie et les sociétés de la globalisation.

On pense au SRAS, aux peurs quasi millénaristes qui reviennent de façon accélérée ces dernières années et qui montrent à quel point la mondialisation peut être autre chose que le processus "heureux" décrit pendant des années par les tenants du libéralisme anglo-saxon. On a beaucoup parlé des problèmes économiques et monétaires liés aux déréglements des marchés pendant cet été : c'est l'un des côtés obscurs de la mondialisation. Le film de Wyatt nous alerte sur un autre problème potentiel bien plus dangereux encore d'une société de flux. Mais il le montre incidemment, sans insister, tant le danger est évident. Et ce n'est pas parce que l'OMS et les gouvernements des pays développés (notamment la France avec ses 93 millions de vaccins pour 64 millions d'habitants !) en ont trop fait sur la dernière pseudo pandémie grippale que nos sociétés sont à l'abri des mutations virales qu'il sera très difficile de contenir quand elles surviendront.

On relira alors les descriptions des descentes de flagellants dans la plaine d'Alsace au temps de la peste noire en 1349 pour se faire peur !!!